‹ SermonsChapitre 18 sur 24 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Ne nous bornons pas, Chvétiens auditeurs , à exposer les désordres qui régnent dans le sein du Chris-

tianisme. Vérité de fait , elle n'est malheureusement que trop sensible.

Ne nous contentons pas de les déplorer; quelque justes que puissent être nos gémissemens sur tant de maux , ils n'en seraient pas le remède. Remontons jusqu'à leur source , et consolons plus efficacement la Religion, en attaquant dans son principe le renversement de l'ordre qu'elle a établi. Pour mettre quelque suite dans une matière si générale , j'envisagerai l'homme sous trois rapports : son esprit forme des jugemens ;. son cœur a des passions ; sa vie est un mélange de diverses situations. Or, je prétends que les jugemens de Pesprit de l'homme sont déréglés , parce que les vérités de la Religion cessent d'en être la règle; que les passions du cœur de l'homme sont efjfrénées , parce que les vérités de

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la Beliglon cessent d'en être le frein; que les diverses situations de la vie de l'homme sont autant d'écueils , parce que les vérités de ia Religion cessent de servir de guide. C'est à-dire , pour tout réunir dans la seule pensée du Prophète : que l'oubli des vérités éternelles est la cause de la désolation qui règne sur la terre. [Je ré m,

Je dis que les jugemens de l'esprit de l'homme sont déréglés, et je comprends, sous ce nom, ces jugemens par lesquels on saisit l'apparence pour la réalité. On s'arrête à la superficie des choses, sans en pénétrer la substance; on dénature les objets par la manière dont on les caractérise; on aperçoit la félicité , la gloire , le mérite, partout où il plaît au Monde de les placer. Mettons la chose dans sou

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vrai point de vue. Les principes immuables sont que l'homme est créé pour Dieu, et que le de voi r de Ihomme est d'obéir à Dieu; qu'il n'y a d'essentiel à l'homme que de mériter les récompenses de Dieu ; par conséquent, le véritable jour, sous lequel il faut juger de l'homme , applaudir à sa conduite , estimer son bonheur, c'est la soumission aux ordres de Dieu ; puisque , pour juger sainement , il faut s'appuyer sur des principes fermes , subordonner aux plus essentiels ceux qui sont moins importans , rapporter et faire céder à la fin principale, ee qui n'est que moyen; il faudroit, pour bien juger selon Dieu, ramener tout aux principes les plus sûrs, les plus intéressans , les plus étendus; aux principes de la Religion.

Néanmoins comment parlent et jugent ordinairement dans le Monde

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la plupart des hommes? On dit: cet état est heureux, sans examiner si devant Dieu il est légitime. On dit:

cet enfant est en voie de s'avancer ; on s'intéresse peu à ce qu'il marche dans les voies du salut. On dit : cet homme joue un beau rôle dans le Monde; peu importe qu'il s'accorde mal avec sa qualité de Chrétien. On dit : ce père de famille laisse une belle succession ; parle-t-on beaucoup de celui qui laisse de bons exemples? On dit : ce héros occupera une place honorable dans l'histoire ; et Ton ne pense pas à le plaindre, en cas que son nom ne soit pas inscrit dans le livre de vie. Qu'il est rare que, parmi les qualités précieuses , on compte celle sans laquelle les autres ne sont rien : l'esprit de la Religion; que parmi les éloges , on soit principalement touché du seul qu'il soit im-

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portant de mériter , celui de vrai Chrétien; que parmi les avantages d'un établissement,, on fasse men.tion du plus estimable, celui de s'allier avec la vertu ! Et , par un ayeugleraent encore plus déplorable, combien de fois ce qui est péché devant Dieu, est- il loué au jugement du Monde! On y appelle courage, ce que Dieu proscrit comme une vengeance; on y admire comme grandeur d'ame, ce que Dieu réprouve comme un ressentiment ; ou y célèbre comme l'art de plaire, ce que Dieu condamne comme scandale et séduction. Ah! croirionsnous habiter des contrées qu'éclaire la Religion, lorsque nous y voyons un tel bouleversement d'idées? La fortune, plus honorée que la sagesse ; l'usage des talcns, plus applaudi que n'est blâmé leur pernicieux abus ; l'écrivain , formant sa gloire du défi. 18

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bris de celle des mœurs ; la vertu timide , parce qu'elle est seule son appui; le vice accrédité, dès qu'il sait l'art de se produire j les plus coupables désordres, u'avoir qu'à se travestir sous les airs du Monde; et le Monde lui-même n'en désapprouver que l'éclat! Un fils ingrat, un sujet rebelle, le Monde les. frappe encore d'analhémesj pourquoi donc ne regarde t-il pas au moins du même œil ces auteurs si dangereux , dont l'audacieuse fureur voudroit enlever à Dieu le titre et les. droits de Père commun et de Roi suprême? Et l'on ose compter parmi les Lumières du siècle ceux qui répandent les ténèbres de l'impiété; placer parmi les oracles de la raison ceu^c qui la, dégradent ; gratifier du titre de Grands des.

hommes qui ouvrent l'accès à tous les déréglemens de l'humAnité, et

le superbe nom de Philosophe et de Sage devenir le prix de l'orgueil, qui s'exerce à combattre la véritable sagesse , la sagesse de Jésus-Christ!

De là un nouvel ordre d'idées qui représentent aujourd'hui d'arrciecnes vertus comme lui ridicule, qui colorent du nom de qualités sociales ce qui contribue à la dépravation de la société des hommes, qui trouvent l'agrément du commerce qui lesunitj dans les exemples mutuels par lesquels ils se séduisent. De là ces notions arbitraires du bien dont on prononce encore le nom par décence, et que réel»lem^nt on détruit, sous prétexte de l'analyser. Car, à quelle espèce de bien voudroit-cn réduire tous lesautres? Le bien naturel, le bien.' politique, c'eet sur quoi on épuisG'p* les réflexions j on multiphe les;sys-

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tèmes, on hasarde les essais. Je n'ai garde , mes chers Auditeurs , de m'élever contre ce qui peut être utile à la patrie ; la Religion m'apprend elle - même à être citoyen. Mais ce qui me frappe; c'est que sous ce nom général de bien, on ne pense pas à y renfermer celui de la Religion, mais plutét ià en faire le voile des desseins les plus sinistres; c'est que le progrès des arts fixe tous les soins , tandis qu'on étouffe les progrès de la piété; c'est qu'on paroisse n'estimer que ce qui concourt à perfectionner des talens humains, sans respecter ce qui sert à cultiver les vertus chrétiennes; c'est qu'on n'entend parler que des moyens de multiplier sur la terre les habitans qu'elle dévore, et qu'on s'intéresse si peu à en peupler le Ciel, leur véritable pairie.

O enfans des hommes! Pourquoi borner vos idées à la vie présente?

Pourquoi ne pas les agrandir et les étendre par la noble pensée de l'immortalité ?

Ne soyons pas étonnés, mes chers Auditeurs , de ne point apercevoir cette chrétienne, celte sainte élévation dans l'esprit de l'homme.

Il cesse de s'occuper des vérités divines; et leur impression s'afToiblit. Il ne se porte plus vers les grands objets c[u'elles découvrent; il n'en voit plus les rapports, il perd de vue et les desseins dô Dieu et la destination des hommes.

Le dirai-je! Dieu lui seul semble être étranger au Monde, un être en quelque sorte idéal qu'on ne consulte plus. En conséquence, on ne juge plus que selon l'esprit ou plutôt l'aveuglement du IMonde; c'est-à-dire qu'on y décide de tout.

4i4 l'oubli des vérités S£M0bS regard ^u-s. Toloniés de Dieu ; c|u'on y préconise, ou l'on blànie, sans apprécier les suffrages de Dieu; qu'on y forme ou qu'on y renverse des projets, sans ménagement pour l'oeuvre de Dieu j qu'on n'y met plus au rang des premiers devoirs ceux qui se terminent à Dieu ; qu'on dédaigne, on supporte k peine ceux dent le soin principal est d'honorer Dieu; qu'on y pense et qu'on s'y explique comme si le Monde n'a voit aucune relation avec Dieu. Et, comme il est de la nature d'un pii'e raisonnable d'avoir des principes; à mesure qu'on laisse ceux de la Religion «^évanouir, on en substitue de tout opposés. D'où il arrive, et c'est le plus grand désordre de nos jours, qu'on n'est pas simplement yicieux par foiblesse , mais par système. Ce système favorable au

vice, c'est de l'oubli des vérités de la Religion qu'on l'a vu naître 5 ■c'^sl par là que nous le voyons se répandre et s'accréditer.

De ce que ces vérités n'éclairent plus l'esprit des hommes, il doit suivre qu'elles ne répriment plus leurs passions. Inutilement m'arrêterai je à exposer ici l'étendue de leur empire. L'aveu général forme un cri qui les accuse; et c'est presque toujours par la force même de ses passions que l'homme «ntVeprend d'excuser la coupable foiblesse de sa volonté. Mais, si les passions ont tant de force, il faut donc une digue puissante qui les retienne. Vous ne connôissez que leur violence j je le crois, dès que vous oubliez et les motifs pour les combattre et lart de les vaincre.

Un attrait vif et pressant, un intérêt touchant et sensible , un sen^

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liment naturel et flatteur , une occasion douce et séduisante, un penchant ardent et enraciné; de toutes parts des pièges qui attirent, des exemples qui engagent, des circonstances qui favorisent , un usage qui enhardit; voilà le labyrinthe que la passion sème de fleurs, dont elle multiplie les détours, dont elle garde l'issue. Où trouver la bienfaisante lumière qui vous aide à fuir tant et de si grands dangers ?

Où la trouver, Chrétiens? Dans le souvenir des grandeurs de Dieu, comme le Prophète que la seule gloire de ce saint nom animoit à être fidèle , Memor fui nominis tui , et custodivi legem tuam :

[Ps. cxvui. bb.^\ dans le souvenir de la présence de Dieu, comme Abraham à qui Dieu lui-même donna tetle règle de conduite: Amhula

cord/n me, et esto pérfectus : [Gen.

XVI r. 1. ]; marchez devant moi pour arriver à la perfection dans le souvenir des récompenses de Dieu, comme Moïse qui sut préférer à tout l'espérance de les obtenir, Aspiciebat in remuneraiioneni: [Hebr. xi. 26.]; dans le souvenir de la loi de Dieu, comme Joseph qui, de la sainteté de cette loi, lit le soutien de sa constance, Quomodo ergo possum peccare i?i Doniinum meum: [(jcn. xxxix. 9.]; dans le souvenir des regards actuels de Dieu , comme Suzanne qui craignit moins la mort que le crime dont Dieu seroit le témoin : Meliiis est absqiie opère incidere in manus vestrns cjunin peccare in conspectu Doniini: [Dan.

xiii. i5.]; dans le souvenir d*unc autre vie, comme Job qui, journellement armé de cette créance, 5 18* ■

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s'encourageoit au combat par le désir du triomphe, Cunctis diebus quitus nunc inilito , expetto donec veniat inwiutalîo mea. [ Job.

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