‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 6 sur 115 · COLONAT ET ESCLAVAGE I · texte numérisé non relu

COLONAT ET ESCLAVAGE I

Tel avait été le cours des choses, dans la Gaule tout au moins. Des populations à qui l'afFaiblissement juridique de l'ancienne servitude ouvrit ainsi la voie, aucune n'était plus prête à reconnaître cette voie, plus apte à la suivre, mieux faite pour y avancer que celle de- ce pays. Les masses disparates établies sur son territoire ne forment pas encore politiiquement un peuple, que déjà elles semblent réliées par leur principe social futur. Une tendance vivace à incruster le droit dans le travail, à puiser dans le droit conquis un travail sans cesse plus libre, générateur de droits plus étendus et plus forts, dessine en quelque sorte la France au sein des ruines de l'Empire. Soit des traditions primitives mal effacées ou ravivées par les invasions, soit une disposition propre du caractère, soit l'icstitution plus prompte et plus durable d'un pouvoir public qu'en tout le reste de l'Occident, ces améliorations de la condition personnelle y avaient été hâtées. Elles s'étaient attestées par une continuelle progression de l'état matériel et juridique et de la propriété. Que les personnes fussent dépendantes ou libres, ce résultat s'était produit.

Ainsi quant à l'esclavage. L'Église, tout en le réprouvant, l'avait traité avec circonspection chez elle tant qu'elle n'avait pas joui d'une influence sans retour; mais partout où elle ne l'avait pas déjà transformé, il s'était vu élever par elle au

colonat dès la monarchie franque. C'est une question de savoir s'il fut possible au colon de l'Empire soit d'être affranchi soit de prescrire sa liberté; il le put certainement en Gaule par l'Église. Contrairement aux usages nés partout ailleurs de la' législation impériale, l'Église lui conserva même le bénéfice, qu'avait l'esclave, de devenir libre par le mariage avec la femme non asservie ; et c'était, à coup sûr, la source la plus féconde du changement d'état. L'immobilisation, sa condition originaire caractéristique, fut aussi enfreinte souvent; malgré la prohibition des textes, l'Église le laissa se déplacer, chercher dans de meilleures circonstances économiques un travail plus productif, plus d'avantages en conséquence'.

Ainsi des libres. Dans l'état politique de ces temps, ils n'étaient pas exempts, tant s'en faut, des abus fiscaux, des violences ; or, ils avaient trouvé, dans la protection dont les capitulaires attestent les efforts et les formes, une certaine garantie de leurs revenus, de leurs biens, de leur personne ; et la législation des conciles avait ensuite assuré, contre tout retour à une condition civile inférieure, ceux d'entre eux qui avaient une fois conquis la liberté.

Ainsi des vieilles distinctions de la propriété

I. Cf. Guérard, Prolégomènes dUrminon, §§ 119, 122 et Polyptyque, nos 24, 41, 127.

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