III. — LA MUSGARDINE
Symptômes extérieurs. — La muscardine était connue bien avant les maladies dont nous venons de parler. Vallisnéri, vers 17?0, en signale les effets.
Les vers atteints meurent rapidement; leur corps devient mou et prend généralement une teinte rosée, puis durcit rapidement, devient comme pétrifié et se recouvre d'une moisissure blanche dans un milieu humide, sur les litières par exemple. Les vers peuvent
(1) Pasteuh, note 1, p. 230.
(2) G. Coutagne, Recherches expérimentales sur l'hérédité chez les vers à soie, p. 69.
LA MUSGARDINE.
être atteints à tout âge par cette maladie. S'ils le sont au moment de la montée, ils peuvent encore faire leur cocon ; la chrysalide meurt, puis durcit et se recouvre d'efflorescences blanches sous Teffet de l'humidité. Cette couleur blanche que prennent généralement les vers et les chrysalides et la dureté de leur corps ont fait donner aux vers atteints cette maladie les noms de : plâtrés, dragées, muscardins, etc. Les cocons qui contiennent les chrysalides mortes de muscardine sonnent en les agitant comme s'ils contenaient un petit caillou.
Causes de la muscardine. — Le D"* Bassi démontra vers 1835 que la muscardine était causée par un champignon parasite et que les spores de ce cryptogame qui forment les efflorescences blanches étaient les agents de contagion. Balsamo Crivelli étudia ce champignon, le rapporta au genre Botrytis et l'appela Botrytis Rassiana, en l'honneur de Bassi, qui l'avait découvert.
De nombreux chercheurs : Audouin, Guérin-Mènneville , Robinet, etc., s'adonnèrent à l'étude de la muscardine ; mais c'est le D"* Vittadini qui publia l'étude la plus exacte et la plus détaillée du Brotritis Bassiana.
Les spores emportées par le vent, tombant sur la peau de vers sains, pénètrent à l'intérieur par les pores et trouvent un milieu favorable à leur développement. Ils émettent de nombreux filaments de mycélium (fig. 24), qui grandissent an dépens des organes du ver, du tissu graisseux notamment, et
Fig. 24. — Développement du Botrytis Bassiana au contact de l'air dans le corps d'un ver atteint de muscardine.— a, mycélium ; 6, ifes ; c, conidies, 300 : 1 (Verson et Quajat).
produisent de nombreuses conidies, lesquelles émettent à leur tour de nouveaux filaments. Tous les organes du ver, sauf les glandes soyeuses, sont envahis parle mycélium et les conidies. Le sang devient acide, et on y aperçoit au microscope des cristaux octaédriques d'oxalate de chaux (fîg. 25). Les pulsations se font de plus en plus rares et le ver ne tarde pas à succomber.
Fig. 25. — A, cristaux d'oxaJate de chaux, 450 : 1 ; B, ver mort de muscardine dépouillé de la plus grande partie des conidies et placé dans un milieu humide ; G, principales formes des cristaux trouvés dans le ver B, 90 : 1 (Verson et Quajat).
Il s'écoule un temps plus ou moins long entre l'époque de la contagion et celle de la mort, suivant la température et le degré d'humidité de l'air. Cette durée est en moyenne d'une dizaine de jours.
Après la mort, le mycélium continue à se développer et émet à l'extérieur des fructifications ou spores qui produisent, vingt-quatre heures après la mort, les efflorescences blanches. Ces spores propagent le mal. Le corps du ver se durcit, et il se produit à l'intérieur une véritable cristallisation. En effet, si on détache la poussière blanche qui recouvre le corps d'un ver mort de muscardine et qu'on abandonne ce cadavre huit à dix jours dans un milieu humide, on le trouvera couvert de gros cristaux visibles à l'œil nu (fig. 25, B). Ces cristaux, vus à un gros-
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sissement de 90, présentent l'aspect de la figure 25, C. M. Verson a reconnu qu'ils étaient formés par un oxalate de magnésie et d'ammoniaque.
La muscardine est éminemment contagieuse. — Cela résulte de son mode même de propagation. Les spores conservent leur faculté germinative pendant plusieurs années et se développent aussi bien sur un sujet robuste que sur un sujet affaibli, non seulement sur les vers à soie, mais sur toutes les chenilles en général et même sur des corps non organisés, tels que la gomme, la colle, la gélatine, etc. Il faut donc se contenter de sourire, quand on voit certains graineurs offrir à leur clientèle des races réfractaires à la muscardine.
Moyens de prévenir la muscardine. — La maladie est propagée par la dissémination des spores. C'est donc seulement après la mort, lorsque le cadavre a blanchi, que le ver muscardine devient dangereux pour ses voisins. Tout sujet contaminé par les spores est destiné à périr, car il n'existe aucun remède curatif. Il faut, pour prévenir le mal, détruire les spores et l«s empêcher de se multiplier. Les vapeurs d'acide sulfureux produisent cet effet ; le local et le matériel devront être soumis à des fumigations énergiques de ce gaz avant de commencer l'éducation.
Malgré ces précautions, des vers peuvent être atteints en cours d'éducation par des germes apportés du dehors. En pareil cas, on doit enlever soigneusement tous les vers atteints et les brûler, déliter fréquemment, faire des fumigations journalières à raison de 30 grammes de soufre par 100 mètres cubes de capacité de la magnanerie. Ces vapeurs sulfureuses ne font pas périr les vers et empêchent le mal de progresser.
La muscardine n'est jamais héréditaire, — Cette maladie ne saurait être héréditaire, puisque la chrysalide atteinte périt toujours avant d'avoir pu se transformer en papillon. Elle a d'ailleurs dû contracter le mal à Tétatde
larve. Le papillon muscardiné n'existe pas, ou du moins est extrêmement rare. Les cas exceptionnellement observés sont ceux de papillons qui ont contracté le mal après leur sortie du cocon dans un milieu humide contenant des spores en abondance. De tels papillons meurent rapidement avant d'avoir accompli leur ponte, et, dans tous les cas, les œufs pondus ne peuvent être contaminés, puisqu'ils étaient formés dans le tube ovarique avmnt la contagion.