‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 36 sur 115 · LOIS DE FAMILLE ET DE POSSESSION SERVES · texte numérisé non relu

LOIS DE FAMILLE ET DE POSSESSION SERVES

Le moyen âge n'aurait pas eu l'énergie sociale qui s'y manifeste, et dans la France d'alors la vivante population que montre l'histoire ne se serait pas enfantée, si la source mère de la production, l'œuvre rurale, avait été laissée à des mains aussi faibles et aussi peu intéressées que celles de serfs sans personnalité et sans ambition pour eux-mêmes, duelque chose de nature à faire surgir des ruines de l'Empire la société occidentale était nécessaire : le moyen âge eut une idée supérieure à celle d'auparavant, sur les rapports à établir entre la propriété et la population servile. Sa pratique fut en cela plus normale que celle de l'Empire latin, conséquemment plus féconde. Le régime de la seigneurie entièrement dégagé de l'influence latine une fois constitué, il met autant de sollicitude à imprimer à la production le plus d'activité et d'attrait possible, que Rome avait mis d'imprévoyance à la laisser tarir. La preuve positive s'en montre dans l'organisation donnée à la famille serve. Au temps

même où les droits personnels du serf étaient les plus limités, cette organisation rendait ses mains aussi industrieuses qu'elles pouvaient le devenir dans des classes non libres.

Très généralement sinon dans toutes les seigneuries, non pas tous les serfs mais un très grand nombre, peut-être le plus grand nombre, furent établis sur un principe obligatoire : l'indivision, la vie en communauté héréditaire. Hors ^ de ces conditions, ce fut exceptionnellement qu'il put y avoir, pour eux, succession, testament, effets civils du mariage, tandis que sous elles ils eurent tout cela. On dirait la suite naturelle de l'institution seigneuriale même, le même lien serré de réciprocité et de garantie. Ce n'est plus la communauté rudimentaire, régime primitif probablement de toute société humaine; à l'époque de la tribu, l'individu, n'a d'existence possible, en face des brutalités de la nature ou des faits, que dans la jouissance en commun du tènement où il s'installe, jouissance transitoire, tout au plus annuelle, changée selon l'utilité du groupe, selon la capacité ou le besoin propres; maintenant, il s'agit de la jouissance en indivision familiale, organisée pour une existence sociale active et d'ensemble. Un peu plus, sans doute, que la communauté dont César et Tacite ont tâché de traduire en termes latins ce qu'ils avaient pu apprendre de ses modes chez les Germains, ou

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