‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 7 sur 115 · COLONAT ET ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

COLONAT ET ESCLAVAGE

quiritaire. Les divisions empruntées à sa situation romaine, italienne, provinciale, les manières d'autrefois de l'acquérir, de la conserver, de l'occuper, déjà oubliées sous Justinien, avaient fait place aux divisions plus naturelles de meuble ou de foncière, aux modes plus simples fondées sur la possession, aux tenures plus divisibles, plus individuelles dérivées des moyens et des nécessités de son exploitation.

Ainsi des droits réels. Ils sont l'élément essentiel d'une société qui tend au règne de plus en plus marqué de la personnalité civile; or, au temps de Charlemagne, on voyait la pleine propriété et le droit de la transmettre appartenir à des personnes dépendantes aussi naturellement qu'aux personnes qui ne l'étaient pas. Les situations non-libres sont mêlées, mal définies ; elles se confondent, à tout prendre, dans les états les plus voisins de la liberté. La condition des classes à qui le travail est dévolu, leurs intérêts sont non seulement tout aussi garantis que dans le colonat impérial, mais plus relevés.

En instituant le Servage, le régime seigneurial opéra dans la condition du personnel non-libre un mouvement qui semble inverse de celui du colonat. Dans le colonat, la liberté avait, en quelque sorte, donné le caractère ; maintenant ce fut la servitude. Du moins les formes et l'apparence de la servitude. Non que beaucoup de l'an-

cien colonat ne put pas conserver les avantages qu'il avait acquis ; mais il cessa de se former des conditions colonaires. Resta-t-il quelque place à l'ancien esclavage ? c'est bien douteux. Le fait saillant, c'est que l'élasticité qui rendait le colonat voisin de l'indépendance fut plié à une nouvelle loi sociale.

Dans la vie des sociétés européennes de l'Occident tout a continué. En conséquence les influences latineîs, bien après l'empire de Charlemagne comme sous lui. On ne préciserait pas un jour, exact où elles ont absolument cessé. Indiquerait-on mieux le jour où ces influences recouvrirent tout à fait sous elles la tradition originelle ? La Gaule fut administrée par Rome, non peuplée à nouveau. Ses énergies natives, son état de civilisation qui était déjà avancé, le gouvernement de Rome les a mis en œuvre et exploités ; mais dut-il en changer le fond ? On ne voit guère qu'il s'y soit employé. Se tromperait-on donc à dire que de ce fond résistant, de cette tradition nullement perdue naquirent le règne de l'état seigneurial et le régime qui a fait la France du moyen âge? Comment s'est formé et fut institué ce régime? Est-ce par décomposition du vaste gouvernement carolingien? Les attributs de la, souveraineté ont-ils passé alors par usurpation graduelle ou par abandon aux mains des ducs, comtes et toute la hiérarchie à leur suite, aux

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