I. CoNSIDERATION
La rigueur de Saint Peul.
N Corinthien avait contracté mariage avec la temme de son père; $. Paul reprend d’une manière terrible l’Église de Corinthe qui avait souffert cet inceste: ‘* Quoi, dit-il, (2 ‘ Cor. 5.2.) après cela vous êtes encore enflés ‘ d’orgueil, au lieu de verser des pleurs, et de re- ‘trancher du milieu de vous celui qui a com- ‘ mis un tel crime?” Ils’en prend à toute lEglise de Corinthe: le crime de l’incestueux est devenu le crime commun par la complaisance qu'on a eue pour le coupable. S. Paul commence donc par faire voir aux Corinthiens la juste rigueur dont on devait avoir usé envers ce pécheur en le retranchant de la communion; et 1l ajoute cette terrible parole: * Pour moi, Fe (Cor. v, 3. 4. 5.) quoiqu' ’abseni de corps, mais ‘“ présent en esprit, J ’ai porté ce jugement ‘comme présent, qui est, que mon esprit étant ‘uni à votre assemblée au nom de notre Sei- “gneur Jésus-Christ, celui qui a commis ce
‘“ crime soit par la puissance de notre Seigneur ‘5 Jésus-Christ livré à Satan, pour mortifier sa ‘“ chair, afin que son ame soit sauvée au jour ‘ de notre Seigneur Jésus-Christ.” Voilà toute la rigueur de l'Eglise: puisqu’on retranche de la Communion le membre gâté, et outre cela qu’on lui fait sentir une vengeance, telle que pouvait être celle que Satan, à qui on le livre, exercerait sur lui: soit par quelque maladie, selon qu’on voit souvent dans l’Ecriture qu’il y en avait dont le démon était l’auteur, soit par d’autres moyens dont il n’est pas question ici : voilà donc la double rigueur de l'Eglise : l’excommunication et la peine sensible : mais néanmoins c’est une rigueur qui tend à miséricorde, puisque la chair n’est affligée qu’afin de sauver l'esprit.
II, CoNsIDERATION.
Douceur et indulgence de l'Eglise de Corinthe et du saint Apôtre.
Telle fut la sentence de S. Paul, qu’il prononça, comme :ïl le dit lui-même (2 Cor. 2. 4.), le cœur serré et avec beaucoup de larmes. C’est ainsi qu’en doivent user les pasteurs de l’Eglise, Jorsqu’ils sont contraints par la charité à se servir du pouvoir que Jésus-Christ leur a mis en main, pour humilier les pécheurs superbes.
À cette sentence apostolique, l’incestueux conçut un tel regret de son crime, et fut tellement outré de douleur, qu’on craignit qu’il ne tombât dans le désespoir. Ainsi l’Église de Corinthe adoucit la peine de ce pénitent : nonseulement elle en abrégea le temps, mais en-
igneur ifier sa u jour À toute che de re cela le que e livre, laladie, qu’il y oit par on ici :
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core elle en diminua le poids : et pour ne point manquer envers l’apôtre qui avait condamné le crime et imposé la pénitence, on le pria d’approuver l’indulgence dont l'Eglise avait usé, Et le saint apôtre attendri : ‘ C’est assez, dit- “il, (2. Cor. 2. 6.) que le coupable ait subi la ‘ correction qui lui a été faite par plusieurs” : c’est-à-dire par la multitude et par l’Eglise assemblée. Après donc avoir ainsi ratifié Pindulgence que les pasteurs de Eglise avaient accordée devant tout le peuple selon la coutume de ce temps, il ajoute : Loin d’improuver le pardon que vous avez accordé au coupable (2, Cor. v. 7.) : ‘ je souhaite au contraire que vous ‘ Je traitiez de plus en plus avec indulgence et ‘ que vous le consoliez, de peur qu’il ne soit ‘ accablé par un excès de tristesse.” Tel est le pardon apostolique : voilà ceux qui sont jués dignes par S. Paul de l’indulgence de PE.
glise. Ce sont ceux qu’on voit tellement pressés des douleurs de la pénitence, qu’il est à craindre qu’ils n’y succombent : et c’est pourquoi S. Paul n’use plus envers ce pécheur d’aucun reproche : il n’a plus que des paroles de consolation, de charité, de douceur : “ Ce que “ vous avez accordé, dit-il, je l’accorde aussi : “et si j’use moi-même d’induigence, c’est à “ cause de vous en la personne de Jésus-Christ : ‘afin que Satan ne nous trompe pas et n’en “ porte rien sur nous (Zbid. v.10.11.): car nous « n’ignorons pas ses pensées”; et nous savons qu’il se prévaut de tout.
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38 MEDITATIONS PRIERES, AFFECTIONS ET RESOLUTIONS
On demande à Dieu la douleur qui porta l'apôtre S, Paul à accorder l’indulgence à l’incestueux de Corinthe.
UI ramènera ces heureux temps où les pécheurs qu’on mettait en pénitence, au premier avertissement des pasteurs, étaient tellement plongés et comme abîmés dans la tristesse, que l’Église craignant pour eux, était obligée aussitôt à se relàcher. On n'aurait presque plus besoin d’autre correction, d’autre satisfaction, d’autre pénitence : il n’y aurait plus que de la consolation et du baume pour les pécheurs. Sainte douleur de ia pénitence que je cherche il y a long-temps, quand vous trouverai-je ? Les afjhictions el l'angoisse m'ont trouvé (Ps. 118. 143.), disait David. Pendant que je les fuyais, elles ont bien su me trouver sans que je les cherchasse. Mais il y a une affliction, et c’est celle de la pénitence, que je voudrais bien pouvoir trouver afin de dire :
J'ai trouvé l’affüction et la douleur, et j’ai invoqué le nom du Seigneur (Ps. 30). Sainte douleur, quand vous trouverai-je ? quand viendrezvous m’attendrir le cœur ? Larines de la pénitence, si souvent cherchées, venez ; il est temps: venez me préparer à l’indulgence : si mon péché ne me touche pas, si je suis insensible aux menaces de Dieu et de Eglise, que Pindulgence, la bonté, la facilité de Jésus- Christ et de l’Eglise sa chère épouse, me fende le cœur, et que je commence à sentir combien il est horrible et combien il doit être douloureux d’avoir offensé un Dieu si bon.