LES FUNÉRAILLES DE FIRDOUSI I
qu'on répandait ainsi dans Bagdad, attendaient que le vieux poète fût mort.
Et, pour employer les heures, ils roulaient du tabac très blond dans du papier persan.
Et ils avaient tant de fois frappé à la porte pour demander : « Eh bien ! où en est-il ? » que la vieille Zora ne venait plus ouvrir.
Et plusieurs de ces hommes, par impatience ou par amour du lucre, avaient annoncé déjà que Firdousi n'était plus ; et des enfants, tenant à brassées de gros paquets de feuilles manuscrites, allaient criant par les rues :
— Demandez la mort de Firdousi !
Et les bons Persans achetaient les gazettes, et, quand ils s'apercevaient qu'on les avait trompés, ils en concevaient un peu de rancune contre le mourant.
A l'aube du quatrième jour, le plus âgé des quatorze poètes ouvrit la porte et jeta ces mots du haut du perron :
— Il est mort.
— Enfin ! ! dirent les hommes qui étaient là.
lyS CONTES d'autrefois ET d' A U J O U R d' H U I
On résolut de faire au vieux poète des funélailles telles qu'on n'en aurait jamais vu de semblables.
Pour laisser aux députations des provinces le temps d'arriver à Badgag, le roi Ali-Rira décida que la cérémonie funèbre aurait lieu dans sept jours.
On embauma le corps de Firdousi avec de la myrrhe, du poivre, de la vanille et d'autres aromates. On tressa sa longue barbe blanche; on mit du vermilllon à ses joues, du henné à ses sourcils, de l'antimoine sur ses lèvres, des colliers d'or à son cou, des bracelets d'or à ses bras ; on le revêtit d'une robe lamée d'or, présent du roi ; et le vieux poète avait l'air d'une somptueuse idole.
Les ministres, les généraux, les mages, les derviches et tous les personnages les plus illustres se disputaient l'honneur de veiller auprès du corps glorieux.