‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 33 sur 115 · I. Voir sur tout celaGuérard, *Protég. d*Irminon, CCIV · texte numérisé non relu

I. Voir sur tout celaGuérard, *Protég. d*Irminon, CCIV

particularités les plus saillantes, sont loin 4e. renfermer la multitude des situations qu'introduisirent le temps et les intérêts dans l'état de serf. Beaucoup de variété y régna jusque sur les terres du même maître. Entré ces deux points, si peu distants pour les législations simplifiées d'aujourd'hui, la privation et la jouissance de la personnalité civile, on ne saurait spécifier toutes les nuances qu'aux environs du xiii^ siècle avait échelonnées le mouvement dé la société. On possède, maintenant et l'on a publié •. nombre de textes concernant le servage dans nos anciennes provinces : la variété des conditions y est patente. D'après un grand nombre, le serf touche de près à la liberté même. Il détient le sol sous des charges ou des obligations qui sont les attributs des libres. C'est au point que l'on peut se demander si, au cours du temps, le vocable de serf n'a pas pris, tout uniment, la signification d^ personnes spécialement occupées de la culture agraire ; si, dans le langage soit français soit latin, on ne dit pas : serfÉ^ servie comme, ^ux mêmes contrées, on dit aujourd'hui paysans. Dans le xiii^ siècle, déjà, la nature uniquement passive du serf est décriée, tandis que c'était le contraire ou qu'elle suffisait à l'époque où la production rurale était ou paraissait être au prix d'une discipline sociale et domestiqué très stricte. Que la culture soit plus dégagée et profitable, le serf s'y

intéressera davantage, lé sol rendra plus au maître; que le serf s'enrichisse, les droits de succession seront plus productifs, les fors-mariages plus multipliés, la liberté plus recherchée sera mieux vendue : ces idée5 sont devenues vulgaires. Beaumanoir y trouve tout naturellement les raisons qui ont fait attribuer tant de capacité civile au servage. Le tour proverbial dont il se sert pour les indiquer attesterait seul que leur pratique est ancienne en son temps, usuelle, incontestée. « Et H segneur meimes, dit-il, ni font se « gaaigner non, car il en acquièrent plus vdlentiers. « Par quoi les mortes-mains et fors-mariages sont plus « grant quant il esquient. Et si dit un proverbe, que cil « qui a une fois escorche deux ne trois ne tont : dont il a appert es païs ou on prent çascum jors le lor, qu'il « ne voêlent gaaigner fors tant comme il convient casai cum jors a le soustenance daus et de lor mesnie^ ». Ce serait simplement le « nihil pessimum à dis des- « peraniihus » de Pline passé à l'état de doctrine économique publique, si d'ailleurs on ne trouvait pas formellement écrite, et autorisée par un religieux sentiment du droit, la faculté, pour le serf, de posséder et d'acquérir ; a et tant poent-ils « bien avoir de segnorie en lor copies », ajoute en effet le juriste, a qu'il aquièrent a grief paine et a « grant travail ».

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