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dessus de l'autel. Quant au bon homme de saint ainsi détrôné, il le déposa sans nul égard dans un coin de l'église, auprès du confessionnal. Il avait d'ailleurs préparé pour cette occasion un fort beau panégyrique du patron de Champignol-Ies-Raisins, et comptait sur un succès.
L'abbé Jubal se trompait. Quand ses paroissiens s'aperçurent de la substitution, un long murmure courut dans l'église. Et lorsque le curé, monté en chaire, voulut expliquer son coup d'état et osa qualifier de « simulacre inconvenant )) l'antique statue vénérée des Champignollais, les bourdonnements redoublèrent. Surtout ce mot de « simulacre » parut une injure insupportable à une partie de l'auditoire. Tant, que l'orateur, décontenancé, s'embrouilla dans une période, et, bredouillant : « c'est ce que je vous souhaite de tout mon cœur, amen jj, descendit sans achever son discours.
Il se forma deux partis dans la paroisse. Quelques-uns, séduits par les couleurs tendres et la
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figure poupine du nouveau saint-Vincent, approuvaient monsieur le curé. Mais la plupart des ChampignoUais n'avaient aucune confiance dans ce joli diacre bien coiffé et restaient attachés au vieux saint rubicond et paterne par les liens de la gratitude et de l'accoutumance, et aussi parce qu'ils le sentaient plus près d'eux et plus capable de les comprendre.
Ce fut surtout parmi les jeunes filles du cathéchisme de persévérance que la lutte fut vive. Celles qui tenaient pour le nouveau saint avaient à leur tête Mlle Ursule, la sœur du curé, une personne anguleuse et revêche. Les autres étaient menées par Lucile Mariot, une brunette de vingt ans, lingère de son métier et qui, allant souvent en journée chez des bourgeois, y avait pris des petites manières aisées et plus de hardiesse qu'on n'en trouve d'ordinaire chez les filles de la campagne.
Lucile Mariot, suivie de sa bande, fit auprès du curé, en faveur du vieux saint, une démarche qui resta inutile. L'abbé Jubal les reçut même assez sèchement.
Mais Lucile était une fille de tête. Elle avait un amoureux. Jean-Louis, un fort gars de façons
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un peu brusques, au reste franc comme l'or, et qu'elle menait par le bout du nez. Elle lui remontra que de bons chrétiens ne pouvaient tolérer l'outrage infligé par Tabbé Jubal au patron de la paroisse et qu'il fallait agir énergiquement.
Jean-Louis n'avait guère de religion et n'allait à la messe que le jour de Pâques. Mais il croyait tout de même un peu au vieux saint, et surtout il croyait aux beaux yeux de Lucile :
— Sois tranquille, ma petite. — Moi, d'abord, je ne connais qu'un saint Vincent. Ainsi!...
A quelques jours de là Jean-Louis, revenant des vignes à la nuit tombante, sa pioche sur l'épaule, rencontra le neveu du curé, qui polissonnait sur la place avec d'autres gamins :
— Germain ! sais-tu où ton oncle met la clef de l'église ?
— Oui, Monsieur.
— Veux-tu gagner deux sous ?
— Oui, Monsieur.
— Alors, va me la chercher, — sans que ton oncle s'en aperçoive, bien entendu.
— Oui, Monsieur.
Germain disait toujours « Monsieur», étant très bien élevé par son oncle. C'était d'ailleurs
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un précoce chenapan, comme le sont souvent les neveux de curés et les neveux de pape, par une ironie de la Providence.
L'enfant détala et revmt au bout d'un instant, cachant une grosse clef sous sa blouse.
Jean-Louis prit une échelle dans une cour, ouvrit la porte de l'église, enleva le saint neuf, le mit dans un coin en lui tournant le nez du côté du mur, et réinstalla dans sa niche le vrai patron de Champignol-les-Raisins,
Le lendemain, qui était un dimanche, l'abbé Jubal faillit tomber à la renverse. Puis la colère lui monta à la figure ec dans un prône violent, il dit leur fait « aux auteurs inconnus de cet exploit sacrilège » . Il parla d'audace scélérate et d'esprit de révolte et cita l'exemple du juif foudroyé pour avoir touché à l'Arche.
Les deux tiers des assistants s'esclaffaient silencieusement. Jean-Louis, qui était venu à la messe ce jour-là, pour voir, rayonnait de satis-