LA CHRYSALIDE
formé des ramifications qui s'étendentdans tout le corps; la circulation est devenue régulière et dirigée d'avant en arrière; les muscles du futur papillon se sont formés et, chez les femelles, les coques des œufs se sont durcies.
Sous l'enveloppe brune de la chrysalide, il s'est formé une autre pellicule chitineuse recouverte de poils écailleux, et qui accuse toutes les formes déiinitives du papillon; celui-ci est bientôt complètement formé et prêt à briser son enveloppe et à sortir du cocon, à l'abri duquel cette merveilleuse métamorphose s'est opérée.
Mais, avant de décrire l'insecte ailé, il nous faut étudier les actes physiologiques qui s'accomplissent pendant la vie de la chrysalide. L'enveloppe du cocon est très perméable aux gaz, et, malgré son inertie apparente, l'insecte vit ; il respire, il assimile et sécrète certaines substances, et il est sensible à l'action de la température. Toutes ces choses doivent donc être connues du sériciculteur; il devra en tenir compte pour la conservation des cocons, surtout pour ceux réservés au grainage.
Respiration. — Réaumur, renouvelant sur les chrysalides les expériences qu'il avait faites sur les vers, a constaté qu'en immergeant des chrysalides dans J'eau on voyait bientôt des bulles d'air s'échapper des stigmates antérieurs, et qu'en raréliant l'air au-dessus du vase on accélérait la sortie des bulles. La sortie des gaz ne s'effectue donc plus ici par toute la surface de la peau, comme chez le ver, mais seulement par les stigmates qui servent à la fois à la rentrée et à la sortie de l'air.
Réaumur a remarqué, en outre, qu'en plongeant dans l'huile les moitiés antérieures de plusieurs chrysalides elles périssaient toutes au bout de peu de temps. Tandis que, si on plonge leurs moitiés postérieures, les chrysalides n'en souffrent pas, même après un séjour d'une heure, à moins qu'elles ne soient trop jeunes. Par conséquent les stigmates antérieurs fonctionnent seuls; les autres se sont fermés rapidement après la mue.
Regnault et Reiset ont établi que 1 kilogramme de chrysalides absorbaient pendant une heure 242 milligrammes d'oxygène, dont les 0,639 auraient servi à former de l'acide carbonique.
Ces chiffres n'ont, bien entendu, rien d'absolu; nous avons signalé, à propos des vers, les causes qui rendaient les expériences de Regnault et Reiset légèrement défectueuses ; de plus, ces chiffres doivent varier suivant l'âge des chrysalides sur lesquelles on opère.
En ce qui concerne les fonctions respiratoires, il est certain que la chrysalide est beaucoup plus délicate que la larve. Si on entasse des cocons dans un espace restreint hermétiquement clos, on voit d'abord la masse s'échauffer considérablement, puis les chrysalides périr par asphyxie. La plupart des gaz et vapeurs sont très nuisibles aux chrysalides; on peut les tuer rapidement en soumettant les cocons à des vapeurs d'acide sulfureux, d'ammoniaque, d'acide sulfhydrique, de sulfure de carbone, de camphre, d'alcool, etc.. La fumée du tabac leur est très nuisible.
Les chrysalides exhalent non seulement de l'acide carbonique, mais aussi de la vapeur d'eau. En enfermant des chrysalides dans des tubes de verre scellés, Réaumur a vu, au bout de peu de temps, des gouttelettes d'eau se déposer à l'intérieur des tubes.
Perte de poids. — Tous les sériciculteurs savent bien que les cocons, une fois terminés, subissent une perte de poids journalière, et, puisque le poids de la coque soyeuse reste constant, cette perte de poids provient de la respiration et de l'exhalation d'eau chez la chrysalide.
Quajat a étudié à la station séricicole de Padoue, pour plusieurs races, les pertes de poids journalières subies par les cocons. Nous reproduisons ici quelques-uns des résultats qu'il a trouvés (1).
(1) Verson et Quajat, // Filugello e Varie sericola, p. 404 et 405.
LA GHRYSALIDB.
Japonais verts Padoue,
montée le !•' et 2 juin,
319 cocons pesant 400 grammes.
Perte de poids des cocons.
juin.
Bivoltins blancs,
montée le 30 et 31 mai,
50â cocons pesant 400 grammes.
7 juin 400.0
15 — sortie des papillons.
— sortie des papillons.
Perte totale.
Pour 1 kilogramme.. 55 gr. | Pour 1 kilogramme.
41 gr.
Brianzoli,
montée des vers le 15 juin,
200 cocons.
gr.
l«'juillet 295,0
5 — sortie des papillons.
18 juin.
Japonais verts,
montée des vers le 19 juin,
£00 cocons.
22 juin 237,0
lerjuillit
229,0 224,5 221,5 220,5 218.5 217,0 215,0 213,0 210,0 204,5 195,5 192,0 5 — sortie des papillons.
Pour 1 kilogramme .
Perte totale, 233 gr. I Pour 1 kilogramme. 189 gr.
116 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MORl ».
Il ressort de ces différents chiffres que la perte totale pai* kilogramme est d'autant plus forte que la race est plus grosse et que, toutes choses égales d'ailleurs, la durée de la vie à l'état de nymphe est plus considérable pour les grosses races que pour les petites.
Influence de la température. — La température exerce une influence sur l'activité vitale de la chrysalide. Cornalia a constaté qu'à 10 et 12*» C. les chrysalides subissaient un airêt complet dans leur développement, pour ne se transformer en papillons qu'au printemps suivant, et qu'elles pouvaient vivre jusqu'à un an si on les maintient à une température de 2° C. M. Raulin a constaté qu'à une température de 0° elles périssaient au bout de quatre mois, mais qu'elles pouvaient supporter des froids beaucoup plus intenses lorsque la durée n'en était pas prolongée.
Le D^ Colosanli a exposé des cocons âgés de dix à douze joui's à un froid de — 10" pendant quarante-huit heures et, en les réchauffant progressivement à 20®, la sortie des papillons s'est effectuée au bout de vingt-cinq jours.
Ces phénomènes n'ont d'ailleurs rien de bien surprenant, puisque, à l'état de liberté, des nymphes de Bombyx analogues résistent l'hiver à des froids rigoureux pour se transformer en papillons aux premiers jours de chaleur. A une température de 20 à 25°, les chrysalides de nos races indigènes deviennent papillons au bout de vingt à vingt-quatre jours. A 30 à 35", si on a soin de maintenir l'air légèrement humide, on obtient des papillons au bout de quinze à dix-huit jours.
Si la température s'élève à 55 et 60°, les chi7salides sont tuées après dix heures de séjour. A partir de 75°, elles sont tuées très rapidement. Cette action de la température élevée est utilisée pour l'étouffage, comme nous le verrons.
On voit qu'il y a une très grande analogie entre les effets de la température sur les chrysalides etsur les œufs.
Lorsque le moment de la transformation en papillon approche, la peau de la chrysalide devient moins adhérente ; elle est plissée et comme flétrie, surtout dans la partie abdominale; la plaque blanchâtre de la tête est «ncore plus apparente ; les yeux sont plus noirs et plus saillants.
La sortie des papillons, comme Téclosion des vers, a lieu surtout le matin de quatre à huit heures.
La peau de la \ chrysalide se fend sur la tête et sur la ligne dorsale; le papillon se dégage de cette enveloppe au moyen de ses pattes et se fixe contre le sommet du cocon ; il excrète alors le liquide contenu dans le jabot pour amollir les brins de soie ; il écarte avec ses pattes les iils du cocon à droite et à gauche et passe la tête, puis la première paire de pattes, avec lesquelles il cherche un point d'appui sur les objets voisins. Après quelques instants d'efforts, il est complètement dehors ; toute la surface de son corps est humide; les ailes épaisses et courtes paraissent atrophiées.
Aspect extérieur. — Mais bientôt les écailles qui recouvrent le corps se sèchent ; l'animal inspire l'air par les stigmates et le refoule dans les trachées ; on voit alors les ailes se déplier, s'amincir et s'allonger sous l'effet ■de la pénétration de l'air. Le jabot vidé se remplit d'air, ainsi que toutes les trachées. Le papillon évacue par l'anus le liquide généralement rouge brun contenu dans la poche caicale.
Les papillons femelles restent à peu près immobiles ; les mâles, au contraire, s'agitent, battent des ailes et tournent en tous sens à la recherche des femelles.
Le papillon a tout le corps recouvert de poils écailleux, généralement blancs, qui sont le prolongement des cellules épidermiques. Les mâles ont- sur les ailes des
bandes plus foncées, el le duvet qui recouvre le corps est quelquefois de couleur cendrée. On trouve des races à papillons noirs, les mâles étant très foncés et les femelles un peu plus claires ; quelquefois aussi on voit des papillons couleur froment.
Le corps du papillon se divise en trois fragments principaux : la tête, le thorax et Vabdomen,
La tête. — La tête (fig. 12 et 13) a une forme ovoïde, et.
Fig. 12. — Femelle pondant, Bombyx du mûrier.
Fig. 13. — Papillon mâle, Bombyx du mûrier.
sur les faces latérales, on remarque les yeux. Ceux-ci sont constitués par plus de 10 000 hexagones réguliers, juxtaposés, et dans lesquels sont enchâssés autant de petites cornées dont le diamètre est de 1/35 de millimètre; sous
chacune de ces cornées se trouve un cône transparent appelé cristallin, entouré d'une gaine; au-dessous se trouve la rétine, puis une matièi-e noire, la choroïde ; enfin, au-dessous, se trouvent les ramifications des nerfs optiques, qui vont aboutir à chaque sommet des cristallins.
Les antennes sont insérées au-dessus et en arrière des yeux; elles sont formées chacune par une tige légèrement recourbée en arc, composée de 30 à 40 articles, qui vont en diminuant de la base au sommet et qui émettent chacun une paire de prolongements creux garnis de poils. Les articles des antennes forment un canal qui contient des muscles, des trachées et un nerf spécial.
Les antennes sont les organes de Fodorat. Les mâles perçoivent la présence des femelles à une assez grande distance et se dirigent immédiatement vers elles. Cornalia a constaté qu'en supprimant les antennes à des mâles ces derniers ne s'apercevaient plus de la présence des femelles, même assez rapprochées. Les antennes sont plus fortement pectinées chez les mâles que chez les femelles.
Entre les yeux et un peu au-dessous, on voit un petit repli charnu, vestige des lèvres, et au-dessous deux proéminences qui étaient les mâchoires; enfin, à la partie inférieure de la tête, deux petits palpes biarticulés, qui remplacent les palpes labiaux.
Le thorax comprend trois anneaux distincts : le prothorax, le mésothorax et le mélathorax.
Sur le prothorax, qui est indépendant et possède une mobilité propre, on remarque une paire de stigmates et la première paire de pattes, dont les hanches sont bien séparées du tronc et ont leur mouvement indépendant.
Le mésothorax et le mélathorax sont soudés l'un à l'autre et portent chacun une paire d'ailes et une paire de pattes ; mais, dans ces pattes, la hanche n'est pas distincte ; elle est incorporée à la masse des deux anneaux.
Les six pattes sont articulées, et, dans chacune, on dis-
120 ANATOMIE ET PHYSI0..0G1E DU « BOMBYX MOBI ».
tingue, outre la hanche^ le trochanter, le fémw\ le tibia et le tarse^ divisé en six articles dont le dernier comprend deux griffes, entre lesquelles on distingue une petite pelotte sur laquelle la patte s'appuie.
Les ailes de la première paire s'insèrent sur le mésothorax, et on remarque, à leur point d'insertion, une petite lanière courte, les paraptères.
Fig. 14. — Ailes gauches d'un papillon mâle. — A, paraptère ; B, crin.
Les ailes antérieures sont les plus grandes ; elles ont une forme triangulaire allongée (fig. 14).
Les ailes postérieures sont plus courtes et ont une forme plus arrondie ; on remarque à leur point d'insertion sur le métathorax un petit prolongement en forme de crin, chez les mâles, et une sorte de petit moignon, chez les femelles.
Au repos, les ailes sont le plus souvent à plat en forme de toit très obtus, la première paire recouvrant le bord antérieur de la deuxième. Elles sont quelquefois relevées verticalement et comme collées l'une à l'autre ; les mâles,
lorsqu'ils cherchent à s'accoupler, les agitent très vivement. On voit quelquefois, le cas est cependant assez rare, des mâles voler à une certaine distance.
L'abdomen se compose de neuf anneaux unis par une membrane assez délicate; les sept premiers sont pourvus de stigmates. Dans chaque anneau, les parties posté-, rieures ou tergales sont résistantes, tandis que les flancs et les parties sternales le sont moins. Chez les mâles, les anneaux sont rentrés l'un dans l'autre, tandis que chez les femelles, avant la ponte, les membranes sont très distendues par les œufs. A ce moment, on peut distinguer à première vue un mâle d'une femelle. Après la ponte, les parties abdominales présentent le même volume chez les deux sexes.
Mais une différence très sensible subsiste dans les deux derniers anneaux.
Chez les mâles, le huitième anneau a, à sa partie antérieure, une plaque chitineuse très dure, dont le bord externe, légèrement aigu, présente deux saillies; de l'autre bord, celte plaque est munie aussi de deux dents tournées en dehors de façon à protéger le neuvième anneau. Ce dernier, qui est l'anneau terminal, possède la propriété de se rétracter complètement dans le huitième anneau ; il entoure les organes de la copulation et l'orifice anal abrités sous une pièce chitineuse bilobée ; plus bas se trouve un autre orifice d'où sort la verge protégée par une ceinture osseuse qui forme le sternum. Ce sternum comporte deux appendices en forme de corne, crochets copulateurs, qui sont mobiles et dont le mâle se sert pour s'accrocher à la femelle dans l'acle de Faccouplement.
Chez les femelles, le huitième anneau n'offre rien de particulier ; il est réuni au septième du côté tergal, mais reste libre du côté sternal.
Le neuvième anneau a son sternum formé parune plaque de chitine échancrée sur la ligne médiane. Cette plaque
se recourbe par-dessus, de façon à protéger un espace circulaire dans lequel se loge un bourrelet charnu de forme conique, quiestla terminaison deToviducte. Autour de ce bourrelet charnu, la peau est mince et plissée ; quand le sang y afflue, il se forme deux ampoules transparentes débordant de chaque côté de l'oviducte. On observe surtout cette turgescence avant Taccouplement. L'extrémité deToviducte est fendue verticalement; c'est par cette fente que sortent les œufs. Au-dessous débouche Torifice anal.
Toute la surface du corps du papillon est, comme nous l'avons dit, recouverte de poils écailleux, sortes de petites plaquettes chitineuses de forme variable et plus ou moins denticulées. Sur les ailes, elles s'imbriquent régulièrement comme les tuiles d'un toit ; sur le reste du corps, elles sont disposées plus irrégulièrement.
Structure intérieure. — Le papillon ne prenant aucune nourriture, le canal digestif n'a plus pour fonction d'assimiler les substances consommées. L'œsophage est entouré du sac à air à parois musculeuses, qui, par son gonflement, facilite l'expulsion des matières contenues dans la poche csecale et dans les organes reproducteurs. La poche stomacale, dont le volume est très réduit chez les sujets sains, communique avec l'intestin par un sphincter. Les parois de cette poche sont parcourues par les ramifications des trachées.
L'intestin, de forme tubulaire, reçoit tout près de l'estomac les deux tubes excréteurs des six vaisseaux urinaires, tubes de Malpighi, qui sont contournés^ s'étendent jusqu'à la partie inférieure de l'abdomen, et sécrètent des urates d'ammoniaque, de soude et autres, que l'intestin amène dans la poche caecale. Cette poche pyriforme, dont les parois musculeuses logent des glandes spéciales, renferme les urates sécrétés par les tubes de Malpighi et un liquide généralement rouge brun ; tout son contenu est éliminé par l'anus.
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Fig. 15. — Système nerveux du ver h. soie. Système nerveux de la tête, grossi hors de proportion pour le comprendre mieux. — AA, lobes du ganglion sus-œsophagien ; B,deuxième ganglion (premier sous-œsophagien) ; G, troisième ganglion ; D, ganglion impair frontal ; E, E, premiers ganglions splancniques pairs ; F, F, deuxième paire de ganglions splancniques (Gornalia Mo/io^?'a/'/a del Bombice del Gelso).
De chacun des stigmates partent des trachées qui se ramifient à Pinfini de façon à maintenir tous les organes en place et à leur fournir l'air nécessaire.
Le vaisseau dorsal part de la tête, longe l'œsophage jusqu'au mésothorax ; là il se relève et aboutit dans une poche assez large. Cette poche joue le rôle de cœur ; elle a en effet de véritables pulsations que Ton peut apercevoir en enlevant les écailles sur cette partie du corps. En sortant du cœur, le vaisseau dorsal descend brusquement pour se relever aussitôt et suivre dans la partie abdominale la ligne dorsale, jusqu'à sa terminaison dans le si;cième anneau.
Le système nerveux [fig. 16) est constitué par une chaîne de ganglions. Dans la tête se trouvent deux ganglions : supra-œsophagien et sub-œsophagien, reliés par le collier œsophagien.
Le ganglion supra-œsophagien, appelé aussi cerveau, est très volumineux ; ses parties latérales forment les nerfs optiques. 11 émet aussi en avant deux proéminences d'où partent les nerfs des antennes et deux petits filets nerveux venant aboutir au ganglion frontal.
La chaîne nerveuse forme, dans le prothorax, un ganglion assez volumineux et, dans le mésothorax, un très gros provenant de la fusion des deux ganglions qui existaient chez la larve dans les deuxième et troisième anneaux. Ces ganglions émettent des ramifications qui vont aboutir aux muscles moteurs des ailes et des pattes.
Dans la partie abdominale, la chaîne nerveuse présente cinq ganglions logés à la face ventrale des deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième aryieaux; un grand nombre des fibres musculaires transversales viennent s'insérer sur celle chaîne et lui impriment 'des mouvements d'oscillation de droite à gauche et de gauche à droite.
Le système musculaire est composé de rubans insérés immédiatement sous la peau et allant d'un anneau au
^ .„x de la chrysalide et du papiH""^ Fie 16 - Système nerveux ^e £^^ ^^^^^^^ indiquent
suivant; il comprend aussi des muscles tran verses, des muscles moteurs et la masse musculaire de Tabdomen.
Les glandes soyeuses sont complètement atrophiées et représentées par deux petites masses rougeâtres, situées de chaque côlé de Testomac, qui sont les gaines des glandes soyeuses vides et repliées sur elles-mêmes.
Les tubes excréteurs et la filière ont disparu.
Organes reproducteitiis mâles. — A l'intérieur du quatrième anneau abdominal se trouve les deux testicules, corps réniformes d'une longueur de 3 millimètres, qui sécrètent le sperme. Celui-ci est évacué par les deux tubcà déférents qui partent chacun de la partie centrale du testicule et, après de nombreux replis, forment un ronQement appelé vésicule séminale. Ces deux vésicules sont accolées Tune à l'autre; elles ont 3 à 4 millimètres de longueur ; elles reçoivent le sperme et les sécrétions des glandes accessoires, produits destinés à délayer les cellules spermatiques.
Des vésicules séminales part un conduit éjaculaleur unique, terminé par un bout rigide pouvant saillir au dehors, appelé pénis ou verge. Ce pénis est un petit tube cylindrique de 1™™,5 de longueur et de I/o'' de millimètre de diamètre. Il est terminé par un évasement triangulaire.
Organes reproducteurs femelles (fig. 17). — Les organes reproducteurs sont un peu plus compliqués chez la femelle. Les huit tubes ovariques to sont divisés en deux groupes de quatre venant aboutir dans les deux oviductes ovd. Ces deux oviductes, après un trajet court, 2 à 3 millimètres, se réunissent en un seul vg, terminé à l'extérieur par le bourrelet conique, dont nous avons parlé ; mais dans ce trajet l'oviducte reçoit : 1° sur le c5té droit, le canal de la poche copulatrice 6c, laquelle communique d'autre part avec l'extéiieur ; 2° en face et à gauche, le canal d'une vésicule appelée vésicule séminale accessoire rs, laquelle ne communique pas avec
l'extérieur ; 3<> un peu plus bas et du côté dorsal, le canal qui amène le produit de deux glandes spéciales, appelées glandes mucipai*es gm^ qui émettent le vernis dont l'œuf sera revêtu au passage.
La femelle a donc trois ouvertures terminales qui sont de haut en bas : celle de Tanus, de Toviducte et de la bourse copulatrice, tandis qu'il n'y en a que deux chez le mâle : l'anus et l'orifice du pénis.
Accouplement. — Le mâle cherche avec ardeur une femelle, et, sitôt qu'il l'a trouvée, il agite vivement ses ailes, tord son abdomen tout en tournant autour d'elle, jusqu'à ce qu'il soit arrivé à fixer ses crochets copulateui^ contre les parois de l'anneau terminal de la femelle. Le pénis pénètre alors dans la poche copulatrice, où s'écoule et s'accumule la liqueur spermatique. Cette poche copulatrice renferme tout un système particulier d'invaginations de la cuticule, qui oblige le sperme, entré par l'orifice externe, à accomplir des contours variés avant de déboucher dans l'oviducte, d'où il se rend par un conduit spécial dans la vésicule séminale accessoire rs. Cette vésicule a plusieurs membranes internes et un prolongement glandulaire. 11 est permis de se demander si, en Idéalité, cet organe n'accomplit pas des fonctions plus importantes que ne semble l'indiquer son nom.
Au moment de la ponte, les tubes ovariques sont très
Fig. 17. — Organes reproducteurs femelles. — to, tubes ovariques ; ovd, oviductes ; vg, vagin ; rs, vésicule séminale ; 6c, poche copulatrice ; gm, glandes mucipares ; of, œuf fécondé. Gross. : 5 : 1.
(Verson et Quajat.}
distendus et contiennent des œufs parfaitement formés, sauf à leur origine même, où Ton trouve des amas de cellulles qui n'arriveront pas à se développer à l'état d'œuf. On compte jusqu'à cent œufs dans chacun des huit tubes ovariques. Les œufs descendent dans ces tubes un à un, puis dans l'oviducte, et arrivent ainsi jusqu'à la bifurcation des canaux de la poche copulatrice et de la vésicule séminale accessoire. C'est là que les spermatozoïdes, venant de la vésicule séminale, pénètrent dans l'œuf parle micropyle, et la fécondation s'accomplit. L'œuf, continuant sa course, est revêtu aussitôt de la matière gommeuse ou vernis sécrété par les glandes mucipares ; il est alors expulsé, la partie où se trouve le micropyle sortant toujours la dernière.
Durée de l'accouplement. — A la température normale de 25° C., l'accouplement se prolonge souvent très longtemps, et, si on laissait faire le mâle, il resterait souvent accroché jusqu'à la mort de la femelle, ou ne l'abandonnerait qu'épuisée et incapable d'expulser la totalité des œufs de son oviducte. Il est donc, dans la pratique, très utile de désaccoupler au bout de quelques heures.
Cornalia a constaté qu'à 24° C. et après une heure d'accouplement la poche copulatrice avait reçu 7™k,9 de liqueur spermatique, ce qui correspondrait à plus de vingt millions de spermatozoïdes, quantité plus que suffisante pour féconder tous les œufs d'une femelle. En effet, tant Cornalia que MM. Verson etQuajat, à la station séricicole de Padoue, ont obtenu des œufs parfaitement fécondés après un accouplement d'une demi-heure à 24° C.
La durée de l'accouplement doit varier suivant la température. Il faudra le prolonger plus longtemps à 18 ou 20° C. qu'à 24 ou 25° C. Si la température s'abaisse au-dessous de 15° C, l'accouplement n'a pas lieu; les mâles paraissent indifférents à la présence des femelles.
Un mâle peut servir à la fécondation de plusieurs
femelles. Ce nombre dépend naturellement de la vigueur du mâle ; pratiquement, il est bon de ne pas faire servir un mâle plus de trois fois.
On n*a jamais pu observer de différences entre les vei*s provenant d'œufs fécondés par des accouplements de durée variable, pas plus qu'entre ceux provenant d'un premier ou deuxième accouplement.
Respiration. — Le papillon vit au dépens de ses .réserves, du tissu graisseux notamment, et évacue des excréments liquides très riches en acide urique ; mais il respire activement, absorbant l'oxygène et exhalant de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau. Cette respiration se fait par les stigmates; elle est d'autant plus active que la température est plus élevée.
MM. Verson etQuajat, à la station se ricicole de Padoue,. ont obtenu les chiffres suivants, comme quantité d'acide carbonique produit pendant une heure pour 1 kilo de matières vives (1) :
Papillons femelles, le»" jour de la vie 0,4871
— — 5« après la ponte de tous les œufs. 1,4958
L'activité respiratoire est donc très intense.
Durée de la vie. — Le papillon, lorsqu'il est sain, vit tant qu'il n'a pas épuisé toutes ses réserves. Cette durée de la vie varie suivant les races. D'une façon générale, elle est plus considérable pour les grosses races que pour les petites. A la température de 25° G., les petits papillons des races chinoises et japonaises ne vivent que cinq à six jours, tandis que ceux des grosses races (Bagdad, gros-
(1) Verson et Quajat, // Filugello, p. 281.
!30 AiNATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MORI ».
Var, etc.), vivent jusqu'à douze jours. Les petites races ont plus d'activité, dépensent plus et ont moins de réserves que les grosses.
Influence de la température. — La température a une influence sur la durée de la vie. Nous avons vu des papillons éclos en novembre d'un élevage automnal vivre jusqu'à quarante-cinq jours.
Si on prend des papillons d'un même lot et éclos le même jour et qu'on les divise en deux parties : l'une, maintenue à 25 ou 27° C, aura le dixième jour la plus grande partie des papillons vivants ; l'autre, portée dans une chambre chaude à 35 ou 36° C, aura presque toi s les papillons morts le cinquième jour. On ne constatera aucune différence dans la qualité des graines obtenues. Les papillons peuvent subir, sans périr, un froid assez intense pendant un temps limité. Le D' Golosanti a placé des papillons à une température de — 10° C. et a vu leur corps se durcir; en les réchauffant ensuite lentement, ils ont repris l'état normal et se sont accouplés.
Au-dessous de 10° C, les fonctions vitales paraissent suspendues. D'une façon générale, l'augmentation de température active les fonctions vitales en diminuant la durée de la vie. A 75° C, les papillons ne tardent pas à périr par suite du dessèchement de tous leurs tissus.
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