‹ SérénusChapitre 26 sur 30 · LES FUNÉRAILLES DE FIRDOUSI · texte numérisé non relu

LES FUNÉRAILLES DE FIRDOUSI

toises, qu'un roi très méchant, Ali-Maboul, avait fait construire autrefois pour lui servir de sépulture. Ce méchant prince avait été dépossédé par le trisaïeul d'Ali-Rira ; et son tombeau, abandonné depuis plus d'im siècle, commençait à tomber en ruines.

Ali-Rira ordonna que le corps de Firdousi serait transporté dans le tombeau d'Ali-Maboul ; et, pour qu'on eût le temps de faire les réparations indispensables , les funérailles furent retardées de sept jours.

Le peuple, tout d'abord, approuva cette mesure ; et lés badauds allaient voir travailler les maçons au tombeau d'Ali-Maboul.

Mais les couronnes préparées pour la cérémonie se flétrissaient déjà, car il faisait chaud. Er des querelles éclatèrent entre les gens qui avaient commandé ces couronnes et les marchands de fleurs.

— Nous les avions commandées pour le jour de l'enterrement... Nous ne paierons pas !

184 CONTES d'autrefois ET d'aUJOURDHUI

— Ce n'est pas notre faute si la fête a été retardée, alléguaient les marchands.

On s'injuria, on se battit , on dépeça les couronnes ; et pendant plusieurs jours les ruisseaux de Bagdad charrièrent, par monceaux, les fleurs fanées...

Le mécontentement grandit.

Comme on ne pouvait plus parler que de Firdousi dans les gazettes, les écrivains qui avaient coutume d'y raconter des histoires commençaient à trouver cette gloire un peu trop envahissante.

Deux ou trois hommes assez célèbres étant morts dans ces jours-là, on n'y prit point garde, et leurs familles en voulurent à Firdousi d'accaparer ainsi l'attention publique.

Enfin, ces préparatifs, ce remue-ménage, les cris des marchands ambulants qui vendaient l'image de Firdousi, l'arrivée tumultueuse des députations de la province, tout cela dérangeait les gens paisibles 5 et ils sentaient s'amasser en eux une rancune féroce contre ce cadavre en-

LES FUNÉRAILLES DE FlRDOUSl l8^

combrant et bruyant qui leur rendait les rues

inhabitables.

Là-dessus, on apprit un matin qu'un crime des plus bizarres avait été commis dans Bagdad, rue des Palétuviers.

Une famille, composée du père, de la mère et de dix enfants, avait été assassinée pendant la nuit. Chacune des douze victimes portait au côté gauche la même petite blessure, étroite et triangulaire. Le vol n'avait pas été le mobile du crime : tout était intact dans la maison. « On se perdait en conjectures. »

Subitement Firdousi fut oublié.

La vieille Zora avait vu diminuer de jour en jour le nombre de ceux qui se présentaient pour veiller le corps de Firdousi. Ce soir-là, personne ne se présenta plus.

La bonne servante, qui avait gémi et grondé de voir envahie par des étrangers la maison de son maître, ne fut point fâchée de cette déser-

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tion. Elle lava, nettoya, frotta le petit appartement. Puis, pendant trois nuits, elle veilla, toute seule, le grand poète.

Vers le soir du quatrième jour, comme elle tombait de fatigue, on frappa à la porte. Une jeune fille entra, pauvrement vêtue, mais jolie et l'air innocent et doux.

— Qui êtes-vous?

— Zéculbé, votre voisine.

— Ah! oui, la petite couturière du coin. Et que voulez-vous.''

Zétulbé rougit et balbutia :

— Je venais voir., . Excusez-moi... Voilà plusieurs jours que personne ne vient plus chez M. Firdousi... Alors, je me suis dit : il n'y a peut-être personne pour veiller, et si sa gouvernante voulait de moi. . .

La vieille servante embrassa Zétulbé; et, pendant les trois nuits qui précédèrent les funérailles, le grand poète fut veillé par la petite ouvrière.

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