‹ SermonsChapitre 10 sur 24 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Se renoncer soi -même et pôrlei' sa croix, moiliiirr scS sens, crucifier sa cliair , réi^lcr son cœur , arraclier l'œil et la main qui nous sont un sujet de scandale : ah î mes chers AuJileurs, dans ce peu

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de mots, qui sont l'abrégé des maximes de l'Evaugile, quelle sévérité , quelle rigueur ! Pour consoler votre indolence, adoucirai-je le tableau qui l'effraye? Trahirai- je la vérité, pour relever votre courage? Pour vous animer à remplir les devoirs du Christianisme, essayerai - je de les affoiblir ? Non , mes Frères. Après vous avoir représenté, dans un autre Discours, le caractère de modération qui se trouve dans les préceptes de la Religon; je ne refuserai pas néanmoins de leur attribuer l'austérité qui les distingue. H n'y a point ici de contradiction. Vos devoirs , disciples de Jésus -Christ, ne • sont pas tels que le peint la perfide lâcheté qui les exagère, à dessein de s'autoriser à ne pas les remplir. Voilà ce que j'avois à établir con-

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tre ceux qui affectent de regarder comme impraticables les vertus chrétiennes, et qui cherchent dans cette idée la dispense de les pratiquer. Elles n'ont rien que de raisonnable et de possible; n'accusez donc pas d'excès la nature de vos devoirs. Mais aussi ne vous dissimulez pas qu'ils présentent des difficultés. Ce seroit démentir Toracle de Jésus-Christ qui appelle étroite la voie qui conduit à la vie, Arda via est quoe ducit ad vitam.

[ Math. vu. i4. ]. Il est donc un double écueil à éviter dans la morale ; celui d'une rigidité outrée où le découragement fait naufrage, et celui d'un relâchement coupable où la témérité va périr. Oui, mes Frères, l'Evangile est une loi austère; et l'unique objet que je me propose aujourd'hui , c'est d'en

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justifier raustériié. Je me borne h ces deux questions : Pourquoi i'Evani^ile est il austère? C'est la première. Pourquoi l'Evangile éleu'lil si loin son austérité ■^ Ce>l la seconle. Je vais répondre à toutes les deux, et je vous demande une séricue attention.

Quelle est la fin essentielle que J.-C. s*e^t préposée, en venant nous tracer dans l'Evangile un plan de conduite ? C'eil , mes chers Auditeurs, de nous faire parvenir à la nôtre. El, puisque notre fin ne peut être que Dieu, il s'ensuit évidemment que la Religion nous a été donnée pour nous conduire à Dieu. D'autre part, il est certain, et l'expérience j personnelle ne nous le rend que trop sensible, il est certain que nous trouvons, mallieureusement , et au dehors de nous et au dedans

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cle nous, des obstacles qui nous d€tournent d'aller à Dieu. Il faut donc les vaincre. Réunissez ces deux idées : Nous sommes faits pour Dieu, et il est des objets qui tendent à nous séparer de lui. Voilà aussitôt 1 idée des efforts, des violences et des combats qui résultent des deux premières. Point de milieu: Il faut ou renoncer à Dieu, ou renoncer à ce qui nous en éloigne. Renoncer à Dieu, c*est se perdre sans ressource; et à qui.

Seigneur, irons-nous; devons-nous dire, avec S. Pierre: Vous avez seul les paroles de vie et de la vie éternelle, Domine , ad qiiein ibimus? f^erba vilœ œternœ habes, [ Jo. VI. 69. ]. Renoncer à ce qui nous éloigne de Dieu , c'est surmonter l'attrait de ce qui nous environne, c'est se renoncer soi-

même. Seigneur, doit donc ajouter un Chrétien, avec le même Apôtre, j'ai tout quitté pour vous suivre, Ecce reliquimus omnia y et secuti sumus te. [Math. xix. 27.].

Voilà, mes Frères, en deux mots, pourquoi l'Evangile est si sévère, pourquoi il devoit l'être,, pourquoi il ne pouvoit point ne pas l'être.

Dieu pouvoit ne pas nous préer pour lui. Dés qu'il nous a créés pour nous réunir à lui dans le Cielj il devoit nous commander de nous attacher à lui sur la Terre, La route et le terme doivent avoir un rapport. Il seroit insensé de prétendre aller à Dieu, sans diriger vers lui notre marche, A moins qu'on n'ait l'audacieux délire de penser que la voie du désordre mène également au séjour du Dieu de perfection; qu*il voit d'un même œil

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le bien et le mal, ou qu'il n'est ni bien ni mal à ses propres yeux ; qu'il ouvre également sa demeure à la régularité des mœurs qui cherche à s'en rendre digne, et à la licence du dérèglement que n'en excluent pas de honteux excès; que le Dieu de sainteté n'a point horreur du vice, et qu'à son tribunal il n'est aucun privilège pour la vertu.

Vous ne le pensez pas, mes chers Auditeurs, et jamais homme raisonnable ne l'a pensé. Ce seroit un blasphème aux yeux même de la raison j puisque la juste idée qu'elle se forme de Dieu ne sauroit se concilier avec celle d'une iudifTèrence destructive de toute vertu qu'il faudroit supposer dans lui. Toujours , et parmi toutes les nations, on a attribué à la Divinité

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la haine du vice. Si ranllquilé payenne a imaginé dos Di€ux protecteurs du vice, c'étoit à dessein de roii.«;aorer le vice, en essayant 'd'empècli''r qu'il parût tel. ToujotiTs la vertu a été regardée par Irr. IsMnwes conirae un spectacle ôh]'AQ de D^cu. Cest toujours à l'homme de })ien qu'on a cru les récompenses promises. Or, ditesle nî; i • A quel titre pourrionsnous :'iTvii iîc relies que Dieu nous fait e[v^i.':-, .i nous ne le reconnoissit ns ])ns com:ne le IS^aître qui les di.sîr.l)ue? Comment le reconncîlrions nous nonr mailre, si nous n'étions pas obligés à le servir; et comment pourrions- nous être obligés à le servir, sans qu'il y eut nécessairement quelque devoir pénible dans son service^ Car, prenezy garde, mes chers Auditeurs, si

DES OELiGiTIONS, etc. l !\^

nous retranchons de sa loi tout ce qui nous paroît rigoureux, évideniraent alors ce n'est plus Dieu que nous servons. Ce sont nos goûts que nous suivons; ce sont nos peuchans que nous flattons; ce sont nos passions que nous satisfaisons; en un niot, c'est pour nous et pour nous seuls que nous vivons.

Supposons qu'il n!j ait point dans l'Evangile cette sévérité qui nous gène pour nous régler; que nous soyons pleinement maîtres de nos affections et de nos œuvres ; que .

comme Dieu nous a laissés dans la main de notre conseil, selon l'expression de l'Ecriture, qui nous enseigne clairement notre liberté, [Eccl. xt.

i4], il ait abandonné à cette liberté tous ses droits, sans même se réserver celui de nous regarder comme justes ou comme coupables 3 dès-lors, quels sont , devant Dieu , nos mérites ?

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quelles sont nos vertus ? quelles sont nos victoires; et qu'y a-t-il dans nous k couronner? Celte couronne de justice, ainsi «que l'appelle Saint Paul, et qu'il attendoit avec confiance Reposita est uiHii corona jiistitiœy [u. Tim. iv. 8.1; cette couronne que Dieu nous destine ne mériteroit plus d'en porter le nom, si elle n'étoit pas le prix de notre courage. Et, pour user de la comparaison du grand, Apôtre, comme un athlète ne jouit des lionneurs du triomphe qu'après' les nobles efforts du combat, 'Non coronatiir nisi légitimé cer~ iauerit, [ n- Tim. ii. 6. ]; de la gloire même à laquelle Dieu veut nous élever, résulte sensiblement l'obligation des travaux qui doivent nous l'obtenir.

Pourquoi mettre ses récompenses à si haut prix, demande la langueur j

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<]es hommes? Le Ciel nous est pro«»

niis^ oui, mais il faut le gagner. Si (l*un côté l'espoir attire, de l'autre la difficulté rebute. On goùteroit mieux la sublimité de l'espérance chrétienne, si les devoirs du Christianisme étoient moins onéreux. Je vous entends, hommes terrestres, vous voudriez obtenir tout sans qu'il vous en coûtât rien; passer des délices de la vie actuelle dans Pimmense félicité de la vie à venir ; réunir la douceur du siècle présent à la béatitude du siècle futur. Développez entièrement votre système.

Vous voudriez que Dieu dût vous accorder son bonheur, et que vous ne lui dussiez pas le tribut de votre soumission; qu'il vous assurât son héritage , et qu'il n'exigeât pas votre fidélité ; qu'il existât pour vous , sans vous obliger à exister pour lui ; ou que son existence

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u'eût avec vous aucun rapport, pour qu'il vous fut libre d'exister sans aucune relation avec Dieu. Vous voudriez qu'il oubliât la qualité essentielle et le droit inaliénable de son être, la perfection de sa sainteté, la sagesse de sa Providence Or, voilà néanmoins les titres qui justifient sensiblement la sévérité de la loi.

En qualité de premier Etre, d'Etre souverain , à qui uécessairemeut tout est subordonné, tout se rapporte , Dieu a donc aussi des droits dont il ne sauroil se départir, et auxfjnels vous devez rendre hommage. Il cesseroit d'être Dieu, si vous cessiez de lui être assujettis.

Sans doute vous ue lui disputerez pas le droit d'être préféré à tout ce qui n'est pas lui» el le pouvoir d'exiger la preuve de cette préférence. Mais si vous n'avez rien à lui sacrifier,

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en quoi lai témoignerez- vous que TOUS le préférez? Ou quelle sera pour lui la gloire d'une préférence que vous navcz aucun intérêt à lui refuser? C'est donc uniquement par le prix de vos sacrifices que vous pouvez lui marquer la réalité de vos sentimens. Ce qu'il vous en coûte pour lui obéir, atteste la supériorité du droit qu'il a de vous commander. C'est en vous voyant lui offrir, par la docilité de l'obéissance, ce que vous avez de plus cher par l'inclination de la nature, qu'il peut vous dire comme autrefois à Abraham : C'est à présent cpie y: connois que vous craignez le Seigneur, Nanc cognovi guod iimfis Deam. [Gen. xxir. 12.].

Je connois que vous cherchez à me plaire, puisque pour moi vous résistez à un penclianl qui vous plait. Je connois que vous meîlez

ma grâce au dessus de tous les tiens 5 parce que vous consentez à TOUS priver de tous les biens, plulôt que de perdre ma grâce. Je connois que je suis le Dieu de vo.lre cœur , puisque vous m'imïnolez les passions chéries qui voudroient le partager. Je connois que vous me regardez comme votre Maître suprême, puisque vous faites tout céder à l'autorité de ma loi, Et non pepercisti unigenito filio tuo propier me. [ Ibid. ]. Et ce n'est que par là que nous pouvons lionorer le Souve'i'ain suprême.

Ah! du moins, dites -vous, si de cette sévérité ne i^sultoient que des épreuves passagères! Mais elles durent autant cpie la vie; et falioitil ne vivre que pour n'avoir qu'à se combattre? Oui, mes chers Auditeurs : Parce qu'il est toujours juste de ne vivre que pour Dieu.

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Jî est le Dieu de tous les jours, de tous les inslans comme de tous les siècles. Toujours il est notre Créa* teur, toujours notre IMaître, toujours il est notre fin. Il ne devoit donc pas y avoir un temps où nous fussions à lui, et un temps où nous fussions k nous - mêmes ; Un temps où sa volonté fixât nos devoirs, et un temps où il fût permis à notre indépendance de n'en reconnoître aucun ; un temps consacré à la "vertu, et un temps assigné à la licence. Il y a plus, autoriser pendant un temps la licence, ne seroitce pas rendre plus pénible encore la vertu? Ne lui reprocheroit - on pas encore les sacrifices qu'elle exigeroit dans certaines circonstances, s'il en étoit d'autres où l'on put impunément se rendre sourd à sa voix ? Ne trouveroit - on pas encore plus rigoureux certains de-

Toirs du Christianisme, si l'on se familiarisoit par intervalle avec une dangereuse liberté qui tendroit à en affranchir ? C'étoit par une règle constante et soutenue, qu'il faiioit accoutumer les Iiommes à les remplir. Une loi qui mollit est bien lot sans force; Dieu ne devoit point ainsi énerver la sagesse; et, puisqu'il ne peut nous imposer que des obligations de sagesse , elles dévoient donc subsister tou' jours. Puisqu'il est des choses essealiellement opposées à l'ordre; Oieu devoit donc nous les interdire toujours. Puisque Dieu a toujours sur nous les mêmes droits ; il peut doue nous assujctlir toujours à la même fiJclité.

Ces devoirs de fi.léllté, dont la ronlinuité même fait presque toute la ricucur ( car les grandes cccasions sont rares, les grandes Icn-

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talions peu fréquentes, à moins qu*on ne s'y expose); ces devoirs, Dieu devoit à sa sainteté de vous Jcs prescrire. Eh ! quelle idée au- 1 icz-vous de Dieu , si ce qui émane de Dieu ne vous retraçoit pas les caractères d'un Dieu saint? Le Dieu .

de la paix pouvoit-il ne pas réprouver les inimitiés et la discorde?

l.e Dieu de la clémence pouvoit-il* souscrire à l'aigreur des ressentimens, aux traits de la malignité?

Le Dieu d'équité pouvoil-il ratifier les fruits de l'injustice la plus légère, les ruses d'une artificieuse cupidité? Le Dieu de vérité pouvoit-il protéger la duplicité et le mensonge? Le Dieu de sagesse pouvoit-il autoriser la vaine enflure et la présomption ridicule de l'orgueil ? Le Dieu de charité pouvoilil ne pas exiger quune partie des biens qui forment l'opulence des

uns , fût dérobée au luxe , à la ■vanité, aux amusemens, pour tempérer, adoucir et soulager l'indîgence des autres ? Le Dieu qui créa nos esprits à son image, pouvoit-il permettre que le vil limon dont il forma nos corps usurpai l'empire c]ue l'ame doit exercer? Ah! mes chers A uditeurs , ce qui justifie la sévérité de la loi, c'est la perfection du Législateur. Si l'Evangile nous arme contre nous-mêmes; cest que Dieu est essentiellement armé contre le vice, et que, de notre aveu, les attraits du vice sont toujours prêts à nous captiver. Si l'Evangile nous élève au dessus de nous-mêmes; c'est que d'une part, destines à nous élever jusqu'à Dieu, de l'autre, courbés vers la Terre, Dieu vient nous fortifier contre le poids de la nature qui réussiroit à nous entraîner. Si l'Evangile nous

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rend ennemis de nous-mêmes; c'est que la séduction du penchant naturel qui nous porte à nous aimer dégénère en aveuglement, et contrarie la noblesse des grandes vues que Dieu, en nous créant, s'étoit proposées. Dieu donc n'est justement sévère, que parce qu'essentiellement il est Saint; et les traits de sa sainteté dévoient être sensiblement exprimés dans les préceptes de sa loi.

^ Vous voudriez la rejeter, celte loi , sous prétexte qu'elle est austère. Mais , avouez - le , Chrétiens , si elle ne l'étoil pas , vous vous croiriez bien plus autorisés à la méconnoître. Vous paroilroit-elle venir de Dieu, si vous y aperceviez ce qui favorise les inclinations déréglées des hommes? Et n'est-ce pas la perfection des maximes du

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Cliristianismo qui a augmenté la force (les preuves qui rendent témoignage à sa Divinité? Ne vous y trompez pas, mes chers Auditeurs:

Si l'austérité de l'Evangile a pu s'opposer à ses progrès, eu effrayant la lâcheté qui en redoutoit le joug ; elle a servi aussi à les étendre, en préparant , par le sentiment de l'admiration, les cœurs généreux fjui l'ont accepté. La sublimité des leçons de Jésus - Christ a formé des disciples. Ceux mêmes qui n'ont pas eu le courage de s'y soumettre, n'ont pas su se défendre de les respecter. L'orgueil qui s'est offensé de l'obscurité des TOTStères, s'est vu contraint à préconiser la pureté de la morale. La loi de Jésus -Christ a paru sévère, il est vrai; mais c'est cette sévérité qui en a relevé l'éclat. La lui rcpro-

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cîier^ c'est lui faire un crime de ce qui fait sa gloire; c'est tourner contre vous vos plaintes en opprobre que de refuser de la suivre, parce qu'il en coûte de la pratiquer.

Qu'est ce dire, en effet, que d'accuser l'austérité du Christianisme?

N'est-ce pas dire équivalemment :

Je ne veux pas être Chrétien, parce que je ne veux pas être vertueux.

Que l'Evangile soit la règle des âmes humbles, des cœurs chastes, des esprits pacifiques , des hommes justes, paliens et modérés; et que ceux-là lui soient dociles, qui veulent maîtriser leurs désirs et dominer leurs passions ; ces vertus m'alarment ; la sainteté de mes devoirs, voilà la cause qui m'engage à les trahir. Aussi (nous en avons journellement la preuve sous les jeux ) on n'affecte de combattre la

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Terité des dogmes de la Foi, que parce qu'on veut se soustraire à la sainte sévérité de la loi. Or, de bonne foi^ Chrétiens, je vous le demande, convenoil-il à la sainteté de Dieu d'autoriser ce langage, au préjudice de 1 lionneur de sa Religion ? Si elle devoit être proportionnée à nos forces avec le secours de la grâce, devoit -elle être accommodée à tous nos penclians?

Dieu devoit-il consulter notre indolence, ou prendre conseil de sa sagesse? Falloit-il exposer :;es lois k nos mépris, plutôt que de nous asservir à leur salutaire rigueur?

Je dis nos mépris ; car, remarquez le, mes cliers Auditeurs, s'il étoit dans l'Evangile un seul point qui pût se concilier avec le désordre de nos affections ; si, parmi les défauts que blâment justement les

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hommes, il en étoit un seul qui put compatir avec les vrais principes du Christianisme; dès-lors sensiblement avilie à vos yeux, la Religion seroit sans force, parce qu'elle ne présenteroit plus l'intégrité de * la vertu. Qu'en seroit -il donc du Christianisme, si, selon la prétention insensée d'un nombre d'hommes qui voudroient vivre sans - frein et sans loi , la loi de Dieu laissoit une libre carrière à tous les égaremensj et si, comme la Religion de ce faux Prophéle qui, pour l'établir, a mis toutes les passions en oeuvre, et a autorisé la plus violente de toutes, ce n'étoit, pour m'exprimer ainsi, que la Religion des sens? Ah î mes Frères, convenez-en ici, l'esprit dément le coeur. Le coeur murmure de la sévérité de la loi, c'est là le langage de la passion; mais l'esprit n'estime la loi qu'autant

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qu'elle est justement sévère; et c'est le suffrage de la raison. C'est que la souveraine raison, c'est que la sagesse de Dieu elle-même a dicté ce qu'il y a d'austère dans nos devoirs.

Austérité de devoirs qu'ex igeoit ■rncore la Providence de Dieu , dans le gouvernement universel du Monde; puisque cette austérité, personnelle à chacun de nous , contribue évidemment à produire le bien général. Dieu , sans doute, devoit se le proposer. Il seroit étrange qu'il en eût agi autrement ; et pourroit - on concevoir que le maître Souverain de l'Univers n'eût pas eu pour la Terre entière des vues aussi sages qu'en ont ceux à la conduite desquels il en confie une partie ? Or , de l'aveu de tous les liorames, les maîtres du Monde établissent avec

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justice, pour l'avantage commun (les Peuples , des lois qui gênent les pariiculiei's. L'ordre le demande, puisque l'ordre ne sauroit subsister sans la sévérité de la loi qui veille à le maintenir, et qui s'arme pour le venger. Eh! dites -moi, mes chers Auditeurs, quel désordre régneroit parmi les hommes , si Dieu ne leur eût pas rendu sensible l'image de l'ordre dans les préceptes de sa loi? Quelle universalité de trouble et de confusion parmi eux, s'il étoit permis à chacun de suivre rimpétucuse ardeur des penchans qui sont dans eux! Plus il en coûte de les vaincre ; plus il est facile d'en apercevoir la violence. Il falloit donc, ou la sévérité de la loi qui dompte ces pcnclians, ou la licence de ces penchans indomptés qui étend partout ses ravages. Le-

quel (les deux, à votre avis , devoil fixer le choix du plus sage des Législateurs ? Vous Faccusez d'être sévère; mais combien l'accuseriez-vous encore , s'il ne l'étoit pas! Vous murmurez, lorsque ce sont vos propres passions que sa loi contient; mais que ne lui reprocheriez -vous pas, s'il voyoit d'un oeil indifférent que vous êtes la victime des passions d'autruj !

Vous vous plaignez de ce qu'il ne vous laisse pas le droit de satisfaire vos inclinations; mais quelles alarmes pour chacun de vous, si ce droit pernicieux éloit accordé à tous? Vous gémissez du prétendu esclavage dans lequel son autorité ■vous retient ; mais que deviennent la paix et la tranquillité , la sûreté et le bonheur du Monde , si , brisant le lien de sa loi, Dieu ponvoit consentir à n'établir aucune règle

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sur la Terre, et à y déchaîner toutes les passions? Que dis -Je, toutes les passions? Citez -en une seule que, sans péril, on puisse mettre et liberté, et qui ne tende pas efficacement à agiter toutes les autres. Comme une seule passion secrète est la perte du cœur où elle règne; il ne faudroit, dans la société des hommes, cju'une seule passion puissante pour y apporter la désolation. Jugez-en par les tristes et affreux spectacles que multiplie aux yeux des hommes l'infraction de la loi. Que signifie donc cette frivole et puérile demande que nous entendons répéter si souvent:

Eh ! que fait à Dieu que je me refuse telle satisfaction, ou que je m'y livre ? Exclamation vieillie et sans force, qui ne sert qu'à nous montrer ce qu'il y a tout ensemble et de borné et d'intéressé dans lès

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vues de ceux qui tiennent ce méprisable langage. yUilant vaudroit«il demander : Que fait à Dieu, essent^llement amateur de l'ordre, que l'ordre soit établi, ou qu'il soit ren- Tersé? Que fait à Dieu, essenlielle- , ment sage, que les principes de la sagesse servent de règle, ou quon s'abandonne à tous les êxccs de l'aveuglement? Que fait à Dieu, essentiellement juste» que l'équité règne, ou que l'iniquiié triomphe?

Que fait à Dieu, essentiellement bon, que la charité s'exerce, ou que la méchanceté opprime? Ah! si tout cela ne fait rien à Dieu; I3ieu n'est plus le Dieu du ]\]onde. Il n'a rien fait en le créant, ni pour luimême, ni pour vous. C'est une idole, ce n'est pas un Dieu. Etendez , étendez plus loin votre question ; et , lorsque vous voyez émaner du trône des JMonarqucs de la Terre

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]a prudence de ces lois qui défendent le crime, ou leur rigueur qui le punit ; demandez ce que fait personnellement au Souvei^in la règle ou le désordre dans la conduite de ses sujets. A quoi pcnsai-je? Vous direz sans doute que c'est à lui qu'il appartient de les gouverner; que, dépositaire des biens publics, il doit en être le distributeur; que le détail des lois est le produit nécessaire du nombre et de la grandeur des vices; et qu'il n'est que l'aveugle audace da vice qui ose réclamer contre la sagesse qui lend à le réprimer. Repoufe juste; la raison la fouînit, je l'i^lopte et je rapplique à la loi de Dieu. Faites plus encore; demandez -vous ce que vous fait personm llement à vous-mêmes, mCj chers Auditeurs, telle ou telle action dont vous entendez le simple récit. F-ile ne s'adresse point à vous, elle u'aitaquQ

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aucun de ceux qui ont des rapports avec vous; cependant (j'en atteste la droiture de votre esprit) si elle est désordonnée , nécessairement et aussitôt vous la blâmez ; elle vous blesse, vous en condamnez l'auteur, vous souscrivez à sa punition; et vous voulez que la sagesse de Dieu ne soit pas offensée de tout ce qui lui est opposé, tandis que vous-mêmes vous ne pouvez pas approuver ce qui ne sauroit pas s'accorder avec la vôtre.

Vous voulez que la suprême raison puisse tolérer et permettre ce qui ne peut se concilier ni avec ses lumières ni avec ses desseins. Vous voulez que tout ce qui est agréable à la nature, soit et paroisse égal à son auteur qui de voit en régler les senlimens. Prétention absurde; et je ne crains pas d'avancer que, si vous perdez de vue le texte de

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la loi, vous en viendrez bientôt jusqu'à dénaturer l'idée que vous devez avoir de Dieu même.

Car, pour réunir tout sous un seul point de vue : Que seroit Dieu dans l'idée des hommes , s'il n'é- ^toit pas une juste sévérité dans la loi qui prescrit aux hommes ce qu'ils doivent être .à l'égard de Dieu? Vous demandez pourquoi il doit nous en coûter des sacrifices pour servir Dieu. Mais je demande, à plus juste titre , s'il est possible d'avoir une vive idée de Dieu, saus avoir l'idée de la nécessité de ces sacrifices 3 et c'est aux hommes. que je m'en rapporte. O vous! qui les lui refusez , dites-nous si la vive idée de Dieu, comme votre souverain bien , est compatible avec cet attachement excessif aux biens de la Terre, dont la soif vous enflamme, dont la poursuite vous

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trouble , dont la jouissance vous absorbe, et dont vous faites visiblement votre seule Divinité. Ditesnous si la vive idée de Dieu, comme l'Être suprême auquel il faut rendre hommage , est compatible avec cet esprit d'indépendance qui rejette tout devoir de Religion coiiune un joug , toute créance comme un préjugé , tout celte comme une superstition, tout acte de pieté comme une foiblesse.

Dites - nous si la vive idée de Dieu, comme l'ol^jet cc^scntiel de votre cœur, est compatible avec ces sentimcns d'un amour profane, dont tour-à-tour la tendresse vous captive, et les fureurs vous agitent; dont habituellement les impressions vous occupent , et dont l'ivresse vous aveugle ; dont si rapidement la violence vous entraîne, et dont si rapidement le crime vous perd.

. DES OBLIGATIONS. ClC. \Cj7)

Dites -uous si la vive idée de Dieu, comme le père commun dos hommes qui , dans eux , chérit ses enlaus, est compatible avec cet e?prit d'auimosité qui abjure à leur égard la qualité de frère 5 avec ces mouvemens réfléchis d'une haine, qui ne voit dans eux que des ennemis ; avec ces désirs de vengeance qui méditent leurs malheurs; avec ce* traits de courroux qui consomment leur perte. Dites -nous si la vive idée de Dieu, comme spectateur attentif et réuumérateur exact de tous les mérites de la vie, est compatil)le avec ce goût soutenu pour les plaisirs , dont la continuité non interrompue fait une vie de dissipation; dont le vide fait une vie d'inutilité 3 dont les attraits séducteurs font une vie de mollesse 3 dont les dangers et les écueils font une vie de déréglemcns. Dites- 5. t

nous si la vive idée d'un Dieu Créateur est compatible avec cette fière ingratitude qui lui refuse un.

tribut de prière et de reconnoissance ; si la vive idée d'un Dieu Sauveur est compatible avec cette indolente sensualité que révolte tout exercice de mortification et de pénitence ; si la vive idée d'un Dieu sanctificateur est compatible avec cet éloiguement des vertus surnaturelles dont on affecte d'avilir l'importance. Dites- nous enfin quelle idée se forment de Dieu , qujels sentimens ont pour Dieu, comment parlent de Dieu, comment tendent à Dieu, comment se rapprochent de Dieu, comment servent Dieu ceux qui lui disputent les sacrifices qu'ordonne la sévérité de la loi?

Dieu devoit donc les exiger, ces sacrifices , pour nous unir à lui ;

DES OBLIGATIONS, etc. lyl

puisqu'il n'est pas possible d'allier avec l'amour essentiel, l'amour de préférence que nous devons à Dieu, l'amour immodéré des objets quç présente le Monde. Cette sévérité ji'^st donc point arbitraire. Parce que la séduction nous menace, il falloit la fuir ; parce que notre propre fragilité nous expose , il falloit nous précautiouner ; parce c]ue nos inclinations nous portent au mal . il falloit nous ordonner le bien. Connoissons Dieu, connoissons-nous nous-mêmes. Pénétrons les principes de nos diverses obligaticwis^ nous respecterons bientôt la sagesse de leurs vrais motifs.

Il n'en est aucune dont il ne soit facile de justifier la sainte rigueur.

Aussi, mes chers Auditeurs, n'oset-on pas toujoui^s la condamner entièrement , parce qu'on ne peut pas absolument s'en dissimuler la

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nécessite; mais on se récrie au moins sur ce qu'elle paroit excessive. Or, c'est ce prétendu excès de sévérité dont j'entreprends encore à ce moment la solide défense. Non-seulement la sévérité de la loi du Christianisme étoit nécessaire ; mais une grande sévérité sur certains points est indispensable.

SECONDE PAR'HE

Il est dans les vertus évangéliques un caractère de beauté qui leur attire infailliblement radmiraftiou de tous ceux qui savent Taperce- Toir. L'extérieur du Christianisme annonce si visiblement la sagesse de ses préceptes, qu'on rougiroit de les combattre ouvertement. Les vices qu'il condamne sont si odieux, qu'il y auroit de la honte à les

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proléger; et il est assez ordinaire d'avouer que la Religion dirige avec sagesse la règle de notre conduite. Mais qu'elle nous fasse un crime d'un désir, d*un sentiment, d'une pensée, d'une intention, d'un regard; mais qu'elle étcnae son autorité jusques dans le secret de l'anie, (ju'elîe gcne ses desseins, ses aiTections , ses mouveracns; mais que nous vie puissions être grièvement coupables à son tribunal., î^au? le paroître à celui des liommes; mais que la rapidité d'un instant puisse opérer dans notre volonté la consommation du péclié ; mais <jue dans ces guerres intestines que nous avons si fiéqucmment à soulenir contre nous-mêmes, rinîcrruplioiii inomentar.ée de la résistance et la foîblesse pass.-^gère d'un consentement plein et libre, soit pour nous le sujet d'une juste condamnation ; c'c^t ,

mes chers Auditeurs, celle sévérité (et vous voyez que je ne la déguise pas), c'est celte sévérité, disje, dont on accuse l'excès, que je prétends être absolument nécessaire 3 1.» parce qu'elle dispose efficacement à ce qu'il y a d^essentiel dans l'observation d-s la loi; 2." parce que sans elle il ne seroit pas possible d'observer essentiellement 3a loi.

La loi des hommes ne pouvoit arrêter que la main ; il n'appartient qu'à Dieu de commander au cœur.

De tous les Législateurs, il e5t le seul qui ait entrepris de le régler; parce que non-seulement il est le seul dont l'autorité doive le régir, mais parce qu'il est le seul dont les lumières le pénètrent. Eh ! que pourroit, à cet égard, toute la puissance humaine ? Nos pensées et nos sentimens ont au dedans de

DES OBLIGATIONS, CtC. l']0

nous un asile inaccessible à son activité. Il n'est sur la Terre aucune force qui puisse déchirer le voile de notre conscience. Du fond de ses abimes impénétrables , nos projets et nos vues les plus illégitimes osent braver le pouvoir des hommes. Ils peuvent tout sur nos œuvres ; elles paroissent. Ils ne peuvent rien sur nos coeurs; nous seuls pouvons les sonder.

IMais parce qu'ils sont essentiellement sous le domaine de Dieu; parce que, dans eux , il n'est pour lui ni ténèbres ni mystères, Om~ nia aute?n nuda et aperla sunt oculis ejus, [ Hebr. IV. i3.]; c'est jusques dans nos coeurs , sur lesquels il doit régner sans partage, que doit s'exercer Ja sévérité de la loi. C'est dans le coeur qu'elle doit jeter les fondemens de cet édifice de sainteté qu'elle travaille à

l'jG SUTl L\ SÉVÉRITÉ

construire. C'est par la sanctificshtion du cœur qu'elle doit commencer celle de l'homme. C'est en formant le cœur selon les pré-»

ceptes , qu'elle doit nous préparer à faire de ces méîîies préceptes la règle de nos actions. Et voilà , mes chers Auditeurs, le vrai motif de la grande sévérité que vous reprochez à l'Evangil*^. Vous voudriez presque la représenter comme une tvrannie. A vous entendre, on diroit que Dieu vous a donné sa loi, plutôt pour vous tourmenter cjue pour vous conduire. Blasphème des passions qui affectent de se méconnoîtrc, pour rompre plus audacieu^^emcnt la premièi'e digue que la loi de Dieu vient leur opi^oser !

Vous demandez pourquoi , peu routent de régler vos œuvre<î. Dieu porte l'attcniion ja^-qu'k régler vos

DES otîLîgat:o:;s, etc. i--^

cœurs. Je pourrois me borner à vous répondre : Parce que vos œuvres appartiennent à Dieu, et que tout ce qu'il v a de déréglé dans vos cœurs en dispute l'empire à Dieu. C'est, vous aujouterai-je, c'est parce qu'il les connoîlj c'est du coeur, disoit expressément Jésus-Christ , c'est du cc:eur que naissent tons les dérégleraens. C'est d'un coeur dépravé, que proviennent dans l'esprit ces pensées qui sent tout à-la-fois et l'indice et l'cfret clc cette dépravation , De orde exsunt inalœ cogitafîoJK's.

[ Math. XV. 19.]. C'est d'un coeiîr rjgri et irrité , que partent ces cruels excès de fureur (jui , quelquefois, n'épargnent pas même la vie, Homicidia. C'est d'un coeur voluptueux et gâté, que s'élèvent ces désirs effrénés, dont un honteux libertinage e3i la déplorable

suite , Adulleria , fornicationes.

C'est d'an cœur avare et sordidement attaché aux richesses , qu'où Toit éclore les injustices et les rapines, Farta. C'est d'un coeur double et dissimulé, que lire son origine la fausseté de ces témoignages que l'on porte jusqu'aux parjui-es, Faha Testimonia. C'est d'un cœur rebelle à la voix de Dieu, que dérivent ces sacrilèges insultes de l'Impiété qui attaque le Seigneur jusques sur le trône de sa gloire , BInsphemiœ. C'est dans les vices du cœur, que la licence du langage prend sa source, que la scélératesse du cœur enfante la perverçité des discours , Quce procédant de ore , de corde exeunt.

Et voilà, continue le Sauveur, voilà ce qui souille 1 homme, Hœc sunt quœ coinqu'uiant hojninem. [Ibid.

20, 1. Pour conserver l'homme dans

DES OBLIGATIONS, etC. I 79

celte pureté de moeurs qui doit être son apanage, il falloit donc préserver son cœur. Sagesse merveilleuse de la loi divine, qui s'applique à couper les racines du vice, pour établir le règne de la vertu.

Et tel est aussi , mes cliers Auditeurs, l'avantage sensible qu'a la loi chrétienne sur toutes les autres.

Les auti-es sont moins efficaces , parce qu'en même temps qu'elles condamnent les vices , elles en laissent subsister le principe. Les autres ne peuvent que défendre d'agir; l'Evangile défend de vouloir.

Les autres ne sont, et ne peuvent être armées que contre la consommation du crime ; l'Evangile en prévient les plus légers commence mens. Les autres sont quelquefoij en cela même d'une exécution plui pénible, parce qu'en punissant ce-

lOO Srrn LA. SÉVÉRITÉ

]ui qui succombe à la tenintion , elles ne cherclient pas à l'en préserver; an lieu qu'en proscrivant ce que la tentation a de libre et (le volontaire, l'EvangUe fournit le mcyen le plus sûr de ne pas y succomber, [^es autres abandonnent rhonime k toute la violence de ses pcnchans, dont elles ne rendent redoutables c[ue les suites; TCvangile, en ordonnant de les étoulfer, dès leur naissance, en écarte mieux le danaer. De là vient , mes ehers j^udi leurs, que non- seulement il n'est point de vertu plus entière et plus parfaite, mais encore plus paisible et même plus facile, que eelle qui est appuyée solidement 5ur robservation fidèle de l'Evangile. Ah! que Jésus-Christ connoissoit bien la nature des hommes et la nature de la vertu!

Je pourrois ai-éînent expliquer

DES oel:g\tio>-s^ etc. i8i

par là ce qui paroît incompréhensible, dans la conduite des hommes vertueux, à ceux qui ne le sont pas.

IVÏalgré eux, ceux-ci sont frappés de la régularité dont ils sont témoins; et, lorsqu'ils ne peuvent pas réussir à y apercevoir ou à y soupçonner de rhvpocrisie; la force de la vertu devient pour pux une espèce de mystère qu'il leur est diflicile de pénétrer. Agités comme ils le sont [jar la vivacité des passions auxquelles ils se livrent, ils conçoivent à peine comment, avec tant d'empire sur eux, elles peu^ vent trouver dans autrui tant de résistance; et, p?.rce qu'il est du sort commun de tous les hommes d'être sans cesse exposés à leurs attaques, ils voycnt avec surprise ceux qui , malgré tant d'attaques , pirviennont à en triompher.

Ecoulez, leur dirai-je , et comprenez la raisou sensible de cette différence. Comme elle est propre à vous instruire, qu'elle serve aussi à vous réformer. Cette sévérité, qui vous paroît oulrée dans les préceptes du Christianisme , elle est précisément la cause des victoires qui vous étonnent dans le véritable Chrétien, Le mal ne fait aucun progrès dans une a me fidèle, parce qu'elle ne lui donne pas le temps d'en faire. La tentation n'entraîne point sa cliùte, parce que la seule idée du danger de la chute lui forme un bouclier contre les traits de la tentation. La vie est habituellement exempte des taches du crime , parce que le cœur est constamment fermé aux amorces de la séduction. Les moeurs sont pures, parce cfue la volonté est

DES OBLIGATIONS, CtC. 1 83

droite. L'ennemi est repoussé, parce cju'il n'entretient pas au dedans une intelligence secrète qui pourroit l'y introduire. Souvent c'est un premier effort qui le désarme, c'est un premier triomphe qui décide.

L'un et l'autre ont coûté sans doute; mais qu'ils eussent coûté bien davantage, si l'on s'étoit cru permis d'hésiter, de balancer, de différer à combattre! Disons mieux: Et comment pourroit vaincre celui qui se détermine à céder au premier instant?

Que fait donc, à votre égard, la sainte rigueur de l'Evangile, en condamnant dans vous, comme coupable, ce qui vous dispose évidemment à le devenir encore plus ?

Elle met, dès l'entrée, une barrière aux l'outes de l'iniquité qui vous égare, pour vous ouvrir plus

l84 Sun LV SÉVÉRITÉ

facilement les voles de la justice qui vous sauve. Elle éloigne de vous les funestes douceurs d'un poison dont la seule atteinte donneroit.la mort. Elle vous ordonne de tenir ferme au premier instant de l'assaut , parce que le second seroit infailliblement celui de votre défaire. Elle vous fait un devoir de veiller assidûment sur vous, parce que le défaut seul de vigilance vous expose à mille surprises. Elle vous apprend à vous défier de vousm^mes , parce que vous avez dans vous mêmes votre plus dangereux ennemi. Aveugles ! vous lui imputez comme un excès la multitude et la sévérité de ses préceptes; et elle vous les donne comme autant de guides qui peuvent seuls vous faire éclianner au nombre et à la

gran.lcur des écueiis dont vous ctc5

DES OBLIGATIONS, etC i8j>

environnés. Montrez -vous dociles à ces mêmes préceptes : et vous <îprouverez que l'observation des lins prépare à l'accoinDlissenicnt des autres. Saisissez l'esprit de la loi, si vous voulez en praticpier les œuvres, Soyez saintement sévères envers vous : et Dieu vous trouvera exactement fidèles envers lui. C'e>t dans votre ame que doivent se porter les prcnilers coups, de peur que le vice ne vous terrasse j vous -augmentez visiblement sa force, si vous en nourrissez lâchement lattrait. Ce n'est qu'en triomphant de vous, que vous pouvez triompher de lui.

Non , mes cliers Auditeurs , et ne vous flattez pas sur ce point; jamais vous ne serez véritablement Chrétiens , sans adopter généralement toutes les rigueurs du Chris-

l86 SUR LA. SÉVÉRITÉ

tianisme. Fût-il vrai, je veux bien le supposer pour un moment, que Dieu vous livre vos cœurs , et qu'il ne se réserve que vos actions; fût-il vrai que, content d'une fidélité purement extérieure, Dieu ne se montre pas jaloux du sentiment qui en est le principe; fût-il vrai, que, comme la loi des hommes , la loi de Dieu ne régie que vos démarches ; il est certain que si vous rejetez, comme trop austères, les maximes de l'Evangile; bientôt vous ne remplirez plus . et vous ne pourrez pas remplir la substance même des devoirs qu'il vous prescrit. J'en réduis toute la preuve à la force d'un court détail.

Comment , en effet , pourroit espérer de résister aux attraits dangereux d'une satisfaction cri-

DES OBLIGATIONS, etC. 187

miuelle , celui qui se livre à la pensée qui lui eu offre l'image ?

Cette première étincelle que Timagination fomente , produit bientôt dans le coeur un embrasement qui le consume, et les feux de la passion dévorent celui qui ne se hâte pas de les éteindre. Elle étoit donc nécessaire, cette sévérité, qui ne leur donne pas même le moment de s'allumer. Comment pourroit espérer de ne pas céder au mouvement impétueux de la vengeance , celui qui s'occupe à en nourrir les sentimens? La haine s'irrite et s'enflamme, à mesure qu'on s'en rappelle l'objet. Les motifs en paroissent plus pressans, lorsqu'une secrète animosité les présente; on croit se justifier à soi-même son courroux, en même temps qu'on l'aigrit. Elle étoit donc nécessaire, cette sévérité qui

liiO SUR L\ SÉVÉRITÉ

défend les agitations intérieures et Tolcntaires de rinimilié, pour en arrêter les effets. Comment pourroit espérer de s'abstenir du péché, quel qu'en soit le genre, celui qui ne renonce pas à l'intention réflécLie de le commettre? Il n'est qu'un pas entre la volonté et les actes. Aisément le crime suit les désirs , parce qu'il les satisfait. On est bien près de Texécution ,, quand on a formé le dessein. Elle éftoit donc nécessaire, cette sévérité, qui, dans la volonté même, clrerche à en prévenir les déréglemcns. Comment pourroit espérer de surmonter l'illusion des sens , celui qui ne met à leur liberté aucune gêne? Toujours plus redoutables lorsqu'on les flalte, bientôt ils se rendent maîtres de celui qui ne s'cppli{[ue pas à les maîtriser. S'ils ne sont pas scumis.

DES oiJLiG\Tîô>s, elc. iBg

ils tyrannisent 3 et le peu- qu'on leur accorde devient pour eux un moyen sur de tout obtenir. Elle cioit donc nécessaire, cette sévérité qui, selon la parole expresse de J.-C, nous représente comme déjà consommé dans le cœur, le péché qu'annonce un simple coup-d'œil. [Math.

V. 28.]. Comment pourroil espérer de conserver son ame dans l'innocence, celui qui se permet un langage dont l'innocence s'alarme? On adopte insensiblement par goût ce qu'on répète avec complaisance, Dntre le cœur et les paroles, le rapport est étroit; si les paroles peuvent être l'indice du cœur, 1er cœur peut être séduit par les discours. Elle étoit donc nécessaire cette sévérité qui les règle, pour obvier au double scandale de celui qui les entend et de celui qui les

igO SUR LA SÉVÉRITÉ

profère; car, on se scandalise soimême, et ce scandale personnel est celui par lequel nous devenons nous-mêmes nos séducteurs. Comment pourroit espérer d'échapper à la force de l'occasion, celui qui témérairement en affronte le péril?

Quand l'occasion est prochaine, la chute n est pas éloignée. S'exposer volontairement au danger , c'est préparer sa ruine. On touche au moment de tomber lourdement dans le précipice , lorsqu'on marche imprudemment sur ses bords. Elle étoit donc nécessaire , cette sévérité , f|ui , en réprouvant le crime, interdit en même temps tout ce qui peut prochainement y entraîner. Ainsi le détail des saintes rigueurs de l'Evangile n'^st donc, à le bien examiner , que le détail des moyens nécessaires qui

DES 0BL1GA.TI0N5, etC. IQI

nous conduisent à la fin que Dieu se propose, et qu'il a dû se proposer.

Savez- vous, mes chers Auditeurs, ce qui augmente les difficultés de la loi, c'est l'infidélité qui en néglige l'entier accomplissement ; et je ne m'étonne point de ce qu'elle paroît si rigoureuse à ceux qui refusent de s'assujettir à toutes ses rigueurs. Sans doute il doit paroître singulièrement dur à celui qui entretient tous ses penchans, d'être néanmoins obligé à en dompter la force; à celui qui recherche la tentation , d'être néanmoins obligé à en éviter le piège; à celui qui ne prend aucun soin de régler son cœur, d'être néanmoins obligé à régler sa vie. Ces premières infractions qu'on se pern^et, ont une liaison naturelle avec

L92 SLR LA SÉVÉRITÉ

celles qu'on voudroit s'interdire.

De là tout ensemble et le péclié qu'elles renferment , et la violence de la situation à laquelle elles réduisent. Je dis le péché, puisqu'évidemment c'en est un de conserver un coeur rebelle à la loi de Dieu.

Je dis la violence de la situation , car en esl-il une plus cruelle que cette contradiction par laquelle intérieurement on veut ce qu'extérieurement on doit fuir? Ne vouloir pas se combattre, et cependant vouloir se vaincre : se livrer à la douceur d'un attrait secret, et cependant se proposer de ne pas le -suivre : écouter avec goût la voix de la passion, et cependant en rejeter les demandes : Quel état!

Ah! voilà ce qui déchire l'amc ; voilà ce qui la fait éclater en murmures contre certains devoirs

DES OBLIGATIONS, etC I qB

dont elle ne voudroit ni suppoiicr le poids, ni se reprocher la transgression. Voilà aussi ce qui l'entraîne bientôt k sa perte. Une résistance imparfaite ne rend pas seulement la victoire plus pénible; elle est le signe funeste d'une défaite totale ; et la générosité, qui veut efficacement, coûte bien moins que l'indécision qui ne sait pas se déterminer.

De là aussi, mes chers Auditeurs, comme c'est une vérité gér néralement avouée des hommes , quils n'en viennent pas ordinairement à un excès par un premier essai, et qu'il est différens degrés par lesquels on descend dans l'abime du vice; de même qu'il est une suite de progrés par lesquels on s'élève jusqu'à la perfection de la vertu ; c'est aussi parmi eux un principe de la saine morale, qu'il s. 9

faut prévenir le mal dès son origine , sL l'on veut en éviter les ravages; et que les premiers efforts d'une passion à laquelle on cède , produisent dans elle de nouvelles forces, dont il est ensuite plus difficile de triompher.

Et, sans qu'il faille insister ici sur la certitude d'une maxime si conforme à la raison , qu'elle a été aperçue par ses propres lumières, et que naturellement elle en dérive : sans entrer dans ces discussions du coeur Immain et de ses mouvemens , des passions et de leur marche , des impressions qu'elles opèrent et de la célérité avec laquelle elles s'accroissent : sans analyser les rapports des penchans et des objets, des inclinations et des dangers, de la foiblesse et dc^- occasions; que faut-il de plus pour la justification de la

DES OBLIGATIONS, etC. TqS

seTerité évangélique, (|ue l'expérience même de ceux qui ont le malheur de s'en écarter ?

Je pourrois dire d'abord que cette même règle que l'on rejette pour soi, on l'approuve, on l'adopte, on l'employé même pour la conduite d'autrui, quand on a sincèrement à cœur de la régler. Car, d'où viennent, mes chers Auditeurs, ces précautions, ces soins, cette attention à éloigner d'une jeunesse encore innocente jusqu'à l'attrait de la tentation , et à l'ombre du danger? Est il un père sage, une mère prudente qui ne s'appliquent à ménager, à la vertu de leurs enfans, un asile, où, s'il se peut, l'idée même du vice ne puisse pas pénétrer? Or, pourquoi tant de vigilance et de réserve de la part de^ ceux qui s'étudient à les préserver?

C'est qu'ils aperçoivent une con*

ïgG SUR L\ SÉVÉRITÉ

nexion frappante eiUre les plus légers écarts et les plus funestes conséquences. C'est qu'ils ont vu les plus grands désordres prendre naissance dans le sein d'une trop grande liberté. C'est qu'on a remarqué, de tous les temps, que les impressions, en apparence les plus foibles., influent bientôt efficacement sur les actions les plus importantes. C'est qu'il est dans l'ordre naturel des choses , qu'on avance dans la carrière que l'on s'ouvre; qu'on la suive avec constance, quand on y marche avec goût 3 et qu'on finisse par se perdre , quand on a consenti à s'égarer.

Et telle a été , n'en doutez pas , mes chers Auditeurs, telle a été, dans le très - grand nombre , la première origine d'une dépravation dont à peine on ne peut ensuite fixer les bornes. Qu'ils en fassent

DES 0BLIGAT10?ïS, CtC. IQ^

le sincère aveu, ces hommes qui lie peuvent pas se refuser à celui de leurs égaremens. Un défaut de docilité aux austères lois de la veitu, dont ils blâmolent les ri* gueurs, parce qu'ils nftectoient de s'en dissimuler la nécessite; voilà le principe et la source de tant de vices. Une curiosité téméraire exposa la Foi par des lectures séduisantes : on disoit d'abord que l'Incrédulité n'en étoit pas le motif, mais elle en a été l'effet. Des assiduités suspectes ont corrompu les moeurs : ou disoit d'abord que le crime n'en étoit pas le nœud, mais il en a été la suite. Des sociétés peu choisies ont ébranlé les bons principes d'une éducation chrétieime : on disoit d'abord que le libertinage n'en étoit pas le lien, mais il en a été l'écueil. Le goût, ce goût malheureux des spectacles,

ig8 SUR LA SÉVÉRITÉ

a échauffé rimagination, il a amolli le cœur , il a énervé l'aine : on disoit d'ahord , et on le dit sans cesse, qu'il n'étoit point inspiré par celui des passions j mais la vivacité des passions en a été et en sera toujours le fruit. Et non, mes chers Auditeurs , non , ce n'est point communément par un crime caractérisé qu'on débute dans la roule du crime. De la coupable imprudence d'un regard , David en vient à l'énormiié d'un grand péché; il y joint bientôt après l'atrocité de i'hœnicide. Que falloit-il à ce Roi jusqiics-là si exactement vertueux, et depuis si sincèrement pénitent; que falloit-il pour lui épargner cette double cliùte? Il en eût trouvé le préscin^atif dans la sagesse de cette maxime que Job nous a transmise, et qui s'accorde si bien avec celle de l'Evangile, lorsqu'il nous

CES OBLIGATIONS, CtC. 1 99

apprend qu'il a fait un pacte avec ses yeux , pour veiller plus mûrement sur son cœur, Pepiji fœclas cum oculis meis. [Job. xxx». 1.].

Concluons , mes Frères , et ce doit être le fruit solide de ce Discours; concluons que, si d'une part, il est dans les devoirs du Christianisme une austérité nécessaire dont il seroit injuste de vous plaindre; de l'autre, il est dans 1 étendue même de celte austérité un moyen de l'adoucir. Ce n'est point en altérant la sainte rigueur des préceptes que vous en diminuerez les difficultés; c'est en augmentant dans vous la fidélité qui les observe, que vous en applanirez les obstacles. D'un esprit pleinement docile aux vérités de la Foi , d'un coeur parfaitement soumis aux enseignemens de la morale, d'une ame assidûment attentive à se com-

mander à elle-même, naîlront cet ordre, cette règle, cette continuité de victoires qui font le caractère et le bonheur de l'iiomme chrétien. Ah! vos agitations, vos incertitudes , vos langueurs , vos remords, sont pour vous un fardeau plus pesant que ne le seroit le joug de la loi. Vous ne sentez si vivement les peines de la vertu , que parce que vous ne voulez être vertueux qu'à demi. Ce qui trouble singulièrement votre coeur, c'est la lâcheté qui le partage. Qu'il soit donc à Dieu tout entier; et il vous en coûtera moins d'être à lui.

Mais si, à la voix de Dieu, qui vous le demande; si, à la voix de Jésus-Christ, son fils, dont le sang versé pour vous le réclame, dont les grands exemples vous retracent ses leçons , dont la grâce toutepuissante vous aide, dont le tcndi-e

DES OBLIGATIONS, CtC. ^01

amour tous appelle aux pieds de sa croix ; si , malgré l'éloquence de ses invitations, votre foiblesse sV larme, et votre indocilité refuse; livrez donc votre cœur à ses désirs, vivez au gré de vos penchans, €t trouvez, s'il se peut, dans le !Monde, le prétendu bonheur que vous reprochez à la Religion de vous disputer. Je ne dis pas que vous le cherjierez en vain; je ne vous ajoute pas que des passions, en apparence les plus douces, vous verrez éclore les chagrins les plus amers. Je ne vous présage pas qu'après avoir refusé de prendre sur vous l'empire que veut vous donner l'Evangile, vou» gémirez de vous être rendu votre esclave.

Dans l'enchantement des joies du siècle , vous n'en croiriez pas à . mes paroles ; il faudra donc que lexpcrience vous en instruise un

102 SUPi LA SÉVÉRITÉ

jour par vos larmes. Et si vons êtes assez malheureux que de n'en avoir point d'abord à répandre sur vos malheurs, pour en verser ensuite sur vos péchés ; vous aurez donc à vous applaudir d'avoir goûté, jusqu'à la fin, toutes les douceurs de la vie. F h bien ! mes Frères, je consens à le supposer. En voilà la félicité prolongée jusqu'au terme de la vie; mais nécessairement il en est un , et il est prochain.

Alors si l'Evangile vous a para trop sévère, parce qu'il devoit régler votre vie; quelle sei'a pour vous la sévérité du jugement qui doit régler votre destinée! Allez, allez porter votre réclamation au tribunal même de votre Juge. Vous accuserez sa sévérité, il justifiera sa loi; vous objecterez votre foiblesse, il vous rappellera ses secours ; vous citerez le témoignage

DES OBLIGATIONS, CtC. 20 3

de VOS penchaiis , il vous confondra par la conviclion de l'exemple de ceux qui en ont triomphé.

Non, vous ne réussirez pas à lui dissimuler vos crimes ; n'espérer pas de vous soustraire à ses chàlimens.

Opposez donc, au moins, frayeur à frayeur. Il vous en coûte aujourd'hui de vous attacher à Dieu pendant le temps ; mais vous en coùtera-t-il moins d'être séparé de lui pendant l'éternité? Vous redoutez aujourd'hui les ordres de sa sagesse; redouterez-vous moins alors les arrêts de sa justice? Vous tremblez aujourd'hui à l'iJée de la vertu ; serez -vous rassurés à la vue de l'Enfer qui punit le péché?

Ah ! si c'est pour vous qu'il va

s'ouvrir Non, Dieu de bonté,

qu'il soit toujours fermé pour ceux qui m'entendent. A l'observance

2^4 SUR LA SÉVÉRITÉ, etc.

de votre loi sainte qui éloigne le péché , qu'ils ajoutent la sincérité de la pénitence qui l'expie, la ferveur des vertus qui fout les Saints; et qu'après avoir triomphé généreusement d'eux-mêmes, par l'austérité nécessaire de votre Evangile, ils triomphent éternellement avec vous dans le séjour de votre gloire. Ainsi soit-iL

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