‹ Série du cyanogèneChapitre 34 sur 49 · ACTION TOXIQUE DE L’ACIDE CYANHYDRIQUE · texte numérisé non relu

ACTION TOXIQUE DE L’ACIDE CYANHYDRIQUE

Jusqu'à l'important mémoire de M. Armand Gautier sur les nitriles des acides gras, l’acide cyanhydrique était regardé commeun poison terrible, agissant avec une rapidité foudroyante. Qu'il nous soit permis de citer sur ce sujet les expériences de M. Gautier : « L’acide cyanhydrique est un violent tétanique, mais son action sur les centres nerveux n’a pas la rapidité que l’on pense. Cette considération doit donner plus d'assurance dans le maniement de ce corps. Un lapin, auquel j'avais placé deux gouttes d’acide cyanhydrique anhydre sur l'œil, est resté frappé de mort pour tous les assistants au bout de quelques secousses tétaniques; deux à trois minutes après, en lui insufflant de l’air chargé de chlore dans les poumons, produisant la respiration artificielle, et lui faisant avaler un peu d'eau chlorée, on l’a vu revenir à la vie.

« On peut s’habituer à respirer de l'air fortement chargé de vapeurs cyanhydriques, non sans en ressentir du ma-

laise.et de la lassitude, mais sans graves accidents. Moissan. 27

« Je pourrais citer d’autres personnes que moi qui ont acquis pour ce corps une grande tolérance.

« L'inhalation de ces vapeurs produit l’irritation de la gorge et de la toux; au bout de quelques instants, une lassitude musculaire, quelquefois douloureuse, surtout dans les avant-bras et dans les bras, en même temps qu’un sentiment de constriction pénible à la région temporale, de l'abattement et de la chaleur plutôt que du froid, avec accélération du pouls; enfin, quelquefois la lourdeur de la rate et du cœur.

« On perd peu à peu la perception de l'odeur réelle de l’acide cyanhydrique, mais on reconnaît toujours ce corps à un sentiment d’amertume et de constriction de la gorge ; on n’a jamais eu avec lui de nausées comme avec les carbylamines,

« Si l’on a reçu sur la main un courant un peu continu d’acide cyanhydrique en vapeur, ou si l’on a manié ce corps à l’air quelque temps, on a comme un sentiment de paralysie ou plutôt d’inaptitude et de faiblesse des muscles extenseurs de cette main. Quand on reçoit sur la lan-— gue un courant d’acide cyanhydrique mêlé d'air, on perçoit une légère sensation de chaleur et d’amertume, en même temps qu’il se produit presque aussitôt, autour du point atteint, une sorte d’anesthésie ou de sentiment moins net de l’organe.

« Il n’y a presque aucun danger à recevoir l’acide cyanhydrique anhydre sur la peausaine.

« J'en ai reçu sur les mains, sur la face, sur les lèvres, sans en éprouver la moindre impression, à la condition de se laver à l’eau froide immédiatement.

« L’acide cyanhydrique anhydre, en pénétrant dans une coupure de la peau, produit l’eifet d’un acide ordinaire ; on y ressent comme un bruissement, dû sans doute à sa ra-

Or

pidité de volatilisation, mais, même dans ce cas, en lavant rapidement la plaie à l’eau ou mieux à l’eau de chlore, et respirant vivement celle-ci, on évite tout accident. On voit qu'on a beaucoup exagéré les dangers que fait courir ce corps, j'ai pu faire quelquefois les mêmes observations sur d’autres personnes, et l’on peut dire que les effets immédiats laissent toujours le temps d'agir utilement pour les combattre, et se dissipent au bout de quelques heures.

« Il n’en est pas de même des accidents chroniques.

« Ceux-ci sont de deux sortes : l'acide cyanhydrique agit sur le cœur et sur les muqueuses de la gorge.

« On acquiert par le maniement continu de l’acide cyanhydrique, d’abord. une sensation de gêne précordiale, puis lirritabilité du cœur, et la tendance aux palpitations. Il serait dangereux de ne pas s'arrêter de temps en temps. »

L'auteur de cette thèse a eu l’occasion d'étudier aussi sur lui-même l’action lente de la vapeur d’acide cyanhydrique. Ayant préparé trois ou quatre fois de l'acide cyanhydrique pur, etayant manipulé d’une façon continue, pendant plusieurs semaines, des cyanures alcalins, nous avons éprouvé une lassitude générale très accentuée, des céphalalgies intenses et enfin des palpitations. Une semaine de repos a suffi pour dissiper tous ces accidents.

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