‹ SérénusChapitre 11 sur 30 · EN NOURRICE · texte numérisé non relu

EN NOURRICE

téter qu'une fois le matin et une fois le soir, pour que votre petit ait tout mon lait...

— Mais, nourrice, il ne faut pas. Vous pourriez partager. Je ne voudrais pas...

— Oh ! ne vous inquiétez point. Fred est solide... Vous le verrez tantôt... Monsieur et madame sont sans doute ici pour quelquesjours.-^

— Non, nourrice 3 nous sommes obligés de repartir par le train de six heures.

— Alors monsieur et madame mangeront un morceau... une omelette au lard... Et puis nous avons du vin, du bon vin . . . Monsieur et madame ne peuvent pas refuser...

Rosalie sortit sous prétexte d'aller chercher les œufs. Elle trouva Totor dans l'ouche :

— Ecoute, Totor. Emporte le Parisien... chez ta grand'mèrc. . . où tu voudras... Tiens! v'ia le biberon... Et ne le ramène qu'à la nuit. Si tu reviens avant, je te casse les reins !

Et elle rentra, un sourire patelin sur ses grosses lèvres, au moment où M'"" Loisel, en extase devant Fred, murmurait :

— Mais c'est qu'il me sourit ! mais c'est qu'il n'a pas du tout peur de moi ! On dirait qu'il sait que je suis sa maman.

Un mois après, M. et M""^ Loisel recevaienî une lettre de Boulard, leur annonçant la more de Georges : « Ça l'avait pris tout d'un coup... On l'avait pourtant bien soigné... Rosalie en ferait une maladie... »

Donc le petit Parisien avait eu la destinée inexplicable, affreuse, de ces petits enfants qui souffrent et crient pendant quelques mois et qui meurent sans y avoir rien compris. Une nuit il n'avait pas voulu s'endormir. II avait refusé la panade et le biberon ; il avait même refusé le sein de Rosalie, le festin offert trop tard. Ses yeux convulsés roulaient, montraient leur blanc. Ses joues devenaient terreuses 3 il agonisait. Puis vers le matin, au lieu de cris, il avait poussé de petits gémissements, presque des plaintes de grande personne. Enfin il s'était tu et n'avait plus bougé. Sa mère était bien heureuse de n'avoir pas vu cela.

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