COLONAT ET ESCLAVAGE
presque avec. autant de rigueur que l'avait fait pour lui le régime quiritaire. Les personnes des autres classes qui conservèrent ou qui conquirent la qualité de libres, elle les rendit ses sujets et ses contribuables, et à leur égard elle fut un souverain n'obéissant à aucune autre autorité que la sienne. Quant aux personnes restées ou devenues non-libres, ce souverain ne voulut avoir,- relativement à elles, que des lois arbitraires. Dans la servitude toute réelle dont bénéficiait auparavant le colon en tant que possesseur de domaines, fut introduite toute la portion de servitude personnelle qu'exigea rutilité,que commandèrent les nécessités économiques, et qui fut en rapport avec les notions morales : de là le servage. Sous la dénomination de ^éî// exista dès lors une personne limitée quant aux droits de famille, de propriété, de- transmission ; elle fut rivée à la terre et ne la put quitter; à ce titre, on la dénombra, elle, sa progéniture, ses acquêts, comme choses de la fortune immobilière du seigneur ou du maître.
• Les difficultés qui imposent aux sociétés' commençantes de rendre strictes leurs lois civiles et leur discipline n'ayant pas manqué, le servage, relativement à l'état où vivaient les personnes non-libres quand il fut établi, paraîtrait donc une aggravation de la dépendance. Aux apparences, on dirait qu'il approche alors de l'esclavage, qui l'avait précédé. Mais il trancha par quelque chose
qui lui est propre et que fait ressortir son histoire, par un .envahissant instinct d'individualité résultant de sa condition juridique elle-même. L'individualité, en effet, était en lui le principe, le moteur intime et restait, à tous les degrés, le ferment de Tordre social et politique nouveau.
En fait, autant que les choses d'un même pays et d'un même peuple puissent changer après une radicale solution de continuité politique, tout ce qui intéresse l'histoire de la propriété foncière et des classes dont elle est l'objet changea dans ce sens, à raison du classement des personnes et des choses qu'établit* la seigneurie. On dirait que tout recommence et sur d'autres données. Le développement social a lieu désormais selon des directions, des formes, des lois différentes de celles d'auparavant. Les contemporains euxmêmes nous l'apprennent, A un siècle et demi seulement depuis la féodalité, on avait perdu le souvenir des manières d'être antérieures. Vers l'an 1000, un moine rassemble et recopie les titres de Saint-Père de Chartres ; il consigne au premier feuillet que les situations, les devoirs, les liens, les mots de la langue, tout est autre que précédemment dans ce qu'il transcrit : a . . . rolli « conscripti ab antiquis... habuisse minime « ostendunt illius temporis rusticos has consue- « tudines in redditibus quas moderni rustici in hoc (c habent tempore dignoscuntur habere, nec ne