‹ SermonsChapitre 12 sur 24 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Ce que j'appelle une fausse Conscience, c'est, mes chers Auditeurs, cette Conscience dont on devient soi - même le séducteur , afin qu'elle s'oppose moins efficacement à la séduction du péché; celte Conscience dont on cherche à obscurcir les lumières, pour qu'elle expose moins clairement

la grièveté du péché; celte Conscience dont on altère les décisions qui condamuei oient le péché. C'est en un mot cette Conscience, dont la voix affoiblie, n'alarme pas le pécheur, malgré la réalité de son péché. Dès là, c'est à cette Conscience fausse que peut s'adresser la malédiction prononcée par le Prophète Isaïe : Malheur à vous qui affirmez que le mal est bien.

T^œ qui dicitis maliim honum !

[Is. V. lo. ]. Eh! d'où peut dériver cette erreur funeste ? Ah !

Chrétiens , les sources n'en sont que trop multipliées : A peine dans ce Discours , puis-je indiquer les plus ordinaires : Premièrement, l'intérêt d'une passion chérie ; on veut la ménager: Secondement, le défaut d'instruction sur ses devoirs; ou néglige de s'éclairer : Troisième-

ment , le peu de droiture dans l'îatention; on cherche à éluder la force de la vérité, lors même qu'on paroît la chercher: Quatrièmement, la témérité de la présomption ; on s'arroge le droit de décider : Cinquièmement, le prétexte de l'imitation; on s'appuye d'exemples qui sont iuouffisans pour autoriser. Je reprends.

La Conscience et la passion , ennemies irréconciliables, forment nécessairement, dans l'homme, une guerre intestine , dont il ne peut supporter le trouble et l'agitation.

La passion le sollicite au péché, et la Conscience est toujours opposée au péché, parce qu'elle est, par rapport à l'homme, l'organe de Dieu et de sa loi. Ses lumières , ses reproches , son jugement, sont autant de moyens que Dieu a donnés à l'homme pour

le conserver dans l'innocence, ou pour l'engager efficacement à la recouvrer. Ce juge incorruptible, que rien ne peut forcer à approuver le mal , comment essayer <le le l'ai ren:lre favorable? Peut -11 goûter les douceurs de la paix , Ihomme qui se tiouvc placé entre sa passion et sa Cou5cience^ Non, répond S. Augustin : Quiconque se livre au mal, est dès là mal avec soi-même , Qaisçuis malus est , jualè secum est. Pourquoi ? C'est que ne voulant sacrifier ni sa passion, ni sa Conscience, il souffre nécessairement de la part de l'une et de l'autre. C'est alors que dans la fausse Conscience il clifrrhe une artificieuse conciliation qui paroisse respecter la loi de la Conscience, sans qu'il soit totalement affranchi de la loi de la passion.

Ainsi se représente-t-il d'abord les effets de la passion , comme moins coupables , de pem' que la Conscience ne s'irrite; et, en même temps, il s'efforce à se persuader que les ordres de la Conscience sont moins sévères, dans la crainte que la passion ne lui cède. Il colore la passion, il la peint sous les traits les plus radoucis, il y réunit tout ce qui offre quelque apparence de justification et d'excuse; et voilà ce qu'il propos©, adroitement à la Conscience, pour en tempérer la sévérité, en désarmer la justice, et en corrompre le jugement. Qu'elle lui fasse entendre de légitimes reproches , aussitôt il en dénature les objets , pour autoriser sa résistance. Il ne veut envisager les seutimens d'un amour trop tendre, que comme uiie inclipalion honnête 3 les traits d'un ar-

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dent courroux , que comme la nécessité d'une juste défense j les manoeuvres d'une excessive cupidité, que comme un soin raisonnable de sa fortune; la dureté d'une cruelle avarice , que comme une sage prévoyance de l'avenir; Tinimilié la plus marquée, que comme la liberté de choisir ses amis. La vie la plus dissipée n'est, à ses veux , que le goût naturel des amusemens; et il se dissimule -l'inutilité , l'oisiveté qui rendent entièrement vides des jours dont le Seigneur demandera compte , puisqu'il doit en régler l'usage.

Dans la vanité la plus Outrée , il ne veut apercevoir qu'une décence de rang et d'état; c'est-àdire , qu'il confond des senti mens que la dignité réclame, avec des mépris,, des hauteurs, que l'enflure du coeur produit. A l'entendre,

îe jeu le plus ruineux, devient, dans la société, une occupation nécessaire , c'est ce qui en forme le lien. Il refuse de voir le dérangement dont il menace, les torts qu'il peut causer à une famille , la portion qu'injustement il dérobe aux malheureux, et tant d'autres suites funestes qu'on préviendroit , si, au lieu d'en faire un honteux trafic, ou ne faisoit du jeu, qu'un simple délassement. S'agit - il de pallier la négligence habituelle des exercices du Culte divin j c'est un défaut d'attrait sensible , qui les lui l'endroit trop onéreux; comme si ce n'étoit pas dans le temple du Seigneur, qu'une fréquente prière peut obtenir cette grâce qui excite la piété, et qui la soutient!

Il est vrai , selon la remarque de S, Chrjsostôme, qu'un secret

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murmure de la Conscience appnye intérieurement les accusations dont on veut énerver la force; et c'est alors que rintcrêt d'un penchant qu'on flatte , d'un goût qu'on veut suivre, met tout . en oeuvre pour calmer des inquiétudes qu'on ne réussit pas à dissiper pleinement.

A son leur, la passion s'arme contre la Conscience; et, pour écliapper à ses plaintes ^ elle l'accuse d'être trop timide ; de donner dans des excès, sous prétexte de prévenir des écarts, et de déshonorer la sagesse qui craint de déplaire à Dieu, par la foiblesse du scrupule qui croit trop aisément qu'on l'offense. Ah! mes Frères, qu'il sied bien de- se préserver du scrupule, à des lîommes qui ne sont pas même soumis aux devoirs ! Sans doute, leur dirois-je, l'empire de la Conscience a ses bornes j mais

commencez par en respecter les règles, et craignez moins les précautions superflues d'une Conscience trop timorée , que le fatal écueil oii vous fait échouer celle qui b'entrelient dans l'erreur.

Ce n'est pas , je le veux , sur tous les points de la loi que s'étend cet aveuglement. Il nest pas même sans exemple d'allier Tobservation exacte de quelques - uns avec la coupable omission d'un nombre d'autres. Tel se dislin£;ue par une probité sévère, qui nourrit l'aigreur des ressentiniens. Celui-ci s'alarme des discours qui blessent la décence, et il se pardonne un langage que condamne la Charité. L'un, respectueusement soumis aux dogmes que propose l'Eglise à la Foi des Fidèles, n'est qu'un lâche observateur des règles 5. 10

(le pénitence qu'elle leur prescrit.

Vous en verrez constamment attachés à quelques pieux usages, dont une habitude volontaire, que je n'ai garde de blâmer , fonde seule l'obligation , et négliger en même temps celle qui dérive essentiell-emcnt d'un précepte. Et c'est, mes chers Auditeurs, une nouvelle preuve que le principe séducteur vient de l'intérêt secret d'un penchant qu'on veut satisfaire ; c'est la violence d'un sacrifice qu'on veut s'épargner.

Chacun, disoit le Prophète Isaïe, s'égare dans la route qu'il se trace à lui-même , TJnusquisque in via sua erraverunt , [ Is. xlvii. ]5. ]; et , dès que l'on consent à s'écouter soi-^même , on n'obéit plus à la voix de Dieu qui seule doit nous poi^dnire. Comme l'autorité de s^

loi est universelle, elle n'admet ni radoucissement, ni rinterprétation que la passion suggère; ni la frivolité des motifs qu'elle présente; ni le vain prétexte des circonstances sur lesquelles elle s'appuye; ni la foiblesse des excuses qu'elle imagine, afin que, devenue ellemême complice du péché , la Conscience le favorise par ses erreurs.

JElles naissent encore, ces erreurs, de la coupable ignorance qui jette un voile sur les devoirs, tandis qu'une des principales obligations est de s'en instruire. Je mets au rang des premiers ceux qu'impose la Religion , et je ne suis que trop autorisé à ajouter qu'il est un nombre de Chrétiens presqu'entièrement étrangers à la science du Christianisme. Si nous

aao LA. FAUSSE

en exceptons les premiers élémens que l'éducation, grava dans la plus tendre enfance; à quoi se réduisent souvent les connoissanceà de .la Religion? Si l'on est instruit des dogmes qu'il faut croire, a t-on eu le soin de développer les points de la morale qu'il faut pratiquer?

Or , puisque , selon la parole de 3- Jacques , la Foi est morte sans les oeuvres, Fides sine operibu?

mortua est y [ Ep. catliol. ii. 26 J; il faut donc, en même temps qu on sent la nécessité de soumettre son esprit aux vérités révélées , coniioître les préceptes dont l'accom-T plissement l'ègle la vie.

Et prenez garde, je vous prie, mes chers Auditeurs, à la différence qui se trouve entre l'adhésion au?j:

vérités de la Foi, et la connoisgance des règles de la morale. La

première consiste dans une docilité, entière aux enseignemens de TEglise, dont la doctrine reçue avec respect , embrassée avec sin* cérité, et fermement soutenue, captive sans retour, sans variation, sans incertitude, l'entendement du Fidèle. Instruit des principaux mystères de la Religion , ses leçons sont l'unique règle de sa créance.

Et si, d'une part, la véritable Foi est la base des vertus chrétiennes; de l'autre, il suffit d'en admettre les principes, de leur subordonner ses propres lumières et les affections de son cœur. Mais quel immense détail dans les principes de la morale, dont l'application est de tous les . momens , et s'étend à toutes les actions de la vie! Comment dire, avec le Prophète, qu'on s'éloigne de toutes les voies qui aboutissent au vice, si l'on n'a pas un

Saa LA FAUSSE

guide sur qui montre la roule de la vertu?

Et^ pour vous mettre sensiblement sous les yeux cette importante Tcriié; d'où vient qu'on se permet des ccnveniions frauduleuses, des acquisitions furtives, des possessions usurpées , des contrats usuraires; si ce n'est parce qu'on aflecle d'ignorer les principes sévères de la justice? D'où vient qu'on pense peu à se reprocher une indifïerence caractérisée pour les uns , un ressentiment amer à l'égard des autres , des discours offensans sur plusieurs, une jalousie du bonheur de ceux-ci, une satisiïiction réfléchie de l'inforlune de ceux là ? C'est qu'on ne veut pas approfondir ce qu'exige la plus essentielle et la plus aimable des vertus, l'amour du prochain. D'où mcnl qu'une gaieté coupable pro-

CONSCIENCE. Ûl^

flult sans scrupule des plaisanteries peu réservées, des propos hasardés^ des saillies déplacées, des expressions dont Tambiguité, en paroissant couvrir le vice du langage , décèle la honte de celui qui l'employé? C'e,st qu'on connoît mal Texcessive délicatesse de la vertu, qui épure les moeurs. D'où, vient qu'on lit sans remords , ou les productions ténébreuses de l'impiété, ou les ouvrages corrupteurs du libertinage; ei que, peu content d'en avaler le poison, on le fait circuler, on le distribue? C'est qu'on ne veut pas se ressouvenir que , selon l'oracle de l'Ecriture, on périt dans le danger » lorsqu'on le cherche ; que , selon la maxime incontestable de la morale évangélique , c'est un péché que d'en affronter témérairement l'occasion; et que la fournir à autrui, c'est

avoir soi - même à répondre , de celui qu'on les engage à corn* metlrc.

Où ne me mener oit point l'énumération des fautes grièves qui «liivcîit l'ignorance des devoirs ?

Et si, des devoirs généraux du Christianisme , nous en venons à ceux qui sont particuliers aux difTércns états des hommes ; dans l'oubli des diverses fonctions qui leur sont propres , quelle source de dércglemcns f Vous le savez, mes Frères, et journellement vos plaintes nous le répètent. On examine i'utililé des places; l'on n'en pèse pas les charges. Et , tandis qu'on en ambitionne avidement les prérogatives ; on c« secoue habituellement le fardeau.

De là , tant d'abus contre lesquels les droits de la société réclament, et que la justice de

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Dieu punit. De là, tant d'infidélités dans les administrations, où, sans examiner ce qu'un véritable droit autorise, on se borne à alléguer ce qu'un criminel artifice introduit. De là, ces funestes langueurs dans la justice , dont les seuls délais anéantissent presque tout l'avantage de ceux auxquels on larde trop à la rendre; parce qu'on a négligé de se convaincre qu'une sage célérité, dans les jugemens, doit en accompagner l'incorruptible équité. De là , ces lâches' connivences à des désordres dont on doit s'impater le blàrae, dès qu'on est chargé de les réprimer , puisque le pouvoir dont l'autorité jouit, est lui même le titre essentiel que l'intérêt, du bon ordre appuyé, pour le protéger. De là, cette insuiTisanre dans les secours accordés aux infortunés, lorsque, ô. lo

contens de répandre qucl(fues aumônes passagères, les Heureux et les Riches du siècle ne veulent point écouler les leçons de l'Apôtre , qui veut que leur abondance supplée à Tindigence, sous le poids de laquelle tant de Pauvres sont accablés; et, par conséquent, que, selon l'avis de Tobie à son fils, si leurs possessions sont abondantes, leurs libéralités le soient djssi. De là, ce défaut d'une vigiiance absolument nécessaire , de la part de^ parens , des supérieurs , et des maîtres, quand ils oublient qu'un des soins les plus essentiels pour eux, est de les étendre sur ceux qui leur sont soumis, et que la Providence leur confie. Ah! n*oublions jamais nous-mêmes, Ministres du Seigneur, que c'est sur la ccnnoissance exacte de nos devoirs que nous devons régler notice viej que

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plus noire état est saint, plus nous sommes redevables , à Dieu , aux hommes et à nous-mêmes, d'une fidélité soutenue , d'une régularité édifiante, d'un éloignement entier de ce que le Monde offre de dépravation et de danger.

Déplorable état, mes chers Auditeurs, que celui dans lequel une ame indolente craint moins une obscurité qui l'égaré » que des lumières qui la dirigent; et qui se flatte d'arriver au terme , sans s'appliquer sérieusement à en connoitre la route! La science du salut est-elle donc la seule dont on puisse sans iœpinidence ignorer les vrais principes ? Et, tandis que chaque état exige, pour en remplir dignement les fi^nctions, des connoissances nécessaires; peut-il, Chrétiens , vous être permis de négliger les instructions du Christia-

nisme ? Comment , sur ce point , pouvez-vous tranquilliser votre Conscience? Vos dégoûts de tonte lecture qui expose les vérités cïnétiennes, votre dissipation qui étouffe toute réflexion qui les grave, votre attention à éviter tout discours , toute cérémonie qui pourroient agiter cette Conscience assoupie, vous en indiquent l'erreur. Erreur que vous favorisez , de peur que la vérité ne vous gêne. Pour transgresser plus librement la loi, vous cherchez à n'en apercevoir ni la force , ni l'étendue. C'est à vous que peut s'appliquer, en un sens , l'oracle de l'Esprit saint : Celui qui fait le mal, fuit la lumière qui le découvre, Qid malè agit odit lucem. [Jo. m. lo. ]. Peu s'en faut que vous ne disiez au Seigneur , avec ceux dont parle Job :

Ce ne sont pas vos voies que nous

voulons counoître, Sdenûmn viarum tuarum nolumus. [Job. xxi. 1].

Combien de fois arrive-t-il que, par une troisième sorte d'illusion»

on s'efforce à eutretenir celle de la Conscience , et qu'on réussisse à la séduire par le moyen même qu'on employé à l'éclairer ! Défaut de droiture: lorsque la Conscience parle , on ne se propose que d'en tempérer les cris , au lieu de les étouffer.

Il est telle situation , telle démarche , telle entreprise dont l'irrégularité perce , malgré soi , les ténèbres d'une fausse Conscience, D'un côté , Ton n'ose pas s'en rapporter uniquement à soi-même; de l'autre , on redoute le jugement désintéressé d'autrui. On ne voudroii entièrement , ni l'erreur, ni la vérité. Oa^ne veut pas Ter-

reur \isible et manifeste, parce que la droiture de l'esprit ne sauroit l'admettre. On ne veut point aussi la Tcrité franche et libre , parce que la foiblesse du cœur répugne à s'y conformer. On prévoit une décision affligeante, et l'on en désire une favorable. Que faire alors? On s'explique à demi; on fait valoir les circonstances ; on cite des exceptions ; on exagère les difficultés; on multiplie le nombre des obstacles; en un mot, un langage, artificieusement enveloppé , sert à préparer un conseil moins sévère , un avis moins effrayant.

Faites ensorte que vous ne soyez point reconnue, dit autrefois Jéroboam k sou épouse, lorsqu'il l'envoya consulter un Prophète , sur le sort de son fih , dont la ma-

ladie menaçoit ses jours, CommU" ta hahitum ne cognosca?'is» [ m.

Reg. xiV. 2.]. Elle obéit; et, sous des rêtemens étrangers , elle se présente. Le Prophète s'écrie aussitôt: Femme de Jéroboam, pourquoi vous déguisez - vous ? TJxor Jéroboam , quarè aliam te esse simulas? [ Ibid. 6.]. Ecoulez la triste, mais la véritable réponse que j'ai à vous faire : Ego missus sum ad te clurus nuiitius.

[Ibid.], Que n'avons-nous, ô mon Dieu, la même lumière, pour faire triompher la vérité des déguisemens qui tendent à en obscurcir l'éclat !

Ahî mes Frères, si, dans la sin^ cérité d'un cœur vraiment chrétien, vous traciez un tableau fidèle de vous-mêmes : Si, avec la nature de vos œuvres , vous en dévelop

piez les motifs : Si , en exposant votre genre de vie, vous faisiez mention de vos penchans et de vos dangers : Si, en interrogeant sur vos droits , vous ne vous aveugliez pas sur les droits d'autrui : Si, en proposant vos doutes, vous n'affoiblissiez pas les raisons qui les décident : En un mot, si, dans vous , l'amour de la vérité formoit les questions ; l'esprit de vérité , dans ceux que vous consultez , dicteroit les réponses. Et n'est-ce pas précisément ce que vous Craignez? Achab refuse d'interroger un Prophète qui ne lui annonce rien de favorable; et il dit ouvertement que c'est pour cela qu'il hait les Oracles, Odi ewrij quia non Prophetat mihi bonuin , sed ma^ lum, [m. Reg. xxii. 8.]; et voilà ce qui vous engage à choisir par

préférence, non le guide qui peut le plus sûrement vous conduire, mais celui que vous espérez le plus facilement surprendre. L'esprit du Christianisme ne vous invitera pas sans doute à vous adresser à des hommes qui, aux justes tempéramens d'une sagesse chrétienne , substituent les faux principes d'une pharisaïque rigidité, et qui, sous le spécieux prétexte de la perfection, découragent la vertu, .^ésus-Christ lui- même a prononcé qu'il en est dont la sévérité outrée impose aux hommes un fardeau que la foiblesse humaine ne sauroit porter, Alligant enim onera gravia et importabilia. [[Math.

xxiii. 4. ]. Mais le zèle de votre salut vous montrera la gource de votre perte , ou dans le silence perfide qui laisse une sorte de

calme dans la Conscience, ou dans des oj^nions hasardées qui en favorisent les erreurs, ou dans une molle indulgence qui n'entreprend pas de s'y opposer. Ainsi se vérifie la parole de TEcriture : Lorsqu'un aveugle est conduit par un autre, le précipice s'ouvre sous les pas de tous les deux. [Luc. vi. 09.]. Il se l'ouvre aussi infailliblement lui seul , le présomptueux qui remplace les précautions nécessaires de la prudence, par l'audace de ses décisions ; qui , au lieu d'examiner , s'enljardit; qui, dédaignant de consulter^ prononce en sa faveur, comme si le péril disparoissoit, dès qu'il ose le braver.

Vous en entendrez vous répondre, avec autant d'assurance que Jacob à Laban : Quel est donc fe péché qui arme contre moi votre

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zèle , Ob quod peccatum meum sic exarsisti post me [Gen. xxxi. 56 ]?

Je reconnois , à ce langage, celui du Tentateur, lorsqu'Eve lui alléguant la défense et Ja menace du Seigneur, pour ne pas enfreindre la loi , il lui réplique à Tinstaut : Non , non : vous ne mourrez point, Nequaquam morte morieminiy [Gen. m. 4. ]. Il ne lui fournil aucune preuve; il se borne à l'appât d'une promesse. Il ne discute rien; il essaye de réfuter tout.

Il n'instruit pas, il séduit; tous les jours on se trompe ainsi soi-même.

Si l'on ne dit pas clairement, avec l'Impie , que Dieu ne fixe pas ses regards sur nous , Non videbit Do^ minus [Ps. xciii. 7.]]; on dit au moins : Dieu n'y regarde pas de si près. Où est le mal ? Quel mal peut s'y trouver? C'est excès, c'est

exagération, c'est défaut de lumières dans ceux qui me blâment.

Solution générale et facile ! En.

conséquence, on forme des projets injustes; on s'engage dans des sociétés suspectes; on souscrit à de coupables arrangemens; on se dispense d'un nombre d'obligations : on en appelle uniquement à sa propre Conscience; et l'on ne voit pas que si l'on se croit justifié à son tribunal, c'est parce qu'on en a dicté et corrompu les jugemens.

S'agit- il de les appuyer; avec quel art on se prévaut du prétexte de l'exemple! Ce que disoit autrefois S. Augustin , pour s'encourager à la pratique du bien , en se proposant à lui-même des modèles : Ne pourrai - je pas ce que peuvent celui-ci et celui-là; on le répète avec confiance, pour

se dissimuler ce que sa propre conduite renferme de mal 3 et l'oa cherche à se persuader que l'oo.

marche dans la voie, en suivant ceux qui s'en écartent. Je sais, pies chers Auditeurs, qu'on ue porte pas l'excès d'aveuglement, jusqu'à regarder comme une règle, l'exemple des Pécheurs ouverte^ment scandaleux, dont les désordres sont plus propres à faire sentir le prix de la vertu, qu'à rassurer dans la vie. Mais, dans le nombre de ceux qui, sans abjurer les vér rites du Christianisme , ne se con^ forment pas exactement aux principes de sa morale; on remarque et l'on saisit, dans les détails dune vie d'ailleurs chré;''^nne, quelque trait qui en démente la régularité. Et, comme si tout étoit exempt jle blâme dans ceux qui, sui- quelt

ques points, méritent des éloges; on fait servir ce qu'il y a de réglé dans leur conduite , à protéger ce qu'il y a de défectueux dans certaines circonstances. On se plaît â leur donner des louanges générales, afin que leur vertu devienne un titre pour ne pas se condamner soi-même, en les imitant.

Et c'est ainsi que, dans les recherches d'une vanité, à laquelle on sacrifie le prix du temps, l'excès des dépenses, les précautions toujours nécessaires d'une rigoureuse décence; on se justifie par l'exemple de quelques - personnes d'une réputation saine , et qui , aveuglément idolâtres de la parure , ne s'en font pas le reproche. C'est ainsi qu'à l'exemple d'un grand nombre, qui, sans avoir abandonné

les Autels , se font un amusement de fréquenter habituellement les théâtres; on veut n'apercevoir, dans le goiit des spectacles, qu'un plaisir innocent, dont on méconnoît la nature , et dont on méprise le danger. C'est ainsi que , pour employer à s'enrichir des moyens illégitimes; on allègue l'exemple de quelques hommes , qu'on dit être gens de bien , et qui , dans la même position , usent de la même industrie. C'est ainsi que , dans diverses circonstances, on croit couvrir les abus par l'usage, et qu'on se flatte d'éluder la force de raulorité divine, par l'autorité apparente de l'exemple des hommes. Est-ce donc à eux à juger la loi du Seigneur , pour me servir de l'expression de S. Jacques? Ah!

mes Frères , reprend le même

apôtre, vous n'avez qu'un Législateur et un juge, Unus est Leglslator et Judejc. [ Jac. Ep. Cath. iv, 12.]. Votre maître absolu, c'est Dieuj votre unique règle, c'est sa loi. Le coupable qui ose l'enfreindre, n'excuse pas le téméraire qui se permet de l'iniiter; et l'erreur de la Conscience est palpable , dès qu'elle ne forme pas ses jugemens sur les maximes invariables de la Religion. Voyons à pi'ésent, combien alors il est important de la réformer,

SECONDE PARTIE

La direction d'une fausse Conscience engage dans le péché :

L'erreur d'une fausse Conscience n'excuse pas le péché : La sécurité d'une fausse Conscience met obs»

tacle à rexpiation du péché : Trois propositions dont la preuve ne demande qu'un simple développement.

Qu'est-ce que la fausse Conscience?

D'après ce que j'ai dit, mes chers Auditeurs, il vous est facile de conclure que c'est une Conscience qui n'est ni réglée par la loi, ni conforme à la loi ; d'où il suit évidemment, qu'elle ne nous dirige plus selon l'esprit et selon le précepi3 de la loi. Par conséquent elle n'est plus, dans nous, ce jugement éclairé qui, comme l'enseignent tous les docteurs, nous montre dans chaque circonstance ce que la loi exige, ou ce qu'elle défend; mais, en nous présentant le mal sous l'apparence du bien, ou du moins en nous dissimulant, ou en diminuant à nos yeux ce qu'une action reni. 11

3^2 LA f\USSB

ferme de mal , loin d'en être pour nous le préservatif, selon l'intenliou de Dieu , elle est un guide infidèle qui , en s'égarant , nous perd.

Saint Paul , parlant des Payens qui se refusèrent aux impressions de la lumière divine, ajoute que, par un châtiment terrible , Dieu permit qu'ils fussent livrés aux ténèbres de leur aveuglement. Ils ne voulurent pas écouter leur droite raison; ils furent abando.inés à leur sens réprouvé ; c'est Ténergique expression de l'Apôtre , Tradidit illos in sensum reprohwn; et, dès qu'ils suivirent cette règle , leurs actions furent déréglées, Ut faciant ea quœ non conveniunt.

Or, c'est ce que produit journellement la fausse Conscience.

De l'erreur par laquelle on obs-

COr^SClENCE. ^4^

curcit ses connoissances, dil S. Grégoire, résultent les erreurs par lesquelles on flétrit sa vie. Et doit-il paroi tre étrange qu'un sens que Dieu réprouve devienne le principe des oeuvres qui conduisent à la réprobation? Les moeurs peuventelles être pures, quand la morale ne Test pas ? En vain , vous en altérerez les maximes, elles sont immuables; et c'est en oubliant, en interprétant leur sage rigueur, que vous accumulerez les péchés. Péché d'injustice, lorsque séduit par une avide cupidité, vous vous croyez faussement en droit de vous approprier ou de retenir un bien, dont la loi vous interdit la possession. Péché de vengeance, lorsque cherchant à vous justifier les motifs de votre haine, vous vous en permettez les effets ou les sea-

tiraens que condamne la loi. Péclic en matière de foi , lorsque faisant orgueilleusement servir les subtilités d'une fausse doctrine, à appuyer des opinions proscrites par l'Eglise, vous osez vous soustraire à la soumission universelle que commande la loi. Péché d'omission, lorsque, devenant vous-même Par* bitre de vos devoirs , vous vous croyez autorisé à en restreindre l'étendue , à en usurper des dispenses, à mettre, dans la manière de les remplir, des tempéramens qui ne sont point ^'édifiés par la loi.

C*est en suivant la direction d'une fausse Conscience , qu'on croit pouvoir suivre les désirs d'une ambition, qui, dans l'Eglise ou dans l'Etat, ose aspirer à ce qu'il y a de plus brillant, sans s'effrayer de

ce que les dignités présentent de difficile et d'onéreux. On croit que tous les droits sont renfermés dans les prérogatives de la naissance; comme si le lustre de Torigine devoit ou pouvoit seul suppléer aux talens nécessaires dans les différentes places qu'on veut occuper.

De là, facilement il arrive qu'on devient inférieur à son rang par son incapacité ; que , pour n'avoir pas calculé ses forces, elles ne se trouvent point proportionnées aux.

obligations ; que la négligence et l'ignorance multiplient des prévarications qu'on ne voit pas, et dont ne s'alarme point une fausse Conscience. Si, dans le sein de l'abondance, on regarde comme en étant le privilège, des besoins imaginaires .

que se forme la mollesse , l'étalage d'un luxe qui satisfait la yanité,

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des recherches excessives en genre (le sensualité et d'amusemens ; c'est qu'une Conscience obscurcie ne consulte, dans l'usage des richesses, que les moeurs du Monde, si sou- "vent opposées à l'ordre que la rai»

son prescrit, que tant de fois la justice exige, et que toujours la charité sollicite. Pour peindre en deux mots le malheur d'une fausse Conscience. L'illusion qui la caractérise est de regarder comme inrocent tout ce qui n'est pas manifestement coupable; de mépriser des doutes qu'il faudroit édaircir; et de ne pas subordonner en détail toutes ses actions à la loi générale qui doit les régler. La Conscience peut -elle indiquer la route de la vertu , quand on s'oppose à ce qu'elle soit l'organe de la vérité?

Je n'ignore pas qu'on essaye de

la justifier p^r son erreur. Même, ce n'est pas, dit-on, une audacieuse révolte qui dit fièrement: Je n'obéirai pas j c'est une apparence trompeuse qui déguise l'obligation 4e l'obéissance. Le cœur n'est pas Rebelle , c'est l'iesprit qui s abqse.

Peut on être coupable, quand on £e persuade ne l'être pas ? Et si nous sommes trompés, sommesnous criminels ?

Oui, mes cliers Auditeurs, vou$ Têtes Et ne pensez p^s trouver, dans celle erreur, qui est elle^ même la matière d'un juste reprorche, l'excuse qui vous en met ^ l'abri. Il est vrai, ainsi que tous les Théologiens catholiques l'en-r seignent, d'après le sentiment formel de l'Eglise, que Dieu ne nous accuse point d'une faute don^ nous n'avons pas à nous accuser nous.-

mêmes; il est une erreur qui nous disculpe à ses yeux. Mais quelle erreur? C'est, pour parler ici le langage de l'Ecole, une ei-reur absolument involontaire et invincible; c'est-k-dire , une erreur qui ne nous indiquoit pas seulement uu juste soupçon , et dont il n'étoit ni de notre devoir, ni en notre pouvoir de nous détromper. Sans doute, une erreur de cette nature, change celle de nos oeuvres ; elle en fait disparoitre la malice du péché, puisqu'il n'est alors dans nous , ni connoissance de l'esprit qui nous le montre, ni affection désordonnée de la volonté qui nous y porte; et c'est dans ce sens que S. Thomas attnbue à l'erreur de la Conscience, la vertu d'absoudre , c'est - à - dire , d'excuser : Error Conscientiœ quandoque ha-

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het vim absolçendi, s lue excusaadi. S. Augustin avoit dit avant lui:

On ne vous impute point à péché ce que vous ignorez malgré vous; Non tibi deputatur ad culpam quod invitus ignoras; ce qui vous rend coupable, ajoute ce Père, c'est la négligence à vous instruire de ce que vous ne devez pas ignorer, Sed quod negligis quœrere ^quod ignoras.

Or, si nous rapprochons ici les diverses causes de la fausse Conscience que j'ai exposées; n'est-il pas sensiblement vrai qu'elle ne juge mal des objets , que parce qu'elle rejette les moyens d'en bien juger; et que les pernicieuses conséquences qu'elle admet, sont la suite des faux principes qu'elle a témérairement adoptés? De bonne foi , Chrétiens auditeurs , Terreur 5. Il *

est - elle involontaire , quand on cherche à l'entretenir parce qu'elle plaît, et à l'accréditer, quand on l'entrevoit , quand ou la sent au fond de l'ame, et qu'il en coûte des efforts pour ne pas céder à l'obligation de la dissiper? Est-il impossible de vaincre une erreur que nous aident à combattre les mouvemens intérieurs de la grâce, les secours habituels de l'instruction , la touchante invitation de l'exemple? Peut-on ne pas se défier d'une erreur , qui , dans nous et malgré nous, enfante des doutes, des inquiétudes , des perplexités , des frayeurs ? Restes précieux de ]a droiture d'une Conscience, qui, par intervalle, essaye encore de faire entendre de vives réclamations, et dont on s'efforce à éteindre jusqu'à la dernière lueur.

Si une erreur de ce genre pouvoit servir au Pécheur d'excuse de son péché , l'homme pourroit donc trouver, dans son propre conseil, une fausse sagesse qui renverseroit le plan de la sagesse divine; et les erreurs de sa Conscience auroient, contre la loi de Dieu, plus de force, que n'ont sur nous d'autorité , les préceptes de la loi ! Quel seroit le coupable, si, pour ne l'être pas, il suffisoit d'interpréter, à son gré , les ordres du Seigneur? Et si nous en exceptons quelques traits d'une malice infernale , qui , à la connoissance distincte du mal, joint la détestable satisfaction de le commettre ; quçl est le Pécheur , qui, dans un aveuglement libre, ne puisse trouver une ressource et uu asile contre le suprême Législateur, en *e disant k soi - même : Ma Cou-

science est tranquille , elle se tait ?

Conséquences visiblement absurdes, et qui révoltent la droite raison. Quoi! parce que les ennemis de Jésus-Christ s'obstinèrent à ne pas avouer les preuves de sa mission ; ili ont pu , sans Toutrager , ne pas se sonmetti-e à son Evangile? Quoi! parce que sa nation ne voulut pas le recevoir comme le Messie promis; elle ne fut pas rebelle , en ne voulant pas qu'il régnât sur elle î Quoi ! parce que le juge qui se prêta à la cruauté du Peuple Juif, qui demandoit la mort du Sauveur, déclara hautement, qu'il ne prenoit point sur lui l'injustice de cet arrêt; il ne s'en rendit pas coupable en le prononçant ! Quoi .' parce que les tyrans Se firent un

point de Religion, d'immoler à la leur, ceux qui leur prêchoient la seule véritable; ils ne rendront pas compte à Dieu, du sang des Apôtres qui leur furent envoyés^! Quoi ! parce que de nos jours un nombre d'hommes indociles à l'autorité de la foi , ferment les yeux aux preuves éclatantes et inébranlables qui rétablissent; parce que, sectateurs téméraires de la monstrueuse doctrine qu'ont répandue , de concert, la corruption des moeurs et la ténébreuse audace de l'impiété , au lieu de soumettre humblement les foibles lumières de leur raison, ils n'eu écoutent que l'orgueilleuse curiosité ; parce qu'ils préfèrent, à la mystérieuse obscurité des vérités révélées , les systèmes aussi impénétrables de l'incrédulité qui les combat 3 en un

mot, sont ils à l'abri des menaces de la Religion, parce qu*ils la blasphèment ; et le Dieu sauveur sera t-il moins vengeur de ses lois, parce qu'on aura cru pouvoir s'y soustraire? Eviterez-vous la rigueur de ses jugemens, Chrétiens lâches et parjures aux engagemens de votre baptême, parce que vous les aurez oubliés dans l'étourdissement du Monde, et que vous les aurez violés sans remords? Dépendent elles de vos fausses idées , la sagesse de l'Evangile, la sainteté de ses maximes, l'autorité de ses préceptes ? Les détruirez - vous , en réglant la manière de les observer ?

Non , mes Frères. Il sera toujours vrai que le Pécheur se trompe lui-même; jamais il ne sera vrai qu'il trompe le Seigneur. On n'in-

suite pas Dieu impunément, écrivoit S. Paul aux Galates , Deus non irridetur. [vi 7.]. Ne vous flattez pas de faire illusion k son équité par les illusions d'une Conscience pervertie que vous aurez vendue au mensonge , pour éluder les enseignemens de la vérité. Dieu vous jugera sur les règles que la Religion vous trace, et non sur les fausses interprétations qui les énervent. Il vous jugera selon les vrais principes qu'il grava lui-même dans votre ame , et non selon l'artificieuse adresse qui tend à les effacer. Il vous jugera sur la nature de vos devoirs , et non selon les vains prétextes qui servent à vous en affranchir. Il vous jugera sur la droiture naturelle de votre Conscience , non selon les erreurs qui eu corrompent le lansa^e. Il vous

jugera tels que vous serez à ses yeux , et non tels que vous aurez affecté de paroître aux vôtres. Votre erreur ne préviendra donc pas votre perte. Que dis-je? c'est cette erreur elle-même qui vous empêche de la prévenir; puisque si elle conduit au péché, si elle n'excuse pas le péché, la fausse Conscience met encore un obstacle à Texpialion du péché.

Quel est, mes chers Auditeurs, le premier moyen d'opérer des conversions? C'est de remuer les Consciences. Saul terrassé se rend à la voix qui , du haut du Ciel , se fait entendre à lui. C'est un prodige. Mais l'effet ordinaire de la Grâce, c'est que par la voie de la Conscience, elle pénètre le fond des coeurs dont elle prépare le changement. C'est aux clameurs de la

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Conscience à réveiller, des léthargiques langueurs du péché , une ame assoupie, pour l'arracher à ses dangers. Rien n'est plus pressant que de les lui faire envisager; et c'est ce premier effort que rendent si difficile et si inefficace les erreurs d'une fausse Conscience. Si elle n'étoit que coupable, on pourroit lui montrer ses crimes ; mais, parce qu'elle est aveugle, elle ne sait plus les apercevoir. Si elle n*étoit qu'entraînée par les fougues de la passion, on pourroit lui présenter le point fixe de la morale; mais, parce qu'elle s'est faite à elle-même de faux principes, elle les oppose k la force de ceux qui devroient seuls la régler. Si elle n'étoit que chargée, ou même accablée du poids du péché, on pourroit l'agiter par les mouvemens

d'une juste terreur. Mais, parce qu'elle se flatte de ne pas s'attirer les vengeances de Dieu , elle est inaccessible à la crainte de ses châtimensj et les raisonnemens les plus solides vont échouer contre ia pernicieuse assurance qu'affteimissent ses erreurs.

Combien se bornent à nous dire :

Ma Conscience ne m'en fait point un crime. Telle est souvent l'uniqije réponse que l'impuissance d'en imaginer de meilleures oppose à la flarté des préceptes , à l'autorité des décisions, à l'universalité des seutimens. Quelle ressource peut donc rester alors ? Celle de l'instruction ? Mais , transformée en oracle du mensonge , la fausse Conscience en jette le soupçon sur les plus incontestables vérités. Celle idu doute? Mais, la Conscience n'est

fausse , que parce c[u'elle résout habituellement en sa faveur les incertitudes qui peuvent la contrarier. Celle des périls auxquels elle s'expose? Mais, armée de l'audacieuse fermeté de l'erreur , la fausse Conscience se fait une sorte de gloire de les braver.

Celle de l'Evangile? Mais, à l'aide de ses fausses lumières , la fausse Conscience n'y découvre que ce qu'elle veut y trouver. Celle de la Grâce? Mais la fausse Conscience n'en veut entendre le langage que par un faux interprète, puisque c'est elle seule qu'elle consent à écouter. Ainsi l'on se fraye , et Ton suit jusqu'au terme cette route qui , selon l'oracle de l'Esprit saint, paroît droite aux yeux de l'homme , et qui aboutit à la mort : Est via quœ videtur

homini recta , novissima autem ejus ducunt ad jnortem. [Prov.

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