DOSAGE DE L’ACIDE URIQUE
C'est presque toujours dans les calculs ou les sédiments urinaires que se fait la recherche de l’acide urique; c’est au contraire presque toujours dans l’urine que se fait le dosage. On évalue parfois la quantité d’acide urique con-— tenue dans une urine au moyen d’un procédé empirique. On multiplie par deux les 2 derniers chiffres de la densité de l’urine. Le produit ainsi obtenu est regardé comme représentant le poids de l’acide en centigrammes., Une urine ayant une densité de 1,032 contiendra par conséquent 0 gr. 64 d'acide urique. Mais dans bien des cas ce procédé fournit une approximation très insuffisante, et,si l'urine contient du glucose ou de l’albumine, il se trouve complètement en defaut.
H faut alors recourir à d’autres méthodes. Voici la plus généralement employée. On prend 200 grammes d'urine que l’on place dans uneéprouvette à large ouverture. Cette urine doit être recueillie avec des précautions spéciales. 11 ne faut pas qu’elle soit décantée d’un vase qui en contienne une quantité plus grande, et où elle ait déjà séjourné quel-
que temps. Dans les urines acides, en effet, l'acide urique se dépose avec la plus grande rapidité et on serait exposé à trouver un chiffre beaucoup trop faible.
L'urine ainsi mesurée, on ajoute dans l’éprouvette quila contient 6 grammes d’acide chlorhydrique pur et fumant, puis on place le tout dans un endroit frais. Au bout de quelques heures, l’acide urique s'est déposé. On recueille le dépôt sur un filtre en ayant soin de faire tomber toutes les parcelles qui adhèrent aux parois de l’éprouvette. Pour cela, le mieux est de frotter ces parois avec un tube de verre recouvert de caoutchouc. On lave le filtre à l'alcool afin de débarrasser l’acide urique de l'acide hippurique et de la matière colorante qu'il contient et d’entraîner l'acide chlorhydrique qui rendrait le papier du filtre très friable. On dessèche ensuite le filtre à l’étuve, on détache ie dépôt et on le pèse. Le poids obtenu donne assez exactement le poids d’acide urique. Les causes d'erreurs provenant de la solubilité de l’acide urique ou de l'augmentation de poids due à la matière colorante de l’urine sont assez faibles.
Quelques auteurs recommandent pourtant d’ajouter 0,0045 par 100 centimètres cubes d’urine et d’eau de lavages; cette précaution nous semble inutile,
Dans quelques cas on doit modifier plus ou moins le procédé que nous venons de décrire. Si l'urine est très diluée il faudra en évaporer une partie avant de verser l’acide. Si au contraire elle offre un sédiment il faudra dissoudre ce sédimenten portant l'urine à l’ébullition. Dans le cas où ce sédimentestrose briqueté, apparence qu'il offre souvent chez les rnumatisants, les fébricitants, il ne faut pas oublier que l'acide urique une fois déposé sera très adhérent aux parois du filtre. Mieux vaut donc dans ce cas se servir d’un double filtre que de détacher le précipité comme nous l’avons indiqué.
Dansles urines albumineuses, le dosage exige aussi des précautions spéciales. Si l’albumine est peu abondante, on peut précipiter l'acide urique au moyen d’acide acétique ou d'acide phosphorique très concentré qui restent sans action sur l’albumine. Si elle est très abondante, mieux vaut s’en débarrasser tout d’abord en faisant bouillir l’urine avec un peu d’acide acétique L’albumine se coagule et on la sépare par filtration. On emploiera le même procédé si l'urine contient du pus ou du sang. On ne doit pas oublier que dans les urines albumineuses on peutne pas rencontrer trace d’acide urique, [l en estde même dans les urines ammonjacales. Faut-il admettre avec certains auteurs que l'urine contient alors des bactéries spéciales qui décomposent l'acide urique en urée et carbonate d’ammoniaque ?
L'explication peut être contestée, mais le fait n’en est pas moins intéressant.
On a proposé dans ces dernières années deux autres méthodes de dosage. Celle de Fokker est basée sur l’insolubilité du biurate d’'ammoniaque dans les liquides alcalins. On ajoute du carbonatede soudeà l'urine, ce qui l’alcalinise. Par suite, les phosphates terreux se précipitent, on les sé pare par filtration. En traitant le liquide filtré par le chlorhydrate d'ammoniaque, on obtient du buirate d'ammoniaque qui se dépose, on le recueille et on le décompose par l’acide azotique. Il faut ajouter pour compenser les pertes subies dans l’opération 0 gr. 016 par 100 centimètres cubes de liquide employé.
Jablowsky a simplifié cette méthode. Il ne sépare pas les phosphates terreux, de sorte qu'il les recueille en même temps que le biurate d’ammoniaque. Mais quand il traite le mélange par l'acide azotique, les phosphates terreux se redissolvent et l’acide urique se dépose seul.
Cet auteur a également proposé un procédé qui lui ap-
partient en propre. Dans ce procédé comme dans le procédé usuel on précipite l’acide urique au moyen d’acide chlorhydrique. Mais, et c’est là l’idée nouvelle de Jablowsky, on achève ensuite de précipiter la petite quantité d'acide urique quireste en solution au moyende magnésie et d’azotate d'argent. Cette méthode qui exige des manipulations complexes ne nous semble pas offrir beaucoup d'avantages pratiques.
Les recherches faites par M. Magnier de la Source (Bulletin de la Société chimique, 1874, t. XXI, p. 292) pour doser volumétriquement l'acide urique sont beaucoup plusintéressantes. Ce chimiste a montré que l’hypobromite de soude décomposait à froid l’acide urique en urée (qui se dédouble elle-même en acide carbonique et en azote) et en alloxane. Si l’on chauffe, l’alloxane est décomposée à son tour de sorte que finalament tout l’acide urique est transformé en acide carbonique eten azote. C’est du volume de cet azote que l’on déduit le poids de l’acide au moyen de tables appropriées.
Quand on opère sur de l’urine qui contient en même temps de l’urée, l'opération estnaturellement moins simple. I! faut faire deux dosages, le premier avec de l’urine nor-male,le second avec de l’urine que l’on a débarrassée de l’acide urique et desurates qu’elle contient en les précipitant au moyen de sous acétate de plomb. La différence entre les deux volumes obtenus donne le volume d’azote, fourni par l'acide urique et indique par conséquent la teneur de ce composé.
On a aussi proposé pour doser volumétriquement l’acide urique d'utiliser la propriéte que possède le permanganate de potasse (Ann. der chem. und pharm., t. XLXIX) en excès, de le décomposer en acide carbonique et en urée. Ce procédé n’est pas entré dans la pratique.
La quantité d'acide urique que l'on trouve par ces divers procédés varie beaucoup, même à l’état physiologique. Chez les individus vigoureux, bien nourris, elle est en moyenne de 0,50 à 0,60 centigrammes par jour. Avec une alimentation exclusivement végétale, elle tombe à 0,30 centigrammes ; avec une alimentation animale, elle monte à 0,80 centigrammes. Certains médicaments, le sulfate de quinine, la caféine, l’angusture vraie diminuent la quantité d’acide urique excrété. Cette quantité diminue également dans les maladies de langueur, chlorose, anémie, etdansl’albuminurie.Elle augmente dans les affections du cœur surtout à la période d’asystolie eten général dans toutes les affections qui s’accompagnent de fièvre.
Quand au lieu d’uneaugmentation ontrouvechez un malade atteint d’une fièvre intense une diminution de l'acide urique, cette diminution est d’un mauvais présage.Le pronostic est également fâcheux quand l’acide urique est très augmenté et que l’uréeestau contraire en quantité relativement faible.
Nous n'avons étudié le dosage de l'acide urique que dans l'urine. Pour le doser dans les urates et dans le sang, les procédés sont absolument analogues à ceux que nous avons indiqués.
Dans le sang on se contente du reste en général de re chercher l’acide urique par un procédé spécial dû à Garrod. Cet auteur place dans du sang acidulé d’acide acétique un fil de lin. L’acide urique se dépose autour de ce fil que l’on examine ensuite au microscope. L'existence du dépôt fournitune indication suffisante, car dans le sang normal il
n'existe pas d’acide urique.