‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 4 sur 115 · ESCLAVAGE, COLON AT, SERVAGE I · texte numérisé non relu

ESCLAVAGE, COLON AT, SERVAGE I

Tan 1200 devaient donc présenter des diversités de caractères et une sensible variété d'aspects. A peu près toutes les catégories d'existence civile étagées exitre la privation de la liberté personnelle et sa jouissance, s'y rencontraient simultanément avec la liberté elle-même.

La catégorie des non-libres est celle qui nous intéressé ici. Or pour la seconde fois depuis la conquête de l'Occident septentrional par le monde latin, le personnel de ces non-libres venait de recevoir un classement et des caractères nouveaux. Une première fois, les sources de la production commençant à se fermer^ dans l'Empire, le vieil esclavage, ses dérivés multiples, les différents colonages de l'agronomie romaine, les diverses situations formées du mélange des précédentes avec les conditions de travail particulières aux peuples galliques ou germains, des conditions pleinement libres même, en un mot le personnel presque entier de l'agriculture gallo-romaine avait été réuni dans une condition légale unique : le colonat. Maintenant, la vaste et savante administration restaurée par Charlemaghe a été dissoute. Le pouvoir public s'est partagé en souverainetés privées plus ou moins étendues ou restreintes. D'autres mœurs sociales que celles des peuples gallo-romains ont régné. Par suite,, l'état seigneurial a fait entrer dans le servage le reste du colonàt de l'Empire, k plupart des cultivateurs qui ont pu se soustraire

à la loi colonaire, de même ceux qui sont arrivés sur le sol français avec des conditions civiles tout autres.

Il n'y a pas de situations sociales mieux accusées que celle de ces trois états : Esclavage, Colmat, Servage, Nulles de plus reconnaissables dans leur essence propre, ni de plus distinctes par leur date, quoique ayant existé simultanément. Non seule-, ment ces états correspondent à des moments particuliers du temps, mais aussi à des faits dissemblables de possession du sol et d'activité productrice. Ils délimitent des époques. Réserve faite de leur mélange à de certains moments, ils jalonnent d'une manière assez précise, à leur date, le développement des personnes et des intérêts hors de la vie libre, c'est-à-dire pendant la très longue période où les asservis ont tenu une place exclusive dans l'œuvre matérielle. Toutefois, si les différences ne sont guère contestées et ne sauraient l'être beaucoup de VEsclavage au Colonat, elles ne sont pas évidentes au même degré de ceux-ci au Servage, conséquemment elles ne sont pas aussi admises. Ces différences ont cependant une portée fondamentale, de sorte qu'il importe de les reconnaître.

A cet égard il y a des manières de voir plus répandues peut-être que justifiées. L'histoire atteste qu'à mesure que chacune des situations d'esclave, de colon, de serf se développe, celle qui a

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précédé s'amoindrit, devient plus rare. Finalement, la dernière subsiste seule : c'est le cas du moyen âge. On s'est donc cru autorisé à envisager ces situations comme dérivant les unes des autres. On a pensé qu'elles ne présentaient autre chose sinon les phases successives de la même condition de non-liberté, qui serait allée toujours en s'adoucissant, autrement dit en s'élevant vers l'indépendance. Ce n'est pas sans des apparences de vérité que l'on a essayé de faire cadrer les faits avec cette opinion. Tout au moins les faits que donnent à supposer les termes écrits dans les textes historiques. Mais c'est à l'essence des situations qu'il faut regarder, beaucoup plus qu'aux termes. Les termes des textes sont trop souvent des expressions fort postérieures aux faits. Ils résument un passé plein de mélange, qui est devenu l'usage. La vérité, ici, n'est-elle pas, plutôt, que les principes du servage et son origine sont entièrement distincts de Vesclavage, si dans la forme il ne l'a pas toujours été en fait? Le servage se différencie de même très nettement de l'état de liberté, quoique les événements ou les circonstances aient souvent eu pour effet de l'en rapprocher.

Esclavage, Colonat, Servage, ces trois conditions des personnes se trouveront délimitées par leur caractère respectif et par leur histoire propre, à montrer seulement qu'en devenant la condi-

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tion commune des non-libres au moyen âge, le servage apporta un changement profond dans la situation de ces non-libres et dans leur destinée. Pour cela, il faut comparer les effets civils ou sociaux du coloriât et ceux du servage. Les faits que cette comparaison met en relief conduisent d'eux-mêmes à déterminer la nature de cette dernière condition, et, par sa nature, sa provenance pour ainsi dire.

Le Colonat par rapport à l'esclavage.

Le Colonat s'était formé vers le temps d'Auguste. C'avait été d'une manière privée, à titre de conduction entre le propriétaire gallo-romain et ses esclaves, entre ce propriétaire et des hommes libres malheureux ou bien des cultivateurs germains. Lorsque des empereurs, Marc-Aurèle, Claudien, Probus le donnèrent pour condition civile à des peuplades barbares vaincues et transplantées ; lorsque Dioclétien et ses successeurs en firent l'organisation légale du travail agricole; lorsque des propriétaires romains, des administrateurs romains peut-être, l'appliquèrent pour mode de conduction agricole aux Africains de leurs domaines autour de Carthage, ainsi qu'il

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