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XIV. j

Eh ! que doit-il arriver , lorsque ce souvenir s'efface ? Ecoutons le Prophète - Roi. L*Impie dit dans son coeur, il n'y a point de Dieu:

Non est Deus. [ Ps. xiii. i. ]. Athéisme de désir sur lequel il veut appuj er la licence de sa vie , et qui en enfante les horreurs:

Ccrrupti sunt et ahomiiiahiles facti -sunt. [Ibid. ]. Le Pécheur, continue ailleurs David, ne pense point à Dieu: Non est Deus in cons-, peciu ejus : [ Ps. x. 5. ] ; et de là , ses crimes se multiplient sans cesse.

In qui natte sunt vice //Aw^. [Ibid. ]. C'est-à-dire, selon ce témoignage ( et l'expérience le confirme ) que i'cubli des bons principes produit

àf peu près les mêmes effets que les principes pervers qu'on se forme, et que les passions trouvent presque la même liberté, dans la dissipation qui les protège, que dans l'audace qui les affranchit. Athéisme de conduite qui i>ésulte de l'oubli des vérités divines ; car bientôt on agit comme s'il *i'y avoil point de Dieu , dès qu'on oublie l'autorité de ce premier Maître , ses lois , ses miséricordes et ses jugemens.

Aussi, comme le Prophète Osée attribuoit à l'oubli du Créateur les temples qu'Israël fit ériger à des Divinités étrangères : Obliiics est Israël factoris sui , et œdijicai^it délabra: [Osée. viii. i4. ]; comme le Seigneur lui-même en fit le reproche à son Peuple: Oblitua et Demi ni creaioris fui: [ Deuter.

:&xxiii. 18. ]j c'est encore celui

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fjui convient à la plupart des Chré* tiens qui n'en remplissent pas les devoirs.

Non , mes Frères , pon , quelque étendue que puisse être aujourd'hui l'impiété , tous n'ont pas puisé dans ces sources empoisonnées relte dépravation qui corrompt les moeurs; tous n'ont pas expressément renoncé à celte Religion dont ils violent les préceptes ; tous ne se sont pas rangés audacieusement sous les étendards de l'incrédulilé qui insulte à la Foi. Mais prescpe tous sont livrés à un genre de vie qui les dissipe, et qui les aveugle. Toujours de nouveaux amusemens que la variété assaisonnej de noiTveaux objets aux passions qui les réveillent; de nouveaux plaisirs que le temps ramène, et qui en déguisent la durée j de

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nouveaux événemens que le Monde présente , et qui en diversifient le spectacle; de nouveaux projets , que leur singularité annonce, et dont la curiosité se repaît; de nouvelles mctiiodes de pourvoir au luxe pour l'habitation, la table, les vétemens: j'ai presque dit une nouvelle manière de parler et d'être. Dans cet amas de pompeuses bagatelles; dans ce cercle continuel de minutieuses révolutions ; dans cette succession rapide d'un mouvement qui étourdit et qui entraîne 3 à l'abri d'un voile qu'on jette sur les effrayantes clartés du sanctuaire , on en vient bientôt de l'indifférence pour ses devoirs, jusqu'à ne pas chercher à s'en instruire; de l'indolence à l'égard de Dieu, jusqu'à ne pas faire attention qu'il existe; de la

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négligence du culte divin, jusqu'à un abandon total. De là l'on croit ne plus exister que pour soi-même.

L'amour de la vie occupe lui seul.

En exalter les douceurs, en épuiser les ressources, en réaliser les conséquences voluptueuses que reproche îe Sage à ceux qui voudroient se persuader que tout finit avec eux, tel est le désir des passions; et, dès qu'elles convertissent en nuages sur l'esprit le trouble qu'elles excitent dans le cœur ; dès qu'on ne leur fait plus entendre cette voix redoutable de la vérité qui les consterne, elles usent de leur liberté, elles prennent leur essor; elles précipitent dans des excès contre lesquels la Religion réclame en vain , dont la raison s'alarme , dont souvent l'humanité rougit.

Qui seroit donc alors capable de

les arrêter? Faire des beautés de la nature de froides peintures; étaler des raisonnemens stériles qui occupent sans émouvoir; proposer l'avantage commun, sans engager efficacement chaque r.articulier à y concourir; éblouir par le spécieux nom de l'ordre, sans en faire naître l'amour; blâmer en général tous les TÎces, sans pouvoir en déraciner aucun; tel est Tunique effet des maxi'^ mes des Sages du Monde . qui , pour servir plus utilement les passions, afiiectcnt de suilire seuls à les combattre. Non, il n'appartient de les vaincre, qu'à la force des vérités de la Religion. De grands effets de- ,. mandent de grands motifs; k de grandes vertus, il faut de grandes vues ; pour se déterminer à de grands combats, il faut un grand courage ; contre des eoneinis puissans, il faut de grands secours.

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Ces secours, l'Esprit saint vous les présente , mes cLers Auditeurs ; mais quel est le bouclier qu'il vous met en raain? C'est le souvenir de vos fins dernières, qu'il assure devoir vous garantir du péché: Meinorare novissima tua, et in œternum non peccabis. [Eccl, vu. 4o.]. Grande vérité que la Religion vous propose , et dont la conséquence pour celui qui la médite, sera de le rendre victorieux de ses passions. Ah ! souvenez-vous, mes Frères, de ce dernier moment, moment inévitable, où vo§^ biens ne seront plus que vos dépouilles; où vos honneurs ne seront plus qu'une ombre; où vos plaisirs ne seront plus que la source de vos regrets; où le Monde ne sera plus que le témoin de votre humiliation; où il ne restera plus de vous, parmi les hommes, qu'une idée bientôt fugitive de votre passage; sur

la terre, que vos cendres; à voire ame, que ses œuvres; moment redoutable où devant Dieu les Grands sont des hommes ; où les hommes ne conservent d'autre titre que cehj de juste ou de coupable; où la transgression des mêmes lois les soumet tous au même arrêt. ISIomcnt incertain, voilé sous d'épaisses ombres, sans cesse il s'avance, sans cesse il menace, sans cesse il surprend.

Moment décisif ; dans le tableau du passé, il offre celui des vertus ou des crimes; dans la perspective de Ta»

Tenir, il présente celle du bonheur ou des chàtimens; il met le dernier terme à cette vie ; il ouvre les immenses profondeurs de l'autre; il sépare à jamais du Monde, il conduit au tribunal de Dieu.

Dans la vue anticipée de ces objets, quelle lumière ! Ah î Chrétiens, si vous la faisiez réfléchir, celte lu-

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niière, sur cet agrément <|ue l'oisiveté entasse et que l'illusion grossit ; sur ces biens que la cupidité accumule et que l'avarice retient ; sur ces honneurs que poursuit l'ambition, et dont l'orgueil se noui^rit; sur -ces douceurs que les sens recherchent et dont la voluj:jîé s'empare ; sur ce crédit que l'artifice établit et dont la haine abuse; sur ces desseins que la jalousie médite et que la force exécute; combien tout-àcouples choses changeroient de face à vos yeux! Bientôt, On vous redemandera votre ame ; quel échange donnerez- vous pour elle? La conquête de V univers vous dédomrnagera-telle de cette perte? [Math. xvi.

28.]; ce sont les paroles de J.-C. A qui laisserez-vous le fruit de ces injustices ? Quel sera le terme de ces plaisirs? Où aboutira tant de gloire?

Aujourd'hui vous êtes pécheurs, de*

main vous serez jiigés; aujourd'hui des trésors sont en votre pouvoir, demain vous en rendrez compte; aujourd hui vous êtes plongés dans les délices, demain vous serez ensevelis dans les flammes; aujourd'hui c'est le somme'l trompeur du Temps, demain ce sera l'afïVeux réveil de l'Eternité, Et voilà, mes Frères, voilà dans ce souvenir la force de ces âmes choisies , qui se montrent supérieures aux. passions de l'homme , parce qu'elles se pénètrent des vérités qui forment le Chrétien. Elles vivent selon l'esprit de la Foi, parce qu'elles marchent précédées de son flambeau. Le Monde voudroit en concentrer l'éclat dans la solitude ; et c'est singulièrement au Monde que cette lumière devient nécessaire , puisque c'est dans le Monde que la passion attaque avec plus de force. Ce qui est l'aliment

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(le la vertu dans la retraite, doit être au moins dans le Monde un préservatif contre le vice. Le Monde se perd, parce qu'il ne réfléchit pas.

La réflexion est donc un devoir essentiel aux gens du Monde. Hélas !

vous plaignez ceux qui vivent éloignés du Monde : vous leur laissez le soin de méditer la vérité. A leur tour et avec plus de raison, ils déplorent votre aveuglement; ils gémissent dé ce qu'au milieu des dangers du Monde, vous n'écartez que les salutaires pensées qui pourroient vous en garantir.

Jetons rapidement un dernier coupd'œil sur les tristes effets que produit, dans les diverses situations de la vie, l'oubli des vérités de la Religion.

Que d'écueils ! Témoins , cet orgueil qui accompagne la prospérité, ces désespoirs qui éclatent dans l'infortune, ces infidélités qui tra-

hissent le devoir, ces prévarications qui déshonorent la dignité des fonctions, ces résolutions imprudentes qui déterminent à un mauvais choix dans celui d'un état de Vie. Seroitce que chacune de ces circonstances offrent un péril inévitable? Non sans doute; puisque, malgré les dangers du bonheur, il est des sages parmi les heureux; puisque, malgré le danger des revers, l'adversité a des héros j puisque, malgré le danger des devoirs onéreux, on voit des modèles d'exactitude ; puisque, malgré le danger de certains emplois, il n'en est point où la vertu ne se signale ; puisque, malgré la force de certains exemples, nous voyons éclater d'admirables exemples de justice et de piété; puisque, malgré le danger des choix, il est une prudence chrétienne qui ne se décide jamais mal. Quelle est donc la véritable ori»

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gine du désordre ? C'est l'oubli des vérités qui chercLeroient à le prévenir.

On oublie que pour être vraiment grand , il faut Têtre devant Dieu ; qu'à ses yeux le péché est une tache dont l'opprobre seroit éternel; que ceux que la Providence élève au dessus des ai. très, leur doivent l'ejccHiple de la soumissiou aux lois divines : voilà Técueil de la grandeur humaine. On oublie que les richesses sont moins une possession dont on est le maître, qu'un dépôt que Dieu confie; que, sous la forme du Pauvre, Jésus-Christ luimême en réclame une portion ; que s'il est c"ucl de ne pae s'atlendnr sui le sort de Tlndigent, une des pi incipale** accusations au tribunal de Dieu, sera; de ne Tavoir pas secouru : voilà recueil de Topulence. On oublie que le Sauveur a conquis le

DE LA. RELIGION. !\3i

Ciel, armé de la Croix; qu'on ne parvient à partager sa gloire qu'en partageant ses souffrances ; l'on s'irrite des maux, parce que l'on n'envisage que leur amertume : voilà, recueil des malheureux. On oublie que c'est à la persévérance que la couronne est promise ; que, par la constance de sa victoire , il faut en acheter les fimits ; qu'une fidélité qui se lasse n'obtient pas une récompense sans fin: voilà l'écueil des difficultés et des dégoûts. On oublie que le seul étal qui nous convient, est celui auquel Dieu nous appelle; que pour suivre en ce point important la volonté de Dieu, il faut s'appliquer à la connoitre ; que, comme de saintes vues doivent diriger dans le choix de tout état, il faut donc, à plus forte raison, ne pas porter des vues profanes dans un état saint : voilà Técueil d'une

détermination arbitraire. On oublie que tout don vient de Dieu, qu'on lui en doit le tribut et la gloire; on usurpe la propriété des qualités brillantes dont on s'applaudit, et l'on en rapporte à soi-même tous les honneurs : voilà l'écueil de la célébrité et des talcns. On oublie que, dans toutes les conditions, une soumission entière doit régler la Foi et les moeurs ; qu'écouter l'Eglise , c'est écouter Jésus-Christ même; au lieu de croire on décide, on se fait à soi-même une créance et une conscience particulières : voilà recueil d'une science présomptueuse.

Mais que les vérités de la Religion reprennent leur force sur ces âmes timides qu'assei'vit l'empire de l'opinion, et l'autorité de l'exemple; elles ne seront plus esclaves des applaudissemens ou de la censure , des menaces ou

des faveurs du Monde, dès qu'elles seront soutenues par le cri de leur conscience et par la connoissance de leurs obligalions. Mais qu'on fasse entendre la voix de ces vérités à une jeunesse qui n'est si licencieuse que parce qu'elle les oublie; à ces homines que la maturité de la raison s'efforce en vain à réconcilier avec la sagesse; l'idée du souverain domaine que Dieu a sur tous les âges^ et des coups dont par intervalle il les frappe, rallentiront la fougue des premiers temps de la vie, et dissipera l'aveuglement qui, sans y préparer, en laisse approcher la fin. Mais qu'on les Consulte, ces vérités, dans la distribution des charges et des grâces; la brigue qui les sollicite ne suppléera pas au mérite à qui on les doit; l'amour du biea

général l'emportera sur une bien* 6. 19

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veillaiice particulière; on confiera les fonctions les plus essentielles à ceux que la droiture et la Religion mettent le plus en état de les remplir; on élèvera aux honneurs de l'Eglise, ceux qui peuvent l'édifier et la servir 3 on remettra les intérêts de l'Etat entre les mains de ceux dont la capacité est connue, et dont la vertu est un garant qu'ils ne les trahiront pas.

'l'out alors sera dans Tordre, dès qu'on voudra suivre l'ordre que Dieu lui même a établi. Mais qu'on forlitie du souvenir de ces vérités tous les motifs humains qui soutiennent la plupart des^ hommes dans le genre de vie qui leur est propre , elles les perfectionneront tous.

Au milieu des hasards et des dangers des armes; l'amour de la gloire et de la patrie soutient le

guerrier ; que seroit-ce si fidèle à son Prince pour être fidèle à Dieu qui lui fait alors un devoir de les braver, il cherchoit à moissonner des lauriers qu'avoue le Dieu des armées? Au milieu d'une foule de cliens donl les demandes l'importunent; le Juge se. soutient par la noble nécessité d'être l'organe de la justice; mais que serace s'il se met devant les yeux, le souverain Juge, à qui, tôt ou tard, il sera comptable de toutes ses sentences, dont l'équité seule pourra 1-e soustraire à un jugement sévère?

Ego j uhtitias j ad'caho. [Ps.LXXiv. 3].

Au milieu des travaux; l'on se soutient dans l'espérance d'eu recueillir les fruits : que sera-ce si l'on se pénètre fortement de la pensée, que le travail est uu joug imposé à l'homme; si l'on chérit pour, elle.- même , et dans la vue

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de Dieu, celte probité dont là réputation est nécessaire au succès? Ali milieu des sollicitudes du trône ; un Roi en porte le fardeau, par amour pour ses peuples , dont il est le Maître et le Père: que seroitce, si, constamment occupé de Dieu, qui Ta placé entre lui et les hommes, comme son image, il cherchoit à lé retracer par le sage exercice de l'autorité, par le bon usage du pouToir, par l'éclat des yertus, par l'abondance dea bienfaits?

Or, la même Religion qui prescrit toutes les vertus, fournit le principe de toutes. En même temps qu'elle nous assujettit à des devoirs, elle nous aide à les remplir.

Elle pourvoit à tout dans la vie, puisqu'elle s'étend à tous les moraens qui la composent , et à tous les événemens qui la varient. Ne

craignez donc pas de rattacher au souvenir des vérités qu'elle nous enseigne, les principales règles de conduite qu'elle uous trace. Im^ muables, ainsi que le Dieu de qui elles émanent , ces vérités affermissent dans le bien; abondantes dans les secours qu'elles renferment, elles prémunissent contre' le mal, elles en facilitent la réparation; universelles dans les lumières qu'elles répandent , elles éclairent tous ceux qui veulent sincèrement les apercevoir; proportionnées à tous les besoins, elles sont applicables à toutes les circonstances^ précieuse^ à tous les lionmaes, que ne pou- Tons-nous les retracer dans tous les esprits, en graver l'amour dans tous les cœurs!

Je les rappelle avec avantage, ces vérités saintes, en présence

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d'un Monarque (') qui en fit constamment la règle de sa yie, qiû trouva dans elles le princifie d'une véritable gloire , et pour t{ui elles sont aujourd'hui une source féconde de consolations. La lumière de ces vérités produisit ces grandes vues à la faveur desquelles on le vit embrasser tous les divers genres de bien, régler le zèle qui les procure sur le discernement qui les apprécie, et réunir toujours les intérêts précieux des peuples^ aux intérêts sacrés de la Religion, Supérieur aux passions , il n'eut d'autre ambition que celle de soutenir sa couronne par ses vertus.

(*) Stanislas, Roi de Pologne, Duc de Ijorraiiip, qui avoit établi ^a résidence à Luuéville.

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d'unir aux droits de rautorité, les charmes de la bienfaisance, et de suivre les voies de la justice chrétienne f tandis que son règne ouvroit k ses sujets la route du bonheur. Réunir les difïérens traits qui forment Tillustre tableau de sa vie , ce seroit montrer comment une confiance sincère attire les secours de la Providence; comment une vive reconnoissance en perpétue le souvenir; comment la constance triomphe des événemeus ; comment l'élévation de l'ame garantit des écueils de l'élévation du rang; comment on peut concilier l'empire qu'on a sur les hommes, et la soumission qu'on doit à Dieu , l'étendue des connoissances et la docilité de la Foi, la force de lesprit et la tendresse de la piété.

Mais je l'ai dit: Si l'oubli des

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Terités de la Religion, devient la cause des désordres qui régnent jwrmi les Chrétiens; ces désordres deviennent à leur tour , pour les Chrétiens , un obstacle au souvenir des vérités de la Religion. C esl le sujet de la seconde Partie.

SECONDE PARTIE

Quand on a perdu de vue les vérités de la Religion, on n*y conforme plus sa conduite; et, par un effet réciproque, quand on ne conforme plus sa conduite aux vérités de la Religion, on forme un obstacle qui en éloigne le souvenir. Pourquoi? En premier lieu, parce que ces vérités étant surnaturelles, on ne les goùie plus; et c'est l'effet d'une vie qui n'a, avec ces véiités, aucun rapport.

En second lieu, parce que ces

vérités étant gênantes, on les redoute; et c'est l'effet des passions qui furent la contrainte. En troiçième lieu, parce que ces vérités étant salutaii-es , on n'est point disposé à en profiter j et c'est Tefict du péclîé qui aveugle, Yie toute naturelle , licence des passions , endurcissement dans le péché; ce &ont là comme les divers degrés du désordre dans lequel on tombe»

et en même temps de l'éloiguement qu'on éprouve , par rapport aux vérités de la Religion.

Saiiit Paul l'a dit en ternies expi'ès : L'homme terrestre ne pénètre point les choses qui sont de l'esprit de Dieu, Animalia homo non perclpit ea quœ sun% Spiritûs Dei, [ i. Cor. ir. i4. ].

L'Apôtre va plus loin: Il ajoute qu'à un Lomme de ce caractère jolies paroisseut une folie, et qu'il 5. 19 ^

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ne peut pas les compreadre, parce que pour en juger, il faut une lumière surnaturelle, Stultitia eniiii est illij et non potest intelligere , quia spiritualiter examinatur. [ib.].

Or, cette lum'ière surnaturelle, eomment l'apercevoir lorsqu'on réduit tout aux objets sensibles ; lorsqu'on s'empresse à jouir de la Tie, plutôt qu'on ne pense à la régler; lorsqu'au tissu des jours qui la composent, on ne cherche qu'à entremêler des projets qui puissent la rendre heureuse; lorsque volontairement, et sans effroi, ?on n'est environné que de ténèbres enfantées par les préjugés et les erreurs du Monde ? Dans cette disproportion frappante de pensées toutes humaines, et d'un amas de Térités touîes divines 3 comment entendre le langage de l'esprit de Dieu? Cet esprit, disoit Jésus-Christ

à ses Apôtres, le Monde ne peut pas le recevoir? Spirltam veritatis quem Mundum non potest reclpère. [ Jo. xiv. 17. ]. Pourquoi? C'est, ajoutoit le Sauveur, que le Monde ne le voit point, et qu'il ne le connoît point, Quia non videt eum f nec scit autem. [Ib. ].

Mais pourquoi le Monde ne le voit -il point et ne le connoit-il point ? C'est qu'il ne voit que par les yeux de la chair ; c'est qu'il ne connoit que ce qui excite la cupidité ; c'est qu'il n'aperçoit que ce qui tombe sous les sens. Et, pour expliquer cette parole de Jésus-Christ par une autre parole de Jésus -Christ lui-même; c'est que les soins, les richesses et les plaisirs de la vie étoufiTent les fruits que devroient produire les vérités de la Religion, A soliciîndimbus el diçitiis et vohtptatihus . vitos

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suffocantur, et non referunt fructurn. [ Luc. viii. i4. ].

Eh! commeut nous écouteroieutils , ces hommes à qui les maximes de l'Evangile sont devenues au moins étrangères? Ils ne cherchent qu*à amasser, et nous parlons de détachement; ils ne soupirent qu'après une vaine gloire , et nous prêchons l'humilité de coeur ; ils ne fixent leurs regards que sur le présent, et nous les transportons dans l'immensité de l'avenir; ils se croient nés pour le bonheur de la Terre, et nous ne préconisons que la félicité du Ciel; ils ne connoissent que les intérêts du Temps, et nous les entretenons de ceux de TEternité. De là, cette dédaigneuse indifïérence , ou ce dangereux dégoût, ou cette positive aversion pour des vérités qu'on traite bientôt d'ennuyeuse morale ,

t)Ë LA RELIGION. 44^

<îès qu'elle ne s'accorde pas avec des principes purement humains.

Ne venez point étaler à nos yeux ce qui est droit et juste, nous diroit - on volontiers , comme autrefois le Peuple de Dieu dans son infidélité le disoit à ses Prophètes , Nolite videre : Et aspicientibus : Nolite aspicere nobis ea quoe recta sunt. [ Is. xxx. lo. ]. Laissez et le souvenir de ces mystères qui surpassent notre intelligence, et le nombre de ces préceptes, si peu conformes à nos goûts, et ces leçons d'une sainteté si peu proportionnée à notre genre de vie, et la piété de ces senlimens que nous sommes si peu disposés k adopter. Portez, portez dans les cloîtres ces maximes de renoncement, de crucifiement, de vigilance et de prière 3 nourrissez

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le mépris du Monde dans ceux qui le fuyent; ne fatiguez pas ceux qui veulent l'aimer; enseignez les vertus chrétiennes à ceux qui réduisent en art la manière de les acquérir ; ne nous exposez pas sans cesse des obligations qui nous importunent; souvenez - vous que nous sommes des hommes ; pour quoi nous parler le langage des Saints, Cesset àfacie nostrâ Sanctus Israël. [ Ibid. 1 1 . ]. Dites-nous des choses qui nous intéi'essent ; rapprochez votre morale de nos mœurs ; n'en puisez pas les principes dans une source trop relevée.

Prenez en main le flambeau de la raison, ne nous présentez pas toujours celui de la Foi , Loquiminl nobis placentia. [ Ib. lo.].

Eh; que faudroit-il, en effet, mes chers Auditeurs, pour rendre

supportables nos discours à des hommes accoutumés à ne se gêner sur rien , à ne goùler que ce qui les flatte , à ne s'occuper que des objets qui sensiblement les intéressent, et à n'estimer dans la vie que les biens naturels qui s'y rencontrent? Il faudroit substituer, aux vérités évangéliques qui instruisent, des vérités sensibles qui amusent; aux maximes chrétiennes qui doivent corriger les moeurs , les agrémens détaillés du pinceau qui en trace 1 image; à la pathétique éloquence qui tend à déraciner les vices , la brillante énumération qui les expose; aux divines leçons qui peuvent rendre les hommes meilleurs, les traits ingénieux qui les caractérisent; à la solidité des sujets dont il est essentiel de se pénétrer, la nouveauté de ceux

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qui plaisent j opposer la frivole peinture du Monde , pour qu'on puisse le reconnoître, aux saints efforts du zèle pour le convertir.

A ce prix, il est un Monde qui consentiroit encore à nous entendre , et nous accorderoit encore ses suffrages. ^lais, malheur, malheur à nous , si nous cherchions à les mériter par de telles condescendances ' Si , par égard pour le Monde, nous cessions jamais de lui prêcher Jésus -Christ, sa croix et son Evangile ! Le suffrage seul qu'il nous est permis d'ambitionner, c'est celui de la pénitence et de la componction de vos coeurs; et il n'appartient de le% toucher, qu'aux vérités de la Religion. Mais hélas ! parce qu'ils sont remplis de seutimens purement naturels , difïicilement nous y ferons péncr

DE LA. HELICION. 4^9

trer des sentimens que la nature n'inspire pas, et qui sont au des-r sus d'elle. Premier obstacle; c'est celui qu'oppose la vie toute naturelle de ces hommes qui se per^ suadent néanmoins qu'ils ne sont pas déréglés , parce qu'ils n'ont pas à se reprocher le comble du dérèglement. Il en est un second plus gi-and encore : les vérités de la Religion sont gênantes , les passions les redoutent, elles veulent en écarter le souvenir.

Que présentent aux hommes les vérités de la Religion? Leurs devoirs. Quelle vue pour ceux qui ne veulent pas les remplir ! Leurs dangers. Quelle perspective pour ceux qui s'y exposent ! Leurs crimes. Quelle conviction pour ceux qui en sont coupables ! La passion a formé des liens, et la Religion

4^0 l'oubli des vérités

ordonne de les briser; la passion a enfanté des projets, la Religion défend de les exécuter; la passion nourrit des sentimens illégitimes , la Religion ne permet pas de s'y livrer. C'est ainsi que îa Religion poursuit la passion jusques dans le coeur oii elle se concentre. A son tour, la passion met tout en oeuvre pour échapper à la Religion.

Félix entend l'Apôtre des nations parier du jour des vengeances; il est épouvanté, Tremefactus: Cessez, dit-il à S. Paul, je vous entendrai quand l'occasion sera favorable, Tewpore opportuno accersam te. [ Act. xxiv. 25. ]. Or , en est-il jamais d'occasion favorable , lorsqu'on ne consulte que la passion? Le souvenir d'une vérité déplaît, par là même qu'elle nous accuse ; cette accusation réveille

la conscience; les reprocbes de celle - ci se transforment en remords ; les remords , quoique insuffisans pour faire cesser le crime , sont toujours assez puissans pour en empoisonner les douceurs. De là vient que pour retirer les hommes de l'abîme de la passion et de rbabitude, il faut préparer les voies qui peuvent conduire jusqu'à la parole de vie, et saisir à propos le moment de la leur faire entendre, quoiqu'il n'appartienne qu'à la grâce de la leur faire goûter. Et lors même que la grâce leur ménage ces momens de lumière, lorsque la vérité vient frapper leur esprit, quelles ressources n'imaginent point des hommes passionnés pour s'en défendre ! Leur annonçons - nous les grandes vérités que la Religion enseigne? C'est sur la nature même de ces vérités qu'on fonde la résis-

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tance qu'on leur oppose. Le zèle qui les publie , on le taxe d'ardeur outrée qui les exagère. Ce que di' soient autrefois au Fils de Dieu les Démons dont il venoit troubler le règne, les passions le répètent encore à la voix des Ministres de Jésus-Christ, qui voudroient anéantir leur empire, Quid nobis et tibi?

pourquoi cette guerre que tous venez nous déclarer? Yous "venez nous tourmenter avant le temps, Venisti antè iempus iorquere nos.

[Math. viii. 29.]. Pourquoi, disent ces hommes que le jour de la vérité fatigue , pourquoi prêcher des vérités terribles avec une véhémence capable de troubler les esprits ? Voilà le prétexte de leurs plaintes , en voiei le véritable motif: C'est que ces vérités troublent les consciences. Non, non, ce n'est pas la force de la raison qu'elles

DE lA RELIGION. ^53

ébranlent, c'est la sécurité dii Pécheur qu'elles déconcertent; ce n'est pas l'économie de la vie civile qu'elles dérangent, c'est le torrent d'une vie licencieuse qu'elles arrêtent ; ce n'est pas la sagesse de l'homme qu'elles altèrent , c'est la folie du péché quelles con* fondent.

Cependant aujourd'hui (peut-oïl l'ignorer?) tout est aveuglement^ préjugé, tout est fanatisme, tout est enthousiasme, dans l'idée du Monde, quand on exhorte ouvertement à la vertu; tout est raison^ tout est sagesse, lumière, philoso-»

phie, dès que l'on conduit secrètement au vice. Mais, sans m'eff rayer des termes qui suppléent pompeusement à la stérilité des preuves, termes que le Monde accrédite , que l'inconsidératiou adopte, et que la frivolité répète,

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et à Tabri desquels la passion se soutient ; qu'y a-t-il donc , je le demande, qu'y a-t-il dans le souvenir des vérités de la Religion qui puisse troubler la raison ? Le souvenir qu'on est fait pour Dieu ?

Cette idée l'élève: Qu'on a des obligations à remplir envers Dieu?

Cette idée la guide: Qu'il faut redouter les vengeances de Dieu ?

Cette idée la garantit. Eh ! d'ailleurs , la Religion ne nous présente-t-elle notre Dieu que sous des idées d'épouvante et de terreur?

Nous devons le craindre , mais il nous ordonne de l'aimei* ; il peut nous perdre , mais il veut nous sauver ; nos péchés méritent les châtimens de sa justice , mais il nous en offre le pardon dans sa miséricorde ; c'est un Maître exact, mais c'est un Pèie tendre,; l'Enfer est effrayant, mais nous sommes

DE LA BELIGION. 4^^

créés pour le Ciel; un Dieu nous Ta ouvert, son sang en est le prix , sa Religion en montre la route, sa grâce aide à le suivre; sa bonté et ses promesses fondent nos espérances , et notre confiance est l'hommage dont il est singulièrement jaloux. Comment ces vérités troubleroient-elles la raison?

Elles sont destinées à la régler.

Jésus-Christ les a enseignées pour sanctifier et purifier la Terre, Ce ne sont pas elles qui enfantent les bouleversemens de ces orageuses révolutions toujours suivies de tant de calamités. O vous, qui, sous le prétexte de défendre les droits de la raison, affectez de prémunir contre le prétendu enthousiasme de ceux qui prêchent les vérités saintes , pourquoi nous forcezvous à plus juste titre de précauîioimer les peuples contre l'en-

thousiasme réel que produisent vos systèmes et vos erreurs ? Le premier, en supposant qu'il fût juste de rappeler de ce nom, ne conduit au moins les hommes qu'à la vertu ; le second les entraîne dans le crime. Vous Voulez proscrire avec elles les principes Vertueux dont les passions seules s'alarnient, et vous cherchez à répandre la perversité d'une morale qui offre à la raison le plus funeste de tous les écueils. Ah ! si les droits de la raison vous sont si chers, au lieu de vous armer contre le souvenir des vérités qui la dirigent, tournez plutôt vos efforts contre la honie de tant d'égaremens qui vous déshonorent : Proscrivez un souvenir enchanteur qui la séduit, dans ces histoires fabuleuses d'une passion imaginée pour en former de i^éelles; dans ces peintures roma-

DE LA. RELIGION. f\.5j

nescjues d'un amour illégitime, (l'une tendresse efféminée, d'un fade héroïsme de sentiment , dans cet assemblage concerté de situations imaginaires, d'événemens singuliers, de catastrophes controuvées : Toilà ce qui en. impose à votre raison et la dégrade, ce qui souvent trouble de jeunes cœurs et les entraîne dans des malheurs réels. Proscrivez ces recueils pernicieux de fausses maximes, dont on goiite la hardiesse, dont on adopte la licence , dont on répète Pimpiété ; ces tissus frauduleux d'artificieux raisonnemens , de téméraires suppositions, de calomnieuses affirmations , de critiques vaines, de doutes affectés, de systèmes monstrueux , que vous décorez du nom de liberté de penser, et qui creusent sous nos pas des abîmes sans fond. Proscrivez

458 l'oubli des vérités

cette liberté effrénée d'établir des principes, sans les appuyer, de rajeunir de vieilles erreurs déjà confondues , d'opposer la bizarrerie d'un paradoxe aux preuves de la vérité : Voilà, voilà ce qui souvent trouble les esprits, et pervertit la raison. Proscrivez celte audace à favoriser les penchans, à en colorer les écarts , à eu excuser les désordres ; cette conspiration tramée, pour accroître leur empire, pour les nourrir par la lecture, les réveiller par le spectacle, les forti-^ fier par l'exemple, les autoriser par l'usage , les encourager par le succès , les enhardir par l'espoir de l'impunité : Voilà , voilà ce qui souvent cause l'ivresse des passions et eu fait rejaillir le trouble sur la raison. Proscrivez cet esprit d'indépendance qui, pour n'être point assujetti à des devoirs sur

îa Terre , s'efForct à ne point reconnoître de souverain dans le Ciel; qui voudroit y détrôner le Dieu de gloire, pour en fouler aux pieds les lois; qui détruit toute idée d'un maître, pour être libre de ne pas se commander à soimême. Proscrivez cet esprit de terre et de boue qui concentre toute sa destinée dans la satisfaction des sens; qui sacrifie sans regret les espérances de la vie future, pour se plonger sans remords dans les excès de la vie présente; qui se ravale à la condition de la brute, pour s'affranchir des obligations (le l'homme. Proscrivez enfin cet esprit de libertinage et de débauche qui dégrade, cet esprit de cupidité et d'intérêt qui avilit, cet esprit d'orgueil et d'ambition qui tourmente, cet esprit de fierté et

46o l'oubli des vérités

de dénomination qui enfle , cet esprit d'indocilité et de révolte qui soulève, cet esprit de ressentiment et de vengeance qui emporte, et voilà, encore une fois, voilà ce qui trouble la raison.

Témoin , mes chers Auditeurs , le sentiment unanime des hommes qui s'accordèrent toujours à regarder comme les moins raisonnables d'entre eux ceux qui sont les plus passionnés. Et s'il faut, pour vous convaincre, établir quelque comparaison entre ceux que guident les vérités de la Religion et ceux dans qui la passion en étouffe le souvenir, en soutiendrez - vous le parallèle ? Eh ! qui donc , je le demande avec confiance, est plus raisonnable que ces vrais Chrétiens qui, vivant selon les principes et eonforméuieut aux vérités de leur

Religion , se ressouviennent que Dieu est le témoia de leur conduite, qu'il doit en être le motif, et qu'il en sera le Rénumérateur ; qui règlent chacun de leurs jours comme s'il devoit être le dernier, et pensent assidûment à celui qui terminera leur vie pour en éviter la surprise ; qui savent , dans les autres hommes, reconnoître leurs frères, et les traiter comme tels; dans les biens dont ils jouissent, apprécier les dons de Dieu et en sanctifier l'usage; dans les bornes du temps qui leur est accordé , en estimer la valeur, et en faire valoir les momens; dans les avan-^ tages qu'offre le Monde, en dé-mêler la vanité, et en modérer les désirs ? Conduite si évidemment raisonnable et si sage, mes chers Auditeurs , qu'uue philosophie pu-

462 l'oubli des vérités

rement humaine voudroit, mais en vain, s'en attribuer le mérite et en recueillir la gloire.

Où trouverons no as au contraire les tristes marques d'une raison dérangée qui se trouble et qui s'égare? Ah! mes Frères, nous lès trouverons dans '^s déplorables suites des mêmes passions qui osent reprocher ce trouble à la Religion, pour résister à ses vérités. Nous les trouverons dans la prétention de cet orgueil insensé qui poursuit des fantômes d'honneur, pour couvrir une obscurité réelle dont un vrai sage sait ne •pas rougir; dans cet eftbrt méprisable qu'on employé à franchir l'intervalle qui sépare le rang où l'on est placé de celui auquel on n'est pas destiné; dans le désir insatiable d'acquérir de la célébrité

parmi les hommes , sacrs examiner à quel prix. Nous les trouverons dans cet amour immodéré d'un jeu qui devient la plus habituelle des occupations, au préjudice des plus importantes , auquel ou sacrifie tout-à-la -foi s son temps, sa fortune et son repos, ctent reflet trop fréquent est un dérangement qui fait épuiser toutes les ressources, et qui n'en laisse quelquefois que de funestes à la probité et à l'honneur. Nous les trouverons dans les excès de cette inclination aveugle qui dérobe la honte du crime, qui en prépare la première punition par des alliances mal assorties, qui finit par précipiter dans le repentir et le malheur.

Nous les trouverons dans cette détestable hardiesse qui secoue le joug de l'autorité la plus respec-

464 l'oubli des vérités

table, qui arrache des enfans à la soumission paternelle , qui les livre à Pinconsidération de leur propre volonté, aux emporiemens tumultueux de leur jeunesse, aux conseils séducteurs des complices de leurs désordres , aux suites effrayantes de leur imprudenle témérité. Nous les trouverons dans cette dissention intolérable entre des époux qui, ne sachant pas respecter les liens sacrés qui les unissent, et ne pouvant pas les rompre, offrent le scandaleux spectacle d'un divorce de seutimens, d'une infidélité réciproque, d'une conduite déshonorante. Nous les trouverons dans la stupide négligence de ces chefs de famille qui, tout occupés de leurs plaisirs, laissent introduire dans leurs maisons une dissipation nuisible » une

t)É LA. RELIGION. 4^5

vicieuse liberté et la foule des déréglemens qui marchent communément à la suite de l'un et de l'autre. Nous les trouverons dans la violence de ces haines dont on nourrit le fiel , dont on écoute les mouvemens , dont on seconde la fureur. Nous les trouverons dans ces abus du pouvoir qui n'envisage que ses intérêts, qui se règle sur ce qu'il peut, non sur oe qu'il doit, et qui ose tout ce qu'il peut, dès qu'il peut tout ce qu'il ose vouloir. Eh ! voilà , je vous en atteste , comment la passion détruit tous les principes, toutes les régies des mœurs, et par conséquent les principes et les règles mêmes de la raison.

Et cependant, pour ne pas troubler vos passions , vous voudriez.

Pécheurs j que nous-mêmes nous 5. 20"^

466 l'oucli des vÉniïÉs

eussions la lâche condescendance de les ménager. Vous nous fai les un reproche du \if effroi qu'impriment dans vous les vérités de la Religion.

Il faudroit, k vous en croire, il faudroit oublier que nous vous prêchons celte Religion, la sagesse de Dieu y comme l'appelle S. Paul [ i .

Cor, 1. 24.]; sans qu'il nous soit permis de la proportionner à la fausse sagesse des hommes ; que nous sommes les ministres de la parole du Seigneur, et non les arbitres de ees volontés. Pour vous plaire, ou plutôt pour vous perdre, jetteronsnous donc des éleurs sur l'abîme creusé devant vous, et dont Dieu vous menace? Enerverons- nous la force de ses oracles , les traits de sa justice, l'image de ses vengeances ?

Vous autoriserons-nous à vous livrer au péché sans remords, à l'élernel

DE LA. ÎIELIGION. 467

supplice sans frayeur , à vous étourdir sur l'autorité de Dieu et sur vos obligations, à oublier qu'il est un Dieu , à douter s'il demande un culte, à les admettre tous pour n'en professer aucun, et à juger de l'indifférence de Dieu à cet égard par la vôtre. Ah! plutôt, que ne pou- Tons-nous vous prêcher les vérités de la Religion avec l'éloquence des Prophètes, manier comme eux le glaive du Seigneur, le faire étinceler à vos regards , pour vous eu faire éviter les coups ! Vous êtes égarés : second obstacle au souvenir des vérités divines, parce qu'elles gênent vos passions. Finissons en deux mots : Ces vérités sont encore salutaires, mais pn n'est point disposé à en profiter.

Paul et Barnabe font des prodiges de zèle; la force de leurs discours paroît ébranler une ville en-

468 l'oubli des vérités

tière : qu'en arrive-t-il? Leurs efforts pour sanctifier le peuple arment contre eux la violence des Juifs obstinés. Nous étions chargés, leur dirent alors les deux Apôtres, de répandre parmi vous les lumières de l'Evangile : Mais, puisque TOUS vous jugez indignes de la vie éternelle dont nous venions vous ouvrir la route; nous allons porter aux nations les dons que vous dédaignez , et enrichir les extrémités de la terre, d'un trésor qui étoit au milieu de vous , Converti mur ad gentes. [ Act. xiii. 46. j.

Vous le savez, grand Dieu! combien le zèle des prédicateurs de votre Evangile est exposé à se ralentir, à la vue de ces hommes qui n'en écoutent les vérités qu'avec une indolence que rien n'excite, une insensibilité que rien ne touche. Dieu

Sauveur, qui vîntes sur la terre appeler les Pécheurs ! des obstacles même qu'ils opposent à vos Ministres, ceux-ci doivent voir naître un motif plus pressant encore de travailler à les sauver. Mais par quel moyen seconderont-ils l'ardeur de ce saint courage? Ils annonceront les vérités de votre Religion; et, souvent, du dédain qui en a négligé le souvenjr, on en vient à l'endurcissement qui les méconnoît, à l'audace qui les brave , le dirai - je ?

à l'impiété qui les blasphème!

Quelle impression font ces mêmes vérités sur quelques-uns de ceux qui par hasaixl nous entendent? Ils croyenl éluder le péril, eu disant que notre fonction est de Jes leur présenter ; comme si la Religion n'étoit qu'un jeu , le Ministère divin qu'un rôle , nos discours que des fictions! Le

470 l'oubli *des vérités

nom de ce grand Dieu que tout annonce , l'idée de ces devoirs qui sont écrits jusques dans le coeur de l'homme, l'existence de votre Religion sainte, en faveur de laquelle tant d'invincibles témoignages déposent, la perspective d'une vie future dont le Paganisme même avoit la certitude, ne réussissent pas à les émouvoir. Nous parlons de la mort, à des hommes dont le tombeau est déjà creusé; des jugemens de Dieu, à des hommes qui touchent au moment d'y être cités; de l'Enfer, à des hommes dont les crimes l'ont ouvert sous leur pas; de l'Eternité, à des hommes pour qui elle commencera peut être aujourd'hui : Ils n«ous écoutent et ils ne se convertissent pas ! C'est que, selon l'expression de S. Grégoire, leur coeur attaché à la Terre ne peut prendre d'essor

rers le Ciel j le désir du Ciel peut à peine y trouver accès. C'est que, dit S. Ambroise, la parole de Dieu ne pénètre que difïïcilement dans une ame vide de sa crainte. C'est que, selon S. Augustin, Dieu permet qu'après l'avoir longtemps oublié, on s'oublie soi-mcine. C'est cpie, selon l'Oracle de l'Ecriture, on est puni par les choses même par lesquelles on a péché. On s'est rendu coupable, en oubliant les vérités de la Religion ; on achève de se perdre, en refusant d'en rappeler le souvenir. Dieu vengeur î pouvezvous nous faire connoître d'une ma^ nière plus frappante, la terreur de votre justice, que par l'inutilité des efforts que fait encore votre mi* séricorde ?

Ingredere..,. et lege de polumine in quo scripsisti ex ore meo perba Do'

472 l'oubli des vérités I

mini: [Jérém. xxxvi. 6]. Entrez dans la maison de Dieu , dit Jérémie captif à Baruch ; peut-être penseront-ils k le fléchir, car l'indignation de Dieu est grande contre le peuple, Magjius furor et indignatio est quant locu- ■ tus est Dominus adversiis populum suum. Baruch obéit ; il est écouté du peuple, les Grands eux-mêmes frémissent. Mais ce recueil de vérités déplaît , il contient des vérités me- ' naçantes. Pour se venger de les avoir entendues; après avoir déchiré les pages qui les renferment, le transport d'une colère impie les livre aux flammes, Dùm consumeretur omne volumen igni. Prophète!

Ecrivez de nouveau, dit le Seigneur à Jérémie : Aux premières menaces ajoutez-en de plus formidables ; je vais enfin accabler ce peuple des maux que je lui ai prédits, sans

qu'il ait voulu m'entendi e , Omne malum qiiod locutus sum ad eos, et non audierunt. [^Ibid. 3i.].

Chrétiens ! Nous les ouvrons encore à vos yeux de la part du Seigneur, ces Livres sacrés qui renferment ses préceptes, ses promesses et ses menaces. Il n'est pas sans doute arrivé le moment de cette fureur effrénée qui ose en faire la proie des flammes , vous vous contentez de les oublier. Mais si le Seigneur paroît vous oublier à son tour! S'il réduit ses Prophètes à un silence redoutable !

Si les Temples se ferment! Si les Chaires deviennent muettes! Si Dieu se tait! Ah î voilà l'augure eflVayaut de ses plus terribles vengeances. Vivre sans foi, sans culte, sans espoir, et, s'il se peut, sans remords et sans frayeur, Dieu le souffre \ mais,

comme vous ne mourrez pas sans €rime. Dieu vous en réserve les châlimens, Omne malum quod lecutus sum ad eos , et non audie^ runL

Ecoutez -les donc et méditez-les^ mes chers Auditeurs, ces vérités salutaires. Puisse désormais occuper votre ame le souvenir du Dieu Créateur de qui vous tenez une existence dont vous lui refusez Thommage, Mémento Creatoris tui : [ Eccl.

xii. 1. J; le souvenir de sa loi dont un esprit de révolte multiplie les infractions, Mémento te legis : [^Malach. ly. 4. ] ; le souvenir de la colère divine et du danger de la voir bientôt éclater. Mémento irœ cjuoniam non tardabit: [Eccl. vu. i8. ]; le souvenir de ralternalive inévitable de votre sort éternel : une couronne de gloire ou les feux de

rabînie, Mémento novissimorum :

\ Ib. 6. ] ; le souvenir (seul il devroit suffire à des cœurs sensibles } ; le souvenir du Sauveur et de son amour, du Sauveur et de son sang , du Sauveur et du pardon qu'il vous offre, du Sauveur et des efforts qu'il fait encore aujourd'hui pour vous sauver! Que le cri de ces vérités trouble le perfide repos qui vous dérobe vos périls j qu'il effraye les vices qui trament votre perte ; qu'il excite les vertus que le Seigneur veut couronner! Si pour un temps ces vérités agitent vos consciences, c'est pour sauver vos aines.

Dès que vous en ferez la règle de votre conduite, vous y trouverez la consolation de vos coeurs. Vous ne savez encore que craindre ce souvenir, vous finirez bientôt par l'aimer avec vos devoirs. Il vous retracera

47^ l'oubli des vérités, etc.

voire destinée, elle est sublime; vos espérances, elles sont infinies; votre bonheur futur, c'est la possession de Dieu lui-même. Je vous la souhaite, etc.

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