LES FUNÉRAILLES DB FIRDOUSI
Pourtant^ au jour fixé, le convoi se mit en marche, par une chaleur accablante.
Firdousi, afin de montrer son amour pour le peuple, avait demandé d'être conduit à sa dernière demeure dans le corbillard des indigents; et l'un des organisateurs de la cérémonie, pour mieux se conformer à la pensée du Maître, avait imaginé de faire suivre la voiture de sapin par ce le chien du pauvre jj .
Le jardin d'acclimation de Bagdad avait donc fourni un caniche. Mais, l'animal ayant refusé de suivre,, on l'avait attaché au char funèbre, et il tirait sur sa chaîne et se roulait dans la poussière en hurlant.
Zora et Zétulbé venaient ensuite j et il n'y avait sur le cercueil que deux petites couronnes, une de roses, une de violettes.
Derrière les deux femmes marchait un bel officier envoyé par le roi.
Derrière le bel officier se traînaient cinquante Persans, rouges et suants sous le soleil vertical.
la langue tirée, les bras ballants. Chacun d'eux devait lire un discours sur la tombe du poète, et ils allaient s'éventant avec leurs manuscrits.
Plusieurs s'esquivèrent le long du chemin; ils entraient dans les tavernes pour se rafraîchir, et le cortège lamentable s'égrenait peu à peu.
Etj derrière les orateurs, une lourde voiture s'avançait, chargée de personnages qui semblaient vivants et qui pourtant ne bougeaient pas.
Car ces personnages étaient en cire, et, sous la chaleur torride, ils fondaient lentement et pleuraient des larmes épaisses.
Et ces figures venaient du musée où étaient exposées les images en cire des « hommes du jour 3:> . Beaucoup d'entre eux, hauts fonctionnaires, savants illustres, membres des diverses Académies, Panamiki, Néraniki, Pastoriki, et d'autres, obligés par leur charge ou leur situation de paraître aux funérailles et voulant s'en épargner la fatigue et l'ennui, avaient eu cette idée ingénieuse de se faire remplacer par leurs effigies.
Et le peuple ne s'en aperçut point j car personne ne faisait attention à ce maigre convoi.
Et pas un des quatorze poètes n'était venu.