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der, de légiférer et dé juger en matières purement civiles.
Par contre, le sajet du pouvoir juridictionnel de l'Eglise, ce n’est pas l'Etat, inais bien ceux qui, dans l'Eglise, ont été constitués ses chefs et ses pasteurs légitimes. Ce pouvoir, en effet, qui ne peut venir de l’homme, puisqu'il est surnaturel, dans le but qu'il poursuit et dans les moyens qu'il prescrit pour atteindre ce but, Jésus-Christ ne l'a confié ni aux rois, ni aux princes, ni aux grands de ce monde, mais à ses seuls apôtres. C’est à eux et non aux chefs de l'Etat qu'il a donné la mission d'enseigner, de baptiser, de paître son troupeau ; c’est à eux et non aux chefs de l’Etat qu :l a promis son assistance jusqu’à la fin des siècles ; c’est à eux et non aux chefs de l'Etat qu'il a délégué la souveraine puissance qu’il avait reçue de Dieu, son Père, pour opérer l'œuvre de la rédemption du genre humain.
Biea plus, parlant de la soumission due aux princes, Jésus-Christ l'a nettement distinguée des obligations qui nous lient à Dieu et aux représentants de son autorité “ Rendez à César, ce qui est à César, — a-t-il dit, — et a “ Dieu ce qui est à Dieu (35), ” parole remarquable restée comme “ la formule divine de la mutuelle indépendance “ des deux pouvoirs et l'expression obligée de leurs rap- “ ports. ”
Non seulement Notre-Seigneur n'a pas fait des puissances séculières les dépositaires de ses pouvoirs, mais il a fondé son Eglise sans leur concours et malgré elles ; il a prédit à ses apôtres, en les envoyant à travers le monde, les persécutions que ces puissances'devaient, dans la suite des siècles, susciter contre eux et leurs successeurs (36), et à tous il a dit de ne pas craindre ceux qui n’ont de pouvoir
(35) Reddite ergo quæ sunt Cæsaris, Cæsari ; et quæ sunt Dei, Deo, (Matth. xx11, 22.)
(36) Injicient vobis manus suas.. trahentes ad reges et præsides, propter nomen meum. (Luc, xx, 12.)
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que sur le corps, mais bien Celui qui peut, en même temps, perdre et le corps et l’ime (37).
Fidèles à cette mi ion et aux conseils du Maitre, tous les papes, depuis St-Pierre, opposant le * Non possumus ” aux injustes prétentions du Sanhédrin (38), et revendiquant fièrement la liberté du ministère sacerdotal, jusqu'à Léon XIII, proclamant, dans son Encyclique “ Zmmortale Dei, ” que c’est à l'Eglise et non à l'Etat que Dieu a donné le mandat de connaître et de décider tout ce qui touche à la religion, tous ont affirmé et défendu les droits et l’indépendruce du pouvoir spirituel ‘avec une énergie et une liberté “ qu'a seule égalées leur persévérance à reconnaître l’indé- ‘ pendance légitime du pouvoir politique. ”
L'histoire de l'Eglise est pour ainsi dire l’histoire même des luttes soutenues par la papauté pour maintenir intacte cette double souveraineté. Un écrivain protestant (39) en a fait lui-même l’aveu sincère : ‘ Ce ‘sont les papes, dit-il, “ qui ont proclamé et soutenu la différence de l'Eglise et de ‘ Etat, la distinction des deux sociétés, des deux pouvoirs, “ de leur domaine et de leur droits respectifs. Ce fait, ajou- “ te-il, fut Le salut et l'honneur de la civilisation chrétienne.”
Ce que les papes ont affirmé par ranport à leur pouvoir suprême sur l'Eglise universelle, les évêques de tous les temps et de tous les pays l’ont revendiqué par rapport à leur autorité sur leur diocèse respectif. Dans la personne d'Osias, le célèbre évêque de Cordue, ils ont dit aux empereurs et aux princes : “ Ne vous ingérez pas dans les cho- : ses spirituelles et ne rendez pas de décrets sur les ques- “ tions purement religieuses, mais, au contraire, Laissez-nous “le droit de vous instruire à cet égard. À vous, Dieu a ‘ donné l'empire, à nous, le gouvernement de l'Eglise, et de
(37) Nolite timere eos qui occidunt corpus, animam autem non possunt occidere, sed potius timete eum, qui potest et animam et corpus perdere in gehennam. (Matth. x, 26.)
(38) Act. Apost. 1v, 20, (39) M. Guizot.
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‘“ même que celui qui usurpe votre pouvoir impérial résiste ‘{ à l’ordre de Dieu, de même, en évoquant à votre tribu- ‘“ nal les affaires de l'Eglise, vous vous rendez coupables ‘“ d'un grand crime. ” (40). Avec saint Ambroise, ils ont proclamé le droit divin qu’ils avaien‘ de régir leur Eglise, sans que l'Etat pût mettre des entraves à l’exercice de leurs pouvoirs, parceque ‘“ si le tribut est dû à César, “ l'Eglise appartient à Dieu et,par suite,ne saurait être assu- “ jettie à César, puisque le temple n’est pas et ne peut pus ‘‘ être le droit de César. ” Avec saint Anselme, ils ont déclaré qu'ils étaient prêts à obéir au pouvoi: civil dans les choses qui ont rapport aux affaires de ce monde, mais que pour décider les affaires de l'Eglise, il y avait les Pasteurs qui ont donné les institutions de l'Eglise.
Au reste, les empereurs eux-mêmes et les rois chrétiens ont reconnu cette distinction des deux pouvoirs et leur indépendance réciproque. “ Dieu vous à faits évêques du ‘ dedans et moi du dehors, ” disait Constantin, et Justinien à fait insérer dans ses Novelles ces paroles remarquables : ‘* Le sacérdoce et le pouvoir temporel, voilà les ‘ deux plus insignes bienfaits qu'ait jamais accordés ‘aux hommes la miséricorde divine. Le premier adminis- ‘tre les choses spirituelles, le second gouverne les choses “ temporelles et humaines et tous deux procèdent du ‘‘ même principe. ”
Malheureusement, comprenant mal la nature de l’autorité souveraine et indépendante que possèdent le Pape, et, sous le Pape, les évêques, certains politiques ont jeté, de nos jours surtout, le cri d'alarme et signalé en elle un danger permanent pour l'Etat. Etrange aberration que celle de ces nouveaux Hérodes ombrageux et injustes ! Ils ignorent donc, ou font semblant d'ignorer, que le roi doux et pacifique qui a communiqué cette autorité à ses délégués sur la terre, uniquement pour procurer, à ceux qui veu-
(40) Ozias à l’empereur Constance.
lent le suivre, le royaume du ciel, n’est point jaloux de leurs royaumes temporels et n’est point tenté de les leur enlever :
« Non eripit mortalia
« Qui regna dat cœlestia (41). »
Non, elle ne veut pas détruire votre autorité,cette Eglise qui sans cesse, par ses enseignements et ses exemples,prêche l'obéissance à laquelle vous avez droit, alors même que vous êtes pervers et méchants (42).
Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui en proclame l'origine divine, en fait la base nécessaire de la paix sociale et de la prospérité des nations.
Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui en règle l’action et en détermine les limites, afin de mieux en assurer l'influence.
Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui l’a défendue, même au prix de son sang, aux heures ténébreuses de la barbarie et des grandes révolutions.
Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise qui vous prêta toujours un loyal appui et un puissant concours dans toutes les œuvres que vous avez entreprises pour le bien de la société et la prospérité de l'Etat.
Elle ne veut pas détruire votre autorité, cette Eglise, enfin, qui vous indique où puiser la solution des grands problèmes que notre siècle agite et desquels dépendent la stabilité ou le renversement de votre pouvoir, la paix ou le trouble de la société, la vie ou la mort des nations.
Il demeure donc démontré que la source première de l'épiscopat est en Jésus-Christ,et que l’épiscopat ne découle pas de cette source en passant par le peuple on par l'Etat. Qu'on discute maintenant sur l’origine médiate ou immédiate de la juridiction des évêques, peu importe! Chose
(41) Hymne de l’Epiphanie.
(42) Servi, subditi esto. etiam dyscolis. (I Pet. 11, 18.)
en. 10:
certaine, seul le Pape a reçu, dans la personne de saint Pierre, les clefs du royaume des cieux pour être communiquées ensuite aux autres (43) ; seul il a été établi la pierre fondamentale qui donne à tout l'édifice son unité et sa stabilité (44) ; à lui seul appartiennent esseniiellement et le choix des évêques et leur mission respective vers telle ou telle partie du troupeau de Jésus-Christ ; Si, en vertu de sa suprême autorité, il vient à briser le lien qui unit un évêque à son Eglise, cet évêque se trouve, à l'instant même, privé, non seulement des pouvoirs qui ne sont pas essentiellement conjoints à l'Ordre, mais de ceux même qui, ayant leur racine dans l'Ordre, relèvent néanmoins, quant à leur exercice, du pouvoir souverain du Pontife de Rome.
Quelqu'élevée que soit la puissance des évêques, elle est donc nécessairement sous la dépendance et la subordination du Pape à qui son dûs, de la part des brebis aussi bien que de la part des agneaux, respect, ohéissance et soumission (45).
Avant de terminer notre étude sur j’autorité épiscopale, d'en expliquer l’objet et d'en déterminer l'étendue, j’indiquerai, sommairement, quelq1s conclusiuns pratiques qui découlent naturellement du dogme de l’origine divine du pouvoir épiscopal et de la fin surnaturelle de ce pouvoir.
Si l'autorité des évêques vient de Dieu, il nous faut la respecter, nonseulement en ne lui fixant pas des limites que Jésus-Christ n’a pas fixées lui-même, mais encore en ne mettant aucun obstacle à son exercice et à son ir fluence, en ne diffamant jamais ceux en qui elle réside, en ne soulevant jamais contre eux les préjugés et les passions populaires. Agir autrement, c’est arrêter le bien que les évêques sont appelés à faire par la nature même de leur dignité,
(43) Et tihi dabo claves regni cϾlorum. (Matth. xvr, 19,)
(44) Ta es Petrus, et super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam, (Matth, XYI, 18.)
(45) Pasce agnos meos…. pasce oves meas. (Joan. xxr, 16, 17.)
c'est le diminuer, quelquefois mê&. :e rendre complètement impossible.
Quel compte terrible auront à rendre, un jour, ceux qui, abusant de leurs talents, de leur prestige, de leur position élevée dans l'Eglise ou dans l’État, se servent de ces dons de Dieu pour combattre l'autorité des évêques avec plus. de force, la discréditer auprès des masses, la ruiner peutêtre dans l'opinion d’un certain nombre d’âmes faibles et faciles à séduire ! Qu’auront-ils à répondre au juge suprêème qui a déclaré formellement que le mépris jeté sur ses délégués l’atteint lui-même, ainsi que son Père (46) ? Pourront-ils invoquer, comme excuse, l'ignorance et la bonne foi, quand ils sont les premiers à exiger le respect dû à leur dignité et la soumissio: à laquelle ils ont droit, soit au foyer domestique, soit dans la société civile ? Puissent-ils du moins, sous l’action de la grâce ouvrir, enfin, les yeux et comprendre le mal immense qu'ils font dans l'Eglise de Dieu, puissent-ils avoir le courage de réparer ce mal en mettant toute leur énergie à soutenir les évêques, leurs seuls pasteurs véritables, et à les défendre, aux heures de luttes, contre les attaques injustes et déloyales, contre les sarcasmes et les injures des ennemis de la religion.
Si l'autorité de l’évêque ne dépend, en aucune manière, de la multitude, il n’est jamais permis de soumettre ses actes au jugement de l'opinion publique.
Sa Sainteté le Pape Léon XIII a rappelé, avec autant de clarté que de force, les règles disciplinaires de l'Eglise sur ce sujet plein d'actualité.
“ [lest constant et manifeste qu'il y a dans l'Eglise “ deux ordres bien distincts par leur nature : les pasteurs “ et le troupeau, c’est-à-dire les chefs et le peuple. Le pre- “ mier ordre a pour fonction d'enseigner, de gouverner, de “ diriger les hommes dans la vie, d'imposer des règles ;
(46) Qui vos spernit, me spernit. Qui autem me spernit, spernit eum qui misit mc. (Luc. XV. 16).
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“ l’autre, a pour devoir d’être soumis au premier, de lui “ obéir, d'exécuter ses ordres et de lui rendre honneur. Que si les subordonnés usurpent le rôle du supérieur, c’est, de leur part, non seulement faire un acte d’injurieuse témérité, mais encore c'est bouleverser, autant qu'il est en eux, l’ordre si sagement établi par la providence du divin fondateur de l'Eglise. S'il se trouvait, par hasard, dans les rangs de l’épiscopat, un évique ne se souvenant pas assez de sa dignité et paraissant infidèle à quelqu'une de ses saintes obligations, il ne perdrait, malgré cela, rien de ses pouvoirs, et tant qu’il demeurerait en communion avec le Pontife Romain, il ne serait certainement permis à personne, d'affaiblir en quoi que ce soit le respect et l’obéissance qu'on doit à son autorité. Par contre, scruter les actes épiscopaux, les critiquer, n’appartient nullement aux particuliers, mais cela regarde seulement ceux qui. dans la hiérarchie sacrée, ont un ‘ pouvoir supérieur, et surtout le Pontife suprême ; car c'est à lui que Jésus-Christ a confié le soin de paître partout non seulement les agneaux, mais encore les brebis. Tout au plus, quand les fidèles ont de grands sujets de plainte, leur ect-il permis de déférer la cause entière au Pontife Romain, pourvr toutefois que, gardant la prudence et la modération conseillées par l'amour du bien commun, ils ne se répandent point en cris et en abjurga- ‘ tions, ce qui contribae plutôt à faire les divisions et les
haines, ou certainement à les augmenter (47).”
Se rendent-ils bien compte de la sagesse de cette haute direction et de la gravité des obligations qu'elle impose à tous les fidèles, sans exception, ces catholiques qui, voulant repousser les mains sacrilèges ;u’on porte sur l'arche sainte, ne craignent pas, au cours de la lutte, de critiquer et de blâmer les actes épiscopaux, de traîner leurs chefs spirituels
(47) Lettre à Mgr l'archevêque de Tours. V. aussi, lettres aux évêques de Belgique, de France et d’Espagne.
devant le peuple, par leurs discours ou par leurs écrits, et de leur donner ädes lecons d'autant plus outrageantes qu’elles sont publiques et injustifiables sous tout rapport ? Combattre, est parfois un devoir,mais il faut combattre sous les ordres des chefs, attendre d’eux le cri de ralliement, suivre leurs plans de campagne, et, au besoin, battre la retraite au premier signal ; agir autrement, c'est devenir soi-même l’ennemi des siens et, de tous les ennemis, le plus perfide et plus dangereux.
Si l’autorité épiscopale relève du pape et non de l'Etat, en appeler de ses jugements, dans les choses d'ordre spirituel, au jugement du pouvoir séculier, c’est, pour un catholique, se mettre en contradiction avec ses propres croyances, étouffer la voix de sa conscience, souffleter sa mère, la sainte Eglise, et s’exposer à sortir violemme : le son sein.
‘ Pembrasse avec joie et avec amour, — écrivait saint ‘ Cyprien, — ceux qui reviennent avec un vrai repentir ; ‘ mais s’il s’en trouve qui croient pouvoir s'ouvrir la porte “ de l'Eglise par la terreur, plutôt que par les larmes et la ‘“ soumission, qu'ils sachent que le camp invincible du ‘‘ Seigneur ne cède point à des menaces. Un évêque tenant “ l'Evangile et gardant les préceptes de Jésus-Christ, peut “ être tué, mais il ne peut être vaincu (48).”
Enfin, si l'autorité épiscopale a pour but le bien spirituel et le salut de nos âmes, cette autorité, loin d’être un joug et une tyrannie, comme on se plait trop souvent à la présenter, doit être considérée comme un immense bienfait, car elle se rattache au droit sacré et inviolable que nous avons tous de préférer aux biens de ce monde les biens de l’éternité, et elle nous est, à cette fin, tellement nécessaire, que si elle n'existait pas, nous pourrions, en quelque sorte, la réclamer de la miséricorde divine.
Puisqu’elle nous a été donnée, nous avons le droit à ce
(48) Lettre LV,
qu'elle soit reconnue et respectée, à ce qu’elle soit libre dans son exercice, de manière qu’on enlève les obstacles qui vienrent, en entravant sa marche, entraver notre propre marche vers le ciel.