‹ Série du cyanogèneChapitre 37 sur 49 · DOSAGE DE L'URÉE · texte numérisé non relu

DOSAGE DE L'URÉE

Méthode de Millon. — Millon décomposait l’urée en acide carbonique et en azote au moyen du réactif qui porte son nom, c'est-à-dire d’azotite de mercure en solution dans l’acide azotique. (Comptes rendus de l’Académie, t. XX VI, D 414192

C?H* Az O6 O=—C? 0 + A7 + 2H°O?, Méthode de M. Bouchard.— M. Bouchard emploie en-

core aujourd’hui ce procédé qu’il a rendu par un dispositif très simple extrêmement commode. fl prépare le réac-

tif de Millon de façon à ce quil ait une densité supérieure à celle du chloroforme. Il en met une certaine quantité au fond d’un long tube, ajoute une couche de chloroforme, puis verse l'urine, que le chloroforme sépare du réactif. Il suffit d’agiter le tube pour que la réaction ait lieu. Dans ce procédé, on mesure à la fois l'acide carbo-

nique et l’azote.

Emploide l'hypochlorite et de l'hypobromite de soude.—L.a décomposition de l’urée en acide carbonique et azote peut être effectuée par d’autres réactifs. Fourcroy et Vauquelin (Annales de chimie, t. XX XI, p. 48,t. XX XII, p. 80), au commencement du siècle, avaient déjà montré que le chlore opérait cette décomposition. Mais ce ne fut qu’en 1854 que Edwards Davy (Philosophical magazine, 4e série, t VII, p.385) eut l’idée d'appliquer cette propriété au dosage de l’urée,en se servant d'hypochlorite de soude. Quelques années plus tard, en 1858, Lecomte, dans une thèse de l’école de pharmacie, montrait que ce procédé n'était pas aussi exact qu’on l'aurait cru d’abord. Même en chauffant fortement, on n’obtenait par décigramme d'urée que 34 centimètres cubes, au lieu de 37,3 indiqué par la théorie. C’est alors que Knop (Knop et Wolf Spinneff Znutralblatt, 1860) eut l’idée de substituer l’hypobromite de soude à l’hypochlorite. Ce dernier réactif est depuis le seul en usage.

On a inventé pour doser l’urée par l’hypobromite de nombreux appareils dont le principe est toujours le même. On met, à un moment donné, l'urine en contact avec une solution d'hypobromite de soude contenant un excès a'’alcali. L'urée se décompose en acide carbonique et en azote. L’acide carhonique est absorbé par la soude, l'azote se déjage, et de son volume on déduit le poids de l'urée,

rs

Théoriquement, à 370 centimètres cubes d'azote correspond un gramme d’urée.Pratiquement, il y a toujours des pertes de gaz dues à la solubilité de l'azote dans l’hypobromite de soude, à la décomposition incomplète de l’urée. Il existe aussi des causes de perturbations en sens inverse. L’acide urique, la créatine, la créatinine, la caféine, la guanine sont décomposés par l’hypobromite, et augmentent plus ou moins suivant leur abondance la quantité d'azote. La quinine, la strychnine, la morphine résistent au contraire à la décomposition. Le carbonate d’ammoniaque est également décomposé; mais, comme il s’est formé aux dépens de l’urée, on comprend que l’azote qu’il fournit peut et dnit être considéré comme provenant de cette dernière. Grâce à cette décomposition, on peut faire approximativement l’analyse des urines putréfiées où l’urée a été partiellement ou même totalement transformée en carbonate d’ammoniaque.

Telle est là méthode générale; mais les quantités d’hypobromite employées, la façon de préparer la solution, varient beaucoup suivant les différents chimistes. Les appareils pour effectuer la décomposition sont également très nombreux, On comprend que nous n’insistions pas sur leur description, d'autant plus qu’ils ne diffèrent que par des détails peu importants. Il est possible d’une façon générale de les diviser en deux grandes classes : appareils où l'on reçoit l'azote sur la cuve à mercure, et appareils où l’on reçoit l’azote sur la cuve à eau. Les premiers sont plus précis ; le type est l’uréomètre de Méhu. Mais les seconds sont plus commodes, et cet avantage les fait ordinairement préférer; le plus connu est l’uréomètre de Régnard.

Quel que soit l’uréomètre employé, il est certaines précautions qu'il ne faut pas négliger. Si l'urine contient de l’albumine, du sang, du pus, on doit d’abord l'en débar-

Moissan. 29

DD Gi rasser en employant les procédés que nous indiquons à l'étude de l’acide urique. Sinon il se forme une mousse très persistante, et le gaz ne se dégage que lentement. Pendant la réaction, il est nécessaire d’agiter pour favoriser le mélange de l’urine et de l’hypobromite. On peut se dispenser de chauffer, mais il ne faut pas, comme on le fait parfois dans des services d’hôpitaux, refroidir, en le trempant dans l'eau, le vase où se passe la réaction.

Observation de M. Méhu.— Enfin, il est bon, pour obtenir une décomposition plus complète, d’ajouter, comme le recommande M. Méhu, une certaine quantité de glucose à l'urine à analyser (Comptes rendus de l'Académie, 21 juillet, 1% septembre 1879). C’est en remarquant que les urines des diabétiques dégagent beaucoup mieux leur azote que M. Méhu a été conduit à cette addition. La façon dont le glucose agit n’est pas encore bien connue.

Les procédés que nous venons de signaler jusqu'ici sont très commodes, parce qu’ils n’exigent que la mesure d’un volume gazeux; aussi,sont-ils surtout employés en clinique. Mais on peut aussi recourir aux procédés par pesées et par liqueurs titrées.

Méthode de Bunzen.— Le meilleur procédé par pesée est celui de Bunzen (Ann. der chem. und pharm., LXV, p. 315). Après avoir précipité les phosphates et les sulfates de l'urine par le chlorure de baryum, il chauffe l'urine en vase clos avec une nouvelle quantité de ce sel. Il se forme ainsi du carbonate de baryte que l’on recueille et quel’on pèse. Ce procédé est très précis si l'urine ne contient pas de sucre et d’albumine, qui augmenteraient la quantité de carbonate formé. Mais il exige des manipulations assez

délicates.

Méthode de Heintz. — Heintz (Annalen von Poggendorf, t LXVI, p. 114, LXVIII, 893) commence par transformer l’urée en acide carbonique et sulfate d'ammoniaque: pour cela, il la chauffe avec de l’acide sulfurique; il dose ensuite le sulfate d’ammoniaque au moyen d’une solution de bichlorure de platine.

Méthode de Lecanu. — Lecanu (Journal de pharm., X VII, 651) précipitait l’urée sous forme de nitrate, qu’il pesait, mais cette méthode comportait plusieurs causes d'erreurs : solubilité du nitrate d’urée dans l’acide azotique et combinaison du chlorure de sodium et de l’urée.

. Méthode de G. Bouchardat. — Cette méthode est fondée sur ce fait observé par M. G. Bouchardat, que, sous l’influence de l'hydrogène naissant, agissant sur l’azotate d’urée en liqueur acide, ce dernier sel se décompose en azote, eau et acide carbonique.

On introduit dans un petit ballon 20 centimètres cubes d'urine et quelques grenailles de zinc; on adapte au col du ballon un bouchon portant un entonnoir et un tube à dégagement à l'extrémité duquel vient se placer un tube à sulfate de fer sec, imprégné d’acide sulfurique, et un système de tubes propres à absorber l’acide carbonique. On verse alors dans le ballon une petite quantié d’acide azotique, puis une certaine quantité d’acide chlorhydrique étendu de son volume d’eau et contenant 1/20 d'acide nitrique. Vers la fin, on chauffe légèrement, pour terminer la réaction, et on aspire de l’air à travers tout l’appareil, L'augmentation des tubes à potasse, multipliée par 1,3636, donne le poids de l’urée.

Parmi les procédés par liqueurs titrées nous citerons celui de Liébig.

Méthode de Liébig. — Liébig (Ann. der chem. und pharm., LXVIIL, p. 370) précipite l’urée au moyen d’une solution d’azotate de bioxyde de mercure.On doit commencer par se débarrasser des chlorures. Le moyen par lequel il reconnaît que la précipitation est complète est empirique ; il s'arrête quand le carbonate de soudedonne avec la liqueur un précipité jaune.

Enterminant,nous devons aussisignalerune méthode fort originale due à Musculus. Ce chimiste transforme l’urée en carbonate d’ammoniaque : pour cela il suffit de provoquer la fermentation ammoniacale en ajoutant à l’urine quelques fragments de papier à filtrer trempés dans une urine purulente. On déduit Ja quantité d’urée du degré d’alcalinité que prend la solution.

Variation de l’urée.— La quantité d’urée contenue dans l’urine est en moyenne de 15 à 25 grammes par litre. La quantité d'azote que fournit par sa décomposition l'urée excrétée en une journée est, à l’état de santé, sensiblement proportionnelle à la quantité d'azotequi étaitcontenue dans les aliments ingérés. L’urée est donc plus ou moins abondantesuivant la nature de la nourriture. Dans le jeûne absolu, on ne trouve plus par jour que 2 à3 grammes durée. Chez les malades atteints de fièvre intense,l'urée augmente considérablement; cette augmentation suit une marche à peu près parallèle à la température pendant la maladie ; mais à la convalescence, alors que la température est revenue à son degré normal, l'urée continue à se produire en grande quantité. Dans les maladies qui s'opposent à l’excrétion normale de l’urine, l’urée ne se trouve plus dans l'urine qu’en petite quantité, mais elle s’accumule dans le sang. De là les accidents d'urémie qui s’observent si sou=

es

vent chez les malades atteints d'affections organiques du rein. L’urée diminue aussi dans l’urine quand elle trouve une voie d'élimination autre que le rein, l’intestin par exemple, daus certaines maladies.

Page 1