IV. - INCUBATION ET ÉCLOSION
Incubation.
Mettre la graine en incubation, c'est la placer dans des conditions favorables au développement de Tembryon . Nous avons vu qu'il fallait aux graines, pour obtenir une éclosion rapide et régulière, de l'air, de la chaleur et un degré d'humidité convenable.
La date de la mise en incubation ne peut être fixée d'une façon précise. C'est l'état de végétation des mûriers qui doit servir de guide, comme le dit un vieux dicton provençal :
Metès pas ta grano à l'éspèlido
Que noun la rarao siègue espandido (1).
C'est en effetlorsque la température s'est suffisamment relevée pour que les gelées ne soient plus à redouter que Ton doit songer à préparer l'éclosion. Cette circonstance a lieu en France des premiers jours d'avril aux premiers jours de mai, suivant les régions. Dans la même localité, il peut y avoir des différences de plusieurs jours d'une année à l'autre.
Méthodes d* incuba tien .
Selon Procope, on faisait éclore autrefois les graine» de vers à soie à la chaleur du fumier.
Olivier de Serres et l'abbé de Sauvages rapportent que, de leur temps, l'usage était de placer les graines
(1) Ne mettez pas la graine à éclore avant l'épanouissement des bourgeons.
liNCUBATION ET ÉCLOSION. 191
dans un petit sachet que les femmes portaient sur le sein sous leurs vêtements et la nuit dans le lit. Cette pratique, si elle est un peu plus propre, n'est guère plus saine que la précédente. Et cependant de nos jours encore ce procédé est employé. Il est bien évident que les graines n*ont pas de cette façon l'air nécessaire à leur respiration ; la moiteur du corps leur est défavorable; enfin la température de 36 à 37° C. est beaucoup trop élevée. Les éducateurs qui procèdent ainsi s'exposent à un insuccès ; les graines peuvent être brûlées, la température s'élevant parfois à l'intérieur du petit sac à plus de 50<» C. par suite de la fermentation qui s'y produit.
Un procédé un peu moins défectueux est de porter les graines chez le boulanger et les suspendre près de la porte du four, où la température est élevée.
Mais toutes ces méthodes doivent être abandonnées. 11 faut que les graines soient étendues en une très faible épaisseur, de façon à ce que toutes puissent respirer également. La température doit être amenée progressivement à 23 ou 24° C, et il est indispensable de se rendre compte du degré auquel se trouvent les graines et se servir pour cela du thermomètre. L'abbé de Sauvages a été le premier à conseiller l'emploi de cet instrument de mesure, et il imagina une étuve pour l'éclosion des graines.
Chambre d'éclosion. — Lorsque la quantité de graines à faire éclore est importante, on consacre à cet effet une pièce spéciale chauffée par un poêle ou un calorifère. Elle doit avoir un nombre d'ouvertures suffisant pour assurer l'aération et le réglage de la température. C'est ce que l'on appelle la chambre d'éclosion. On dispose dans cette chambre des tables ou des étagères destinées à recevoir les graines. Si les dimensions de la salle sont suffisantes, on peut y établir un système de claies superposées dont les unes supporteront les graines et les autres les vers éclos pendant les premiers jours de leur vie.
Les graines se trouvent en général, par suite de l'élévation de la température à l'extérieur, à 14 ou 15» C. dans le local où elles avaient été placées à la réception. En les apportant dans la chambie d'éclosion, on devra
Fig. 32. — Couveuse Orlandi (Verson et Quajal).
maintenir la température d'abord à 17 ou iS^ C, puis la porter à 20° C. et progressivement à 22 et enfin 24 ou 25° C. Ces périodes seront prolongées ou raccourcies suivant que l'on voudra précipiter ou retarder l'éclosion ; mais il faudra éviter de porter brusquemment la tempe-
INCUBATION ET ÉCLOSiON.
rature de 15° G., par exemple, à 24 ou 25<» C, et surtout ne jamais l'abaisser brusquement, par exemple de 22 à 15<» C, dans le but de retarder Féclosion. Il est bon dé remuer les graines de temps en temps afin que toutes respirent également.
Couveuse orlandi (fig. 32). — Orlandi a construit pour des quantités de graines considérables (iOO à 1 000 onces) un modèle de couveuse spéciale. Une caisse rectangulaire portée sur quatre pieds a deux de ses côtés vitrés pouvant s'ouvrir et se fermer.
En dessous et au centre des quatre pieds est placée une lampe à alcool, dont la flamme peut être réglée à volonté. Le sommet de la flamme vient lécher un prisme d'argile destiné à retenir les gaz de la combustion.
Une plaque de zinc forme comme un double fond à la caisse. L'air réchauffé dans cet espace s'élève dans quatre tubes, qui traversent verticalement la caisse aux quatre angles et vont déboucher pig. 33, Couveuse à eau chaude à l'extérieur. Ils sont re- (Verson et Quajat).
liés par des tubes horizontaux qui supportent en même temps les étagères destinées à recevoir les graines. Un thermomètre placé à l'intérieur, derrière la porte vitrée, permet de lire la température et de régler la flamme en conséquence.
Couveuse a eau chaude (fig. 33). — Pour les quantités de
19i DE L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
10 onces et moins, on peut se servir avantageusement d'une couveuse plus simple formée d'une caisse cubique en zinc à deux parois. L'une des faces est munie d'une porte vitrée permettant de voir ce qui se passe à l'intérieur et de lire la température indiquée par le thermomètre. L'espace compris entre les deux parois est rempli d'eau, que l'on introduit par la tubulure e. Des cadres superposés et dont le fond est en canevas fin pour permettre la circulation de l'air sont placés à l'intérieur et reçoivent les graines. L'air froid pénètre par la tubulure a, s'échauffe en traversant l'intérieur de la caisse et ressort par une autre tubulure 6 qui passe dans la double paroi supérieure.
Le castellet. — Ce petit appareil, emp loyé dans les Ce venues, est une couveuse à eau chaude construite d'après les mêmes principes. Seulement deux des faces sont percées de nombreuses ouvertures carrées, qui donnent à cette boite l'aspect d'un château, d'où son nom de castellet.
Quatre tiroirs, à fond en canevas, garnissent l'intérieur. Une des faces est munie d'une porte.
Le chauffage est produit par une veilleuse à huile placée sur un pied à coulisse, ce qui permet de régler la température en approchant ou éloignant la flamme du fond du castellet. L'eau est introduite par une tubulure supérieure, fermée par un simple bouchon de liège que traverse la tige du thermomètre. On peut ainsi lire de l'extérieur la température de l'eau. Celle-ci est toujours un peu plus élevée que celle de l'intérieur, où sont placées les graines.
Les casteliets ordinaires sont établis pour faire éclore 8 à 10 onces.
A cause de la faible importance des chambrées d'aujourd'hui, les petits magnaniers se décident difficilement à faire l'acquisition d'une couveuse. Ils peuvent placer les graines avec un thermomètre près du tuyau de la
INCUBATIOiN ET ÉCLOSION. 195-
cheminée en entretenant un feu doux et continu, ou bien maintenir sous les graines une bouillotte d'eau chaude renouvelée deux fois par jour. Ils feraient encore mieux de s'entendre entre voisins et d'acheter en commun une couveuse ou un castellet. Chaque année l'un d'entre eux se chargerait de faire éclore les graines pour tout le groupe.
Éclosion.
L'approche de l'éclosion est annoncée par le changement de coloration des graines. De gris foncé qu'elles étaient, elles deviennent de plus en plus pâles et presque blanches lorsque le jeune ver s'est complètement isolé et se dispose à sortir en dévorant la coque au micropyle. On doit à ce moment placer sur les graines un morceau de tulle assez (in pour permettre le passage des vers éclos et non des coques vides, ni des graines auxquelles ils sont attachés par le fil soyeux qu'ils ont émis en naissant.
L'éclosion a lieu généralement le matin de six heures à dix heures. Dès que l'on aperçoit quelques vers, de petites feuilles tendres de mûrier sont posées sur le filet de tulle. Les vers viennent s'y réunir; ils sont peu nombreux le premier jour. Dans la partie la plus chaude de la magnanerie, quatre petites claies superposées et recouvertes de papier bien propre ont été préalablement installées.
Vers dix heures, l'éclosion est terminée; on enlève délicatement avec les doigts, ou avec de petites pinces, les feuilles de mûrier recouvertes de vers, et elles sont étalées sur la plus basse claie en les espaçant bien.
Les deuxième et troisième jours, l'éclosion sera beaucoup plus abondante. On opérera de même en plaçant les vers sur la deuxième et la troisième claie.
Si l'incubation a été bien conduite, l'éclosion sera
196 DE l'éducation DES VERS A SOIE.
beaucoup plus faible le quatrième jour et insignifiante le cinquième jour et les suivants. Les vers du quatrième jour sont placés sur la quatrième claie, et ceux des jours suivants, s'il y en a, doivent être abandonnés.
Cetle disposition des claies permet de régulariser les vers; ceux qui sont nés les derniers se trouvent à la partie la plus chaude, et, en leur donnant un ou deux repas supplémentaires, ils ne tarderont pas à rattraper les précédents.
Les coques vides qui restent dans la boite d'éclosion sont blanches ou jaune-paille clair; celles qui ont une autre couleur sont des graines non écloses par suite d'une mauvaise incubation ou de leur mauvaise qualité.
25 grammes de graines pesées immédiatement avant la mise en incubation se décomposent comme suit après léclosion :
Poids des jeunes vers 17 grammes.
— des coques vides o —
— de l'eau évaporée 3 —
Le poids des coques vides permet d'évaluer approximativement le poids de la graine mise en incubation et le nombre des vers éclos en comptant 30 000 vers à l'once j)our les grosses races et 36 000 pour les races moyennes.
Principes généraux. — Les vers ont besoin d'une nourriture saine, abondante et régulièrement distribuée, d'une grande quantité d'air, d'une température suffisamment élevée ; enfin il leur faut assez d'espace pour se mouvoir, et ils doivent être tenus dans un état de très grande propreté.
Éyalité. — La vie de la larve comprend cinq périodes
ou âges séparés par les mues. La mue, que Ton appelle Tulgairement sommeil, est une crise que traverse ranimai et pendant laquelle il ne doit pas être troublé. 11 importe donc que tous les vers d'une même claie entrent en mue en même temps; si les uns dorment pendant que les autres mangent encore, que d'autres sont déjà «veillés, on est obligé de distribuer de la feuille, et par conséquent perdre des vers dans la litière et déranger ceux qui muent. C'est pour cette raison que nous avons recommandé de séparer les différentes levées à l'éclosion.
Pour maintenir l'égalité, la feuille sera donnée aussi également que possible à tous les vers de la même levée ; les repas seront suspendus sitôt que les vers seront endormis. Quand la moitié est réveillée, on la transporte sur une autre claie, où la nourriture est de nouveau distribuée. Si on attendait que tous soient réveillés, les premiers sortis de la mue jeûneraient trop longtemps.
Ce principe de l'égalité a une très grande importance. Il permet de reconnaître à première vue si le magnanier «st soigneux. Loreque,sur une même claie, il y a des vers de toutes les grosseurs, les uns prêts à s'endormir, les autres ayant pris plusieurs repas après leur réveil, le rendement ne sera pas élevé, une grande quantité de vers s'étant perdus pendant les premiers âges.
L'égalité des vers d'une même claie est indispensable.
Il est avantageux d'avoir, au moment de la montée, tous les vers de la chambrée aussi égaux que possible. En les plaçant lors de l'éclosion comme nous l'avons indiqué et en donnant des repas un peu plus fréquents aux moins âgés, on arrive à régulariser la chambrée. On ne doit jamais chercher à obtenir la régularité en faisant jeûner les vers les plus avancés.
Espacement. — Pour que les vers puissent se mouvoir, manger, respirer et surtout exhaler par la surface de la peau une grande quantité de vapeur d'eau, il faut qu'ils
soient suftisamment espacés et non pas entassés les uns sur les autres.
Maillot, en attribuant à chaque ver une surface triplfr de celle qu'il occupe sur un plan horizontal, donne pour une éducation de 1 once de 25 grammes les surfaces^ suivantes :
De l'éclosion à la l^^c muo 1 mètre carré.
De la lr«iûue à la 2« mue 3 mètres carrés.
De la 2« à la 3« mue 9 — ~
De la 3* à la 4« mue 22 — —
De la 4* à la montée 60 — —
Mais, comme il le fait lui-même remarquer, ces chiffressont tout à fait insuffisants pour les premiers âges. On doit faire occuper aux vers :
De réclosion à la 1'''» mue... 1 mètre carré.
De la i^^ à la 2« mue 10 mètres carrés.
De la 2« à la 3e mue 2) — —
De la 3« à la 4« mue 40 — —
De la 4e ài la montée GO à 70 — —
Au moment de la mue, les vers ont besoin d'être bien espacés. Avant d'entrer en mue, ils cherchent à s'isoler de façon à ne pas être troublés par leurs voisins. Du reste, il faut bien se convaincre que, plus les vers seront espacés,, plus ils accompliront facilement leurs fonctions et arriveront plus sûrement à faire de bons cocons. Si, au contraire, ils sont entassés, ils vivront avec peine; beaucoup se perdront; les cocons seront faibles, et il en faudra peut-être 5 à 600 au kilogramme au lieu de 400.
Délitage. — Au moment des mues, la litière doit être très peu abondante ; il faut donc déliter quand on prévoit que ce moment approche. Chez les magnoiniers soigneux, les vers accomplissent leurs mues sur le papier parfaitement propre qui recouvre les claies.
Les vers devant être tenus constamment dans un état de propreté très grande, ce n'est pas seulement avant les mues qu'il faut déliter.
Les litières sont constituées par les parties de feuilles non consomméas et par les déjections . Ces matières, en s'accumulant, fermentent rapidement, ce qui peut engendrer des maladies, notamment la flacherie ; elles entretiennent un état d'humidité qui gêne l'exhalation de la vapeur d'eau. Les vers, à leur jeune âge, peuvent rester emprisonnés dans ces litières entassées et y périr.
Le délitage consiste à enlever les vers de dessus la litière et les transporter sur une claie propre. Cette opération se fait en prenant délicatement, pendant le repas, les feuilles garnies de vers, ou même les vers euxmêmes, lorsqu'ils sont suffisamment gros. Les filets ou papiers percés décrits précédemment (fîg. 30) sont employés avec avantage et permettent d'opérer plus rapidement. Avant le repas, on les place délicatement sur les claies, et on y répand de la feuille. Les vers ne tardent pas à passer par les trous pour prendre leur nourriture; sitôt que leur quantité est jugée suffisante, on transporte le tout sur une autre claie, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ne reste plus que la litière. S'il reste quelques rares vers, on les enlève à la main ; ce sont des vers retardataires ou peu vigoureux ; ils sont placés sur une claiespéciale et constituent les fonds.
Les litières forment comme un feutrage qu'il est facile de rouler et de transporter au dehors. 11 faut éviter de les jeter au milieu de la magnanerie et de salir le sol ou les claies inférieures. Le mieux est de les placer tout de suite dans des paniers et de les transporter au loin pour les enfouir; elles constituent un engrais très riche.
Après ce délitage, le papier doit être nettoyé et même changé, si besoin est, afin que la claie soit de nouveau prête à recevoir des vers.
Soins de propreté. — La magnanerie ne doit jamais être balayée de façon à soulever les poussières. 11 faut simplement passer sur le sol un linge légèrement humide
200 l»E L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
et ramasser à la main les feuilles, vers et brindilles, qui tombent.
Un préjugé assez répandu est de croire que la visite de la magnanerie par des personnes étrangères compromettra le succès de l'éducation. Cette supei'stition a cependant son explication, parce que, si ces personnes viennent d'une autre magnanerie, elles peuvent apporter sur leurs vêtements des poussières chargées de germes de maladie ou même des vers atteints.
Soins particuliers au premier âge.
De l'éclosion à la première mue.
Nous avons placé, à l'éclosion, les feuilles garnies de vers sur les claies ou cléons, et nous avons eu soin d'espacer convenablement ces feuilles. Dès que cette opération, que l'on appelle la levée, est terminée, il faut donner à manger à ces jeunes vers. Nous choisissons pour cela les feuilles les plus tendres que nous puissions trouver, et nous en garnissons les intervalles; les jeunes vers, guidés par leur odorat, se dirigent rapidement vers la nourriture fraîche et s'espacent ainsi d'eux-mêmes.
On distribuera dans cette première journée quatre repas aux vers, en ayant soin déplacer délicatement les feuilles une à une, afin que les vers ne se perdent pas sous les feuilles accumulées. Si, dans quelques parties, les vers sont trop serrés, on placera en cet endroit quelques feuilles que l'on retirera délicatement avec de petites pinces, dès qu'elles seront suffisamment garnies de vers, pour les placer en bordure.
Le lendemain et jours suivants, il sera procédé de même pour les autres vers qui viennent d'éclore.
Pendant tout le premier âge, le nombre des repas doit être d'au moins quatre par jour :
Le premier de cinq à six heures ; le deuxième de neuf à dix heures du matin; le troisième de trois à quatre
ÉDUCATION. 20f
heures et le quatrième de huit à neuf heures du soir, ce dernier devant être un peu plus copieux que les précé-^ dents.
Il faut bien avoir soin cependant de distribuer la feuille très régulièrement, et non pas la jeter par poignées ; car on risquerait ainsi d'ensevelir sous la feuille bon nombre de vers.
A chaque repas, on place en bordure des feuilles autour de Tespace occupé par les vers; de cette façon, les vers s'espacent peu à peu d'eux-mêmes en cherchant leur nourriture.
Après la distribution de chaque repas, en examinant attentivement les claies, on peut voir certains points oùla nourriture a été insuffisante. On ajoutera, dans ce cas,. quelques feuilles fraîches et tendres en ces endroits.
Si, au contraire, les vers sont trop nombreux et trop^ serrés en certaines places, on procédera comme nous l'avons indiqué précédemment.
En vue de régulariser les vers, on donnera cinq repas^ aux vers éclos le troisième jour et six repas à ceux éclos le quatrième, en plaçant ces derniers dans la partie la plus chaude de la magnanerie (canisses supérieures).
Le troisième jour, les vers commencent à changer d'aspect ; leur couleur est moins foncée, la surface de leur peau moins hérissée de poils. Leur appétit augmente ; il faut donc augmenter l'espace qu'ils occupent et, pour satisfaire leur voracité, leur donner les repas en plus grand nombre. Toutefois il ne faut jamais donner une trop forte quantité de feuilles à la fois. Lorsque la nourriture distribuée est consommée, on en donne à nouveau, et on arrive ainsi à faire prendre sept à huit repas par jour aux vers.
Cette façon de procéder est fort simple, car, à cet âge des vers, la distribution de la feuille est vite faite. Beaucoup de sériciculteurs cependant ne procèdent pas ainsi. Voyant l'appétit de leurs insectes augmenter, ils^
502 DE L'fiDUCATION DES VERS A SOIE.
•distribuent à chaque repas une quantité considérable de feuilles et sont tout surpris, lorsque les vers sont devenus gros, de n'avoir pas le nombre correspondant à la quantité de graines qu'ils ont mise à Tincubation. C'est tout simplement parce qu'une grande quantité de jeunes vers •ont péri, ensevelis sous les feuilles.
Le quatrième jour, les vei*s se sont considérablement développés ; à peine pourrait-on, à l'œil nu, apercevoir quelques poils sur la surface de leur corps. La tète a blanchi ; elle est argentée et légèrement transparente. La couleur générale de la peau se rapproche de la nuance noisette. Il faut ioujoure avoir soin de tenir les vers très espacés, à mesure qu'ils croissent, et éviter qu'ils s'accumulent en certains points.
Le cinquième jour, on verra plusieurs vers qui commencent à secouer la tète, celle-ci élant légèrement gonflée et plus luisante. Leur appétit va diminuer. Ces •divers symptômes indiquent que les vers se disposent à ■entrer en mue pour la première fois. Il est bon alors de les déliter en employant les feuilles de papier percé que nous avons décrites. On transporte ainsi les vers sur une partie de la claie bien propre en les espaçant •considérablement, de façon à faire occuper à ceux provenant de 1 once de graines une surface de 5 mètres •carrés.
On répandra ce jour-là la feuille très légèrement, et on n'en distribuera à nouveau qu'aux endroits où elle aura •été consommée.
Le sixième jour, les vers émettent des fils de soie qu'ils fixent aux objets voisins. Us deviennent bientôt immobiles, la tète dressée, blanche, comme gonflée et transparente, le museau rentré dans l'épaisseur des plis qui «e sont formés. Us vont accomplir leur première mue.
L'entrée en mue est très rapide. Cinq ou six heures après les signes précurseurs, la moitié des vers peuvent être endormis et complètement immobiles. 11 n'y a donc pas
ÉnUCATION. 203
de temps à perdre pour les déliter et espacer, si on ne Ta déjà fait.
Lorsque les vei's s'endorment, on cesse de leur distribuer la nourriture, et on ne doit les loucher sous aucun prétexte. 11 faut de même éviter que les claies sur lesquelles ils reposent reçoivent des chocs violents et s'abstenir d'aérer trop vivement la chambrée. Ces circonstances pourraient faire rompre les fils de soie par lesquels les vers se sont fixés aux objets voisins, ce qui entraverait leur sortie de mue et entraînerait par suite la moi*t de bon nombre de sujets.
Pendant tout ce premier âge, l'air ne doit être renouvelé que par la porte. La l empérature sera maintenue constamment entre 2i et 25° C par le chauffage au poêle ou au feu de bois dans la cheminée. Cette température de 24 à 25° C. n'est pas indispensable à la réussite de l'éducation ; nous avons vu que les vers à soie pouvaient supporter, sans danger, des températures plus basses et plus élevées. Plus basses, l'évolution sera plus lente, l'appétit moindre, et le premier âge durera neuf, dix ou douze jours, suivant la température. 11 est bien évident que l'éducateur n'a pas intérêt à prolonger la vie de la larve et être obligé ainsi de donner ses soins pendant un temps beaucoup plus long à ses intéressants insectes. A une température supérieure à 24 ou 25° C, la durée de la vie des vers à soie serait raccourcie, mais la feuille serait desséchée avec une grande rapidité, ce qui obligerait le magnanier à en distribuer constamment de la fraîche.
La température dje 24 à 25° C. a été reconnue comme la plus convenable à tous égards, et c'est celle que l'éducateur devra maintenir constamment dans sa magnanerie ou s'en rapprocher le plus possible.
Dans tous les cas, il faut se rappeler que, si les vers à soie supportent assez bien des températures plus ou moin^ élevées, ils sont très sensibles aux brusques varia-
lions, et on devra éviter soigneusement de leur faire subir de tels accidents, soit en élevant brusquement la temperatura qui serait devenue trop basse, soit en la laissant abaisser brusquement, circonstance qui se produira si l'éducateur laisse le feu s'éteindre pendant la nuit.
Voici d'ailleurs ce que disait, il y a plus d'un siècle, sur ce sujet, l'abbé Rozier(l) :
« On ne peut pas dire que le ver à soie craigne tel ou tel degré de chaleur dans nos climats, quelque considérable qu'il soit. Originaire de l'Asie, il supporte dans son pays natal une chaleur certainement plus forte qu'il ne peut l'éprouver en Europe ; mais il craint le passage subit d'un faible degré de chaleur à un plus fort. On peut dire, en général, que le changement trop rapide du froidau chaud^ et du chaud au froid, lui est très nuisible. Dans son pays, il n'est pas exposé à ces sortes de vicissitudes ; voilà pourquoi il y réussit très bien, et sans exiger tous les soins que nous sommes obligés de lui donner. Dans nos climats, au contraire, la température de l'atmosphère est très inconstante, et, sans le secours de l'art, nous ne pourrions pas la fixer dans les ateliers où nous faisons l'éducation des vers à soie.
« Une longue suite d'expériences a prouvé qu'en France, le 16® de chaleur indiqué par le thermomètre de Réaumur était le plus convenable aux vers à soie. Il y a des éducateurs qui l'ont poussé jusqu'à 18 et même jusqu'à 20, et les vers ont également bien réussi. Il ne faut pas perdre de vue ce principe que le ver à soie ne craint pas la chaleur, mais un changement trop prompt d'un état à l'autre.
« Ainsi, en le faisant passer, dans le même jour, du 16'' au 20«, je suis persuadé qu'il en éprouverait un malaise fort nuisible à sa santé. S'il arrive qu'on soit obligé de pousser les vers à cause de la feuille, dont il
(1) L'abbé Rozier, Cours d'agriculture, édition de Paris', 180J.
n'est pas possible de retarder les progrès, on doit le faire graduellement, de sorte qu'ils s'aperçoivent à peine du changement. Le ver à soie souffre autant par les variations de la chaleur que par la difficulté de respirer, s'il est dans un mauvais air.
« M. Boissier de Sauvages va nous apprendre, d'après les expériences qu'il a faites, jusqu'à quel degré on peut pousser la chaleur, dans l'éducation des vers à soie, sans craindre de leur nuire :
« Une année que j'étais pressé par la pousse des feuilles^ déjà bien écloses dès les derniers jours d'avril , je donnai à mes vers environ 30® de chaleur aux deux premiers jours depuis la naissance et environ 28° pendant le reste du premier âge et du second âge. Ils ne mirent que neuf jours depuis la naissance jusqu'à la seconde mue inclusivement. Les personnes du métier qui venaient me voir n'imaginaient pas que mes vers à soie pussent résister à une chaleur qui, en quelques minutes, les faisait suer elles-mêmes à grosses gouttes. Les murs et les bords des claies étaient si chauds qu'on n'y pouvait endurer la main. Toutdevait périr, disait-on, et être brûlé; cependant tout alla au mieux, et, à leur grand étonnement, j'eus une récolte abondante.
« Je donnai dans la suite 27 à 28" de chaleur an premier âge, 25 ou 26° au second, et, ce qu'il y a de singulier, la durée des premiers âges de ces éducations-ci fut à peu près égale à celle de la précédente, dont les versavaient eu plus de chaleur, parce qu'il y a peut-être un terme au delà duquel on n^abrège plus la vie des insectes,, quelque chaleur qu'ils éprouvent. 11 est vrai que mes vers avaient dans cette éducation, et dans l'éducation ordinaire, un pareil nombre de repas ; mais, ce qu'il y a de plus singulier encore, c'est que les vers, ainsi hâtésdans les deux premiers âges, n'employaient que cinq jours d'une mue à l'autre dans les deux âges suivants, quoiqu'ils ne fussent qu'à une chaleur de 32^^ p. Vieil. — Sériciculture. 12
tandis que les vers qui, dès le commencement, n'ont point été poussés de même, mettent, à une chaleur toute pareille, sept à huit jours à chacun de ces mêmes âges, -c'est-à-dire au troisième et au quatrième. 11 semble qu'il suffit d'avoir mis ces petits animaux en train d'aller pour qu'ils suivent d'eux-mêmes la première impulsion ou le premier pli qu'on leur a fait prendre.
« Celui dont nous venons de parler, qui opère une croissance rapide, donne en même temps à mes insectes une vigueur et une activité qu'ils portent dans les âges suivants, ce qui est un avantage dans l'éducation hâtée, c'est-à-dire poussée par la chaleur, et qui, outre cela, prévient beaucoup de maladies. Cette éducation hâtée abrège la peine et le travail et délivre plus tôt l'éducateur des inquiétudes qui, pour peu qu'il ait de sentiment, ne le quittent guère jusqu'à ce qu'il ait déramé. Pour suivre cette méthode, il convient de faire beaucoup d'attention à la saison plus ou moins avancée, à la poussée plus ou moins rapide de la feuille, et si elle n'est pas ensuite arrêtée par les froids... D'un autre côté, si la poussée de la feuille est tardive, et qu'elle soit suivie de chaleur qui dure longtemps, comme on doit ordinairement s'y attendre, et que cependant on ne fasse que peu de feu aux vei*s à soie, ils n'avancent guère, et on prolonge leur jeunesse. Cependant la feuille croît et durcit ; elle a pour eux trop de consistance ; c'est le cas de les hâter par une éducation prompte et chaude, afin que leurs progrès suivent ceux de la feuille, ce qui est un point essentiel.
« Si les éducateurs se décident de bonne heure pour cette méthode, ils mettront couver, s'ils sont sages, au moins huit jours plus lard que leurs voisins qui suivent la méthode ordinaire, et ils calculeront la durée des âges, ou bien ils s'arrangeront de façon que la fin de l'éducation tombe au temps où la feuille a pris toute sa crois- ^sance. »
Deuxième âge.
De la première â la deuxième mue.
Après vingt-quatre heures environ d'immobilité, on voit les vçi^ agiter vivement leur tète à droite et à gauche ; la peau se fend sur le crâne et la tête surgit sous la dépouille de Tancienne, qui se détache comme un masque; les pattes sortent à leur tour, et le ver s'en sert pour s'accrocher. Se ramassant sur lui-même, il fait des efforts pour sortir de sa vieille peau, qui reste attachée par les fils de soie émis avant la mue. Lorsque l'opération est terminée, le ver s'étend comme pour se reposer et donner à sa nouvelle enveloppe le temps de sécher. Mais bientôt on le voit marcher en quête de nourriture. Le ver a alors, le museau plus allongé, la tête noire ; le corps, de couleur cendre foncée, est recouvert d'un duvet court. On voit les anneaux qui composent le corps s'éloigner et se rapprocher plus librement qu'ils n'avaient fait jusqu'alors. A ce moment, les vers pèsent environ quatorze fois plus qu'au moment de leur naissance, soit six jours avant ; leur longueur est quatre fois plus grande.
Lorsque la moitié au moins des vers a franchi la mue,. on distribue de la feuille tendre, de sauvageons de préférence, sur une feuille de papier percé que l'on place audessus des vers. Quelques instants après, tous les vers bien éveillés seront montés sur les feuilles, et on les transportera sur une autre claie, où une feuille de papier propre aura été disposée. Les feuilles de mûrier recouvertes de vers seront espacées convenablement. Au lieu de mettre les feuilles distantes l'une de l'autre, comme pour les vers qui viennent d'éclore, on peut former des bandes dans le milieu des claies, de manière qu'il n'y ait qu'à élargir ces bandes de chaque côté pour arriver, à la fin du deuxième âge, à faire occuper aux vers l'espace nécessaire.
Quelques heures après, l'autre partie des vers sera, à •son tour, bien éveillée, et, en procédant de la même façon, on les transportera sur une claie supérieure.
Après deux opérations de ce genre, il ne doit rester sur la claie que les litières. S'il restait encore quelques vers n'ayant pu monter sur les feuilles, on les jetterait ou on ies placerait sur une autre claie spéciale destinée aux retardataires.
Les litières doivent être examinées avec soin. Si on y remarquait des vers morts, ou d'autres n'ayant pu franchir la mue, ce serait l'indice de quelque maladie grave, provenant de la mauvaise qualité ou de la mauvaise conservation de la graine, ou bien encore de ce que les vers ont été troublés pendant leur mue.
La claie que l'on vient de débarrasser est nettoyée soigneusement avec un petit balai en bruyère et pourra de nouveau recevoir des vers.
La feuille avec laquelle on a transporté les vers est suffisante pour le premier repas, qui doit être léger, après la crise que les vers viennent de traverser. Mais, une heure et demie ou deux heures après, on leur distribuera un repas plus copieux en plaçant les feuilles de mûrier de façon à élargir les bandes formées précédemment. On distribuera de même, dans cette journée qui suit la mue, deux autres repas.
Le lendemain, on donnera au moins quatre repas en élargissant notablement l'espace à faire occuper par les vers. Ceux-ci ont déjà grossi ; leur couleur est plus claire ; leur tête a blanchi et augmenté de volume.
Le troisième jour, les vers ont besoin de quatre repas plus copieux, car leur appétit est ce jour-là le plus fort de la période. Quelquefois il commence à diminuer dans la soirée même de ce jour.
Le quatrième jour, l'appétit diminue sensiblement; les signes précurseurs de la deuxième mue se manifestent chez quelques sujets dès le matin. On délitera soigneu-
sèment, en faisant occuper aux vers de 1 once de graines l'espace de 10 mètres carrés. Les repas seront légers et, probablement vers le soir, tous les vers seront entrés en mue. Le deuxième âge est en effet plus court que le premier. La température sera maintenue, pendant ce deuxième âge, à 24 ou 25° C. Les vers étant plus gros, la respiration et la transpiration seront plus actives. Si l'aération est insuffisante par l'ouverture de la porte, on ouvrira de temps en temps les fenêtres, à condition que ie vent ne souffle pas et que la température extérieure ne soit pas trop fraîche.
Troisième âge.
De la deuxième â la troisième mue.
Au réveil de la deuxième mue, on opère comme précédemment. Les vers ont alors l'aspect et la couleur qu'ils conserveront jusqu'à la fin de leur vie de larve, blancs, avec ou sans lunules, moricauds, blancs zébrés ou moricauds zébrés, suivant la variété à laquelle ils appartiennent. La peau est presque glabre, sauf en quelques points (voir: Aspect extérieur, II* partie, ch. u). Le museau a perdu sa couleur noire luisante et conservera une teinte approchant du roux foncé; il s'est allongé. Les pattes membraneuses, les postérieures notamment, ont acquis beaucoup de force et peuvent se fixer vigoureusement aux objets sur lesquels les vers reposent. Le poids des vers a quadruplé depuis la fin de la première mue.
Pendant ce troisième âge, la température sera établie à 22 ou 23» C. ; l'aération devra être de plus en plus active. Par des journées pluvieuses ou à vent violent, circonstances qui empêchent d'ouvrir les fenêtres, on f«ra des flambées de bois sec dans la cheminée.
Les repas, pendant le troisième âge, doivent être au nombre de quatre et de plus en plus copieux; les déjec-
tions deviennent plus abondantes et plus volumineuses. Elles n'étaient, jusqu'ici, que comme des petits grains de poussière noire ressemblant à la poudre de chasse et plus ou moins fine suivant l'âge des vers. Maintenant, elles sont comme de petits cylindres noirs, couverts d'aspérités, et grossissent en proportion de Faugmentation de taille du ver. L abondance des déchets de feuilles non consommées et les déjections des vers nécessitent au moins deux délitages : un le troisième jour et l'autre, avant la mue, le cinquième jour ou le matin du sixième jour. Par ce dernier délitage, on fera occuper aux vers de 1 once de graines une surface de 20 mètres carrés.
Le sixième jour, les repas devront être plus légers, et le soir même ou, au plus tard, le matin du septième jour, tous les vers seront endormis.
On distingue parfaitement à cette troisième mue le réseau de fds par lesquels les vers fixent leur dépouille et qui fait paraître la claie comme recouverte d'une mince toile d'araignée.
Quatrième âge.
De la troisième à la quatrième mue.
Au troisième réveil, on procède comme après les précédents en espaçant considérablement les vers. Ceux-ci ont plus que quadruplé en poids et doublé en dimensions depuis la mue précédente ; à leur réveil, la peau est blanc sale et plissée ; mais, dès qu'ils ont pris un ou deux repas, ils blanchissent, commsncentàbien se mouvoir, à montrer delà vigueur et à aller rapidement vers la feuille fraîche.
La feuille peut maintenant être distribuée telle qu'on la cueille, à condition de déliter plus souvent ; trois fois au moins pendant les six jours que dure le quatrième âge. Par ces délitages successifs, on amènera les vers à occuper un espace de 40 mètres carrés.
C'est au milieu de cet âge qu'a lieu la petite frèze; la
ÉDUCATION. 21 f
nourriture sera distribuée en abondance et régulièrement. Quelques instants après la distribution, on regardera attentivement si en quelques points des claies la nourriture n'a pas été insuflisante, auquel cas on en donnerait à nouveau. Si sur quelques points les vers sont rapprochés les uns des autres, on placera des rameaux de mûrier, et, dès qu'ils seront garnis de vers, on les transportera sur une partie propre de la claie.
Les vers grossissent rapidement ; on veillera à ce qu'ils^ le fassent également, et Ton maintiendra sur les claies, une parfaite régularité.
Pendant cet âge, une température de 22<» G. environ sera suffisante ; mais il faudra maintenir une puissante aération et un renouvellement constant de Tair dans la magnanerie. Pour cela, si la températui'e du dehors n'est pas froide, ce qui est le cas général, on maintiendra les portes et les fenêtres ouvertes. On allumera quatre ou cinq fois par jour, au moment des repas particulièrement, des^ copeaux, du menu bois ou de la paille dans les cheminées, de façon à assurer un puissant renouvellement de l'air. Il faut que les personnes qui entrent dans la magnanerie ou y séjournent pour les soins à donner aux vers y respirent avec la même facilité que si elles étaient au grand air ; elles n'y doivent trouver d'autre différence que celle qu'il y a entre la température extérieure et intérieure, et n'y percevoir aucune odeur autre que cellede la feuille fraîche.
Les symptômes de maladies, principalement ceux de la pébrine, si la graine était malsaine, pourront apparaître pendant ce quatrième âge.
Le sixième jour l'appétit des vers commence à diminuer et, le septième jour, l'entrée en mue aura lieu. On procédera au délitage et à l'espacement des vers comme dansles Ruics précédentes.
Cinquième âge.
De la quatrième mue à la montée.
Au sortir de la quatrième et dernière mue, on opérera comme pour Jes précédentes. Les vers ont considérablement grandi : ils pèsent plus de quatre fois plus qu'au sortir de la troisième mue. Us sont d'abord d'une couleur gris roussâtre ; mais, après quelques repas, ils reprennent leur couleur définitive, et leur voracité augmente considérablement. Ils ont besoin d'une nourriture saine et abondante, il n'y a plus à limiter le nombre des distributions, mais il faut au contraire leur donner la feuille à discrétion. De ce fait la litièi^e abonde, et de fréquents délitages sont nécessaires.
La température extérieure est devenue assez élevée pour permettre de supprimer le chauffage. Par des flambées répétées, on active le renouvellement de l'air; les portes et les fenêtres seront tenues ouvertes.
Il est extrêmement important de maintenir un renouvellement constant de l'air pendant ce dernier âge, et il faut que cet air soit aussi sec que possible. Dandolo est le premier qui ait particulièrement attiré l'attention des magnaniers sur ce point important, et voici comment s'exprime cet auteur :
« Le cinquième âge des vers à soie est le plus long et le plus décisif; il exige autant les lumières de l'homme instruit que les soins du magnanier exercé, parce que l'art d'élever ces insectes ne peut, comme beaucoup d'autres, se perfectionner sans l'application des sciences physiques.
« Je n'entends pas cependant faire ici de la science ; je désire seulement rendre populaires quelques vérités dont l'éducateur qui a du jugement peut facilement faire lui-même l'application, pour se garantir, dans tous les cas, des pertes que l'homme le plus exercé dans cet
ad ne peut être sûr d'éviter, s'il ne les connaît pas.
« En conséquence, avant de reprendre et de continuer la description des soins journaliers des vers à soie, je ferai les observations suivantes :
« Si les vers meurent dans le premier âge, la perte est petite, parce que la dépense cesse bientôt et qu'on peut vendre la feuille qu'on avait gardée ; si, au contraire, ils périssent dans le cinquième âge, la perte est considérable, parce qu'il y a déjà beaucoup de feuille consommée, qu'on a payé des journées d'ouvriers et qu'on a fait d'autres dépenses : d'ailleurs on voit s'évanouir l'espoir d'un gain sur lequel on avait plus ou moin 5 besoin de compter.
« 11 s'agit donc de bien connaître quelle est la condition des vers dans le cinquième âge, pour savoir comment on doit se conduire pour les conserver sains et vigoureux, malgré toutes les contrariétés soit de l'atmosphère, soit produites par d'autres causes.
A mesure que, dans le cinquième âge, les vers grossissent, il se déclare contre eux trois ennemis, qui, selon qu'ils sont plus ou moins forts et réunis dans l'atelier, peuvent les affaiblir de manière à les faire périr promptement.
« Ces ennemis sont :
« 1° La presque incroyable quantité de vapeur aqueuse qui se dégage chaque jour de ces insectes par la transpiration et révaporation de la feuille qu'on leur distribue;
« 2^ Les émanations méphitiques et mortelles qui se dégagent chaque jour de ces vers, de leurs excréments, de la feuille et de ses restes (1) ;
(1) « ^n sera surpris d'apprendre combien est grande la quantité d'air méphitique non propre à, la respiration et, par conséquent, mortel, qui se dégage des vers à soie, particulièrement au cinquième âge, dans un atelier de 5 onces d'œufs.
« Qu'on mette 1 once de fumier prise de dessus les claies dans une bouteille qui puisse contenir 1 livre et demie d'eau.
« 3^ La qualité humide et chaude de Pair atmosphérique, ainsi que la chaleur étouffée de l'atelier pendant le cinquième âge.
« Ces trois ennemis nuisent aux vers à soie de trois manières :
« 1° Si les vapeurs aqueuses produites par la feuille et par la transpiration de Tinsecte sont accumulées dans Tatelier, elles tendent sans cesse à relâcher la peau du ver ; cet organe perdant alors une partie de son élasticité> rinsecte se trouve dans un état de torpeur ; son appétit diminue; le mouvement de "Ses organes sécréteurs se ralentit, et des maladies de divers genres, et même la mort, en sont la conséquence.
« 2^ Les émanations méphitiques qui se dégagent du corps de l'insecte et de la feuille, rendant la respiration difficile, produisent les mêmes effets.
« 3<> L'humidité et la stagnation naturelle de l'air
qu'on bouche hermétiquement cette bouteille; six ou huit heures après selon le degré de température, l'air respirable que la bouteille contenait s'est vicié et se trouve converti en un air mortel.
« Pour s'en assurer, il suffit d'ouvrir la bouteille et d'y placer aussitôt un petit oiseau ; il tombera à l'instant en asphyxie et mourra, si on l'y laisse quelques moments. Si, au lieu d'un petit oiseau, on y introduit une petite bougie allumée, elle s'éteint. Ces pliénomùnes n'auraient pas eu lieu si on avait fait ces expériences avec une bouteille dans laquelle il n'y aurait eu que de l'air atmosphérique.
« D'après cela, il est clair que, lorsque dans le cinquième âge l'atelier dont j'ai parlé plus iiaut contient 1 200 livres et plus de fumier, cette quantité peut vicier, chaque huit heures à peu près, un volume d'air égal à celui que peuvent contenir 16 800 pintes de Paris, c'est-à-dire des bouteilles de 2 livres» et, dans un jour, cette quantité de fumier en vicierait un«volumede 50 400 pinte *^
« Cette observation suffira sans doute pour faire sentir combien il est nécessaire de se délivrer du mauvais air à mesure qu'il se dégage, en le renouvelant continuellement et doucement. » (Note de Dandolo.)
atmosphérique augmentées par l'humidité de Fatelier provoquent une grande fermentation dans le fumier et, conséquemment, un dégagement de chaleur, qui, faisant perdre à l'air l'élasticité, le rend meurtrier au point de détruire entièrement les vers en peu d'heures.
« A ces causes de maladies promptes souvent il s'en joint une autre qui provient de ce qu'on tient les vers trop serrés sur les claies, particulièrement dans le dernier ■âge. Cet insecte, ainsi que je l'ai déjà dit, ne respire pas par la bouche comme nous, mais bien par les petits trous qui sont tout près de ses pattes, et qu'on nomme stigmates. Ces vaisseaux respiratoires sont presque tout à fait couverts ou bouchés lorsque les vers sont l'un sur l'autre, ce qui rend leur respiration très difficile et ralentit la transpiration.
« Si on ne reconnaît et ne combat pas de suite les causes de maladie, l'entière récolte se détruit au moment où on avait les meilleures espérances : nous en avons malheureusement trop de preuves tous les ans et dans tous les pays.
« J'oserais promettre qu'on ne verra jamais paraître aucune de ces causes, si on suit exactement tout ce que je vais prescrire pour le cinquième âge.
« Dans ce chapitre, je parlerai : de l'hygromètre, instrument avec lequel on mesure les degrés d'humidité de l'air dans l'atelier
« Si on ne veut pas faire la dépense des hygromètres (1)
(1) « Je ne saurais assez recommander à ceux qui s'occupent de l'art d'élever les vers à soie de se servir de ce précieux instrument, qui indique avec beaucoup de facilité l'existence d'un des plus puissants ennemis des vers dans l'atelier.
« On pensera peut-être que je propose trop d'ustensiles ou d'instruments. Je crois n'avoir choisi que ceux qui sont de pure nécessité pour assurer la réussite des vers à soie.
« Sans ces instruments, on ne pourrait, par exemple, distinguer dans un atelier :
« 1° Que la température est non seulement plus basse près
et qu'on se contente de moins d'exactitude pour un objet qui est capendant bien important, on peut employer le sel de cuisine grossièrement pilé et mis sur un plat.
« Lorsque Thygromètre indique un état très humide de l'air, ou lorsque le sel parait humide, on doit faire brûler des copeaux ou de la paille dans les cheminées afin d'absorber tout l'air humide, et de le faire remplacer par l'air extérieur, qui se sèche aussi par cette même flamme. Je dis flamme, et non feu de gros bois, pour deux motifs : le premier est qu'en brûlant, par exemple, 2 livres de copeaux ou de paille sèche et éparpillée, on attire promptemenl, de tous les points de la chambre vers les cheminées, une grande quantité d'air qui sort par le tuyau de ces cheminées. En même temps, cet air est remplacé par une autre grande quantité d'air extérieur qui se répand sur toutes les claies et restaure les vers exténués.
des ouvertures, et plus haute près des poêles et cheminiées;,. mais qu'elle est aussi plus basse- autour des claies qui sonil près du pavé qu'autour des autres ;
« 2° Que la température dans l'atelier varie moins aux parties supérieures qu'aux inférieures, ce qui fait que généralement les vers réussissent mieux sur les tables hautes quesur les basses ;
« 3° Que l'humidité prédomine presque toujours plus^ dans^ le bas que dans le haut;
« 4° Que l'air se renouvelle plus difficilement dans les angles de l'atelier que dans aucune autre partie ;
« 5° Que les vers à soie et les cocons réussissent constamment mieux dans les parties de l'atelier où le mouvement de l'air est continuel, bien réglé et lent;
« 6° Finalement, que, sans les instruments ci-dessus indiqués, il dépendrait des ouvriers qui servent dans l'atelier, ainsi que je l'ai déjà dit à la deuxième note, de cacher au maître le degré de chaleur trop grand ou trop petit auquel ils auraient par négligence exposé l'atelier.
« Toutes ces connaissances me paraissent bien précieuses et donnent un caractère de précision et d'exactitude à l'art d'élever les vers à soie qu'on n'avait jamais vu. »
{Note de Dandolo.)
Ce renouvellement d'air a lieu sans que le degré de chaleur de l'atelier varie beaucoup. Si, au contraire, on employait du gros bois, il faudrait plus de temps pour mouvoir l'air intérieur; on consommerait dix fois plus de bois, et on échaufferait trop la chambre. Le mouvement de Tairdans l'atelier est, à circonstances égales, d'autant plus grand qu'est grande la flamme des corps qu'on fait brûler promptement.
« Ceux qui n'ont ni copeaux ni paille sèche peuvent employer d'autre petit bois sec et léger.
« Aussitôt que la flamme s'élève, l'hygromètre annonce que l'air s'est un peu séché, et on en distingue même les degrés.
« Le second motif qui doit faire préférer le menu bois est la grande quantité de lumière que produit sa combustion. On ne peut s'imaginer combien elle influe sur la santé et l'accroissement des vers à soie. Nous-mêmes quelquefois, étant saisis par le froid, ou fatigués et suants, nous nous sentons restaurés par la grande lumière que le feu réfléchit et qui nous pénètre. La chaleur du feu sans flamme ne produit jamais cet effet,
« Concluons donc que le feu de gros bois ou de poêle est toujours utile lorsqu'il est question de maintenir stable la température dans un atelier, et que l'air n'y est pas trop humide ; mais qu'il faut se servir de la flamnie si on veut chasser l'air chargé de trop d'humidité et le remplacer promptement par l'air extérieur. Quand je parlerai en particulier de l'atelier je m'expliquerai davantage sur ce sujet.
« Jusqu'à présent, j'ai parlé de l'humidité qui se dégage dans l'atelier, et dont nous ferons ailleurs un calcul approximatif, et je n'ai encore rien dit de celle dont l'atmosphère est souvent chargée.
« Un hygromètre placé dans une chambre contiguë ou au dehors indiquera l'état de l'atmosphère. S'il est humide, il augmentera l'humidité de l'atelier; alors il P. Vieil. — Sériciculture. 13
faudra faire plus fréquemment de la flamme pour y maintenir un air plus sec que celui du dehors. Dans le cas d'humidité de Tair extérieur, il faut faire souvent de petits feux, afin de ne pas communiquer un grand mouvement à l'air extérieur et de conserver seulement une agitation douce et graduée à l'air intérieur, ce qui est très avantageux aux vers. En conservant toujours un peu de mouvement à l'air intérieur, on obtient le même effet que s'il était plus sec. Lorsqu'il peut librement circuler et sortir et qu'il est à une douce température, il ne se charge pas si facilement d'humidité.
« Le thermomètre ensuite indiquera si la température de l'atelier n'exige pas que l'on fasse du feu avec du gros bois, pour conserver le degré de chaleur fixé pour cet âge, qui est le plus important.
« Dans notre climat, le besoin de l'air humide dans l'atelier ne se présente jamais ; il doit y être toujours sec.
« S'il souffle des vents du Nord, particulièrement au cinquième âge, il est rare qu'ils ne réussissent pas, même entre les maini^des gens de la campagne les plus ignorants, parce que l'air sec absorbe la grande humidité qui sort de ces insectes et de la feuille et l'entraîne au dehors. Cet air pénètre partout ; il entre même dans les chambres fermées et enlève l'humidité de tous les corps, parce qu'il a une grande attraction pour l'eau, ainsi que nous pouvons nous en apercevoir continuellement dans nos habitations. J'ai toujours observé que les grandes pertes qui arrivent aux magnaniers ignorants ont lieu dans le cinquième âge, à raison de l'air rendu humide par quelque vent du midi, qui est mortel pour les vers. Ces petits insectes se trouvent alors dans un bain de vapeur chaude qui les affaiblit, les empêche de transpirer et les fait périr, quoique une heure avant ils parussent être de la meilleure santé et qu'ils fussent près de monter.
« Dans les pays élevés, où l'air est toujours plus sec et
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plus agité, on est moins sujet à éprouver les pertes susindiquées (1). »
On voit, par cette longue citation, Fimportance que Dandolo attachait au renouvellement de l'air dans le» magnaneries et à ce que cet air soit aussi sec que possible. 11 revient constamment sur ce sujet. En parlant du délitage, par exemple, qu'il appelle nettoiement :
« Pendant cette opération, en doit faire entrer l'air extérieur de tous côtés, et même l'attirer en faisant un feu léger alternativement dans toutes les cheminées.
« On doit aussi laisser tous les soupiraux ouverts, ainsi que les portes et les fenêtres, s'il ne fait pas de vent, et, si Tair extérieur n'est guère au-dessous de 16<> et demi de chaleur (2) que doit avoir l'intérieur de l'atelier (3). »
Et plus loin il fait les mêmes recommandations pour le moment où les vers sont prêts à monter, et il explique que, les papiers qui recouvrent les claies étant humides par suite des nombreuses déjections que les vers expulsent à ce moment, il faut plus que jamais aérer fortement pour combattre l'humidité. Il y revient encore pour le moment où les vers commencent à filer leur cocon, et il ajoute :
« Lorsque le cocon a acquis une certaine consistance, on peut laisser tout ouvert, parce qu'on n'aplus à craindre les variations de l'air. Le cpcon est d'un tissu si serré que l'agitation de l'air; loin de faire du mal aux vers, leur est agréable, quand bien même sa température serait plus froide que celle de l'atelier (4). »
Dandolo attribuait même au défaut d'aération et à la présence de l'air humide et méphitique dans les magnaneries la cause de tous les échecs, ce qui n'est pas tout à
(1) Dandolo, p. 140 et suiv.
(2) Il s'agit ici des degrés au thermomètre Réaumur. Il en est de même pour toutes les citations du même auteur.
(3) Dandolo, p. 193.
(4) Dandolo, p. 202.
fait exact. Nous avons vu cependant combien Thumidité et la fermentation des litières favorisentle développement des maladies (flacherie, grasserie, etc.), et il ne faut pas oublier qu'à Tépoque où parlait l'auteur ces maladies n'étaient pas définies et que leurs véritables causes étaient inconnues. On peut cependant dire qu'il avait constaté l'existence du mal, car il disait :
« Un air trop humide empêchant les vers de contracter leur peau pour évacuer leurs derniers excréments et pour exprimer la soie par les filières les fait souffrir, les affaiblit, ralentit leur travail et leur occasionne divers genres de maux qu'on ne peut aisément définir.
« Un air vicié par la fermentation des ordures sur les claies ou par le séjour tardif des vers sur ladilière, ainsi que le défaut de circulation de l'air intérieur qui rend la respiration de ces insectes difficile et qui relâche tous les organes, sont des causes qui produisent aussi des maladies. Dans de pareils cas, bon nombre de vers tombent ; d'autres forment de mauvais cocons, meurent dedans dès qu'ils l'ont fini et s'y corrompent. »
Et plus loin, en décrivant toutes les maladies qui déciment les vers à soie, il en ramène toutes les causes aux conditions défectueuses dans lesquelles ils respirent et transpirent, et il conclut :
« On ne verra jamais paraître ce grand nombre de maladies :
« 1° Lorsque les vers seront tenus clairsemés sur les claies, de manière à ce qu'ils puissent tous bien respirer et transpirer ;
u 2° Si l'air intérieur de l'atelier est toujours au degré de chaleur que j'ai déterminé ;
« .3° Lorsqu'on ne laisse jamais l'air stagnant dans l'atelier et qu'au contraire on l'y maintient continuellement dans une douce et lente agitation ;
« 4° Si on a soin de faire de la fiamme à propos, quand
ÉDUCATIOiN. 221
l'air extérieur est humide et stagnant et Févaporation de Fintérieur abondante ;
« 5<» Lorsqu'on a soin de tenir l'atelier toujours bien éclairé, la lumière étant le plus précieux excitant de la nature vivante ;
« 6° Si on ne laisse jamais les litières sur les claies plus longtemps que je ne l'ai prescrit pour éviter la fermentation ;
« 70 Si on a soin de ne distribuer jamais que de la feuille bien séchée (1). »
Il est bien évident que l'auteur se trompe sur les véritables causes des maladies.
Ces causes restèrent d'ailleurs encore longtemps inconnues, puisque ce sont les travaux de notre immortel Pasteur qui les déterminèrent véritablement d'une façon précise.
Dandolo prenait pour causes déterminantes celles qui ne sont en réalité qu'adjuvantes. 11 n'en reste pas moins vrai que tous les conseils qu'il donne sont toujours précieux et doivent être suivis par les éducateurs désireux d'obtenir un bon résultat.
C'est en effet pendant ce dernier âge que les maladies se manifestent surtout. Si, malgré tous les soins donnés jusque-là à l'éducation, on découvre quelques vers, malades, il faut les enlever sans tarder, les enfouir dans le sol loin de la magnanerie et espacer les autres le plus possible en vue d'éviter toute contagion.
En cas de muscardine, entretenir l'atmosphère aussi sèche que possible, déliter souvent et faire quelques fumigations au soufre.
Ces moyens atténueront les effets du mal et éviteront une perte totale.
Le magnanier est maintenant au bout de ses peines et a fait toutes ses dépenses; il est évident qu'il ne peut se
(i) Dandolo, p. 284.
222 DE L'ÉDUCATION DES VERS k SOIE.
résigner à abandonner son éducation. Par contre, si des symptômes graves se manifestent au début, c'est-à-dire pendant les premiers âges, il ne doit pas chercher à enrayer le mal, et mieux vaut jeter tous les vers et recommencer avec d'autres graines.
11 ne faut pas considérer comme malades certains vers qui ont une couleur un peu brune et un aspect languissant. En les regardant attentivement, on reconnaîtra qu'ils n'ont pu se débarrasser complètement de leur vieille enveloppe, qui emprisonne la partie postérieure du corps ou simplement un anneau. La partie resserrée ne peut croître, et le ver périra si on ne parvient pas à détacher délicatement ce fourreau.
Cet accident est un indice que les vers ont été dérangés de leur place pendant la mue, ce qui a rompu les fils de soie qui fixaient la vieille dépouille. Le cas est facile à reconnaître après la quatrième mue, tandis qu'auxmues précédentes les vers sont trop petits, et ceux qui sont dans cet état meurent inaperçus.
Heureusemement tous ces cas de maladies et accidents ne sont que des exceptions, et, quand tout a marché à souhait, c'est vers le troisième jourdu cinquième âge que commence la grande frèze.
C'est le moment où les vers mangent avec une voracité extraordinaire et où il faut constamment distribuer de la feuille. Cet appétit dure jusqu'au sixième jour, et les soins de quelques claies suffisent à occuper une personne.
Pendant tout le cinquième âge, la température devra être maintenue aux environs de 22° C. et l'aération devra être parfaite et constante.
Soit pendant cette période, soit pendant les âges précédents, si les vers paraissent manquer de vigueur et ne mangent pas avidement, soit au moment de la maturité, si les vers sont un peu lents à monter, beaucoup de magnaniers croient leur procurer une sensation agréable et les émoustiller en brûlant dans la magnanerie et en
dehors des foyers quelques plantes aromatiques. Cette pratique non seulement ne produit aucun bon résultat, mais elle est plutôt nuisible, et ici encore nous devons reproduire l'opinion et les conseils de Dandolo, qui, bien que anciens, ont toujours une grande valeur.
« De quelque manière qu'on brûle un végétal, non dans la cheminée, mais dans une chambre fermée, et quelle que soit la bonne odeur qu'il répande en brûlant, il consume une partie de l'air respirable ou vital contenu dans la chambre, ce qui doit nécessairement le rendre plus malsain.
« Ce végétal non seulement consume de l'air, mais il produit en échange un air méphitique funeste à la respiration, et qui peut faire périr dans peu les vers qui le respirent...
« La fumée des cheminées, qui se répand souvent dans les ateliers et qui y reste stagnante, nuit aussi aux vers; c et inconvénient dépend ou de la mauvaise construction des cheminées, ou d'un manque de soins dans l'atelier. Il peut se .faire que la fumée soit causée par quelque courant d'air. Dans ce cas, elle est bien moins mauvaise, parce qu'alors l'air est agité ; cependant, si elle se répand fréquemment dans la chambre, elle peut être très nuisible (1). »
Nous répéterons ici ce que nous avons déjà dit plusieurs fois, que la fumée du tabac est nuisible aux verset qu'il faut s'abstenir de fumer dans les magnaneries.
Le troisième ouïe quatrième jour de la grand frèze, les vere ont atteint leur maximum de taille et de poids : leurs dimensions sont quarante fois plus fortes qu'au moment de l'éclosion, et ils pèsent près de dix mille fois plus.
A ce moment, le magnanier qui est presque au bout de ses peines doit redoubler de soins et d'attention pour éviter toute cause d'échec.
(1) Dandolo, p. 154 et 153.
Si le temps est sec et vif, les vers accompliront sans encombre la fin de ce cinquième âge. Si, par contre, il est chargé d'humidité ou orageux, il faudra combattre cette mauvaise influence par l'application des conseils donnés plus haut, c'est-à-dire par l'aération, les flambées, etc.
Fin du cinquième âge et montée des vers à la bruyère.
Après la grande frèze, l'appétit des vers diminue, et ils mûrissent bientôt. On doit alors se préoccuper de leur préparer une place convenable pour la confection de leurs cocons. Des rameaux d'arbustes ont été préparés d'avance. Les branches de bruyère, genêt, ciste, romarin, chêne vert, chêne kermès, etc., et toutes broussailles peuvent convenir. Les bruyères sont le plus souvent employées, d'où est venue l'expression : mettre la bruyère. Mais, avant de dire comment on dispose les bois et de décrire les divers modes d'encabanage usités, rappelons en quelques mots les soins que l'on doit donner aux vers pendant les derniers jours de leur vie.
On, réservera pour ces derniers jours de l'éducation la feuille la plus saine, la meilleure et la moins aqueuse. Elle devra provenir d'arbres âgés, vigoureux et non taillés depuis plusieurs années.
L'approche de la maturité est marquée par une diminution de volume du corps : les vers commencent à évacuer une grande quantité de déjections. Aussi les délitages doivent être fréquents. S'il s'agit de races à cocons jaunes, l'extrémité caudale prend une couleur jaune, teinte qui s'étend peu à peu d'anneau en anneau. S'il s'agit de races à cocons blancs, c'est une nuance blanc d'albâtre qui se manifeste.
La taille des vers diminue peu à peu ; le dos devient luisant, le museau d'un brun plus clair; la teinte jaune ou
blanchâtre se répand sur tout le corps ; ils refusent toute nourriture et cherchent à s'isoler pour se vider complètement ; ils ne vont pas tarder à grimper sur la bruyère pour y construire leurs cocons et se transformer en chrysalides.
L'éducateur doit; pendant ces derniers jours, suivre avec une attention soutenue toute sa chambrée et ne pas interrompre ses soins d'un instant : il faut constamment distribuer un peu de feuille aux vers qui veulent encore manger et tenir toutes les claies dans un parfait état de propreté. Pour déliter, on n'emploiera plus les feuilles de papier percé, mais on enlèvera délicatement les vers à la main, sans les blesser, pour les mettre sur les parties propres de la claie, et la litière sera placée dans une corbeille et transportée au dehors. Souvent des vers viennent au bord des claies pour s'isoler ; il faut les replacer soit au milieu des claies, soit au milieu de la bruyère, sans quoi ils pourraient tomber sur le sol et se crèveraient.
Enfin on doit maintenir constamment dans la magnanerie une chaleur douce de 22° C. et une bonne circulation d'air sec. Si tous les vers de la chambrée sont réguliers et vigoureux, la montée sera très rapide, et ces soins assidus et captivants seront de courte durée.
Si le temps est orageux, il faut remédier le mieux possible, par des flambées répétées, à cet état de l'atmosphère qui n'est pas favorable aux vers.
Il ne faut pas croire cependant que, si un orage éclate vers la (in de l'éducation, il puisse compromettre la réussite. Une opinion trop répandue est que les bruits du tonnerre ou même celui de coups de fusil sont nuisibles aux vers; c'est un préjugé, et voici ce qu'en disait l'abbé Rozier en 1801 (I) :
(i) Il faut tenir compte, en lisant cette citation, que l'abbé Rozier n'avait, au sujet de l'électricité, que les connaissances de son époque et que ses explications sur ce sujet manquent d'exactitude.
« Mais, si Ton consulte Fexpérience, Ton se convaincra que ni le bruit du tonnerre, ni celui d'une forte mousqueterie, ne font point tomber les vers et qu'ils continuent à travailler comme s'ils étaient dans l'endroit le plus solitaire. Voici un fait qui confirme ce que j'avance : il y a environ trente-cinq ou quarante ans que chez M. Thomé, grand éducateur de vers, un des premiers qui aient écrit sur la culture des mûriers et l'éducation des vers à soie, nous tirâmes, en présence de plusieurs témoins dignes de foi, plusieurs coups de pistolet dans l'atelier même, lorsque les vers étaient au plus fort de la montée. Un seul tomba, et il fut reconnu par tout le monde qu'il était malade et qu'il n'aurait pas coconné. Personne ne révoquera en doute le témoignage de M. Sauvages, qui répéta chez lui la même expérience, sans qu'il en résultat aucun effet. L'opinion génémle est donc démentie par l'expérience, enfin par des faits absolument contraires à ce qu'elle veut propager.
« La secousse occasionnée dans l'air par le bruit du tonnerre ne nuit donc en aucune manière aux vers qui filent leur cocon; mais la fulguration, les éclairs, le bruit annoncent un amas d'électricité dans l'atmosphère, qui se décharge, ou d'un nuage qui en a surabondance, sur un autre nuage qui en a moins ou pas du tout, ou enfin entre des nuages et la terre, jusqu'à ce que l'électricité soit en équilibre dans la masse totale. Cet équilibre ne peut point s'établir sans que des êtres faibles en soient affectés. Ne voit-on pas des personnes dont les nerfs sont délicats ou trop électriques par eux-mêmes avoir des convulsions et même la lièvre dans de pareilles circonstances? Est-il donc étonnant que des vers remplis de soie, qui, comme on le sait, devient électrique par le frottement, mais sans transmettre son électricité aux corps qui l'environnent, soient cruellement tourmentés et fatigués par leur électricité propre et par la surcharge qu'ils reçoivent de celle de l'atmosphère? Si, à cette
première cause, une seconde vient se joindre, on reconnaîtra évidemment ce qui occasionne la chute des vers, et on ne Tattnbuera plus aux secousses produites dans l'air par le bruit du tonnerre. Avant que Forage se décide, le temps est bas, lourd et pesant, la chaleur si sufifocante qu'on peut à peine respirer; l'air semble accabler la nature; on ne ressent pas le vent le plus léger; on ne voit pas une seule feuille agitée; les substances animales se putréfient promptement; enfin la touffe se manifeste plus ou moins en raison de l'air atmosphérique et surtout de celui de l'atelier. Les vers peuvent donc éprouver une asphyxie dans ces moments critiques. Le tonnerre et les éclairs indiquent le mal, mais ne sont pas le mal (1). »
Les bois une fois secs sont secoués pour faire tomber le feuillage et coupés en brins d'égale longueur un peu supérieure à l'intervalle des claies. Le pied de chaque branche reposera sur la claie inférieure et le sommet viendra se recourber sous la claie supérieure (fig. 34, A) ; les premières seront placées au fond et aux extrémités des claies. Les vers les plus avancés peuvent airisi se loger.
De distance en distance (50 à 60 centimètres), de petites haies formées de la même façon sont placées au travers des claies. Cette disposition figure une série de petites cabanes, d'où le terme à'encabanage. Les branches ne doivent pas être trop touffues afin de permettre à l'air de circuler librement et offrir aux vers des interstices nombreux où ils logeront aisément les cocons; si ces interstices étaient trop rares, on s'exposerait à avoir beaucoup de doubles.
La distribution de la feuille est continuée dans l'intervalle des cabanes jusqu'à ce qu'il ne reste plus sur la claie qu'un nombre insignifiant de vers non montés; ces derniers sont réunis sur une claie séparée avec les
(1) L'abbé Rozibr, Cours d'agriculture, Paris, 1801,
quelques retardataires enlevés en cours d'éducation. Le
tout constitue ce qu'on appelle les démamures ou déma-
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madures. Les claies doivent rester nettes, sans litière, ni souillures. Beaucoup de magnaniers ont la mauvaise habitude de ne faire ce nettoyage que plusieurs jours après. Les litières entrent alors en fermentation et entretiennent un état d'humidité très préjudiciable. L'aération doit être maintenue au moins aussi active que pendant l'éducation, l'accès de l'air étant atténué par les branchages. Trop souvent des éducateurs, après avoir maintenu jusque-là une aération convenable, ferment portes et fenêtres lorsque la montée est terminée. Faute d'air, quelques vers périssent sans achever leurs cocons ; d'autres meurent à l'intérieur à l'état de chrysalides, d'où une perte notable, surtout si l'éducation était destinée au grainage. C'est pour la même raison qu'il faut s'abstenir de recouvrir les cabanes de papier ou de toile, comme on le voit faire quelquefois.
Pour faciliter la mise de la bruyère, la charpente des cabanes peut être préparée avec des liteaux de bois formant comme de petits râteliers disposés à des distances régulières (fig. 34, B). 11 ne reste qu'à garnir l'intervalle avec des broussailles.
Un autre procédé consiste à recueillir un à un les vers qui sont mûrs et à les transporter dans une pièce où le bois a été disposé. Ce système dispense de faire l'encabanage sur les claies, et les vers font leurs cocons loin des litières; mais il exige un local spécial et une maind'œuvre supplémentaire. Malgré toute l'attention du magnanier, il s'expose à transporter des vers qui ne sont pas tout à fait mûrs et à en laisser d'autres qui commencent à filer leurs cocons.
Pour obvier à cet inconvénient et pourtant transporter les vers dans un autre local, Ostinelli a imaginé un appareil spécial. C'est une sorte de treillage formé avec des roseaux fendus. Étalé (fig. 35), il mesure 90 centimètres sur 58 de large. En le repliant comme l'indique la figure 36, les accouplant deux à deux et garnissant
230 DE L*ÉOUCàTION DES VERS À SOIE,
rintérieur de branchages, on obtient comme une cabane
Fig. 35. — Appareil Oslinelli déployé (Verson etQuajat). mobile qui est transportée dès qu'elle est garnie de vers.
Fig. 36. — Appareil Oslinelli replié (Verson et Quajat). Au xvi« siècle, un système spécial avait été imaginé,
et il a été préconisé en 1857 par Delprino et plus récemment par Sartori. Il s'agit simplement de porter chaque ver dans une loge de casiers en bois ou en carton aménagés à cet effet. La main-d'œuvre est onéreuse, et rétablissement des casiers est coûteux. Les vers, du reste, n'y construisent pas volontiers leurs cocons.
En résumé, avec l'élevage sur claies, le système le plus pratique est celui de l'encabanage ; en ne négligeant pas l'enlèvement des litières et la bonne aération. Rien n'est d'ailleurs plus agréable à l'œil comme des claies bien propres surmontées de cabanes bien disposées, garnies de beaux et nombreux cocons.
Avec l'élevage aux rameaux, il suffît d'ajouter aux bois dégarnis de feuilles de la paille ou de petits fagots de broussailles pour que les vers y construisent leurs cocons.
Décoconage.
Lorsque les cocons sont destinés à la filature, on peut décoconner huit jours après là montée des derniers vers si la température a été d'au moins 20<>. Pour les cocons destinés au grainage, il est bon d'attendre trois ou quatre jours de plus, de façon à ce que la chrysalide soit bien formée et supporte plus facilement le transport.
Lorsque le succès est venu couronner les travaux du magnanier, le décoconage est pour celui-ci une véritable fête. 11 y convie ses parents et amis, qui viennent gracieusement prêter leur concours. Les hommes démontent les cabanes et font passer les brins de bruyères garnis de cocons aux femmes et aux jeunes filles qui les enlèvent et les placent dans des paniers ou sur des claies avec beaucoup de précaution.
Les cocons sont encore enveloppés de la bourre, bave ou blaze, réseau que le ver avait jeté avant de former son cocon. Ce réseau est enlevé au moins grossièrement par les ouvrières, qui saisissent d'une main le cocon et
de Tautre la bave, qu'elles enroulent autour des doigts. En même temps elles font le triage. Les cocons bien conformés sont réunis; les doubles, qui se reconnaissent à leur aspect grossier, leur coque résistante, leur dimension, sont mis à part et seront vendus pour être cardés. Le commerce tolère cependant une proposition de 3 à 4 p. 100 de doubles. Les fondus, faibles et autres défectueux feront une deuxième catégorie de rebuts. Les satinés, s'ils sont en trop grand nombre, déprécient l'ensemble.
M. Laurent de l'Arbousset a trouvé sur plusieurs lots de cocons de races indigènes les proportions suivantes, qui ne doivent pas être dépassées dans toute éducation bien réussie :
Cocons doubles, 6 p. 100;
Autres cocons défectueux, morts, faibles, etc., 3 p. 400;
Bons cocons, 94 p. 100.
Après le triage, pour débaver plus complètement les bons cocons, si on le désire ou si l'acheteur l'exige, on reprend chaque cocon entre les doigts.
Une petite machine d'invention récente, appelée débaveuse, fait plus rapidement cette opération. Elle comprend simplement un plan incliné sur lequel glissent peu à peu les cocons ; de distance en distance, ils rencontrent des tringles de fer transversales qui tournent rapidement. Ce mouvement leur est communiqué au moyen d'une manivelle et d'engrenages actionnant une chaîne de Vaucanson. Au passage, la bave est enroulée sur les tringles, tout comme sur le& doigts de l'ouvrière.
Les cocons entassés s'échaufTant promptement, on doit les étendre sur des claies ou sur des toiles en attendant de les vendre. La vente ne doit pas être différée, parce que la perte de poids journalière est élevée, ainsi que nous l'avons vu plus haut (Voirchap. ni, IP partie. Perte de poids de la chrysalide).
ÉDUCATION. i233
Transport. — Si les cocons sont destinés au grainage, de grandes précautions doivent être apportées à remballage et au transport. Us seront placés dans des paniers de faible volume, de façon à éviter réchauffement de la masse et permettre Taération. Les chocs violents peuvent blesser ou meurtrir les chrysalides. Le transport sera effectué de préférence le matin de bonne heure, ou dans la soirée, afin de ne pas les exposer en route à la forte chaleur du milieu du jour.
Dans le cas où les cocons sont destinés à la filature, le volume des récipients peut être plus grand et les soins moins minutieux; la marchandise doit pourtant arriver en bon état à destination.
Étouttage,
L'étouffage a pour but de tuer la chrysalide afin de conserver le cocon intact et de pouvoir le filer plus tard- Les cocons percés par la sortie du papillon ne peuvent être filés. Il est vrai que le fil de soie n'est pas coupé ; les brins en sont simplement écartés; mais, pour le dévidage, les cocons sont placés dans une bassine d'eau chaude et doivent surnager. S'ils sont percés, l'eau pénètre à l'intérieur, et ils sont submergés.
De plus le liquide alcalin, émis par le papillon pour sortir, et les déjections dont il salit les cocons attaquent la soie au bout de peu de temps.
Plusieurs procédés peuvent être employés pour tuer la chrysalide à l'intérieur du cocon :
1» Par la chaleur sèche ;
2<> Par la chaleur humide ;
3° Par les deux combinées ;
4° Par actions chimiques.
10 Par chaleur sèche. — Le système le plusrudimentaire consiste à placer les cocons dans des paniers peu profonds et de les introduire dans le four du boulanger. La tem-
pérature n'étant pas réglée, on s'expose à détériorer la soie par un excès de chaleur.
Les étoufToirs industriels à air chaud se composent d'une grande étuve munie de tiroirs dans lesquels on place les cocons. Un thermomètre à Tintérieur derrière une vitre indique la température, qui doit être maintenue à 75* environ. Après un séjour de quinze minutes, les •chrysalides sont mortes, les cocons sont sortis du tiroir et étendus sur des claies. Chacun des tiroirs porte un numéro d'ordre, ce qui permet de les vider et remplir successivement sans crainte d'erreur.
L'opérateur doit être très expérimenté afin de maintenir une chaleur constante au degré voulu et de ne pas y laisser les cocons plus que le temps nécessaire. Un coup de feu suffît pour rendre tous les cocons inutilisables, la soie étant brûlée. Par contre, une température trop peu élevée permet à quelques chrysalides d'échapper à la mort ; les papillons qui sortent constituent un déchet et salissent tous les cocons voisins par leurs déjections.
2° Par chaleur humide, — Au lieu de chauffer l'étuve directement par un foyer, on fait pénétrer dans l'intérieur de l'appareil un jet de vapeur d'eau.
L'avantage de cet étouffoir est que la température est constante et que la chaleur humide détériore moins la soie que la chaleur sèche. Mais les cocons sortent de l'étuve humides et ramollis; on ne peut les toucher sans les abîmer. Il faut les laisser se raffermir à l'air avant de les transporter sur les claies de séchage.
3° Procédé mixte. — Ce procédé consiste à étouffer les •cocons au moyen de la vapeur d'eau et les sécher ensuite par un courant d'air chaud. Le seul inconvénient de ce double système est d'exiger une installation coûteuse.
4^» Actions chimiques, — On a tenté d'asphyxier les chrysalides par les émanations d'acide sulfureux, d'acide sulfhydrique, de sulfure de carbone, de gaz ammoniac, etc. Tous ces procédés ont l'inconvénient d'abîmer
la soie. M. Francezon a montré qu'en faisant séjourner les cocons dix heures et plus dans Foxyde de carbone Tacide carbonique, Thydrogène, le protoxyde d'azote, gaz qui eux n'attaquent pas la soie, les chrysalides n'étaient pas toutes tuées.
La quantité de cocons récoltés par un seul éducateur est trop peu considérable pour qu'il ait intérêt à posséder un étouffoir. Plusieurs auraient souvent avantage à installer un étouffoir commun pour conserver leur récoite et la vendre plus tard à des cours rémunérateurs. Cn tel étouffoir serait surtout utile dans les pays privés de moyens de communication et où la rareté des acheteurs oblige à vendre à vil prix.
Le graineur traitant une quantité tant soit peu importante de cocons aura également grand intérêt à posséder un étouffoir. Nous pouvons même dire qu'il lui est indispensable. Les lots sont souvent reconnus impropres à la reproduction au moment même de la sortie des papillons, d'où difficulté d'expédition et de vente. Les éducations industrielles sont rares dans les régions de grainage et, par suite, absence de marché et même d'acheteurs de cocons pour filatures. Les lots éliminés du grainage sont cependant excellents comme rendement à la bassine.
Conservation et séchage des cocons.
En sortant de l'étouffoir, la chrysalide est morte, mais non encore desséchée. Si on ouvre un cocon et que l'on presse la chrysalide sous les doigts, elle se réduit en bouillie. Dans cet état, les cocons ne sauraient se conserver. Pour les sécher, on les étend sur de grandes claies par couches de 40 à 12 centimètres d'épaisseur seulement. Ces claies sont disposées en plusieurs étages dans une vaste salle bien aérée et à l'abri des rayons du soleil.
Les cocons seront remués d'abord tous les jours, puis tous les deux jours, et ensuite deux fois par semaine. Au bout de trois à quatre mois, la chrysalide se réduit en poussière sous la pression des doigts ; les cocons sont secs.
En cours de séchage, les cocons sont de nouveau triés minutieusement en vue de les classer et d'éliminer les écarts qui ont pu passer inaperçus au moment de la récolte.
L'étouffage fait ressortir le liquide des cocons fondus, dont Taspect extérieur était normal. Ces cocons doivent être enlevés et dévidés le plus tôt possible ; frais, ils peuvent encore être filés ; mais peu à peu le liquide dont ils sont imprégnés attaque le fil de soie, et ils deviennent indévidables.
Le triage élimine ensuite les doubles, les satinés, les percés, etc., et classe les bons en plusieurs catégories : fins, premier choix et deuxième choix.
Les cocons secs sont retirés des claies, où ils ne pourraient que perdre de leur qualité sous l'action prolongée de la lumière et regagner de l'humidité pendant la saison pluvieuse. L'emballage se fait dans des toiles grossières (sacs ou balles).
A ce moment, les cocons secs peuvent être vendus. Ils sont réduits au tiers de leur poids primitif : 100 kilogrammes de cocons frais donnent 32 ou 33 kilogrammes de secs.
Les cocons secs trouvent acheteur toute l'année sur les marchés d'Alais, d'Avignon, Cavaillon pour les petites quantités, et à Marseille pour les fortes parties. Cette place est le centre le plus important de la France et de l'étranger pour ces transactions.
La vente a lieu au rendement. Le nombre de kilogrammes nécessaire pour obtenir 1 kilogramme de soie grège établit le rendement. On compte qu'il faut en moyenne 4 kilogrammes de cocons secs pour 1 kilogramme
de soie grège. Les prix varient suivant les cours de la soie. Les cocons secs peuvent être conservés plusieurs années. Pratiquement il ne convient pas cependant de les garder au delà de deux ans ; à mesure qu'ils vieillissent, le dévidage devient plus difficile, les déchets augmentent et le rendement diminue.