‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 72 sur 115 · Introduction, p · texte numérisé non relu

Introduction, p

lés Grands Jours de Louis XIV; aussi, ont-ils motivé les mêmes débats au sein du parlement de saint Louis, dans les cours judiciaires ou parmi les feudistes du dernier siècle. Tant qu'ils durèrent à un degré quelconque, ils ne furent pas un jour sans produire des effets semblables et sans exciter les mêmes plaintes, les mêmes procès, les mêmes soulèvements dans toutes les provinces de France'.

Ce sommaire exposé des rapports de la seigneurie avec le vilain, explique que le vilainage ait été pris souvent pour la condition serve, et plus d'une fois confondu avec elle jusqu'à une époque peu ancienne. Sous la dénomination générale de serfs, les travaux historiques antérieurs aux découvertes modernes de l'érudition entendent communément tout le personnel soumis à la seigneurie féodale. Et effectivement, si l'on ne faisait pas acception de la différence radicale mise entre les deux états de serf et de vilain par l'absence ou la possession de la personnalité civile, si Ton oubliait un moment qu'en' principe le serf était un instrument auquel la tolérance ou le progrès des choses avait attribué certains seulement des droits de l'homme libre, on ne trouve-

I . On peut voir dans Joinville comment, pendant qu'il était aux Croisades, ses possessions mêmes avaient été victimes des abus de ses agents. — Cf. Championnière, Cours d'eau, pp. 882, 508, 514 atpassim» — 0//w, 1. 1, p. 21, n© 20.

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rait guère de raisons pour distinguer l'un de l'autre. En voyant comme asservi de fait le vilain, homme libre lui dans toute la force juridique du mot, en voyant les redevances assises sur les résultats de l'activité respective du vilain et du serf, après tout si peu disseniblables, on* les confondrait naturellement.

On serait surtout autorisé dans cette confusion à partir du xiv« siècle. Il n'y a plus guère alors de différence bien apparente entre ce qui est exigé du serf et ce qu'on impose au vilain. Par suite des conquêtes civiles que le servage a faites, ou bien parce que les deux seigneuries domaniale et fiscale sont entrées l'une dans l'autre, elles se sont à peu près partout emprunté leurs attributs utiles et ont mêlé les prestations vilaines aux services des serfs. Mais la similitude n'est qu'extérieure. Jusqu'à la fin, le serf dut de certaines garanties à sa condition passive, à son irresponsabilité. Il dut à ces garanties le désir de s'élever à l'état de libre, il leur dut aussi des moyens de le faire. Placé sous l'unique dépendance de la propriété, il fut toujours abrité par la nécessité imposée à celle-ci de protéger, de ménager son instrument de revenu. L'exaction, en ce qui le concernait, les exigences outrées devant amener la diminution du produit, il devint vite évident qu'à plus de liberté, autrement dit à de meilleurs rapports économiques, correspondraient plus

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d'énergie et plus de fruits. Son travail, trouvant plus de respect, lui rendit progressivement aisé Texhaussement de sa condition. Le vilain, au contraire, astreint à des prélèvements sans cesse accrus, sujet d'un fisc qui, toujours plus jntéressé, reconnut à l'extrême limite seulement, au delà même de cette limite, l'utilité de borner ses exigences, de respecter dans les avantages réalisés déjà la source même de ses cens, le vilain eut une situation et des devoirs bien autrement difficiles, en conséquence un bien autre mérite en améliorant son état.

Le contraste entre les serfs et les vilains reste par là bien marqué. A ne point le voir, on apprécierait très inexactement, d'une part les rapports entre l'œuvre rurale et ses personnes au moyen âge, d'autre part les conditions de la vie dans l'état social d'alors. Manière d'être, activité, efforts, résultats, stimulants, ces éléments essentiels des choses changent selon que l'on a affaire à l'une ou à l'autre des deux situations serve ou vilaine.

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