CHAPITRE XII
Dans la hiérarchie sociale du moyen âge, les serfs sont les serviteurs de la seigneurie telle qu'il vient d'en être question. Les Vilains sont ses sujets, donc ses contribuables; en eux, on a le personnel des libres non-gentishons.
Tant que la seigneurie n'est que domaniale, elle n'a besoin que de services domestiques : elle les trouve chez les serfs. Dès qu'elle se donne, s'arroge ou reçoit un rôle de pouvoir public, c'est qu'il existe un monde en dehors de son intérêt immédiat, un monde ayant ses intérêts à lui, pour qui elle est un gouvernement et qu'elle doit couvrir. C'est par-dessus tout le nombre et la consistance de ce monde de sujets qui font son importance, il lui faut donc les ressources des gouvernements. Elle tire ses ressources de la popu-
lyO LES VILAINS
lation sujette; c'est là que, sous son autorité, réside lavie active.
De quelque origine que la seigneurie provienne, le seigneur possède le privilège d'imposer à cette fin cette population. Y échappent seuls les gentishons, ses semblables. Ce privilège a persisté jusqu'à la fin, tantôt augmenté, tantôt contenu ou réduit; ih n'a cessé qu'avec la seigneurie elle-même. Entre les personnages absolument libres au point de vue juridique, c'est essentiellement d'y être soumis qui distingua les vilains des gentishommes.
Le personnel des libres imposables* se rencontre, dans l'histoire, très antérieurement à l'époque où il forma la classe des vilains. On ne voudrait pas dire que les bagaudes de l'Empire n'en fussent point; de même les lides, qui -semblent des sortes de vassaux (conséquemment des libres) avant la féodalité. Mais les inquilini incolentes aliéna des textes carolingiens; les « hommes « libres ayant quatre manses en propre ou en béné- « fice », que Charlemagne oblige à suivre soit le comte soit leur seigneur à la guerre' ; les possesseurs et cultivateurs qui supportent les excès des judices dont Hincmar dénonce la violence au roi Louis de Germanie, dans sa lettre au nom des évêques de Reims et de Rouen ^'; les rustici