‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 91 sur 115 · I. Tit. VI, art · texte numérisé non relu

I. Tit. VI, art

CONDUCTIONS DIVERSES 247

ter la tenure quand il lui plut. En Auvergne, ce fut aux conditions communes du déguerpissement; en Bourgogne, moyennant l'abandon du tiers de ses biens mobiliers, et jusqu'aux deux tiers quand sa retraite (on l'appelait là désaveu) était démontrée faite pour préjudicier au seigneur. Habituellement, d'ailleurs, chaque contrat particulier eut en ce point ses prévisions spéciales : dans les mainmortes des vais de Morteau et de Saugeois le tenancier pouvait, notamment, en quittant la terre, vendre la maison qu'il y avait bâtie, et on le conduisait, lui et ses meubles, tantôt aux limites seulement de la seigneurie, tantôt aux lieux mêmes de sa résidence nouvelle, tantôt l'espace d'un jour et une nuit, dans quelque direction qu'il allât'.

En Bretagne, dans le xvii^ siècle (1611), les quevaisiens refusaient de dissoudre leur contrat, et les congéables qui dépendaient du roi, libérés sous certaines conditions de toute mainmorte par des décisions réitérées % évitaient de jouir de ces avantages. Au rapport de Dunod, de Bouhier, d'autres historiens récents même, des faits semblables ont eu lieu en Bourgogne; on a cité déjà souvent ce fait, contre lequel s'est tant élevé

1. Voir Clerc, ubri suprà. Cf. les coutumes de Romain-Moutier , dans les Mém. de la Soc. de la Suisse Romande. •

2. Lettres de 1556, 1557, 1604, en vue d'accroître les droits de mutation.

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Dumoulin, que des cultivateurs libres de Normandie et de Picardie, fuyant les exactions de leurs seigneurs, étaient allés en son temps chercher refuge sous les conductions mainmortables de cette dernière province. Colbert enfin constate des faits pareils chez lui. Si cette faveur, pour des situations certainement très dépendantes, n'atteste en rien leur nature libre ou non-libre, puisqu'on a vu le ser\'age en être semblablement l'objet à cause des vices économiques de sa date, du moins peut-on y prendre la présomption que la personnalité se trouva aussi garantie, dans ces situations, que les besoins le comportaient, étant resté facile au tenancier de l'aller demander aux autres conductions libres.

Différente se montre la part d'indépendance en chacune de ces mainmortes. Si l'on voulait avoir des faits sociaux plus qu'une idée générale, il faudrait les examiner chacune sous ce point de vue spécial. Il me semble, toutefois, qu'à cet égard, on peut classer à l'échelon inférieur les mainmortes de l'Est et du Centre, au-dessus les métayages ou locatairies perpétuels, au plus haut les domaines congéables de Rohan. Dans ces derniers, en effet, outre la faculté de vendre, outre que les chances d'expulsion encourues par le tenancier, ne sont pas sans prouver une certaine force, on trouve le paiement en argent ' ; c'est la

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