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REFUTATION DES PRETEXTES DONT ON AUTORISE TOUTE SORTE DE LECTURES

CcËCtts autem si Cœco diicalum pfœstet^ <ztnbo in foveam cadunt.

Si un Aveugle conduit un Aveugle, ils tombent tous deux dans le précipice.

Eyang. de ce jour, S. Math, Cb, i5.

V oila , en deux mots , mes chers Auditeurs , l'image des malheurs de nos jours. On se fie à des

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guides infidèles, et l'on s'égare a leur suite. Les abandonner, seroit donc la première démarche nécessaire à ceux qui veulent se précautionner contre tout égarement.

Mais, cç qu'il y a de singulier et de déplorable, c'est qu'on se flatte de pouvoir les suivre, sans donner dans les mêmes écarts.

On convient assez aisément qu'il est des livres dangereux ; en conclut on qu'il faut s'en interdire la lecture? Non 3 ou du moins, ce qui revient à peu près au même, on le conclut d'une manière vague et générale; on avoue que tels et tels livres sont mauvais , on les blâme, et on les lit.

Je n'aurois donc pas rempli mon dessein, si, après vous avoir exposé, déjà dans un autre Discours, les raisons solides qui prouvent la nécessité de lire avec choix ; je

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n'entreprenois pas, dans celui-ci, de vous faire sentir le foible des Prétextes qu'on fait valoir pour lire sans choix. S'il n'est presque personne qui n'établisse comme une maxime vraie, qu'il faut lire de bons livres ; combien en est - il qui se permettent d'en lire de mauvais ?

Des exceptions particulières, des motifs spécieux, des raisons apparentes , que n'imagine-t-on point pour se tromper soi-même ? Illusions que je cherche à dissiper pour l'intérêt de la Religion, et pour le salut de ceux auxquels on voudroit ravir cet inestimable trésor. Je vais, sans autre plan, parcourir les principaux Prétextes dont on autorise de mauvaises lectures, et tâcher de vous en découvrir k frivolité. A\>e Maria.

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Plus dune fois il arrive d'entendre j,ustifier certaines lectures, affirmer qu'elles n'ont rien de dangereux, et ajouter en conséquence qu'on est déterminé à ne pas s'en abstenir. Je n'examine point ici si c'est l'aveuglement qui méconnoît le danger, ou l'opiniâtreté qui persiste à ne pas s'en garantir. C'est sans doute une de ces deux causes, et ce sont assez souvent toutes les deux. Or, comme il s'agit de telle ou telle lecture en particulier, je ne puis répondre ici que par le principe général; que c'est à ceux que Dieu a chargé de gouverner les Fidèles, qu'il appartient de décider de ce qui peut leur être utile ou leur nuire, et que le devoir des Fidèles est de souscrire à celte décision.

Je vais donc parler à ceux qui, d'une part , conviennent que certains livres sont mauvais , et qui ,

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de Tauli'e^ imaginent un nombre de motifs pour s'autoriser à les lire ; €t je réduis à cinq Prétextes ceux qu'ils font ordinairement valoir.

Quelle que soit la nature d'un livre, il ne fait sur moi aucune impression. Depuis longtemps je suis décidé sur la Religion, et je ne crains pas d'en changer; j'ai de bons principes ; je suis fidèle enfant de l'Eglise; premier Prétexte:

Prétexte de sécurité. Dans les livres qui paroissent renfermer le plus de péril, il est rare qu'on n'y trouve pas aussi quelque chose de bon, dont on peut tirer avantage; second Prétexte : Prétexte d'utilité. Il faut s'instruire , se mettre au fait et savoir un peu de tout; troisième Prétexte: Prétexte d'une sage curiosité. Il est quelques livres si généralement con-

nus, si universellement répandus, qu'il paroitroit étrange de ne pas les connoître, et de ue pas pouvoir soi-même en juger. Je ne les lis cjue par bienséance, par apausement; quatrième Prétexte: Prétexte de leur célébrité. Enfia, mon âge , mon état , mes fonctions , et même une permission expresse, me donnent droit à ces sortes de lectures; cinquième Prétexte: Prétexte d'autorité. S'il en est quelque autre qui ait avec ceux - ci quelques rapports; peut-être la suite même de ce Discours fera naître l'occasion de les discuter, Reprenons.

Premier Prétexte, — De mauvaises lectures ne font sur vous aucune fâcheuse impression. Vous le dites; mais la Foi et l'expérience attestent que celai qui

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aime le danger y périt. Comment donc croire que, Siins nécessité, et sans précaution, vous puissiez vous y exposer avec assurance , et vous promettre de lui échapper?

Dire que ces lectures, considérées en elles-mêmes, ne présentent pas un péril réel et un grand péril, c'est démentir l'évidence. Il ne peut donc vous rester de ressource qu'en disant que ce qui est péril pour autrui ne Test pas pour vous.

Mais la témérité a toujours été elle - même un danger. Mais on n'est jamais moins prémuni contre les écueils, que quand on ne prévoit pas seulement qu'on puisse v échouer. Mais une présomptueuse confiance les multiplie , à mesure ([u'elle réussit à les déguiser. Mais la soumission à une autorité légitime a toujours été et sera toujours un devoirj or, puisque cette au- 6. i5*

torité proscrit les lectures dangereuses; comment donc ne pas mettre au nombre des dangers, ou plutôt comment ne pas placer au rang des fautes grièves le mépris de cette même autorité toujours subsistante, la désobéissance à ses ordres, et des infractions coupables , qui jamais ne sauroient compatir avec la prétendue sécurité dont on ose se flatter?

Quoi, vous ne craignez rien pour votre Religion et votre Foi, tandis que vous vous écartez visiblement des règles essentielles de docilité que vous prescrivent la Foi et la Religion! Vous comptez que Dieu veillera sur vous , pour vous conserver dans le sein de son Eglise, lors même que vous refusez d'acquiescer à la défense que l'Eglise fait à ses enfans? Vous osez blAmer, comme Irop sévères et trop

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exactes, les précautions de cette Eglise sainte, seule dépositaire de la doctrine de Jésus-Christ ; et vous vous regardez comme hors de danger de juger bientôt cette doctrine même! C'est donc en vous déclarant déjà rebelle que vous vous répondez de votre fidélité ! Etrange manière de lui attester votre atlachement, que de vous soustraire à ses lois! Eh! celte démarche elle seule est le premier pas qui tend à vous en séparer. Une infifléilté nouvelle devient ordinairement le châtiment dVme première.

L'erreur est fille de Tindépendance. Ceux qu'elle a séduits et entraînés , ont commencé comme vous par quelques actes d'indocilité; ils ont voulu lire, et ils ont fini par ne plus croire.

Mais n'allons pas chercher des preuves ailleurs ', n'en apportons

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]ias seulement de générales , quand vous nous en fournissez de personnelles et de particulières. Parlons, mes chers Auditeurs, avec sincérité : Est-il bien vrai que ces lectures n'aient, par rapport à vous, aucun effet ? Eprouvez-vous le même respect pour la Religion , lorsqu'à vos yeux on la représente avilie?

Que résulte- 1- il dans votre imagination, dans votre esprit, et delà, par une liaison comme nécessaire, -dans votre cœur, de ces affirmations calomnieuses qui en sapent les fondemensj de ces ironies amères qui en dénaturent les dogmes et les mvstéres; de ce ton dédaigneux et salyrique qui en dégrade les cérémonies et les ministres? Un sentiment de vénération moins vif, un secret refroidissement, une disposition à s'alarmer, à douter, préparent, et qiiek]uefois de bien près,

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à u'aYoir plus qu'une Foi foible et cliancelanle. Une objection a frappé : on Ta retenue , on la roule dans son esprit ; elle y répand de l'obscurité , elle le fatigue, on n'en sait pas la réponse. La lumière des grandes preuves, leur jour, et leur éclat qui brilleront toujours pour une ame sage qui réfléchit avec tranquillité, s'afFoiblissent dans la confusion et dans le trouble. J'en appelle à vous-même; voilà la suite de votre prétendue sécurité.

S'il n'étoit pas constant, que telle est l'impression journalière des mauvaises lectures; pourquoi donc ii'entendons-nous objecter cjue les mêmes difficultés dont les livres sont les pernicieux dépôts? Pourquoi les discours familiers dans lesquels si fréquemment on les expose, nous font-ils conclure avec certitude dans

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quelle source on les a puisées ?

Pourquoi se raulliplient- elles dans l'esprit d'un plus grand nombre, à mesure qu'un plus grand nombre lit les ouvrages qui en sont le recueil? Pourquoi sommes-nous en état de marquer l'époque du poids qu'elle ont acquis, en fixant la date du temps auquel certains livres ont TU le jour? Pourquoi étendent elles leurs ravages et franchissent-elles l'intervalle qui sépare les nations; dès que ces mêmes livres, furtivement et criminellement introduits parmi les nations diflcrentes, y portent avec eux les principes funestes de la perversion? Il est donc certain, que la force de leur impression est grande. Il est certain, au rapport de 1 histoire, qu'on a vu plus d'une fois la science qui enfle, tomber dans le piège de la Icclure qui séduit. Il

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est certain, par conséquent, qu'il est de la dernière témérité, et dès-là criminel, de braver le péril, et d'espérer d'en être à l'abri. Le témoignage du passé ne vous autorise point à le présumer. Jusqu'ici vous avez évité la chute; ce n'est point un augure infaillible, ou un préservatif assuré pour l'avenir. Vos dispositions présentes ne peuvent pas vous rassurer mieux. Eh la chute de tant d'autres, qui étoient aussi bien disposés que vous, vous avertit assez de l'indispensable nécessité de vous précauliouner. Vous ne changerez pas de Religion, je le crois : en est-il une qui puisse vous attirer, si vous abandonnez la seule qui soit revêtue des caractères de la vérité?

Non : exlérieurement vous ne changerez pas 3 mais vous ne laisserez apercevoir ni la créance , ni les

œuTres de votre Religion ; et c'est ce qui s'appelle n'en point

avoir.

Second Prétexte, — Mais, diton , il n'est point de livre , quelque nuisible qu'on le suppose, dont on ne puisse retirer quelque avantage. J'ai dit , moimême, que pour rendre les erreurs plus contagieuses, on y entremêloit quelquefois la vérité. Faut-il envelopper les unes et les autres dans la même proscription, et sacrifier ainsi, sans discernement, ce qui s'y rencontre d'utilité? Second Prétexte auquel je me borne à opposer simplement quelques questions.

Puisqu'il est incontestablement des livres où l'on ne trouve que les principes du bien, sans aucun mélar^e de mal j est-il sage de ne pas les

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préférer ? Puisque telle est , de l'aveu universel, la disposition des hommes , qu'ils saisissent le mal plus évidemment, et qu'ils se portent plus difficilement au bien; est -il sage de se permettre de les rassembler? Puisque les progrès du mal sont si rapides , et qu'il en coûte tant de les étouffer, puisque si facilement ils absorbent les progrès que le bien fait si lentement et avec tant d'effort; est-il sage, dans la concurrence même d'un bien, de les comparer? Puisque le bien qu'on suppose pouvoir trouver dans des ouvrages dangereux , n'est , le plus communément, qu'une amorce pour faire goûter le mal auquel on a l'adresse de le mêler; est- il sage de ne pas s'en méfier? Puisque, selon la maxime généralement reçue , le bien doit former un tout , et qu'un peu de mal suffit pour l'altérer; est-

il sage, (le chercher un bien que l'assaisonnement du mal doit dénaturer. Tranchons la difTiculié. Une lecture dangereuse est un mal; or, peut-il être permis de faire un mal certain, sous prétexte qu'un bien en peut résulter? Que répondre à l'imprudent qui vante une nourriture , lorsqu'en même temps qu'elle paroît pouvoir soutenir, elle menace bien plus sûrement d'empoisonner? Mais ce Prétexte est trop frivole , pour nous arrêter plus longtemps à le réfuter.

Troisième Prétexte. — Ou plutôt, puisqu'il vient se reproduire à nos yeux sous une autre forme ; envisageons-le, nous-mêmes, 60US une autre face , et voyons ce qu'a de plausible le Prétexte d'une sage curiosité : Il faut savoir un peu de tout; est-ce par les routes de l'i-

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gnorance qu'où veut nous enlrelenîr dans le Cluislianisme ? Il est hono rable à la Religion, que ceux qui la professent puissent connoître le langage de ceux cjui la combatlent.

Que peut en souffrir la Religion, si elle a pour fondement et pour base la Tcrité? Voilà, je crois, mes chers Auditeurs, le Prétexte dans tout son jour : on ne m'accusera pas de l'avoir affoibli pour le détruire.

Je le reprends dans le même ordre; j'en sépare toutes les parties, et je réponds à chacune en particulier.

Il faut savoir un peu de tout.

Maxime captieuse et fausse dans l'étendue qu'on lui donne. A. ne l'entendre même uniquement que des sciences en général , elle trouverolt des contradicteurs. Fondés sur les bornes plus ou moins grandes, mais toujours indispensables de l'esprit humain , plusieurs affirmeront qu'il

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est ordinaire qu'en étendant trop ses forces on les énerve 3 que souvent en sachant moins, on sait mieux j qu'aspirer à tout savoir, c'est se condamner à savoir mal 5 que rien n'est plus propre à rendre superficiel, que Tenvie affectée d*étre universel. Et ils apportent en preuve, qu'il est, dans les objets divers de nos connoissances , une espèce d'immensité qui ne peut guères compatir avec les limites de l'intelligence et la brièveté de la vie. De là, sans doute, cette ancienne opinion appuyée sur l'expérience, qu'il n'est, sur un objet particulier , aucun adversaii'e plus formidable , qu'un homme qui, de ce même objet, a fait constamment celui de ses études et de ses recherches. Mais laissons à d'autres le soin de discuter cette matière, elle n'est pas ici de mon ressort. Je parle de Religion et de moeurs.

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Or, Je dis, d'après Saint Chi'ysos* tome , qu'il est des choses qu'il est glorieux d'ignorer, et qu'il seroit honteux de savoir, Melius est aliquid ignorare^ quam turpiier scire. Je dis que la probité regarderoit comme indigne d'elle l'étude des artifices nécessaires aux cabales , aux complots , aux conjurations qui la font rougir. Je dis que la sincérité et la candeur iie s'appliquent point à connoître le secret des détours, des fraudes, des mensonges et des parjures qu'elles abhorrent. Je dis que l'équité méprise Part pei4ide des injustices , des usurpations, des contrats illégitimes qu'elle déteste. Je dis que l'homme vertueux apprend à haïr et à fuir le vice, en élu-.diant la vertu dans ses propres leçons , et en l'admirant dans les traits qui peignent la vertu même.

Je dis qu'aucun de vous ne répondroit de quelqu^un qui, en protestant toujours qu'il est fidèle, s'efforceroit à savoir comment on peut, par principe, ne l'être pas. Je dis que tout homme désapprouve qu'on mette entre les mains d'un fils, dune fille dont l'éducation, l'intéresse, ces malheureux livres où Ton trouve les principes de la passion , où. l'on cherche à en justifier les droits , où l'on instruit dans l'art de la suivre et de la déguiser. Il n'est donc pas vrai universellement qu'il faille savoir de tout ; mais il est vrai que c'est savoir be^ijcoup, et qu'en un sens, c'est savoir tout, que de savoir être vertueux. Hoc est enim omnis homo.

[Eccl. XI i. 1 3.] . Il est vrai que comme le désir de la science du bien et du mal , fit le malheur du genre humain dès son origine, Eritis

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scieiUes bonum et malum [Gen.

m. 5.]; c'est encore de nos joui'S, ce qui le consomme clans un grand nombre. Nous ne cessons de vous répéter l'oixlre du Seigneur: Modelez celle avidité dangereuse, De ligno scienûce boni et mali ne comedas. [Gen. n. 17.]; vous suivez cette curiosité criminelle; la mort d'une ame, en qui la Foi ne vit plus , en devient la suite funeste , In quocumque... die cornederis ex eo , morte morieris. [Ib.].

Vous allez en conclure qu*on ne cherche qu'à vous envelopper dans des ténèbres , comme si elles étoient le seul asile de la Religion. Ahî il éloit réservé à notre siècle , d*afiecter de croire que ce n'est qu'en déchirant le sein de la Religion, qu'on peut arracher le voile de l'ignorance. Y en auroit-il une ignorance plus marquée, que de

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méconnoître qu'il y eut des savans qui se montrèrent tels sans préjudice de la Religion ; que de disputer à la Religion , cette multitude de savans qui lui furent humblement soumis j que de ne pas distinguer les traces d'une science profonde dans ces immortels ouvrages , qui ont contribué à éclairer lUnivers , et à y répandre la Religion? Mais ue nous en tenons pas là: Voyons si l'on parle le langage de la sincérité.

D'une part, voilà le Prétexte; à mon tour , je demande pourquoi donc on ne lit pas tout. Ne perdez pas, je vous prie , cette réflexion.

L'Apôtre Saint Paul menaçoit de la colère et de l'indignation de Dieu ces hommes ennemis de la vérité, qui n'employent leurs efforts qu'à lui résister, qui n'é-

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coûtent que Tiniquité , et que l'iniquité seule instruit, lis qui surit ex contentione et qui non acquiescunt veritaii, credunt autem iniquitatiy ira et indignatio. [Rom.

II. 8.]. Or, cette menace ne convient-elle point à ceux qui disent ne vouloir rien ignorer j qui, en effet, n'ignorent presque rien en matière de Religion de ce que l'impiété lui oppose; mais qui, en même temps , ne peuvent faire aucun usage des secours puissans que la vraie science et la vérité lui prêtent. Qu'entendons-nous citer tous les jours? Le nom, les ta* lens, les ouvrages des ennemis les plus modernes de la Foi ? Que nous en citions alors les défenseurs les plus célèbres : Si leur nom n'est pas toujours absolument inconnu 3 si leur réputation force au respect ou au sUeuce; leurs 5. 16

ouvrages sont totalement ignorés.

Que répète-t-on sans cesse ? Quelques lambeaux décousus, quelques objections dispersées, quelques traits brillans recueillis dans ces productions légères qui attaquent le Christianisme. Que nous demandions alors, si du moins Ton s'est occupé à lire avec réflexion ces traités réfléchis , ces preuves solidement exposées, ces témoignages couvaincans et réunis qui en établissent la certitude ; en désignant ces ouvrages, nous parlons un langage étranger. On n'en a pas même l'idée. Il en est ainsi , mes chers Auditeurs. Et ce que j'avance ici, je l'avance sur ce que j'ai vu , sur les aveux que j'ai entendus.

Oui , souvent on a eu assez de bonne foi pour convenir qu'on avoit lu tous les livres impies, et Vdïi a ajouté qu'on n*avoit point

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approfondi les preuves de la Religion, Cependant ou s'arroge le droit de juger. Juger ! Ah ! mes chers Auditeurs ^ le ton seul, dont quelquefois on prononce sur la Religion, annonce qu'on la connoît bien peu. On u'envisage même la chose qu'humainement. Une cause si importante ne se décide point pourtant par un signe de dédain. Ce qui occupe l'Univers depuis qu'il existe^ n'est pas soumis aux simples opinions dé quelques hommes téméraires. Ce qui a fait éclore en sa faveur tant d'écrits célèbres des plus grands génies , n'est pas dissipé comme un soufTle, par quelques saillies. Ce qui a survécu à tant d'assauts ne succombe pas sous la simple avdace; et l'indocilité du cœur ne iuffu pas pour autoriser à anéantir le principe des plus parfaites vertus. Evidemment oa

ne lit donc pas pour s'instruire, puisque dans le fond on ne veut être instruit qu'à demi ; on lit pour 5'aveugler, puisqu'on ne lit que ce qui forme l'aveuglement. Ce n*est donc pas l'ignorance qu'on redoute ; ce qu'on cherche, c'est le droit d'ignorer ses plus importantes obli-

gations.

Et néanmoins l'on ose dire qu'il est honorable à la Religion, que ceux qui la professent connoissent le langage de ceux qui la combattent. I*'on diroit mieux, en disant qu'il est naturel qu'on cesse de la professer, dès qu'on ne l'éludie que dans les livres dirigés à la ruine. Il n'est point honorable â la patrie que ses propres enfans en affrontent les ennemis, quand ils ne savent ni leur résistet* ni les vaincre; et il ne sau?oit l'être pour la Religion qu'on s'engage

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dans des difficultés dont on ne sait ni découvrir le foible, ni délier le nœud 3 qu'on se hasarde à la mé« connoître, en ne la connoissant que d'après les leçons de ceux qui la défigurent ; qu'on ose voir comment on l'attaque, quand on ne sait pas comment on la défend. La Religion n'a jamais craint la lumière; Dieu l'a montrée à l'Univers dans le plus beau siècle , pour qu'elle Iriorapliâ-t également de la sagesse humaine, en même temps qu'elle vcnoit dissiper l'aveuglement d'une barbare stupidité. Ce qui est donc véritablement honorable à la Religion , c'est qu'elle puisse fournir toujours les motifs d'une conviction raisonnable à ceux qui la cherchent; c'est qu'elle expose ellemême, à ceux qu'elle instruit plus profondément, tous les traits qu'on a lancés contre elle, et qu'elle a

brisés, à peu près comme on conserve les armes d'un ennemi, qu'on a dépouillé après sa défaite; c'est qu'elle puisse toujours présenter, aux divers peuples , des preuves frappantes qui fondent leur soumission ', c'est qu'elle ait toujours à produire des monumens visibles et éclatans des vérités qu'elle enseigne; c'est que, comme elle est établie pour tous les hommes, elle soit appuyée sur des témoignages à la portée de tous , et croyables pour tous. En un mot, ce qui est honorable à la Religion, c'est que la saine raison et la science la plus vaste puissent lui servir de soutien, quoiqu'elle assigne des bornes évidemment sages et nécessaires à la science et à la raison. Mais comment pourroit-elle être honorée par une curiosité indiscrète qui, sans précaution.

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veut tout sonder; par une témérité .audacieuse qui, sans la bien connoitre, entreprend de la juger; par un orgueil qui prétend parvenir à n'être plus gêné, ou à ne rien croire , en ne laissant paroître que le désir de tout pénétrer.

]1 est donc inutile, mes chers Auditeurs, de demander ce que craint la Religion , appuyée comme elle est sur les fondemens de la vérité. Ah! elle craint les déguisemens de la vérité même qu'on altère ou qu'on obscurcit. Elle craint l'inattention et la foiblesse de ceux auprès de qui les prestiges sont plus efficaces, par là même qu'ils s'en aperçoivent moins. Elle craint les révoltes si naturelles à un esprit superbe, et la force des penchans si violens dans un coeur déréglé. Elle craint la mauvaise

foi qui enseigne; l'imprudenee qui écoute; le faux raisonnement qui éblouit; la légèreté qui l'adopte; l'apparence des principes séducteurs qui en impose; la frivolité qiû ne Yoit pas les sinistres et nécessaires conséquences. Elle ne craint rien de sa part, elle craint tout des dispositions de cenx que la lecture peut pervertir. Dites moi, pères et mères, votre autorité sur vos enfans , vos dix)its à leur respect, à leur soumission, à leur amour, à leurs services, à leur reconnoissance , sont -ils incontestables? Quelle demande î Vous l'entendez peut-être avec indignation.

La Religion , la raison , la nature , le sentiment, les lois, l'usage, les nations ne forment qu'une voix pour publier la justice de ces droits sacrés. Eh bien! quelque inébranlables qu'ils puissent être, n'y au-

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i^oil-il aucun danger à faire lire à des enfans ces livres monstrueux où sont les maximes de la nouvelle philosophie? Ils en trouveront quelques-unes qui tendent à les dispenser de tous ces devoirs. Eh !

convenez donc qu'il n'est aucune vérité parmi celles qui influent sur la conduite, pour laquelle on ne puisse craindre, dès qu'on ose se prêter aux enseignemens de Terreur ; qu'il est donc sensible que le péril d'en abuser détruit le Prétexte de cette curiosité qui affecte de vouloir s'instruire.

Achevons de confondre les Prétextes qui la favorisent, après que nous aurons respiré quelques momens.

Quatrième Prélexle. — Il est des ouvrages dont le danger qu'ils renferment fait seul , en grande 5. iti ^

partie, la réputation; et dont ensuite, par un effet réciproque, la réputation forme elle-même le grand danger. C'est ce que j'ai appelé Prétexte de leur célébrité. Je l'eusse peut - être désigné d'une manière plus juste, en le nommant Prétexte de vanité.

Car, pourquoi cet empressement pour des livres qu'annonce avec un certain éclat celui de leur réputation? C'est, mes chers Auditeurs, c'est presque toujours, dans chacun des lecteurs, un prétendu zèle pour la science. On ne croit pas pouvoir ignorer avec décence ce qui retentit de toutes parts. On rougiroif, dans un cercle, de se trouver réduit au silence sur les qualités d'un ouvrage dont la censure ou l'éloge sont dans la bouche du grand nombre. Il paroîtroit honteux de ne pas pouvoir fournir sa part à des conversations dont

DES PRÉTEXTES, CtC. 3;!

le livre et l'auteur sont Tobjet. L'ua et l'autre sont à la mode; c'est doue y être soi-même, que de les connoître et d'en répéter à propos les morceaux choisis qui ont eu le plus de faveur. Il faut pouvoir relever la singularité de l'invention , la précision des idées, l'énergie de l'expression, la correction du langage; citer en preuves quelques traits ; et briller ainsi , en se montrant au moins couvert d'un brillant étranger. Telle est, pour le moment, la parure de l'esprit.

La circonstance l'exige; il en est à peu près des entreliens et des lectures, comme des ajustemens. C'est une affaire de temps ou de caprice.

Puisque ce livre acours, puisqu'on en parle; il faut le lire. Que l'on en condamne la lecture, c'est pour plusieurs un nouveau motif; ils

veulent voir par eux-mêmes; juger la condamnation; et ce n'est pas ordinairement pour y souscrire.

D'ailleurs, il attire, il plaît, on lit; et l'on se rassure, en disant qu'on lie fait dfe celte lecture qu'un amusement.

J'appliquerois ici volontiers ces paroles de Jonatlias, lorsqu'après Une faute en apparence légère , voyant ses jours en danger, il s'écrioit , dans le sentiment de sa douleur : J'ai mis un peu de miel sur mes lèvres, et je meurs! Gustens gustai>i paululàm mellis , et ecce ego morior. [ i. Reg. xiv. 45. ]. Je les appliquerois , non pour exagérer la qualité du châtiment, en le rapprochant de la nature de la faute, mais pour caractériser la griéveté d'une faute qui conduit par elle-même à un juste et ter-»

DES PRÉTEXTES, etC. 3-]3 rible châtiment. Quoi ! pour avoir la frivole gloire ou le plaisir passager de goûter ce miel , dont l'impiété couvre son poison , vous exposez votre Foi aux insultes et aux perfides desseins de l'impiété!

Vous osez (prenez garde) par rapport â Dieu ce dont vous rougiriez à l'égard des hommes ! Que sur quelqu'un de ceux que vous respectez , et qui vous sont chers , une ingénieuse malignité , ou une calomnieuse satyre essaye de distiller son fiel et ses noirceurs; (la supposition n'est pas chimérique ; de quoi ne sont pas capables l'une et l'autre?); avec quelle indignation détourneriez-vous les yeux de ces méprisables libelles ! Pour fixer votre attention, leur sufliroilil de devoir leur célébrité à d'agréables assaisonnemens I Enten-

driez-vous sans émotion qu'un ami vous soupçonnât d'avoir lu par goût et par choix ce qui tend à le déshonorer avec méthode et par système? Ah! loin de vous ces plumes effrénées, que la méchanceté métamorphose en armes sanglantes.

Vous le dites, et c'est dans vous le cri du respect, de l'amitié, de la probité et de l'honneur.

Eh ! comment donc lisez - vous ces satyres infernales où la sainteté de Dieu est si manifestement blessée, son autorité si sensiblement outragée, ses lois si ouverte <ment méprisées, sa Religion si sacrilégement profanée ? Remarquez, je vous prie, mes chers Auditeurs, que je ne réponds point ici à des hommes qui lisent par un sentiment décidé d'irréligion ; je parle à ceux qui disent u*êlrç

DES PRÉTEXTES, ClC. 3']0

déterminés à ces lectures que parce que les livres sont célèbres, ou amusans. Combien suis - je donc fondé à leur adresser, au nom même de la Religion qu'ils professent , ces justes reproches ! Les mêmes ouvrages qui excitent mes gémissemens font vos délices! L'appareil éblouissant du mensonge partage, avec mes leçons, le droit de vous occuper! Un appas enchanteur auquel l'imagination se livre, suspend l'effet des fortes réclamations de la conscience î Vous paroissez mettre de pair les ornemens du style et celui des vertus; la gloire des lettres et celle du Christianisme; une satisfaction momentanée et les intérêts éternels de votre amej le plaisir de lire et la nécessité de vous sauver !

Eh! non, mes chers Auditeurs,

non , il n'est donc point honteux de ne pas connoitre par soi-même des livres déjà trop connus. Leur célébrité scandaleuse doit elle-même en être le préservatif. Le nombre des maux qu'ils ont opérés annonce éloquemment le coup mortel qu'ils préparent. Plus l'esprit d'incréduliié les préconise et les répand, plus la véritable sagesse les écarte et s'en garantit. Il n'est point honteux de faire preuve de fidélité à Dieu, en refusant de mêler des applaudissemens à des blasphèmes. Il n'est point honteux de se montrer conséquent dans ses principes et dans sa conduite, et de désavouer ce qui est contraire au Christianisme j dès qu'on avoue, par le culte extérieur, qu'on est Chrétien. Ce qui devroit humilier à plus juste litre , c'est de porter

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le nom d'adorateur de Jésus-Christ, et de souscrire à ceux qui en sont les persécuteurs ; c'est d'attester qu'on vit dans le sein de son Eglise, et de goûter le langage de ceux qui le déchirent ; c'est de convenir qu'il faut avoir une Religion, et de se prêter aux efforts de ceux qui n'en reconnoissent point. Contradictions frappantes !

On marque du respect pour la morale de l'Evangile, et de l'estime pour ceux qui la détruisent; on honore la vertu, et l'on donne des suffrages à ceux qui la déracinent; on loue les bonnes moeurs, et l'on favorise ce qui en occasionne la dépravation; on lit avec complaigance ce que l'on n'auroit pas le front de répéter; on conserve, comme une production de grande valeur, celle qu'on a vu dévouée

3']S BÊFUTATION

à une flétrissure infamante; on se donne, quoiqu'on secret, comme admirateur d'un livre que la vérité, la vertu, la décence, l'honnêteté ont condamné unanimement !

C'est sur les écrivains qu'on veut en rejeter tout l'opprobre ; ils le méritent sans doute: mais seroit-il étrange de soutenir, que par la lectm'e de leurs ouvrages, on semble le partager avec eux? S'il n'en étoit pas ainsi; pourquoi, lors même qu'on a osé les lire dans les ténèbres de l'obscurité , rougiroiton d'être surpris, ou de convenir publiquement qu'on les a lus ?

Disons quelque chose de plus encore. Pour qui écrivent ces auteurs licencieux? Ce n'est pas pour ce nombre d'hommes vertueux qu'ils s'efforcent à décrier, parce qu'ils ne peuvent pas les corrompre, et

DES 1>RÉTEXTES , CtC. 379

dans qui ils savent que leurs écrits ne réveilleront que la vigilance qui les éloigne , ou le zèle qui les confond. Ils écrivent pour ces lecteurs frivoles, toujours avides de nouveautés, toujours empressés à les accueillir plus favorablement à mesure qu'elle sont plus indignes de l'être. Un auteur connoit le goût et le caractère de son siècle, il le saisit, il s'y confoniie, il y voit le présage de ses succès, et même d'un intérêt de fortune. Il s'attend à un emphatique concert de louanges, dont quelques personnages accrédités donnent le signal, et dont d'esclaves imitateurs deviennent autant d'échos. Il sait que la curiosité le lira, que le libertinage le goûtera, que Tincrédulité lui applaudira, que chacune de ces trois causes l'enrichira. Il s'ouvre,

38o RÉFUTATION

et il suit cette voie : les fleurs qu'il y répand et qu'il y cueille le dédommagent, dans le temps, de ce quil se ferme la route qui conduit les grands Ecrivains aux honneurs que réserve la postérité. Et voilà comment se forme ce malheureux cercle d'iniquité. Les auteurs pervertissent ceux qui les lisent, et ceux-ci se rendent complices du crime des auteurs qu'ils excitent et qu'ils encouragent , en les lisant.

Qu'on cesse de vanter tant d infâmes ouvrages; et bientôt on cessera d'en être inondés.

Cinquième Prétexte, — Mais il reste au moins une ressource pour les lire; c'est de joindre, à cette lecture , de nécessaires précautions. Or, ces précautions se réduisent - elles au soin de

DES PRÉTEXTES, etC. 38 1

se m'unir extérieurement du pouvoir de lire les livres que l'autorité a défendus ? Eclaircissons ce point important; et ne vous étonnez pas, si je trouve quelquefois , au rang des vains Prétextes sous lesquels on se permet certaines lectures , la permission même qui semble les auto • riser. Je vais expliquer ma pensée.

Ce n'est pas, mes chers Auditeurs, qu*il n'y ait incontestablement une autorité qui peut accorder cette permission , et une prudence qui peut en faire usage.

A Dieu ne plaise, qu'opposant ici excès à excès, j'ose méconnoitre les droits d'une puissance légitime qui permet à quelques particuliers la lecture des mêmes ouvrages qu'elle a frappés d'une proscription générale, ou la liberté qui en ré*

suite, pour ceux qui l'ont obtenue, de les lire sans blesser leur conscience, dès qu'ils les lisent sans enfreindre les lois de l'autorité. Je sais que non-seulement il est des personnes à qui ces lectures peuvent être permises , mais qu'il en est auxquelles elles sont nécessaires. Sans doute , il faut montrer l'ennemi à celui qui doit en repousser les efforts, et ce seroit quelquefois nuire à la Religion, si, chargé d'en défendre la cause, on se bornoit à témoigner à ses adversaires, pour les vaincre, qu'on les dédaigne ou qu'on ne les connoît pas. Mais remarquons en deux mots que venger la Religion des insultes ^'on lui fait, ne sauroit être la fonction propre du grand nombre. Le devoir du commun des Fidèles est de s'instruire soli-

DES PRÉTEXTES, etC. 383

dément pour la connoître, et de la croire sincèrement pour la pratiquer.

Qu'il reste donc certain que ce n'est point la sagesse de quelques permissions légitimes que je confonds avec la frivolité des Prétextes que je réfute. Il est des personnes auxquelles on peut permettre des lectures interdites h d*autres. Le principe est vrai ; j'y souscris. Mais j'examine les conséquences qu'on en tire; elles sont quelquefois abusives; c'est ce qu'il m'a paru essentiel de développer.

Il vous est libre, dites -vous, de lire indifféremment tous les livres.

Votre place, votre emploi, et même une permission spéciale vous y autorisent. Je ne viens point ici combattre les raisons sur lesquelles

VOUS VOUS appuyez, c'est à votre propre tribunal que je renvoyé votre propre cause; c'est à vous que je lui confie ici le soin de la décider. Est -il une place, est -il un emploi , est - il une permission qui dispense d'avoir de bonnes moeurs et de conserver la Foi? Si donc, malgré votre place, malgré votre emploi, malgré la permission que vous alléguez, telle lecture dérange vos mœurs, ou altère votre Foi 3 Dieu et votre conscience qui vous en intime les ordres, vous permettent - ils d'y vaquer?

La demande est précise, il n'y a ni embarras, ni détours. J'attends de votre droiture que vous prononciez.

Je résous d'avance la question que vous pourriez vous-même me proposer. Car, quelle est donc,

DES PRÉTEXTES, GlC. 385

demaiiderez-vous, peut-être, la nature d'une permission dont il n'est pas toujours permis d'user? L'effet de cette permission , mes chers Auditeurs, est de lever l'obstacle que forraoit la défense, quand il étoit le seul , et de donner une liberté prudente à ceux en qui elle n'est gênée que par le devoir de la soumission. L'effet de cette permission est de conserver en même temps et les droits sacrés de l'Eglise, et l'humble docilité de ses enfans. L'effet de cette permission qu'on a demandée, dans un sentiment de respect et d'obéissance, est d'attirer les secours de Dieu sur ceux qui en usent. Quand on combat sous les ordres et selon les volontés du Seigneur, il cou« *vre de son bouclier; et la même lecture qui, dans des hommes in~ 5. 17

dociles et téméraires, ébranle cl détruit la Foi, ne porte pas la plus légère atteinte à la Religion de ceux qui ne lisent qu'avec de bons desseins, et avec un cœur soumis. Mais l'effet de cette permission ne sauroit subsister, lorsqu'il se trouve en opposition avec une loi supérieure, dont évidemment il n'est personne qui puisse vous affranchir. Elle ne tend donc pas à détruire dans vous ce qu'au contraire elle y suppose; or, en vous permettant de vous appro^ cher du danger, elle suppose que vous rie courez pas celui d'y périr.

Erreur par conséquent , et er« reur visible dans ceux qui prétextent.

la concession d'un pouvoir dont la circonstance particulière de leurs dispositions serrètes énerve la forcej

T>ES PRÉTESTES, etc 887

qui en usent contre l'intention dé ceux de qui ils Font obtenue, dès qu'ils en séparent des conditions qui, par leur nature, en sont inséparables; qui, sans consulter dans eux une foiblesse qu'ils raéconnoissent ou qu'ils déguisent , s'en rapportent à une dispense étrangère que la voix intérieure de leur conscience vient annuller; qui, à l'ombre de leur rang et de leurs titres, regardent une liberté funeste comme un privilège qui leur est dû ; comme s'il étoit parmi les hommes quelque grandeur qui ne dût pas céder à la grandeur de Dieu; ou comme si Dieu consentoit qu'il fût permis aux Grands detre moins sincèrement Chrétiens ! Erreur dans ceux qui pouvant même user de la dispense, en interprètent les termes à leur gié, l'étendeut sans

distinction à tout, lorsqu'elle renferme quelques exceptions positives, traitent de scrupule la délicatesse d'une ame timorée qui en respecte les bornes , et qui croyent enfin pouvoir tout, parce que tout ne leur est pas défendu.

Erreur dans ceux qui osent se permettre la lecture de tout ouvrage, dès qu'il n'a point essuyé de foraielle condamnation. Eh !

n'en est-il donc pas de si mauvais, qu'ils la portent avec euxmêmes, et que leur titre seul l'expose aux yeux, et la publie? La pureté essentielle au Christianisme ne condarane-t-elle pas tout ce qui en ternit l'éclat? La Foi, ce qui en déracine les fondemens ? La Charité qu'on se doit à soi-même , ce qui éloigne du salut? Cette loi universelle qui défend tout péché,

DES PRÉTEXTES, etC. SSc)

ne réprouve -t- elle pas ce qui en est l'insidieuse amorce, et la prochaine occasion? Vous ignoriez que ce livre fût mauvais : S'il eu est ainsi , en avoir commencé la lecture n'est pas un crime ; mais pour(juoi la poursuivre , quand vous en avez aperçu le venin ?

Or, voilà le péché. Qu'il serve du moins à vous rendre désormais plus circonspect. Ne pas recevoir des livres de toute main^ ne pas les lire au hasard pour ne pas tomber dans le piège qu'on vous tend, telle doit être, à cet égard, la règle de votre conduite.

Annonce , dit autrefois le Seigneur à Ezécbiel , annonce à ces hommes qui prophétisent dans Israël, les paroles que je t'ordonne de leur faire entendre : J^alicinare ad Prophetas Israël qui pro-

3gO RÉFUTATION

pheiant. [ Ezech. xii. 2 et-seq. ]. Tu diras à ces Prophètes qui transforment en principes de lumière, les ténèbres de leur cœur : Dices prophetaniibus de corde suo : Tu leur diras, (c'est l'oracle de ma vengeance) : Malheur à ces Prophètes insensés , que leur propre esprit conduit et qu'il aveugle , P^œ Prophetis insipientihus qui sequuntur splritum suum , et nihil vident. Ils n'aperçoivent, et ils ne forment dans leur imaginât iorj que de vains fantômes. Vident vana, et ils ne répandent que les mensonges Divinant mendacium. Israël a été témoin de leur imposture, il le sera des coups de ma colère ; ma, Hiain va s'étendre sur eux , parce qu'ils ont trompé mon peuple, Erit manus mea super Prophetas. Je le préserverai, ce peuple, des pièges

DES PRÉTEXTES, CtC. 3g t

qui Tenvironneat, et vous reconnoîtrêz que je suis le Seigneur,

Eruam populum et scietis

ijuia ego Dominus.

Ail ! sans doute , on le reconnoîtra. ce Dieu puissant et véridique, en le voyant préserver toujours cette portion d hommes fidèles qui n'écôulent que lui. Toujours invariable dans ses dogmes , et toujours sainte dans sa morale, son Eglise ne sera point engloutie dans les flots tumultueux de l'impiété. Mai? que deviendront ces Prophètes qui croyent pouvoir annoncer sa ruine, parce qu'ds y travaillent? Ah! Seigneur, que leur rétractation et leur pénitence (quelques - uns en ont donné l'exemple), suspendent le terrible eflfet des malédictions dont ils sont frappés. Craignez de les partager, vous, qui, comme ces vents

3g2 BÉFUTATIOiV

funestes qui, d'une région empestée, portent, dans d'autres, des principes de mort, introduisez dans l'héritage du Seigneur des semences de rébellion et d'infidélité; vous qui secrètement ouvrez l'entrée' à ces livres corrupteurs de la -Foi et de l'innocence, malgré les lois les plus essentielles et les plus sacrées; vous qui apprenez à les connoître, qui engagez à les lire, qui en facilitez la fatale acquisition , qui protégez l'impie ié pour servir l'Enfer, En "vain échapperez-vous à la vigilance de l'autorité humaine; sûrement vous ne vous soustrairez pas à la justice implacable de Dieu. "Vous lui enlevez des adorateurs; et déjà sa main est prête à vous efî'acer du livre de vie. Pour ceux que vous séduisez, et pour vous, cruels séducteurs, l'abîme est creusé, Et erunt.

DES PRÉTEXTES, CtC. SqS

gui beatificant popiilimi istum , seducentes: et qui beatijîcantur prœcipitati. [ Is. ix. 16, ].

Il ne me reste à présent, mes chers Auditeurs , qu'à vous répéter ce que disoit autrefois le Seigneur k son peuple, par la bouche de Jérémic : Qu'ils ne vous séduisent point, ces faux Prophètes, dont le langage se fait entendre au milieu de vous, Non vos sedu-.

cant Prophetœ vestri qui sunt in medio vestrûm. [Jérém. xxix. 8.], Ce n'est pas moi qui les ai envoyés, Non misi eos. Eh! qu'ils produisent donc aux peuples, qu'ils produisent les titres de leur mission.

Si c'est au nom du vrai Dieu qu'ils enseignent ; que leurs intentions portent donc avec elles quelque caractère de la puissance ou de la sagesse de Dieu. Si c'est la raison 5. 17^

394 PiÉFUTATION

dont ils font valoir les droits; «qu'ils satisfassent donc la raisûji même; qu'ils expliquent pourquoi cette raison établit entre eux des prinrij>es si opposés. Si c'est la succession constante de l'enseignement qui autorise la leur; qu'ils nous disent pourquoi les leçons de l'impiété ont varié sans cesse avec les générations, les temps, les pays, les nations, n'ayant entre elles, pour ressemblance la plus marquée, qu'une haine commune des vérités révélées. Si c'est la supériorité de leurs lumières qui leur donne droit rie nous éclairer ; pourquoi tous les jours, je ne dis pas les ac(îuset-on , mais je dis pourquoi tous les jours peut-on démontrer de grossières erreurs, des inconséquences palpables, de pitoyables méprises, de monstrueuses absurdités? Seroit-

DES PRÉTEXTES, CtC. SqS

ce leur morale qu'ils exaltent?

Quoi! Nous reconnoîtrions pour divine une morale qui favorise tous les déréglemens de l'humanité?

Ah! qu'une telle philosophie nous laisse au moins le droit d'être assez philosophes , pour qu'il ne suffise pas d'en usurper le titre , pour nous convaincre à ceux qui s'arrogent Ja liberté dé dogmatiser.

Suivez, mes chers Auditeurs, suivez les maximes de cette philosophie chrétienne, que vous enseignent ceux qui vous parleut au nom de Dieu. Voulez - vous les connoître ? Qu'ils sont aisés ^.

saisir, les caractères de sa parole!

C'est une parole sainte; elle combat les vices, et l'impiété les multiplie. C'est une parole chaste; elle apprend à respecter la vertu, et l'impiété ne sait pas rougir. C'est une parole

majestueuse ; elle ennoblit les iJéeSj et l'impiété avilit. C'est une parole simple ; elle a tous les traits de la sincérité, et l'impiété entasse les artifices. C'est une parole sûre 5 elle expose avec clarté de grandes preuves, et l'impiété ne peut former que des doutes. C'est une parole uniforme ; elle ne varie jamais , et l'impiété offre de toute part des contradictions. C'est une parole lumineuse ; elle étale des principes admirables de conduite, et l'impiété en efface toutes les règles. C'est une parole consolante 3 elle nourrit les plus solides espérances , et l'impiété ne console pour un moment que les passions.

C'est une parole de paix; elle en affermit le règne, et l'impiété enfante le trouble. C'est une parole aussi ancienne que le Monde ; elle remonte jusqu'au premier

DES PRÉTEXTES, etc. 3gj

homme, auquel Dieu communiqua ses volontés. C'est une parole perpétuée à travers les siècles et les révolutions du Monde ; elle est parvenue jusqu'à nous avec une inviolable intégrité. C'est une parole que ni les discussions, ni les erreurs, ni la dépravation du Monde n'ont pu altérer; toujours elle en a triomphé. C'est une parole appuyée visiblement encore sur des monumens authentiques qui subsistent au milieu du Monde , et que rien n'a pu renverser. C'est une parole qui satisfait l'esprit par la force des motifs qu'elle présente, en même temps qu'elle subjugue par son autorité ; que le coeur goûte par sentiment et par attrait , lors même qu'elle met un frein à ses inclinations, et qu'elle entreprend de le captiver. Enfin,

398 RÉFUTATION , CtC.

c'est une parole de vie, et d'une vie éternelle , et c'est la seule parole qui puisse vous conduire au séjour d'une heureuse immortalité.

Je vous le souhaite.

POUR LE lEUDI

DE LA. TROISIÈME SEMAINE

DE CARÊME

l'oubli dks vérités de la RELIGlOy.

Faciâ aulem die , e grès su s ihal in de" serium locum y et turbœ requirehont eum y et venerunt usque ad ipsum , et detinebant illuin ne discederel ah eis.

Dès qu'il fut jour, il sorlif et se relira daus un lieu désert; le peuple qui le cherchoil, alla l'y trouver, ei il le reteuoii , de peur qu'il ne le quiliâf. Evang. de ce four. S, Luc, Chap. iv.

JLrfE croiroit-on que ce même peuple, aujourd'hui si empresse à clier-

400 L*0UBLI DES VÉRITÉS

cher Jésus-Christ, à s'attacher à ses pas , à le suivre jusques dans le désert où il s'est retiré, et qui paroit si jaloux de le retenir, s'associera dans quelques jours aux fureurs de ses ennemis, pour lui donner la mort? Il aura donc bientôt oublié ses vertus, ses bienfaits, ses miracles ! Naguères, il le vouloit pour Roi; tout-à- l'heure encore, vous l'entendrez s'écrier, en accompagnant, avec des palmes à la main, son entrée triomphante dans Jérusalem, Hozanna au fils de David, à l'héritier du royaume d'Israël, Hosannajîlio David j [Math. xxi. g.]; et quelques jours seront à peine écoulés, ce même peuple fera retentir, contre ce même Jésus, les cris forcenés de la haine :

Nous ne voulons point de cet homme; qu'on le mène à la mort, qu'il soit crucifié, NoîunuiS- hune

regnare super nos. [ Luc. xix.

Image trop fidèle de ce que nous voyons encore aujourd'hui parmi nous. On rend hommage à la doctrine de Jésus-Christ; on admire les vérités que nous enseigne sa Religion, ces vérités toujours chères aux enfans de Dieu. Quand on appartient k Dieu , nous dit Jésus- Christ, on écoute sa parole. Qui ex Deo estj verba Dei audit. [^Jo. vin.

•17.]]. Et bientôt on la méconnoît, ou l'oublie, on l'outrage; bientôt, selon l'expression de S. Paul, on crucifiera Jésus - Christ dans son cœur, Rursàm crucifigp,ntes sibimet ipsis, I^Hebr. vi. 6.]. O vous! qui oubliez cette parole sainte, concluez donc, d'après Jésus - Clirist lai- même, que c'est parce que vous ne voulez pas appartenir à Dieu,

Proptereâ nos non auditis , quia est Deo non estis» [Jo. viii. 47.].

Puisque vous les oubliez si facilement , mes chers Auditeurs , ces vérités dont le souvenir est si nécessaire; il étoit de la Providence de Dieu, que, dans le sein de son Eglise, des hommes séparés du peuple fissent leur occupation principale de les méditer et d'en nourrir leur ame pour éclairer la vôtre. Il étoit de la sagesse de Dieu , au milieu de cette dissipation générale du Monde, de ménager les lieux de recueillement d'où puisent sortir encore les oracles du saiur. Il étoit de l'intérêt des Mondains que le silence de la solitude qu'ils redoutent ou qu'ils j méprisent , recueillît les impressions de la voix de Dieu, pour qu'ils pussent l'entendre retentir elicore, malgré le tumulte des plaisirs ou

DE LA RELIGION, ^o3

des affaires. Il était de l'avantage du Peuple choisi, que le Seigneur plaçât des sentinelles en Israël. Et telle est , Chrétiens mes Frères , l'utile , Iji noble fonction dont sont chargés auprès de vous les Ministres de l'Evangile. Ils vous en rappellent les importantes vérités dont l'oubli cause tous vos malheurs. Ce qu'il y a pour vous de plus aflligeant, c'est qu'à mesure que l'oubli de la Rehgion vous rend plus coupables , il devient aussi plus ditlicile d'en réveiller , dans vous , le souvenir.

Développons celte seule pensée, qui va faire tout le fond de ce Discours , et disons que l'oubli des vérités de la Religion est la cause des désordres qui régnent parmi les Chrétiens; première Partie. Ajoutons que les désordres qui régnent parmi les Chrétiens deviennent en-

4o4 l'oubli des vérités

suite un obstacle au souvenir et à l'amour des vérités de la Reli gion; deuxième Partie.

Heureuses les âmes qui , éloignées du Monde, s'occupent constamment des vérités de la Religion î 3 'ai la consolation d'en voir un grand nombre parmi ceux qui m'écoutent. Je leur retracerai leur bonheur, en leur exposant les malheurs du Monde. Elles en comprendront mieux les avantages d'un état dans lequel les vérités de la Religion sont la nourriture de leur ame , la consolation de leurs cœurs , le mobile de leur conduite , et le présage de leur éternelle félicité. Ave Maria.

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