COLONAT ET ESCLAVAGE I
résulte des inscriptions retrouvées 'sous terre, ce fut, ce dut être si Ton veut, une transaction entre le droit ancien de s'approprier Thomme, et des habitudes civiles ou des convenances économiques plus respectueuses de l'humanité dans la personne. Habitudes ou convenances déjà puissantes par l'effet de deux causes. D'une part, la tradition gauloise et germanique, qui réservait une portion notable d'individualité au cultivateur; d'autre part, les attributs civils déjà obtenus par les agents du travail.
A cette transaction la non-servitude ne perdait guère, c'est probable, et l'esclavage gagnait tout. L'esclave y trouvait la destination sûre et définitive au sol. Quoiqu'elle fût forcée, indissoluble, perpétuelle, il acquérait les effets civils du mariage des libres, un pécule héréditairement transmissible, la détermination des redevances territoriales, la protection de sa chose et de sa personne par la répression et l'indemnisation des violences subies. Somme toute, il recevait une part des droits individuels de famille, de possession. Une part suffisante pour commencer l'acheminement vers la liberté complète, partout où le principe romain d'immutabilité put abandonner un peii de sa jigueur; ailleurs, c'est-à-dire partout où ce principe ne put être affaibli, ce fut une part suffisante pour lui inspirer le désir d'une existence moins dépendante.
Strfs et Vilains au Moyen âge. z
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On ne regarde donc pas à tort comme le point de départ de la liberté, pour les esclaves, cette transformation de l'ancienne servitude par la législation célèbre qui essaya de river l'homme à la terre afin de raviver la production dans TEm- . pire. Déjà, en vue de maintenir le lien politique près de se rompre, eUe avait enchaîné les officiers publics à leurs fonctions, les riches à leur domaine, les contribuables au fisc; c'était le même mouvement appliqué au domaine économique. On a dit avec justesse que, possédé indélébilement par le sol, ce cultivateur le posséda en réalité ; que, responsable des fruits moyennant qu'il en eût en propre une portion, il lui fut possible d'accroître cette portion peu à peu; que cet accroissement continuel, en fortifiant sans cesse son individualité sociale, devint une des sources les plus actives de son indépendance. L'état politique avait peu de stabilité; les besoins de production étaient considérables ; les convenances privées, locales, mobiles furent conséquemment plus usitées que les lois publiques fixes. Malgré les excès compatibles avec l'état des choses, l'amélioration de la condition des personnes et des services put avoir lieu tout à la fois par l'affranchissement, par la prescription, par l'acquisition de la terre, en outre par l'abaissement des barrières qui résultaient de ces faits.