COLONAT ET ESCLAVAGE 2J
mains aussi des grands propriétaires à leur exemple (possessores, potentioreSy etc.) revêtus ou non de pouvoirs locaux? Est-ce, simplement, que le fait pur et simple de la dissolution de ce gouvernement rendit à ces possessores, potentiores, ceux de ces attributs dont, auparavant, ils s'étaient donné ou vu consentir l'exercice pour l'administration de leurs domaines et qu'avait annulés en eux la centralisation survenue? La seigneurie est-elle provenue de l'une ou de l'autre de ces deux sources? Si, plutôt, on veut chercher la vérité là où la probabilité se rencontre, elle réside peut-être dans l'action simultanée des deux causes. C'est dans une mesure non pareille, cependant. Il paraît indubitable que les faits se sont beaucoup prêtés à favoriser la première des deux. On peut aussi très plausiblement penser que si c'est à la seconde seulement que la seigneurie fut due, le trouble fit tourner à son profit plus d'un des débris de cette centralisation détruite.
En tout cas, l'autre tradition que la tradition latine, au sein de la France du moment, se révéla, il semble, dans l'institution définitive: la seigneurie. La seigneurie est assurément étrangère à la tradition latine. C'est l'association privée pourvue de la souveraineté entière. Elle se suffit à elle-même, elle est indépendante, elle règle sur ses nécessités à elle son organisme et son économie. Dans la vie intérieure, elle cimente
étroitement les personnes et les intérêts les uns aux autres, par une réciprocité d'engagements et de devoirs qui les rattache et les lient en groupes. Féodalité intime qui s'étend vite autour d'elle. Complète en soi seule, elle se relie à celles qui l'avoisinent. Par des engagements réciproques analogues elle s'unit aux groupes environnants afin d'en former avec eux d'autres qui aient plus d'importance et qui, ne voyant nul intérêt public en dehors d'eux, ont respectivement l'ambition pour passion naturelle, la défense par suite pour prévision permanente. Après, des rois surgissent d'elles ou bien parviennent à se constituer soit leur chef, soit leur maître, cause non moins agissante de rivalités et de luttes. Longtemps néanmoins ces groupes associés comptent autant de centres principaux qu'il s'en est formé de capables de s'assurer une individualité solide.
Quand la seigneurie féodale s'installa en France, les éléments germains venaient d'être ravivés. Ne faudrait-il pas dire qu'elle leur emprunta ses institutions civiles? De la tradition romaine et carolingienne elle ne garda guère que les attributs de gouvernement. En tout cas, ce sont les effets civils qui importent ici; ils furent les suivants. La propriété, elle en fit l'attribut d'une classe particulière, la classe des seigneurs, et elle établit pour les autres classes la dépendance dans les manières de la détenir et de l'exploiter; cela