LES DEUX SAINTS I7I
Il importe donc qu'elles soient décentes et même agréables aux yeux du corps. Le simulacre antique, cause première de ce regrettable différend, outre qu'il est peu propre à inspirer des sentiments de piété, est fait pour affliger le regard des gens de goût. C'est pourquoi j'avais voulu le remplacer par une effigie plus artistique. Mais enfin ce n'est pas une statue qu'on prie, c'est le saint qu'elle représente. Je consens donc à ce que vous me proposez.
— C est entendu, fit Jean-Louis. Mais vous avez beau dire, monsieur le curé, c'est bien un peu la statue qui fait les miracles, et plus elle est vieille, plus elle en fait. Parce que, voyezvous, le saint finit par être dedans. C'est mon opinion
Chacun des deux partis veilla avec jalousie sur sa malade, ne laissant approcher d'elle que les personnes du même camp. M''^ Ursule se chargea de Suzette, et Lucile Mariot de Guezitte. Quoique M*'* Ursule eût confiance au jeune saint, elle fit boire à sa malade de l'eau de Lourdes 5 et quoiqu elle eût foi en l'eau de
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Lourdes, elle fit venir l'officier de santé. Lucile allait en faire autant, Jean-Louis l'en empêcha et fit prendre à Guezitte des rôties au vin et des brûlots à feau-de-vie de marc, alternativement.
-Et c'est sans doute pour cela que Guezitte mourut un jour après Suzette.
En somme, la question n'était pas tranchée. L'abbé Jubal proposa un compromis. Le vieux saint Vincent garderait sa niche 5 on en creuserait une autre au dessus pour le nouveau.
Pourquoi au dessus ? demanda Lucile.
— Le vôtre sera plus près des fidèles, répondit le digne prêtre, — et le mien plus près de Dieu.
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