‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 42 sur 115 · I. Art · texte numérisé non relu

I. Art

loi organique du fief et la communauté familiale imposée aux ^erfs, on peut ajouter ceux qui ressortent de l'usage à peu près général où furent les frères, jusqu'à une époque bien plus récente, de se faire respectivement hommage l'un à l'autre après le partage du fief par succession.

En cela comme en formant les frérages du Nord, les aînesses, les vavassoreries, les masures de Normandie, les frêresches d'Anjou, du Maine, de Touraine, les/?^^m^5du centre, etc., la législation seigneuriale n'avait-elle pas voulu conjurer l'effet des divisions successorales, cirrienter l'unité ? Ne fût-ce pas dans les mêmes vues sociales qu'en constituant l'état communautaire agricole? Aussi Perreciot, l'un des auteurs qui, eu égard à l'état de la science dans le dernier siècle, ont jeté le plus de lumière sur la condition civile des personnes et des terres au moyen âge, montre <:< la nécessité de la communion entre les serfs (c comme d'origine féodale '. » Antérieurement à lui, GoUut avait confondu dans le même dédain, en tant que « reliques du vieil paganisme, la (( mainmorte pour les roturiers et les servitudes « du fief pour les nobles^ ; » tous les deux étaient

1. État civil des personnes et condition des terres, t. II, p. 320 et suiv. de Tédition in-80 (1846). Aux 'Preuves, il donne Tacte de 142 1, et d'autres de 11 57 pour le Bugey, de 1261. 1285, 13 10, 1416, pour la Franche-Comté. — Dans Salvaing, Usage des fiefs, chap. XXXII, on en trouve de 1258, 1367, 1352, particuliers au Dauphiné.

2. Mémoire sur les Bourguignons de Franche-Comté, liv. II, p. 70 et suiv.

nés OU avaient étudié dans les contrées de l'Est, ils devaient d'autant mieux saisir le principe de l'ordre féodal : l'indivision, établissant le lien entre tous les éléments sociaux? Pour la seigneurie, il alla de soi que l'indivision régnât dans l'exploitation rurale. Il lui suffit dt donner ^uxcoloniœ, dont le grand nombre a été constaté à l'époque carolingienne, une raison assez forte de se maintenir en communauté ; elle trouva naturellement cette raison dans les attraits de la vie civile. La condition qu'elle fit ainsi au serf valait mieux, relativement, que la liberté complète, car elle procurait la jouissance des droits personnels les plus enviés, avec des garanties que n'avait pas alors, il s'en fallait, la liberté juridique.

Ainsi fut organisée à nouveau Vadscription à la glèbe, qui avait formé le colonat. Quoique le cours des faits dût avoir dégagé la personne au lieu de l'immobiliser, on la riva de nouveau à la terre, on absorba l'ouvrier dans l'instrument, l'être dans la chose. Mais ce fut pour une existence sociale plus assurée et plus féconde. Recevant le domaine pour patrie en quelque sorte; dans cette patrie trouvant les meilleures et les plus désirées des responsabilités que. la liberté confère; soumis à la seule obligation de ne point démembrer l'indivision ou de n'en pas sortir, il acquit ce que n'avaient eu ni le colon de l'Empire, ni le serf Gaulois ou Germain, à

savoir une individualité réelle, efficace, quoique sous la forme impersonnelle. Or, en fait, le libre ne conservait alors cela que bien précairement. Sous la forme communautaire, l'individualité fut plus forte, bien moins sujette à faiblir que le fief lui-même. Elle eut plus de puissance pour parer aux fortunes des temps troublés où elle régna. Puissance économique, elle sur\'^écut à k puissance politique du fief.

Cette famille communautaire, qu'est-ce autre chose sinon le « suis diviàunt, donnant, relinquunt. « duntaxat intrà domum\ » dont Pline dit avoir donné l'exemple dans ses domaines? Seulement, il y eut cette grande différence : la seigneurie créa plus complètement et sûrement, pour le parçonnier serf, la « respublica quœdam et quasi civitas » dans laquelle ce latin, le plus moderne d'esprit peut-être, pensait avoir établi sa main-d'œuvre rurale. Soit par tradition sociale soit sous l'empire du seul intérêt, la seigneurie avait placé le serf dans la condition et sous les règles qui devaient préparer pour lui l'avenir. D'elle-même, pourrait-on dire, ou bien de par une tradition sociale plus ancienne qu'elle, elle semble, en s'instituant, avoir donné à ses serfs des conditions qui leur fissent monter les degrés de génération en génération, afin que l'état d'infériorité leur

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