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II. - LA FLAGHERIE

Avant les travaux de Pasteur, on avait bien distingué différentes formes dans le fléau qui dévastait les éducations; mais toutes étaient rapportées à une seule maladie, dont les symptômes et les caractères étaient mal définis et dénommée : la maladie,

« Dès l'époque des essais précoces de l'année 1867, je reconnus que le mal, du moins dans les départements de grande culture, n'était ni aussi simple, ni aussi compliqué qu'on le croyait communément ; que la cause des désastres devait être attribuée non à une seule, mais à deux maladies distinctes indépe7idantes, ayant chacune leur nature propre, toutes deux fort anciennes, la pébrine ou maladie de la tache, identique avec la maladie des corpuscules, et la maladie des morts blancs ou des morts

flats, maladies des tripes dans quelques localités, autrement dit Isi flacherie (I).»

Fig. 21 . — Vers atteints de llacherie sur la bruyère (d'après Pasteur).

Caractères extérieurs de la flacherie. — C'est généralement après la quatrième mue que cette maladie se

(1) Pasteur, p. 209.

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manifeste. Les vers, qui jusque-là étaient vigoureux et de belle apparence, deviennent languissants, refusent la nourriture, se traînent vers le bord des claies, où ils ne tardent pas à périr ; si on les touche, ils sont mous et flasques. Si la maladie sévit au moment de la montée, les vers morts restent suspendus aux brindilles (fîg. 21). Leur corps ne tarde pas à se décomposer et à prendre une couleur noire; il est rempli d'un liquide brun, qui dégage une odeur aigre et piquante tout à fait particulière.

Souvent une chambrée entière périt en vingt-quatre heures; d'autres fois, le mal progresse plus lentement, et les vers arrivent à faire leurs cocons et à se transformer en chrysalides ; mais alors la chrysalide se décompose en une bouillie noire. C'est ce qui produit les cocons fondus. Quelquefois même la chrysalide atteinte peut se transformer en papillon; celui-ci a le corps mou, l'abdomen plein de liquide brun noirâtre ; ses déjections ont la même couleur et salissent les toiles sur lesquelles les papillons sont placés pour effectuer leur ponte.

Nature de la maladie. — Pasteur a montré que la flacherie était due à une altération des fonctions digestives produite par le développement d'organismes que l'on rencontre dans le tube intestinal des vers atteints de flacherie, et jamais dans celui des vers sains.

Ces organismes sont de deux sortes :

i^ Des vibrions très agiles avec ou sans noyaux brillants à l'intérieur (flg. 22);

2° Des ferments en chapelets formés par deux, trois ou un plus grand nombre de petits grains sphériques de 1 millième de millimètre de diamètre (fig. 23).

Dans le premier cas, il se produit dans le tube digestif une véritable fermentation de la feuille ingérée. Les vibrions attaquent les parois du tube intestinal, qui, par suite, ne fonctionne plus; toute la matière contenue à l'intérieur se liquéfle et entre en putréfaction; la peau se

i42 Maladies des vers a soie.

plisse, et le ver meurt, présentant encore Tapparence d'un ver vivant. Mais bientôt les vibrions, continuant leur œuvre, perforent les parois du tube intestinal et se répandent dans tout le corps, qui devient mou. Tous les

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Fig. 22. — Vibrions de la flacherie (d'après Pasteur).

tissus se résolvent alors en bouillie ; la peau devient noire et laisse échapper, si on la touche, un liquide brun où les vibrions pullulent. Il est rare, dans ce cas, que la mort n'arrive pas avant la formation du cocon et la transformation en chrysalide. On ne rencontrera donc qu'excep-

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tionnellement des vibrions dans le corps de chrysalides ou de papillons vivants.

L'action des ferments en chapelets de grains est beaucoup plus lente. La fermentation des matières contenues

Fig. 23. — Ferment en chapelets de grains témoin de la maladie des morts flats (d'après Pasteur).

dans le tube intestinal entraîne moins rapidement la mort du ver, qui devient languissant, mais peut faire son cocon, se transformer en chrysalide et même en papillon^ si les ferments ne se sont développés que dans les derniers jours de la vie de la larve.

La Flacherie peut être accidentelle, — Toutes les fois

qu'une cause quelconque vient apporter des troubles dans le bon fonctionnement des organes de la larve, la flacherie peut se déclarer. Les causes les plus fréquentes sont celles qui proviennent du manque d'aération d'une température chaude et humide, du trop grand entassement des vers dans un même local, de la fermentation des litières, d'une température trop élevée, surtout au moment des mues, etc.

Nous savons que le ver doit exhaler par la surface de la peau une quantité d'eau considérable. Si cette exhalation ne se fait pas, la digestion devient difficile ; les ferments et vibrions répandus à profusion dans les poussières de l'atmosphère se développent rapidement dans le tube intestinal. Un simple changement dans la qualité de la feuille distribuée aux vers peut amener des troubles digestifs et par suite la flacherie. La distribution aux vers d'une feuille ayant subi un commencement de fermentation produit fatalement les mêmes effets. Pasteur a remarqué, en effet, qu'en examinant au microscope des feuilles fermentées et broyées, le champ du microscope présentait une infinité de ferments en chapelets de grains, tout comme le tube intestinal du ver malade (fig. 23).

Si on distribue aux vers de la feuille trop aqueuse^ comme est celle des mûriers taillés tous les ans, les vers sont obligés d'absorber inutilement et d'exhaler ensuite une grande quantité d'eau. Si l'équilibre n'est pas parfaitement établi, la flacherie peut se déclarer.

La flacherie est éminemment contagieuse, — Pasteur a déterminé la flacherie chez des sujets parfaitement sains en leur faisant absorber de la feuille souillée par des vibrions ou des ferments en chapelets de grains.

Le contagion a lieu uniquement par le tube digestif, le ver absorbant avec sa nourriture les poussières chargées de ferments et de vibrions récents ou anciens. Il faut, par conséquent, éviter non seulement le contact entre

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vers sains et vers malades, mais aussi empêcher les poussières contaminées d'arriver sur la feuille.

Contrairement à ce qui se passe pour les corpuscules, les ferments et les vibrions peuvent se reproduire d'une année à l'autre.

On devra donc désinfecter soigneusement tous les ans le local et le matériel qui ont déjà servi.

L'i flacherie est héréditaire, — Ce caractère héréditaire de la maladie a été mis en évidence par les expériences de Pasteur. Tous les reproducteurs choisis dans des lots atteints de flacherie ont donné des éducations décimées par cette maladie. Il faut donc surveiller avec grande attention, surtout au moment de la montée, toute éducation destinée au grainage et rejeter impitoyablement celles dans lesquelles les vers ne montent pas rapidement à la bruyère. En cas de doute, il est bon d'examiner le contenu de la poche stomacale de quelques chrysalides. Si on y rencontre des ferments en chapelets de grains ou très rarement des vibrions, ceux-ci entraînant la mort rapide du sujet, c'est qiie les vers étaient atteints de la flacherie, et le lot doit être éliminé.

Certains sériciculteurs, croyant mieux faire, recherchent les ferments et les vibrions dans les papillons morts depuis plusieurs mois.

A ce moment, la présence de ces organismes ne prouve absolument rien ; ils proviennent de la décomposition du corps des papillons conservés dans de mauvaises conditions. Cette recherche est pratiquée par bon nombre de sériciculteurs-graineurs, même par certains qui ont la prétention de n'appliquer que des méthodes modèles. Pasteur cependant avait déjà mis en garde les praticiens . contre cette cause d'erreur. Parlant de la présence possible des vibrions dans le corps du papillon, il dit :

« Je parle ici, bien entendu, de papillons qui montrent des vibrions étant encore pleins de vie ; je laisse de côté le cas de papillons conservés, morts dans un lieu humide, P. Vieil. — Sériciculture. 9

ou ,ce qui revient au même, réunis en masse épaisse dans un lieu quelconque. Les papillons peuvent alors pourrir à la manière de toutes les substances organiques mortes et se trouver remplis de vibrions. C'est là une putréfaction ordinaire, et ces vibrions ne peuvent être comparés aux vibrions de la flacherie, ni avoir la signification que nous venons d'attribuer à ces organismes dans les conditions précitées (1). »

De la résistance de certaines races à la flacherie. — Pasteur avait déjà remarqué que les races chinoises et japonaises étaient beaucoup plus résistantes à la flacherie que nos races indigènes ; il attribuait avec raison cette résistance à la brièveté de la vie de la larve de ces races. Les magnaniers ont également remarqué que, d'une façon générale, les races à petits vers sont plus résistantes à la flacherie que les races à gros vers. M. G. Coutagne nous en donne la raison : « Lorsqu'un ver devient plus grand, sa surface croit comme le carré de ses dimensions, et son volume comme le cube, en sorte que le rapport de sa surface à son volume diminue progressivement et que, dès lors, sa transpiration cutanée s'efl'ectue dans des conditions de plus en plus défavorables (2). »

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