SUR LE PARDON DES INJURES
Domine , quolies peccabit in me fralcr meus, et dimiltam ei? Usquè septies ?
Dicit iîli Jcsiis : Non dico tibi usquè septieSf sed usquè septitagies septies.
Seigneur, combien de fois dois-ja pardonner à mon frère qui m'aura offensé?
Sera-ce Jusqu'à sept fois? Jésus lui répondit : Je ne vous dis pas jusqu'à sepl fois, mais jusqu'à septante fois sept fois. Evang. de ce jour, S. Math, Ciiap. i8.
Après le précepte de l'amour de Dieu, celui qui nous est le plus
fortemeiit recommandé par la loi chrétienne, c'est l'amour du prochain. Jésus - Christ les confond tous deux dans un seul et mè-ne commandement. Il ne met aucune restriction à l'étendue de ce commandement : Nos ennemis mêmes, il nous ordonne de leur pardonner, de leur faire du bien ; pas d'autre mesure dans la charité que nous devons à tous nos frères sans exception, que celle que nous nous portons ù nous-mêmes. Il sembleroit même faire passer ce précepte avant tous les autres; témoin l'ordre exprès qu'il nous donne daus ces paroles : Si, au moment d'offrir à Dieu votre présent, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre présent, et commencez par aller vous réconcilier avec votre frère.
Et, quand son Apôtre l'interroge
pour savoir de lui combien de fois on est tenu de pardonuer à ceux de qui l'on croit avoir à se plaindre, quand il semble lui dire : N'est-ce donc pas assez d'avoir pardonné jusqu'à sept fois, Dimiltam ei usque septies ? Non , répond Jésus- Christ; non, car vous en auriez étc offensé jusqu'à septante fois sept fois , vous devez lui pardonner :
C'est-à-dire indéfiniment, que toute inimitié, tout désir, tout sentiment de vengeance est absolument proscrit par de divin Législateur qui mourut lui-même , en pardonnant à ses bourreaux , Non clico tibi :
Uscjiiè septies , sed usquè septnagies septies.
Cependant, mes chers Auditeurs, " si d'une part l'obligation de ce précepte est incontestable; de lauire, combien en est rare l'accomplisseraent ! Rien de plus certaia
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que les ordres de la Religion à cet égard; on ne peut pas les ignorer, mais on les interprète, on les aflbibîlt. On se croit généreux envei's son ennemi , quand on ne donne pas à ses ressenti mens une éclatante publicité ; mais on conserve des aigreurs, des auimosités secrètes , comme s'il suffisoit de ne pas se livrer extérieurement aux excès de la vengeance.
C'est là peut-être un des poinls de la morale chrétienne sur lequel on se livre, sinon à la plus coubable ignorance , du moins aux plus dangereuses illusipns. Tous savent la loi qui ordonne de pardonner; mais les uns se plaignent amèrement de sa rigueur; les autres cherchent adroitement à en éluder la force. U faut donc, et c'est là tout mon dessein, il faut donc, puisque vous vous plaignez de
cette loi, VOUS en exposer la sagesse : c'est ma première Partie; puisque vous cherchez à l'éluder, vous en marquer l'étendue; ce sera ma secoude Partie, ^ue Maria.
PREMIEFvE PAPvTIE.
Il en est des ordres de Dieu comme de ses j ugemens qui , selon la parole du Prophète, renferment en eux-mêmes leur justification. [Ps. xviu. lo.].
C'en devroit donc être assez , Chrétiens auditeurs, de vous dire : Pardonnez à vos ennemis; c'est la loi. Pour vous rendre sensible la sagesse de ce précepte, je vous invite ici à la reconnoître dans la réunion de quatre grands intérêts vraiment dignes de vous occuper et d'occuper Dieu lui-même : Intérêt de Dieu qui impose cette loi; intérêt de la Religion qui pu-
2;4 SUR LE PARDOK
blie cette loi; intérêt du Monde au bonheur duquel veille cette loi; intérêt de Thomme qui accomplit cette loi. Reprenons.
Oui, Chrétiens, il est de l'intérêt de Dieu que vous pardonniez.
Pourquoi ? Parce que Dieu étant le seul Maitrc souverain , il est de sa gloire que seul il soit revêtu de l'autorité, de la puissance de Vengeur des hommes, et qu'il n'y ait à cet égard d'autre droit que celui qui émane de sa volonté.
Aussi n'a-t-il confié le glaive de la justice qu'à ceux qui ont reçu de lui une portion de son pouvoir; et n'a-t-il chargé de punir les désordres que ceux qu'il a destinés à être les Ministres de sa Providence, pour jeter lui-même les fondemens de l'aulorité nécessaire pour maintenir la subordination parmi les hommes. Car
c'est de Dieu, dit Saint Paul, que vient leui* puissance, Non est enim polestas nisi à Deo. [Rom. XIII. 1.]. Or, comme cette puissance, communiquée indifféremment à chacun d'eux , détruiroit infail- .
liblemcnt Toi^dre qui doit régner entre eux , Dieu n'a pas dû la leur accorder; et par conséquent, c'est une usurpation visible de l'autorité de Dieu , que de s'attribuer le droit d'une vengeance personnelle, que de s'ériger à soi - même un tribunal particulier auquel on ose citer un ennemi , que d'y devenir arbitre de sa propre cause. Et comment Dieu pourroit- il souscrire aux arrêts que la Laine y dicte , et qu'elle exécute; puisqu'il est écrit , dit encore l'Apôtre : C'est à moi que la vengeance appartient; je rendrai aux méchaus ce qu'ils
méritent » dit le Seigneur , Scrif tum est enirn : Mihi vïndicta , ego retribitam , dic'it Doniinus ?
[Rom. XII. ig. ].
Et voilà ce qui a fait dire avec raison à TerluUien, que celui qui se venge, attente à l'honneur de Dieu, Car, remarquez, Chrétiens, que dans la profession que vous faites de croire en lui, et que TOUS répétez journellement, vous lui attribuez le titre de Juge des hommes, Qui venturus est judicare vi^os et mortuos i et que cependant vous osez partager ce litre avec lui, dès que vous jugez vors-méme votre ennemi. Or, quelle gloire, reprend Tertullien, laissons-nous à Dieu , si nous nous vengeons nous-mêmes, Quem ho' norem lilahiinus Deo si nobis arhitrliun defensionis arrogaverUnus?
Et comment, ajoute- t-il, croyonsnous que Dieu est le juge commun des hommes, si nous ne le regardons pas aussi comme leur Vengeur, Quid credimua judicem îlluin, si non et ultorenil
Il falloit donc, et c'est ce qui suit du raisonnement de Tertullien, que Dieu fit aux hommes une loi de pardonner, pour se conserver à lui seul le droit inaliénable de sa justice. Il falloit qu'il défendit aux hommes d'anticiper un jugement qu'il n'appartient qu'à lui d'exercer, et qu'il leur apprit à s'en reposer sur lui, en ne confiant leurs intérêts qu'à lui. Dèslà , cette loi du pardon devient , parmi les hommes, un témoignage toujours subsistant du souverain domaine de Dieu , de sa grandeur à laquelle tout est assujetti ; de
sa Providence, à laquelle tout est subordonné ; de Tétendue de ses lumières, auxquelles tout est manifesté; de son équité, à laquelle tout est renvoyé. Or, je vous le demande, devoit-il consentir qu'en vous vengeant, vous parussiez croire, ou qu'il De connoit pas les maux qu'on vous fait , ou qu'il n'en est pas irrité, ou qu'il n'en exigera pas la satisfaction et le repentir; tandis qu'il se tient offensé personnellement de ce qui vous offense, et que, dans votre propre cause, il s'est chargé de venger la sienne^ Mihi v indicta , et ego retribuain.
A^ous oubliez donc ce que vous devez à Dieu , quand vous poursuivez un ennemi , et que vous le traitez comme tel. Ah î c'en est assez , selon les lois ^mémes du
DES INJURES. 2'g
Monde , pour suspendre les effets de votre ressenliment , c'en est assez que celui qui Texcile appartienne à un maître puissant et respecté. C'est à lui que vous remettez alors le soin d'une jus lice que vous n'oseriez vous faire à vous-mêmes , et c'est lui qui se fait gloire de vous la rendre. Pourquoi donc , dès que tous les hommes appartiennent k Dieu, cntreprendricz-vous sans son aveu, ou plutôt contre ses ordres exprès, de punir l'un d'eux? Il n'a garde, il est vrai, d'autoriser la malignité de celui qui vous insulte; mais vous fait-il entrer en part du droit qu'il a de rendre à chacun selon «es oeuvres? Puisque ce droit est l'apanage essentiel du Maître suprême; c'est donc le blesser, que de vous en approprier l'usagcj
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c'est armer Dieu lui-même contre TOUS, c'est le forcer à soutenir contre vous sa cause, Mihi vin^ dicta, et ego retr'ibuam.
Il s'agit encore ici, mes chers Auditeurs, de celle de la Religion. Sans doute il étoit de la gloire du Christianisme , qu'il proscrivit la haine parmi les Chrétiens. La Religion d'un Dieu, qui est venu apporter la paix sur la Terre, devoit être une Religion de paix; et cette paix devoit régner dans vos cœurs, puisque, selon la parole de l'Apôtre, vous êtes appelés à ne faire qu'un même peuple, Fax Ckristi exultet in cordibus vestris in quâ et vocati estis in uno corpore. [Col. m. i5. ]. Je ne crains pas de le dire, un point essentiel eût paru manquer à la perfection de l'Evangile de Jésus-
Christ, s'il ii'étoit pas pour nous la divine Ecole, où nous apprissions k nous pardonner réciproquement. Mais quand j'entends ce Législateur adorable, nous dire, en termes si formels et si clairs :
Aimez vos ennemis , Diligite inimicos vestros. [Math. v. 44. ] ; je retrouve, dans la sublimité de cette parole , cette grandeur universellement empreinte sur tous les points de la Religion. De cette obligation particulière qu'elle nous impose, je tire une nouvelle preuve de la sainteté de la loi. Et plus cette loi paroit opposée aux inclinations de la nature, mieux je sens, et la nécessité qu'il y avoit de l'établir, et la divinité du Christianisme qui la propose. Comme le Sauveur disoit à ses disciples cju'il les reconncîtroit pour tels aux marques de leur mutuelle charité,
c'est surtout à la vue des saints efforts de cette charité qui pardonne, que je reconnois le caractère admirable de la doctrine dun Dieu : In hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis. [Jo. xiii.
En effet , pour donner d'abord une idée frappante de la Religion chrétienne, et pour inspirer à ses ennemis même, le respect c[u*elie mérite, je n'aurois qu'à leur rappeler les euseignemens de ceux qui , les premiers , la prêchèrent et la répandirent dans rUnivers. Que disoit S. Paul aux Romains : Bénissez, leur écrivoit-il , ceux qui vous persécutenl, BenedicHe persequent^bus vos.
[Rom. XII. i4.]. Ne rendez à personne le mal pour le mal, Nulli malum pro rtialo reddentes. [Ib. 17.]. Vivez, autant qu'il dépend de vous, en paix avec tout le Monde, Cum omnibua
Jwndnibus pacem hnbentes. [ Ibid.
j8]. Au lieu de vous laisser jamais vaincre par le mal,, travaillez à vaincre le mal par le bien.
Noie vinci a maloy sed vince in hono malum. [Ibid. 21 J.
Enseignement merveilleux qui rendit plus frappante encore Téloquence de leurs exemples; car ils étoient chargés de malédictions de la part des hommes, et ils n'avoient que des bénédictions à leur opposer. Ainsi lecrivoit aux Corinthiens le même Apôtre : Ma" ledicimur et henedicinius , [r. Cor.
IV. 12.]. Us étoient accablés sous les traits de la malignité du Mondej la patience étoit le bouclier dont ils usoient pour se défendre. On les outrageoit de paroles; et la prière étoit leurs armes, la modération leur soutien, la douceur régloit leurs sentimens et leurs dis-
cours : Blasphemamur et ohsecramus ; traités de toutes parts comme le rebut du Monde , Tanguam purgamenta hujus mundi factl sumus [Ibid. i3. ]; et ils n'en éloient que plus zélés à le sanctifier; et c'est à ce prix qu'ils annoncèrent la Religion de Jésus- Christ.
A ces traits, reprendrois-je aussitôt, counoissez donc le Christianisme. En voilà les leçons ; et IHomme-Dieu, qui en est l'auteur, étant venu pour nous instruire et pour nous élever au dessus de nousmêmes par la grandeur des sentimens émanés de la Divinité, a établi, pour un des premiers principes de la Religion, l'amour des ennemis.
Il nous a fait entendre que cet amour étoit une condition nécessaire pour rendre agréable à Dieu les actes de la Religion. Il nous a
dit en termes exprès que cet amour étoit à préférer aux offrandes même que lui consacre la Religion. [Math, V. 25,]. Etseroit-elle digne de Dieu mie Religion qui laisseroit vivre en nous une passion aussi vive que la haine? Dans sa voix, reconnoitriezvous la voix de Dieu, si, à celte parole sainte, à cet ordre divin : Aimez vos ennemis , elle osoit substituer cette maxime trop commune dans le Monde: Haïssez qui vous haït, vengez -vous de celui qui vous offense? Et comment ce langage^ si conforme à la méchanceté du coeur de rhomme, pour roi t-il compatir avec la sainteté de la Religion d'un Dieu?
Ah! si vous la respectez sincèrement , cette Religion si respectable ; rendez - vous donc à la demande empressée qu'elle vous adresse pour sa propre gloire^
Pensez qu'elle vient elle - même se placer entre vous et votre ennemi, pour briser les traits de votre colère ; qu'elle seroit blessée la première, et qu'en vous vengeant, c'est elle-même que vous outragez.
Entendez, coeurs chrétiens, la voix de cette Religion qui vient vous répéter tendrement qu'elle est votre Mère commune, qu'elle vous porte tous dans son. sein, qu'elle veut vous réunir dans le même temple , vous admettre à la même table, vous procurer le même héritage , vous conduire au même bonheur. Entendez la, cette Religion qui vous rappelle le grand exemple de vos prédécesseurs dans la Foi, ces hommes dont eMe se glorifie, ces héros qu'elle a formés par ses maximes ; les désirs d'uu Paul qui souhaitoit de devenir auathème pour ceux qui l'avoient
DES liNJURES. 287
persécuté ; les dernières paroles d'un Etienne qui prie en mourant pour ceux-là même sous les coups desquels il expire; les voeux des Martyrs qui ne sollicitent auprès de Dieu que la conversion de ceux qui les font périr. Entendez - la , cette Religion qui vous conjure de \m\ épargner chez les nations le parallèle humiliant de leurs dissentions et de celles qui régnent encore parmi les Chrétiens, de cet esprit d'animosité qui rapproche le Chrétien de l'Infidèle; de ces actes de vengeance qui rendent le Chrétien plus coupable, et qui déshonorent le Christianisme.
Et si les gémissemens de cette Mère vivement affliîrée de vos
divisions vous trouvent insensibles;
-entendez donc ses menaces. Ah !
vous la contraignez à vous désa- Toucr. Et uous^ ses Ministres, nous
devons à sa gluire et à rédification des peuples , ce solennel désaveu, en vous déclarant de sa part que s'il TOUS reste un seul ennemi auquel vous refusiez de pardonner, elle vous refuse à son tour la participation à ses sacremens , elle vous interdit la grâce de la reconciliation avec Dieu, elle vous accuse et vous condamne par les moyens mêmes destinés à vous sauver. Eh ! comment oseriez-vous répéter journellement la prière sublime cjue vous a enseignée Jésus- Christ même, demander à Dieu qu'il vous pardonne comme vous pardonnez. 5 tandis que vous ne pardonnez pas; et prononcer ainsi votre arrét? Peut-être espérez- TOUS d'en éviter la rigueur, à la faveur de quelques vertus qui paroissent encore dans vous avec éclat.
IVJais la Religion ne compte [pas
sur elles; n'y comptez pas tousméme; craignez d'abandonner bientôt jusqu'à l'exercice de ces mêmes vertus dont vous vous applaudissez.
Ecoutez un trait célèbre , consacré dans les Annales de l'Eglise.
Saprice éloit ennemi de Nicépliore :
Cependant il paroissoit plein de Foi; il marchoit à l'échafaud pour la défendre; mais, parce qu'il y monte avec cette inimitié que Nicépbore a essayé en vain de fléchir; parce qu'il dément, par la persévérance de sa haine, la profession de cette même Foi pour laquelle il se flattoit de donner sa vie : qu'arrivet-il? L'histoire nous a transmis l'événement. Nicépbore , sincèrement reconcilié, verse lui-même son sang pour la gloire de la Religion, en vue de laquelle il pardonne; et Saprice , qui en a méconnu la voix et violé les ordres, 5. i3
finit par une entière fipostasie.
Preuve également sensible et éclatante que la vengeance et la Religion de Jésus-Christ ne s'accordèrent jamais.
C'en devroit être assez pour justifier la loi qui vous interdit la vengeance; mais pouvez - vous ne pas y apercevoir l'intérêt du Monde au bonheur duquel veille cette loi.
Loi si sage, que la raison même l'a dictée aux divers Législateurs, et qu'on regarderoit comme le théâtre de la confusion et du désordre tout état dans lecjuel il seroit permis à chacun de taxer et d'exiger lui-même la réparation qu'il se croit due. De là celte juste sévérité des peines décernées par les hommes contre ceux qui, au mépris de l'autorité , de l'intérêt et . du repos général , se livrent à une yengeance personnelle, et s'arro-
DES I^TJURES. 291
gcnt des droits que les seules lumières de l'équité naturelle leur apprennent ne pouvoir résider dans eux.
Eh ! que verrions -nous dans le Monde , si la vengeance pouvoit librement s'y exercer? C^u plutôt que nous présente-t-il , dès f[u'on ose en suivre les mouvemens ? Des partis opposés, des cabales formées, des familles divisées, des villes partagées , des coeurs aigris , des paroles amères , des médisances graves, des mépris îiumilians, la fortune des hommes attaquée, leur réputation déchirée , leur honneur flétri , leur sang répandu : Tel est le fléau redoutable qui désole la société, qui Tébranle, qui la détruit. L'inimitié se transmet aux différentes géucrations ; la haine des pères désunit les enfans, des familles deviennent rivales, parce
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qu'elles ont hérité du nora de deux rivaux. Que falloit-il pour prévenir tous ces malheurs? Oublier une injure et la pardonner.
On accuse la Religion chrétienne, disoit autrefois S. Augustin, d'être ennemie de la république ( il parloit des accusations intentées par Eomepayenne). Ah! si l'on obéissoit fidèlement à cette Religion, poursuivoit le saint Docteur , le seul précepte qu'elle impose de ne pas rendre le bien pour le mal, feroit plus pour le bien commun que les plus célèbres Héros.
Les lois humaines, je le sais, et je l'ai dit, semblent avoir pourvu à cet intérêt , en interdissant la vengeance. C'étoit donc une preuve qu'il et oit de l'intérêt du Monde de l'en bannir. Mais, prenez garde, Chré,tiens, toute vengeance est nuisible à la paix du Monde, et toute
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veugeance ne sauroit être aperçue et punie par les hommes. Il falloit donc, pour le bonheur du Monde, que Dieu non-seulemeut en éloignât les vengeances d'éclat, mais qu'il condamnât celles qui trouvent l'art de se dérober en même temps qu'elles agissent. Il falloit, pour le bonheur du Monde, que Dieu ne se bornât pas à défendre l'acte même de la vengeance ; mais que , pour en tarir la source, il en proscrivit jusques aux sentimens et aux désirs. Il falloit, pour le bonheur du Monde , et pour le préserver de l'incendie que la vengeance est toujours prête à y allumer, que Dieu voulût y éteindre jusqu'aux étincelles qui l'y entretiennent, et l'y fomentent. Il falloit, pour le bonheur du Monde, que Dieu fit servir l'empire qu'il doit avoir sujr ^s hommes , à conserver dan*
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leurs cœurs la iranquiiiiié et la paix.
O heureuse en effet la condition des hommes, fi la paix, cette aimable paix, qui peut quelquefois s'altérer entre eux, ils s'empressoicut au moins à la rétablir ; si une injure n'en attiroit pas une autre ; si le mal arrêté dès sa naissance ne s'étendoit pas par le délai du remède ; si des ennemis avoient à -peine le temps de se reconnoître pour tels î Ah ! si , selon la pensée d'un Père, si c'est le sort des Anges de vivre dans une élernelle union, si c'est la foiblesse des hommes d'être exposés quelquefois à la rompre; c'est le trouble, c'est le malheur, c'est le propre des seuls Démons de ne se réconcilier jamais.
' Que désirez vous encore, Chrétiens auditeurs , pour rendre hommage à
îa sagesse de la loi qui vous ordonne de pardonner ? Seroit ce la vue de votre propre intérêt ? Eh bien !
comprenez ici que, par cette loi, dont la transgression seroit un pé-.
ché » Dieu vous préserve d'un nouveau genre de supplice qui nécessairement accompagne ce péché; supplice que je distingue et de ceux qu'on n'éprouve qu'après la mort, et du remords cuisant qui ordinairement les précède pendant la vie. Supplice de la haine, supplice propre de lu haine, causé par la haine, consistant dans la haine. Ce qui a fait dire à S. Chrysostôme que quand mênïe l'Enfer ne seroit pas destiné à ceux qui se livrent à ce sentiment, l'importune rigueur de ce sentiment même devroit suHlre pour le calmer, Si gehenna deesset, quœ odio laborantibus certa est.
ob odii ijjsius cruciatum condo' iianda essent peccata.
Vous l'attestez vous - même sensiblement , homme malheureusement agité de celle passion cruelle qui vous poursuit avec autant de fureur que vous en avez contre celui qui en est l'objet. Elle vous ébranle le premier par le seul" dé- •éir des coups qu'elle lui prépare.
Elle vous perce de ses traits avant qu'ils puissent l'ajtteindre. En vain protestez -vous que vous en êtes à l'abri , et cherchez vous à déguiser le fiel qui vous ronge : l'animosilé de vos discours, le sombre de vos regards, le silence même de votre bouche , n'annoncent , souvent qu'avec trop d'énergie, ce frémissement intérieur que le nom seul d'un ennemi réveille, que sa présence redouble, que sa pros-
périté fait croître à l'excès, et que son crédit déconcerte. Si vous ue pouvez pas vous venger, malheuj'eux par les transports de cette haine impuissante qui se contraint et se renferme malgré vous au dedans de vous , combien de fois pouvez-vous le devenir plus encore par les efforts mêmes de votre vengeance !
Aman , superbe Aman , combien tu te serois épargné de revers, si tu n'avois pas nourri dans ton cœur le perfide dessein de te venger de Mardocîiée î Ce sont bien moins les mépris apparens de ce Juif qui troublent le favori d'Assuérus, que là haine jalouse qu'il a conservée. Il ne veut pas l'étouffer ; et dès - lors elle devient un tyran dont ses richesses et sa gloire ne peuvent le défendre. U 5. i3 * '
le confesse lui-même : L'idée d'un ennemi qu'il veut perdre absorbe celle de son bonheur, Et cwn hœc oiiinia Jiabeam, niliil me ha~ hère puto. [ Esth. v. i3. ]. Ah!, le cruel gibet qu'on prépare par ses ordres prouve hautement les tourmens dont gémit son rœur. Il devient ainsi lui-même son premier bourreau. Aveuglé par sa fureur, il ne prévoit pas qu'il va s'immoler tout entier à sa propre vengeance, et qu'après avoir déjà sacrifié sa tranquillité à sa haine, il va mourir doublement en mourant victime d'un ennemi dont le pardon généreux eût sauvé tout-à la-fois et sa gloire, et son repos, et sa vie.
Ici, mes chers Auditeurs, ne pourrois-je pas appliquer le détail des maux temporels qu'entraîne après soi la vengeance j rappeler
ces coups violeus , ces renversemens de fortune, ces cas malheureux dont si fréquemment elle est devenue ie principe? Combien de fois, en poursuivant son ennemi, s**est-on précipité wec lui dans le même ahime ' Combien ont trouvé la mort, en voulant la donner!
Combien ont dû les plus grands malheurs de leur vie à la vivacité de leur courroux !
Les effets n'en seront pas si funestes pour vous, je le veux; mais du moins vous n'échapperez pas à l'amertume secrète qu'il sème •nécessairement dans le cœur. Et pourquoi donc le vôtre n'est -il presque occupé que de ses ressentimens? A tout propos, vous rappelez à autrui ce qui les fit. naître.
Vous en portez sans cesse l'idée.
Elle vous suit jusqu'au sacré Tri.
300 SUR LÉ PABDON*
bimal où vous devez chercher S ia vaincre, et où cependant vous paroissez souvent moins disposés à pardonner , qu'empressés à étaî/èr Jes motifs que vous croyez avoir de ne pas pardonner. De votre aven, le trouble fatigue votre ame, il se mêle à vos amusemens , il dérange vos occupations , il vous détourne de la prière. De vos biens nul ne vous console , au souvenir de l'injure dont un cœur aigri vous présente toujours l'image; Et cuTJi hœc omnia haheam, nihil me habere puto. Pavdonnez , et vous verrez le calme renaître ; pardonnez, celte générosité sera pour TOUS une source de consolation; pardonnez, votre inim'itié est plus à craindre pour vous , que votre ennemi; pardonnez, un intérêt plus grand encore que celui de votre
DES INJURES. Soi
tranquillité résulte de ce pardon.
Et quel intérêt, Chrétiens? Celui du pardon que Dieu vous fait espérer. En vous engageant à pardonner, dit S. Cyprien , Dieu a établi la condition à laquelle il s'engage à vous pardonner lui-même. Pardonnez ; voilà la parole qui vous effraye, Dimittite. Mais Jésus -Christ ajoute: Et Ton vous pardonnera, Dimittemini [Luc. vi. 57.]; voilà la promesse qui doit vous animer.
Pardonnez; voilà l'ordre qui vous efl'raye, Dimittite. Mais Jésus-Christ ajoute : Si vous ne pardonnez du fond de vos coeurs , n'espérez pas de fléchir jamais le coeur de votre Père céleste. Si vos non dimiseri' lis, nec Pater veste r qui in Cœlis est, dimittet pobis peccata vestm [Marc. XI. 26.]; voilà la menace qui doit vous alarmer. Pardonnez,
Dimittlte s voilà l'objet de la loi.
Mais Jésus- Christ vous en expose le grand motif: Afin que vous deveniez les dignes fils de votre Père qui est dans les Cieux, Ut sitis filii Patris vestri qui in Cœiis ^5/ [Math. y. 45. Jj voilà l'excellente prérogative qui vous est accordée. Ce sont en eflet les Pacifiques qui sont appelés du beau nom de ses enfans, parce qu*il est appelé lui - même le Dieu de la paix. Comme il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchans, il chérit ceux qui se règlent sur ce modèle. Comme il est riche en miséricorde, il en use volontierj envers ceux qui sont miséricordieux eux-mêmes. El voilà donc , Pécheurs, ce qui appuyera la demande que vous ferez à Dieu , de TOUS remettre vos péchés; voilà ce qui fortifiera voire espérance j
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j'ai presque dit, voilà ce qui vous en assurera le succès.
Seigneur! (ei telle est la prière que je souliaite, Chrétiens auditeurs, que vous puissiez adresser à Dieu au lit de mort), si j'ai eu des ennemis, c'est par eux que j'ose vous demander de ne pas mourir dans votie inimilié. Vous savez si j'ai voulu faire retomber » sur eux les coups de la haine; si jamais elle a hauité dans mon coeur; si jamais elle en a réglé les scniimens; si jamais j'ai cédé volontairement k ses impressions. Si j'ecldidi retribueiitibus inihi Mala. [Psalm. vu. 5].
Peu content de n'être jamais l'aut^r de leurs maux, je me suis interdit la criminelle satisfaction d'applaudir intérieurement à leurs disgrâces, Si gauisas siim ad ruinani ejus qui me oderat^ et exullavi, [Job. ;cxxi. 2g.]. Me voilà prêt à
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tomber entre vos mains. De combien de péchés je paroîtrai cou- Tert à vos yeux! Mais mourrai-je sans obtenir mon pardon , moi qui , pour vous , ne le refusai à personne ? Mourrai - je sans vous aimer, moi qui, pour vous, aimai jusqu'à mes ennemis ? Mourrai-je victime de votre justice, moi qui, pour vous, n'eus envers autrui que des pensées de miséricorde. Ah !
ressouvenez -vous de votre parole:
je la réclame à ce moment. J'attends de sa vérité ce que je ne mérite pas par moi-même; et, paix2e qu'elle a annoncé *<que vous oublieriez les péchés de ceux qui oublieroient les injures, je meurs a|£C la confiance qu'elle m'inspire, et dont vous êtes l'auteur. Heureuse et sainte loi , Chrétiens auditeurs, dont l'accomplissement procure ainsi la eloire de Dieu, l'hon-
DES I>'JURES. 3o5
neur de la Religion, la tranquillité du Monde, le bonheur de l'homme!
Apprenez donc à ne pas en éluder la force, et à la remplir dans t»ute son étendue.
SECONDE PARTIE
On convient aisément qu'il est beau, qu'il est uoMe, qu'il est 'grand de pardonner à un ennemi; mais, de cette loi générale, faut-il se faire à soi - même une application particulière, armé aussitôt par l'aveugle intérêt d'une passion qui ne consulte qu'elle-même, on employé à se défendre ce qu'elle peut oflVir de séduisant et d'artificieux. A la sagesse de la loi , on oppose des prétextes c[u'elle détruit. Aux obligations de celte loi, on met des réserves quelle condamne. Prétextes faux, pour &e
3o6 SUR LE P\RDON
dispeïiser de l'accomplir; réserves coupaLles , lors même qu'on croit l'accomplif" : deux points iraportans sur lesquels il est essentiel de nous instruire par le simple développement de la loi.
D'abord elle est générale; elle ne fait aucune distinction ; il n'en est aucune qu'elle autorise. Vous pardonnerez non-seulement à un ennemi, mais à tous; non-seulement une injure, mais toutes; non-seulement une fois , mais toujours.
Pardonnez à ceux qui vous haïssent, <jui vous persécutent, à ceux qui vous calomnient, Benefacite his qui oderunt vos. Orate pro persecjueiitibus et calumnianîibus vos [Math.
V. 44.]; ce sont les paroles de Jésus-Christ. Pourquoi donc voudriezvous fonder des exceptions, et quels sont les prétextes dont vous les couvrez ?
Le premier, c'est toujours celui de l'honneur, et c'est le Mondie qui vous le suggère. En quoi je le trouve évidemment eu contradiction avec lui-même. Et ne pourrai'je pas le vaincre par ses propres armes? Car, enfin, ne le voiton pas combler d'éloges la générosité qui pardonne, exalter les traits de clémence et de bonté , les consacrer même dans ses fastes, placer au dessus de ceux qui soumettent leurs ennemis, ceux qui savent triompher de leur propre colère? Mais je ne viens point ici emprunter du INIonde des maximes qui vous instruisent. Toutes pompeuses qu'elles paroissent, elles sont trop foibles pour vous émouvoir. Je ne les rappelle en passant que pour réfuter le Monde par le Monde même; ou si, conformément aux règles de ce faux hon-
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neur qu'il veut vous prescrire, vous croyez vous honorer à ses yeux par les signes efficaces de votre ressentiment , je vous demande en sa présence comment vous pouvez tirer gloire de la vengeance, puisque c'est la conduite du vulgaire comme celle des héros ; comment vous osez vous applaudir d'une fierté qui germe naturellement dans les âmes les plus basses, comme dans les plus grandes; comment vous croyez prouver la noblesse de la vôtre par une preuve qui convient à toutes. Celle qui pardonne, ah! voilà celle qu'une gloire particulière distingue; et c'est parce qu'il est peu d'ames véritablement grandes , qu'il en est peu qui consentent à pardonner.
Cependant, après un trait de cette nature, dit facilement et
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journellement le Monde, il faudroit avoir bien peu de cœur pour entretenir jamais avec cette personne le moindre rapport, et pour la croire digne d'un regard. Et moi je dis. appuyé sur les maximes inébranlables de ma Religion, qu'il n'appartient qu'à des hommes qu'elle n'a pas formés, et qui sont indignes d'elles, de tenir ce méprisable langage. Je dis qu'il faut avoir bien peu de ce coeur chrétien élevé et ennobli par les leçons de l'Evangile, pour en faire céder les lois les plus sacrées à une fausse gloire, dont je défie qu'on puisse jamais trouver un solide fondement. Je dis que mettre sa gloire h pardonner, c'est avoir le coeur bien grand , puisque c'est l'avoir selon le coeur de Dieu, conforme aux vues de Dieu , digue des complaisances de Dieu. Je dis que le
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plus grand cœur qui jamais ait existé parmi les hommes , ce fut sans doute celui d'un Homme-Dieu ; il pardonna. Répondez, et si vous n'avez point encore abjuré le Christianisme, et méconnu Jésus- Christ pour Maître , comprenez toute la force de la preuve invincible que j'établis contre vous.
Il faut avoir bien peu de coeur!
Mais, à votre jugement. Mondains, ils sont donc dégradés, ces Justes de l'ancienne loi, qui pratiquèrent, avant la publication de l'Evangile, ce que nous ne voulons pas ol)server, remarque S. Ambroise, après que ses lumières nous ont éclairés, et qui, au témoignage de S. Augustin, n'ont rien eu plus à coeur que la gloire de la modération et de la patience; un Moyse, qui prie pour un peuple ingrat et perfide; im Joseph, qui comble de biens
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(les frères qui l'ont vendu ; un David, qui épargne Saùl, quoiqu'il ait tout à redouter pour ses jours de la fureur de son ennemi ?
Il faut avoir bien peu 4e cœur!
Et, à la vainc terreur de ce reproche, aussi insensé que coupable, on arme, contre un ennemi particulier, un bras qui ne doit être armé que contre les ennemis de la patrie. On souille , par le crime d'un combat meurtrier, des jours que de nobles exploits doivent signaler. On confond la gloire de la vraie bravoure avec la férocité d'une vengeance cruelle.
Il faut avoir bien peu de cœur, pour résister à la voix, de l'honneur, quand il est compromis par une insulte! Comme si l'honneur, le véri-», table honneur, qui s'accorde nécessairement avec la vertu, pouvoit se
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trouver dans ce qui porte visiblement le caractère odieux du vice !
Comme si l'honneur, le véritable honneur, pouvoit exiger qu'on cède à; l'empilée d'un préjugé dont on condamne la bizarrerie; qu'on viole en même temps et les lois du Prince que l'on sert, et les lois du Dieu qu'on adore 3 qu'on verse un sang que les unes et les autres obligent à respecter ; et qu'à une coutume barbare, coutume inconnue autrefois aux plus vaillaus Peuples de l'Univers, coutume dont la raison rougit, dont 1 humanité frémit, que la Religion réprouve , on immole d'un même coup , et la raison, et l'humanité, et la religion!
Est-il donc d'un grand coeur d'oublier ses devoirs , d'outrager sou Dieu? Honneur bien étrange que celui qu'où ne peut acquéiir que
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par un crime, et auquel dans l'une et l'autre vie ne sont promis que des châlimens !
Il faut avoir bien peu de coeur! Ah!
pour parler ainsi, il faut bien peu connoître, ou estimer bien peu la loi du Seigneur. Religion sainle, Religion de tant de braves Guerriers et de Héros, Religion des Empereurs et des Rois , comment seriez - vous opposée k l'honneur, vous qui ea exposez les vrais caractères, qui en établissez les vrais principes, qui en faites naître les vrais sentimens dans ceux qui vous sont soumis?
Comment, au milieu des clartés d'une Religion divine, et jusques dans le sein des peuples qui en avouent la Divinité, est-il déshonorant de s'y conformer et de la suivre? Eh ! comment ce qui devant Dieu est un opprobre, seroit-
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il pour l'homme chrétien un ikre d*honneur ?
Ne nous dites donc plus que l'insulte est trop grande. Ne nous alléguez plus l'énormité des torts, ramertume des discours, la hauteur des manières, l'atrocité de l'affront, révidence de l'injustice ;, l'étendue des mépris , la noirceur des traitemens; qu'en conclurez-vous? Que cet homme est votre ennemi ? Je le sais. Qu'il est coupable envers vous? Je Tavoue. Mais, parce qu'il est votre ennemi, parce qu'il vous a vivement insulté , parce qu'il a^ cherché à vous déshonorer ; je conclus que vous devez lui pardonner , puisque la loi qui vous ordonne le pardon , le demande pour vos ennemis. Et certes, s-i l'injure éloit si légère , seroit - il nécessaii^e que la loi de Piqu iftt
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terposàt son autorité? Ou si vous ne pardonnez qu'à ceux qui vous ont à peine blessé , ou si vous n*airaez que ceux qui vous aiment, iriez -TOUS, dit Jésus-Christ, au delà des vertus du Paganisme , Nonne et Ethnicl hoc faciunt [^iNIalb. v.