SCÈNE PREMIÈRE
PLANTROSE, AGATHE.
Us entrent par la droite.
PLANTROSE.
Enfin! Puis-je espérer, ma chère Agathe, que j'aurai labonne fortune de vous entretenir, cette fois, sans que personne se jette à ]a traverse de nos paroles ?
AGATHE
Mais, je le pense...
PLANTROSE.
Votre mère, qui semble fort préoccunée, s'est renfermée chez elle pour écrire; votre père est sorti... votre sœur est au jardin, et cet appartement, qui est le sien, est le meilleur endroit que nous puissions choisir.
AGATHE, «asseyant sur le canapé.
Enfin, monsieur, où voulez-vous en venir ?
PLANTROSE, légèrement.
A une résolution, ma chère Agathe, qui va, je pense, vous •^mbler d'aise, — Nous allons nous séparer.
AGATHE, saisie.
Nous séparer !
PLANTHOSE.
Ouï I
AGATHE
El voilà ce que vous m'offrez froidement ! Une séparation entre mari et femme !...
PLANTROSE.
\ Oh ! ne dénaturons pas les choses. Je ne suis pas votre mari, et vous n'êtes pas ma femme. On ne saurait ôlre à la fois à son mari et à Dieu autant que vous Têtes : il faut choisir. Certaines femmes, que j'estime et vénère, savent allier les principes de la religion aux exigences de la vie conjugale. Elles ne transportent par les rigueurs du clottre au sein du ménage. De tons les devoirs que Dieu leur impose, elles n'ignorent pas que le premier, le plus sacré, c'est le bonheur de leur mari, et que, pour être épouses tendres, elles ne sont que meilleures chrétiennes ; mais ceci est la vraie piété. Ce n'est point votre fait, on ne vous enseigne que le fanatisme. Votre ménage n'est pas de ce monde. U est an Ciel, et en galant homme qnî ne veut être ni importun ni ridicale, je me retire!
AGATHE
En vérité, monsieur, je me demande si ceci est sérienx, poorez-vons comparer l'amour quej*offre à Dien à l'affection que je tous dois?... et quel reproche?...
PLAKTEOSE.
Un senl ! vons arez tué toutes mes joies I
AGATHE
Et qoer.es joies eoeore?
PLA7CTKOSB.
rai dît imitas! — Je n'avîîs qa'aa rftrç : tom f"i!r*» U rî'* ndkasc de -lo'.re forîTine et de notre â^e, Vcaf a'iT*z fm qa'an \mX '.xsjt ùlr^ de mon ménage nn séjocïr d'irrjr'^irt:;'»^ ctd-OHil
AGATHE
Oh ! monsieur 1 que le CieL qui nous entend, ,•
PJLÀNTROSE.
Ah î restons sur la terre î... J'aime les repas délicats; j'aime les bonnes causeries d'hiver au coin du feu ; j*aime Tesprit, j'aime le rirel... Mes meilleurs amis, invités par moi, sont venus une fois, une seule ! L'indifférence de votre accueil , Taip glacial de voire belle-mère, la mauvaise grâce des valets à les servir, une cuisine monastique ; tout offensait à la fois leur esprit, leur palais, leurs yeuxl j'ai supprimé les dîners! j'ai supprimé l'esprit, ramitié,lerire I...
AGATHE
Mais enfin 1
PLANTROSE.
J'aime les voyages, et toute jeune femme en est avide! Je vous ai proposé les bords du Rhin ; vous n'avez voulu voir que Rome, et de Rome que ses églises 1... Indécents, les musées !... impurs, les antiques !... trop nu, Raphaël !... j'ai supprimé les voyages !... J'aime les théâtres, les bals, les concerts!...
AGATHE
Vos plaisirs mondains !...
PLANTROSE, interrompant.
J'ai supprimé les plaisirs mondains! Mais enfin, la chambre de ma femme, ce n'est point mondain, cela!... Vous en avez fait un sanctuaire si redoutable, que le plus chaste désir n'y trouve plus un pauvre petit coin tendre où se nicher... Et maintenant que vous avez chassé de chez moi tout ce qui fait le charme de la vie, vous me demandez ce que vous avez tué I... comptez donc vos morts!
AGATHE
Je n'en vois qu'un seul à pleurer ! Votre . amour 1 mais grâce à Dieu, il me reste encore mon enfant !
PLANTROSE , assis sur le pouf.
Ah ! mon enfant, c'est vrai... j'oubliais mpQ enfant! Je ren-