LA MÈRE SAINTE-AGATHE
Et voilà pourquoi, un beau jour, je tombai chez mes parents : « J'ai vingt-cinq ans, je m'ennuie, je veux me marier, j'ai trouvé ! — Et qui? — xM''"^ de Frégeneuilles. — Mais... mais... mais... » Je levai toutes leurs objections et ne leur laissai pas une heure de repos. On prit rapidement des informations : Lydie avait une dot plus que raisonnable ; son tuteur, qui ne s'occupait point d'elle, laissait carte blanche aux Sœurs pour la marier. Enfin, je jetai ma mère dans un wagon, je la descendis à Tours et je la traînai, toute essoufflée, au couvent de Lydie où elle devait « faire la demande ». On l'introduisit au parloir et, n'osant la suivre, je restai dans le jardin à attendre le résultat de la visite.
Le jardin était grand — et propre ! d'une propreté de chapelle de couvent. Une allée de tilleuls, aussi exactement alignés que des cierges, conduisait à une terrasse qui donnait sur la Loire et d'où l'on découvrait un aimable paysage tourangeau : entre les rives molles semées de frissonnants bouquets de peupliers, le fleuve bleu étalé comme un lac ; des îlots blonds et des touffes d'osier bleuâtre 5 à l'horizon un pont très long aux arches délicates, d'un gris d'argent, et, par
yO CONTES D AUTREFOIS ET D AUJOURD HUI
delàj des rangées d'arbres vaguement violets : tout cela très doux, avec des contours fondus et des teintes d'aquarelle, sous un ciel léger, d'un bleu pâle.
Ainsi j'analysais et me décrivais à moi-même le paysage pour trouver le temps moins long. Mais je ne tenais pas en place. Je revins sur mes pas, puis je sortis de l'allée de tilleuls et je découvris une grotte artificielle en rochers très propres, une « grotte de Lourdes ». Le sable était soigneusement ratissé et l'on voyait, dans une niche « rustique », surgir, au milieu de pots de géraniums, une Sainte Vierge peinturlurée. C'était absurde si vous voulez, mais si net et si bien épousseté ! Je m'assis sur une chaise de jardin et je suppliai la statuette polychrome de bien disposer en ma faveur l'âme austère de la vénérable mère Sainte-Agathe
Le sable cria derrière moi ; je me retournai et je vis venir ma mère accompagnée d'une religieuse. Je me précipitai à leur rencontre :