‹ SermonsChapitre 21 sur 24 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Qu'importoit à la gloire du sou- Terain Etre le titre de Législateur?

Séparé des hommes par un intervalle dont le nom seul de Créateur annonce qu'ils ne peuvent ni mesurer ni comprendre l'étendue ; devoit-il descendre avec eux dans ce détail d'obligations dont on les représente chargés? Comment la fidélité des hommes peut-elle lui plaire, dès qu'il n'est rien dans la nature de leurs devoirs qui puisse l'intéresser? Ah! Dieu est trop grand pour jeter sur la Terre d'autres regards que ceux qui, dans elle, lui montrent son ouvrage. Placé loin de nous dans une demeure inaccessible, ce n'est point par la stérilité de nos foibles adorations, et par le vide de nos oeuvres que

nous pouvons en approcher. C'est restreindre l'idée de Dieu, et c'est étendre la présomption de notre vanité, que de nous persuader qu'il attend de nous des hommages qu'il seroit indigne de lui d'exiger. Ainsi, mes chers Auditeurs, se déguise l'esprit de l'impiété. Dire ouvertement, avec une audacieuse résistance , à l'autorité divine : Non, je n'obéirai pas à Dieu, Non servifim, [ Jer. 11. 10.]; ce seroit tenir un langage que la scélératesse elle même ne peut entendre sans effroi. ]\1ais prononcer artificieuseiiïi^nt, avec le ton d'une profondeur réfléchie: Dieu n'a point à coeur mes services, puisqu'il n'en a pas besoin, I^on recjuiret [ Ps.x. i3.] ^ c'est couvrir pompeusement l'orgueil de la rébellion du prétexte spécieux de rinutilité de l'obéissance; c*est de la grandeur de Dieu se faire un

bouclier contre la force de sa loi.

Renversons le frêle appui qu'on voudroit y trouver; et montrons premièrement que la loi de Dieu est fondée sur celte même grandeur qu'on lui oppose; secondement que la grandeur de Dieu, loin d'être obscurcie par les détails de la loi, en paroît avec plus d'éclat.

Et d'abord si, de ce que Dieu est trop grand pour donner des lois aux hommes , on conclut que les lois du Christianisme ne sont pas des lois divines; on osera donc, on devra conclure qu'il n'existe pas même une loi naturelle; car, toute loi suppose uu Législateur; et, s'il n'est pas au dessus de la grandeur de Dieu d'en remplir à notre égard les fonctions, il n'est pour nous aucun précepte émané de lui. Dès -là, tout est donc,

parmi les hommes, de conveulion purement humaine et d'accord arbitraire. Tout est donc incertain et dans les ordres que la raison intime , et dans les sentimens que le cœur, éprouve, et dans les remords que la conscience produit; tout est donc indifférent et sans effet , pourvu qu'on le dérobe adroitement à la connoissance des hommes? Tout est donc sans aucun danger personnel pour celui qui secrètement trahit la vertu, et se livre au crime ! Que dis - je , il n'est donc plus ni crime ni vertu; il n'est aucune loi cpii commande celle-ci et qui proscrive celui-là.

L'infâme meurtrier qui ôte la vie, et l'ami généreux qui la soutient, ne formeront donc plus aux yeux de Dieu qu'un même tableau. Ah !

verrez vous sans indignation, mes chers Auditeurs, les traits désho-

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iiorans sous lesquels on a essayé de vous représenter celui du Seigneur? Faut-il réfuter un système qu*il suffit d'exposer pour l'anéantir ; auquel, si la passion peut conformer la conduite, l'esprit refuse d'adhérer avec réflexion, et dont le principe saisit d'horreur quiconque aperçoit les conséquences qui clairement et naturellement en dérivent?

Je n'insiste pas sur ce point, quoique seul il suffise pour prouver combien la grandeur de Dieu est compatible avec l'exercice de son autorité qui donne des lois; puisque ne pas reconnoître que Dieu a donné ses lois , c'est outrager sa grandeur. Mais je vais plus loin; et, sans m'arrêter à l'affreuse idée de ces excès ; la grandeur même de Dieu est d'abord la source primitive du détail des lois qu'il a

imposées aux hommes. Ecoutonsle lui-même; il a soin d'abord de rappeler aux hommes qu'il est leur Maître, lorsqu'il exige leur obéissance , Ego sum Doininus, Mais remarquons que s'il leur ordonne d'être Saints, Sancti estote, c'est sur les motifs de sa sainteté, et par conséquent sur celte grandeur de perfection qui forme son essence , qu'il appuyé aussitôt ce commandement: Soyez Saints, parce que je suis Saint , Sancti estote ^ quia ego Sanctus sum. [ Leyit. xi.

44.]. Comme si) disoit ; Tout ce qui porte le caractère d'ordre , de vertus , de perfections, doit me plaire; parce que dans moi tout est ordre, tout est vertu, tout est perfections.

Sans doute, on ne refusera pas à Dieu ce que nécessairement il faut accorder à l'homme. Or, l'es-

prit humain, malgré les nuages dont l'environnent les passions d'un cœur déréglé , ne vit et ne peut jamais voir d'un même œil et le bien et le mal. Il approuve le bien, lors même qu'il l'omet; et , lors même qu'il fait le mal , il le blâme. Mais comment l'homme auroit il reçu de Dieu ce discernement de sagesse, si la plénitude de celle sagesse ne résidoit pas dans Dieu? Et, puisque Dieu est évidemment la sagesse même, il connoît donc, il estime donc, il chérit donc tout ce qui présente avec la sagesse quelque rapport.

Il est donc visiblement digne de la grandeur de cette sagesse divine de poser elle-même sur la Terre les fondemens de la vertu, d'en marquer les devoirs, d'en inspirer l'amour , d'en établir le règne. Cette obligation d'être Saints, que

Dieu prescrit aux hommes, est donc une suite naturelle , c'est une émanation (de la sainteté parfaite qui caractérise la grandeur de Dieu. Soyez Saints, parce que je suis Saint, Sancti estote , quia ego Sanctus sum.

Vous affectez de méconnoître mon Dieu, à ce Me suite détaillée de préceptes que j'ai reçus de lui; et vous anéantissez, le vôtre par l'indifférence que vous lui prêtez. Je vous montre un Dieu saint; vous m'offrez un Dieu insenssible. Je vous montre un Dieu sage , dont la voix fait descendre les vertus jusques parmi vous; vous m'offi'cz un Dien indolent qui n'entend pas même la voix des crimes. Je vous montre un Dieu qui, en construisant l'Univers, en a fait son temple ; vous m'offrez un Dieu qui s'est uniquement renfermé dans Tenceinle de son Être.

Je vous montre un Dieu le centre et la fin (le tout, comme il en est le principe; vous m'offrez un Dieu isolé, auquel rien n'a rapport. Je vous montre un Dieu tel que la saine raison m'appiend qu'il doit être ; vous m'offrez un Dieu tel que les passions effrénées voudroient qu'il fût. La honte des Dieux du Paganisme étoit de pouvoir être honorés par les vices; le vôtre en diffère peu, dès qu'il ne peut pas être honoré par les vertus. De leurs Idoles, les Payeus osèrent faire des Dieux; et vous, de votre Dieu, vous osez faire une Idole! Qu'importe que vous ne le jugiez pas foible comme elles, si, comme elles, vous le croyez oisif? Ehî qu'est pour vous son existence, si vous pouvez agir, comme s'il n'existoit pas? Qu'est- il à votre égard, dès que vous-même n'êtes rien dans ses vues? Avouez -

le, VOUS n'envisagez la haute élévation de son trône, que pour persuader qu'aucun regard n'en descend. Vous ne le placez au dessus du Monde, qu'afin que, dans vos idées, le Monde échappe à ses soins.

Vous ne célébrez la sublimité de sa gi'andeur, que pour en supprimer le culte et en même temps vos devoirs. En exaltant ainsi son empire, votre eflort déguisé tend à le détruire, et travaille à le renverser.

Quel Dieu vous donnez au Monde !

Un Dieu sourd à nos demandes , aveugle sur nos désordres, indifierent à nos vertus, inaccessible à nos horomages , inflexible à nos malheurs. Ah! je ne m'étonne pas, si, d'après ce portrait insensé que l'impiété en a quelquefois oeé tracer, on a vu les impies eu vouloir abolir jusqu'au nom.

N'être gj-and cpe pour soi; dit-on

tous les jours par intérêt peut-être, mais, néanmoins, avec vérité, c'est cesser de l'être. Ici, par un intérêt mal entendu et tout opposé , on ose ribus dire» que parce qu'il est infiniment grand, Dieu concentre eu lui toutes ses grandeurs. Grandeurs dont il est cependant visible qu'il a voulu faire part à la Terre, puisqu'elle est sensiblement remplie de sa gloire. De ce qu'un homme est grand , et à proportion de ce qu'il est grand, on conclut avec justice, des hommages que le respect et la subordination lui doivent. Ici, par une manifeste contradiction , c'est précisément l'ineffable grandeur de Dieu qui nous dispense de l'honorer. Ainsi donc , à suivre les méprisables erreurs de cet absurbe raisonnement, nous sommes exempts de l'obligation d'aimer Dieu: pourquoi?

Parce qu'il est souverainement ai-

mable; ce n'est point un devoir dé nous humilier dcTant lui. Parce qu'il est l'infinie Grandeur; nous ne lui devons pas des marques de notre soumission. Parce qu'il est le Maître de nos Maîtres, le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs; nous ne pouvons rien espérer de lui. Parce qu'il est la Bonté suprême; nous n'avons rien à lui rendre ni à lui offrir. Parce qu'il mérite tout et que tout lui est du; il n'est pour nous, à son égard , aucune dépendance de nos biens, de notre vie, quand c'est de lui que nous les tenons. Ainsi, parce que Dieu est infiniment sage, il ne prescrit point la sagesse; parce qu'il est nécessairement juste, il ne proscrira pas l'injustice, il ne récompensera pas la justice; parce qu'il est auteur et amateur de l'ordre, il n'est et il ne peut y avoir aucun désordre à ses yeux. Jusqu'où l'aveu-

glement de l'indocilité n'étend point son délire ! Ah ! puisque nous sommes évidemment l'ouvrage des mains de Dieu ; puisqu'il a pu nous donner l'être, sans dégrader sa puissance, pourquoi donc ne pourroit-il nous donner des lois, sans avilir son autorité? Nous retrouvons, de l'aveu des hommes, dans le plus petit détail des objets créés , la même main de Dieu qui forma le magnifique palais du Monde. Pourquoi ce grand Dieu qui le créa, dédaigneroit-il d'étendre ses soins sur les œuvres de ceux qui l'habitent? Les beautés de la vertu sont-elles moins précieuses que celles de la nature? Le titre de Sanctificateur des hommes estil moins digne de Dieu que celui de leur Créateur? N'est- il pas conséquent que Dieu qui les forme veuille aussi les régler j et que, par une suite de ses grandes vues dans

l'existence qu'il accorde aux hommes, il veille lui-même sur les pensées de leur esprit et sur les affections de leur cœur?

Oserez-vous encore opposer cetîe comparaison froide et usée, aussi foible , aussi insensée que le système qu'elle appuyé; que, comme il n'est pas de la volonté d'un grand Roi d'approuver ou même de connoître chaque action de ses sujets, il n'entre point, à plus forte raison, dans l'idée du premier Être, de s a^ baisser à des détails qui n'ont rfcn de commun avec son élévation. Ah!

cessez , de grâce , cessez au moins de discourir sur la conduite de Dieu, à l'égard des hommes, dès que vous portez l'aveuglement jusqu'à confondre les hommes avec Dieu. Si vous n'avez pas même les premières notions qui les distiuijuent ; épargnez-ncus, ou plu-

tôt épargnez vous à vous - même , la honte de quelques diflicultés , qui n'ont de philosophique que le nom , et ne déshonorez pas votre raison pour prostituer votre liberté.

Le plus puissant Monarque , auquel sont soumis des Peuples nombreux , est leur Maître , il est vrai ; mais est - il leur Créateur ?

Tributaires de sa puissance, en sont-ils l'ouvrage? Les mêmes titres, les mêmes droits, la même union fondent-ils les mêmes rapports ? Les Maîtres du Monde eu sont- ils les Dieux? Qu'un Monarque ne porte point sur tous les objets son attention, qu'en résultet-il? C'est qu'elle ne peut jamais • être universelle ; c'est que trop la partager seroit Taffolblir; c'est qu'il ne peut pas en même temps

régler et le sort général d*un empire et l'harmonie de chaque société particulière. Encore ne convenez - vous pas qu'un tel effort , s'il étoit possible , seroit digne des Souverains ; qu'ils sont doublement grands à mesure qu'ils en approchent; qu'il est beau de joindre sur le trône la vigilance d'un Père à la majesté d'un Roi; et que, jusques dans les plus petits détails , peut éclater la véritable grandeur.

Assuérus, occupé de la fidélité du seul Mardochée, dont il ordonne le triomphe , se montre aussi grand, que quand il envoyé dans les provinces l'ordre qui contient le salut des Juifs. Y pensai- je > • et pourquoi m'arrêter à ce parallèle? Mérite-t'il quelque attention, dès qu'il est sans force ? I ^a grandeur humaine est évidemment res-

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treinte par les limites de l'Iiumanité. Elle se livre par préférence à (le grands intérêts, parce que sa propre foiblesse lui apprend qu elle ne peut pas également s'occuper de tout. Elle étend au loin ses regards , parce qu'elle ne veut pas former autour d'elle un obstacle qui s'oppose à la supériorité de ses vues; et, si elle paroît se refuser à certaines fonctions , c'est parce qu'il en est d'importantes et d'augustes auxquelles elle se doit toute. En un mot, puisque la splendeur royale est nécessairement réunie à une condition mortelle , elle est donc nécessairement renfermée dans les bornes étroites de la mortalité.

Rougissez donc de nous répéter que Dieu est trop grand pour s'intéresser à ce qui se passe parmi vous. Si Dieu étoit moins grand,

VOUS paroi triez raisonner plus juste, en soupçonnant qu'il n'y prend pas tant d'intérêt. Il pourroit y avoir des bornes dans ses soins , s'il y avoit des bornes dans ses perfections; mais, puisqu'il est Dieu, et par conséquent infini dans ses grandeurs ; il n'est donc rien qui puisse échapper à la continuité de sa vigilance , à l'étendue de ses droits, à Tactivité de ses regards.

Il n'est rien qu'il ne connoisse sans recherche, qu'il ne démêle sans obscurité, qu'il ne juge sans distinction, qu'il ne règle sans travail, qu'il ne termine sans effort. Il n'est rien dans le nombre des lois qu'il établit, ni dans la multitude de ceux qui les observent, ou qui les transgressent, ni dans les récompenses qu'il promet aux uns , ou dans les châtimens qu'il réserve aux autres; non, il n'est rien qui

le gène , qui lui coule , qui le fatigue qui l'assujettisse; il n'est donc rien qui ne soit digne de sa grandeur et de son autorité qui commande, de sa sagesse qui gou»

verne, et de sa puissance qui aide, et de sa science qui voit, et de sa Providence qui veille, et de sa miséricorde qui pardonne, et de sa justice qui punit. Loin que le détail des lois divines déroge à l'idée de la grandeur de Dieu, l'idée même de la grandeur de Dieu est donc un premier avertissement qui nous instruit de Tobligation où nous sommes de connoitre et d'observer ses lois. Il y a plus. A mesure que nous connoissons mieux ses lois, nous approfondissons davantage la grandeur de Dieuj elle en reçoit à nos yeujt un nouvel éclat.

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Quelle idée brillante je me forme de f universalité de son domaine , lorsque, contemplant le Seigneur sur le trône de l'Univers, (jue sa parole seule fit éclore , je le vois diriger par sa bonté toutes nos œuvres, suivre d'un regard toutes nos voies, sonder toutes les consciences, pénétrer toutes les pensées, découvrir tous les desseins, juger tous les motifs, peser les esprits, selon l'expression de l'Ecriture , rapporter nécessairement tout à lui-même, et se montrer aussi universellement le terme auquel tout doit aboutir, qu'il est universellement le principe d'où tout dérive, TJniversa propter semetipsum operatus est Dominus»

[Prov. XVI. 4.].

Un seul être indépendant dans le Monde contredit l'idée de l'au-

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torité absolue de Dieu sur le Monde ; et cependant , s'il n'est pas, de la part de Dieu, une loi qui nous captive, voilà notre liberté pleinement dégagée de Tassujettissement qui la soumet à ses ordres.

Alors ce n'est donc plus à Dieu, ce n'est qu'à nous que nous rendrons compte de l'usage qu'il nous plaît d'en faire. Dès-là nous sommes en quelque sorte à nous-mêmes nos Dieux. Dieux périssables , il est vrai; Dieux fragiles, de terre et de boue ; mais enfin ne devant rien à Dieu comme un hommage, et ne lui étant point soumis pendant la durée de la vie; s'il n'est pour nous d'autre loi que celle de la mort.

J'atteste au contraire que Dieu est essentiellement ma fin. En avouant que c'est vers lui qu'il m'ordonne de tendre , je publie ses grandeurs par autant de voix que je compte

d'élres vivans dans l'Univers; j'atlesle sa libéralité, en observant la loi de la reconnoissance pour ses bienfaits; sa vérité, en observant la loi de la docilité à sa parole; sa sagesse, en observant la loi de la conformité à ses vues ; j'atteste qu'il est mon premier Maître, en confessant que je dois lui obéir en tout ; qu'il est le souverain bien , en confessant que je dois le préférer à tout ; qu'il est le bien unique et nécessaire, en confessant que, sans en excepter même la vie , je dois lui sacrifier tout. La loi de Tadoration et du sacrifice qui ne peuvent être offerts qu'à Dieu , annonce l'excellence et l'infinie supériorité de son Être et de sa puissance; la loi de la confiance et de la prière annonce et ses richesses et sa bonté; la loi de l'expiation et de la pénitence

annonce sa justice et sa miséricorde.

Dieu, il est vrai, a chargé 4es Cieux de raconter sa gloire, et ils en sont la brillante image, l'n cri continuel de la nature forme un concert de louanges pour son auteur, et les prodiges que la Terre nous offre sont comme autant de la?)leaux abrégés de la Providence qui la gouverne. Mais ce n'est point encore là, j'ose le dire, le Dieu tel que mon esprit le connoît et que mon cœur l'adore. J'adore non - seulement un Dieu puissant , mais un Dieu saint. Comme je retrouve partout le Dieu des merveilles , je veux voir aussi le Dieu des vertus; il m'a montré la force qui créa le Monde»

je dois y voir réunie la sainteté qui le règle: et c'est ce que Dieu nous peint sensiblement dans celte

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loi pure qui , selon l'expression du Prophète, convertit les âmes, Liex Domini immaculata , conver* tens animas. [Ps. xviii. 8.].

Aussi, entends -je le Prophète s'écrier que Dieu est admirable dans ses Saints , Mirabilis Deus in Sanctis suis. [ Ps. lxvii. 36. ].

Pourquoi? Parce que les hommes sanctifiés par Tobservalion de la loi de Dieu font éclater la sainteté de Dieu dont la leur est une participation ; parce que la sainteté des hommes est comme une révélation nouvelle par laquelle Dieu nous rend plus sensible dans lui la vertu divine qui forme dans les hommes, et qui soutient les vertus humaines. Parce que les grands effets d'une si sage législation tournent nécessairement à la gloire du suprême Législateur.

Eh! combien de fois se sont élevées

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jusqu'à Dieu des acclamations de la part des hommes , à la vue des actions vertueuses que produit , parmi les hommes, la fidélité aux lois de Dieu ! Le Pauvre qui reçoit en son nom et par ses ordres, de la compassion du Riche, uu secours nécessaire, bénit, avec transport, le Dieu de charité qui le lui procure. Le Malheureux, que la vengeance épargne jusques entre les mains de son ennemi , bénit le Dieu de paix , à la médiation duquel il doit sa grâce. Le Coupable , dont un silence prudent couvre les fautes , bénit le Dieu de bonté qui unit le soin de la réputation des hommes à l'envie de pardonner le péché même qui peut la flétrir. La loi de Dieu nous montre toujours dans lui l'Asile des Infortunés, le soutien des Foibles, le Protecteur de l'in- 5. 22

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nocence , l'Appui de la vérité , le Père des hommes , le Bienfaiteur de l'humanité ; elle contribue donc à en manifester les grandeurs, Mirabilis Deus in sanctis suis.

Que si des vertus sociales, dont l'intérêt particulier relève si volontiers le mérite , nous remontons jusqu'aux vertus personnelles , effet des lois diverses qui règlent l'homme et qui l'obligent à se maîtriser; quelle gloire pour le Dieu qui en est le principe ! Je vous en prends à témoin, mes chers Auditeurs: De toutes les œuvres de Dieu, en est-il une qui vous fasse plus efficacement élever vers lui un regard d'admiration, que ces traits marqués d'une fidélité chrétienne à ses lois? Avec quelle éloquence cette fidélité vous invite à reconnoitre et à louer les graja-

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deurs de Dieu! Ali! diies-rous, je le sens , il n*est que Dieu qui puisse inspirer celle générosité, animer ce courage» soutenir cette constance, produire cet héroïsme; il faut, pour de telles vertus, et l'autorité de la loi de Dieu, et la force de sa grâce. Qu'un maître, auquel si merveilleusement on obéit, est bien digne de commander. Mirabilis Deus in sanctis sui^! Et si, comme trop souvent il arrive, les hommes se montrent indociles ; ah ! du moins la gloire de Dieu sera toujours eqipreintc sur ses lois mêmes, et Dieu en vengera la sainteté par le remords des coupables , l'autorité par leur frayeur, la justice par leur punition.

Concluons qu'on ne peut oppo^ ser la grandeur de Dieu à sa volonté de donner des lois aux

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hommes, qu'en méconnoissant Diefli Jui-même; et que demander quel intérêt Dieu peut prendre à la conduite des hommes, c'est oublier que Ifi vertu est essentiellement capable d'intéresser Dieu. Que font k Dieu nos oeuvres? Mais, dites- Tnoi que faisoit à Dieu votre existence? Or, est^il moins convenable à Dieu de vous tracer un plan de ■vie, qu'il ne le fut de vous donner même la vie? Il est étrange qu'après l'avoir reçue de lui, vous lui disputiez le droit de vous en mar*quer l'usage. Créés par lui, vous ne pûtes être créés que pour lui.

Il éloit donc conséquent qu'il vous enseignât lui même les moyens de TOUS reridre dignes de lui. L'homme digne de Dieu! Oui, mes chers Auditeurs, yous pouvez et vous devez l'être. Cela me conduit naturellement à dissiper uçi second

prétexte, dont on s'efforce à autoriser la même errem'; lorsqu'on oppose encore, à l'existence des lois de Dieu , le néant de l'homme.

C'est ce que je vais examiner dans la seconde Partie.

SECONDE PARTIE

C'est un contraste étonnant , mes chers Auditeurs , que l'opposition des idées que l'homme se forme de lui - même. Tantôt fier et superbe, jusqu'à vouloir pénétrer dans les conseils du Très- Haut, il ose en sonder les profondeurs; tantôt vil et rampant jusqu'à se confondre avec les êtres les plus méprisables , il affecte de croire que Dieu ne daigne pas laisser tomber un de ses regards sur lui. Peut-être est-ce l'effet du mélange singulier de tant de qua-

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]ités différentes, et contraires le» unes aux autres, qui rend l'homme incompréhensible à lui même. Frappés d'une part de ce qu'il renferme de grandeurs, Jmmiliés de l'autre de ce qu'il réunit de misères , les Philosophes pavens concevoient à peine la condition de l'homme, dont la Religion nous explique seule la véritable cause. Us soupçonnoient, ils conjecturoient , ils paroissoient entrevoir la chute qui a dégradé la nature humaine , et qui lui a laissé tout ensemble de nobles indices de son premier état, et de tristes marques de celui dans lequel elle est tombée. Sans rappeler leurs opinions; prenons ici une route sûre qui s'éloigne également des deux excès. îVe suiirons pas celte effrayante témérité de l'homme qui essaye de se mesurer avec Dieu, en le fixant

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jusques dans le centre de sa gloire; mais aussi iie souscrivons pas à ce honteux avilissement qui travestit indignement l'humanité. Saisissons, dans leur juste milieu , les idées sous lesquelles l'homme veut luimême se dépeindre. Elles sont justes, lorsqu'on leur assigne des bornes, et leur conciliation sert merveilleusement à établir l'existence de la loi de Dieu. Car, de ce que l'homme a réellement un fond de grandeur , je conclus qu'il est capable de recevoir la loi de Dieu; de ce qu'il a malheureusement un fond de bassesse, je conclus qu'il a besoin d'être conduit par la loi de Dieu.

Qu'est-ce que l'homme, pour que vous daigniez penser à lui, disoil au Seigneur le Prophête-Roi , dans l'humble conviction de son néant, Quid est Jiouio , quod memor e&

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ejus"^. [Ps. viii. 6.]. Mais, prenez^y garde, mes cliers Auditeurs, le Prophète ajoutoit au même instant:

Vous avez formé l'homme presque égal aux Anges, vous l'avez comblé de gloire et d^honneur: vous l'avez établi le maître du Monde, Minuisti eitmpaulo minus ab AngeliSygloriâ et honore coronasti eitm, constituisti emn super opéra manuum taaruni, [ Ibid. 6. J. C'est ainsi que, sans dépouiller les hommes de leurs prérogatives par aveuglement, il ne les induisoit point à se les approprier par orgueil. Or, que fait l'impiété ? Cette première ([uestion, formée uniquement par une reconnoissance éclairée qui rapporte tout à Dieu, en s'étonnant que Dieu ait tout fait pour nous, l'impiété la pervertit- Elle employé à détruire toute sôumiseion à Dieu, ce qui devroit en

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être le fondement. Elle demande à son tour qu'est-ce que l'homme?

Mais cette demande est de sa part le langage artificieux d'un mépris apparent qui ne s'étudie à rabaisser et à avilir l'homme, que dans le dessein de lui obtenir l'exemption de toutes les lois divines , Quid est horrw ?

A Dieu ne plaise, mes cliers Auditeurs, qu'oubliant jamais la vraie condition des hommes, je veuille flatter leur vanité pour en faire naître de fausses vertus ; et que, par les voies de l'erreur, je cherche à les conduire à la vérité. Bientôt ces fantômes de l'illusion seroienl dissipés. Il suffit de les fixer un instant ; au premier coup d'oeil qui les atteint, on les voit s'évanouir. Auîa«l que nous sommes industrieux à nous prévaloir les uns vis-à-vis des autres 5. 22 *

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de nos droits particuliers , autant sommes - nous éloquens à déplorer les misères qui nous sont communes. Les plus sages, parmi les hommes , sont ceux qui les connoisscnlle mieux; et les plus vains, après s'être glorifiés de quielques distinctions passagères , qui les séparent pour un moment de la foule, s'avouent bientôt contraints à descendre avec elle dans l'abîme profond d'une triste égalité. Faire à peine une légère partie de l'Univers dont la vaste étendue absorbe ceux qu'elle renferme; être concentré dans le cercle étroit d'une vie incertaine; n'avoir aucun droit sur le temps qui s'écoule, et céder nécessairement à la voracité qui l'engloutit; être sans cesse exposé et souvent en proie aux afflictions, aux humiliations et à la douleur ; voir infailliblement réduit au court

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espace de quelques années ce qu'il y a de plus brillant dans la gloire, de plus heureux dans le succès, de plus solide dans la fortune , de plus doux dans l'abondance, de plus satisfaisant dans les plaisirs j être sorti de la nuit des siècles, et devoir rentrer dans les ténèbres de la mort; avoir dans le Monde le néant pour origine et le tombeau pour terme ; à ces traits , pouvons-nous nous méconnoîti-e? Et pouvons - nous nous reconnoître , sans nous écrier aussitôt: Hélas î que sommes nous? Quid est homo?

Mais est - ce donc là tout riiomme? Je ne me prévaudrai point ici de hautes idées que d'anciens Sages avoient conçues de Ta me humaine qu'ils estimèrent assez pour la regarder comme une portion de l'esprit céleste. Je ne vous

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rappelle point que, remarquant dans l'homme et la connoissance et l'amour de Tordre, ils en fixèrent la conséquence des obligations qui s'y trouvent comme presque naturellement et entièrement développées. Je n'ajoute pas que, ravis des beautés de la vertu , ils en vinrent jusqu'à juger l'homme vertueux capable d'attirer les regards de la Divinité , et d'en fixer les complaisances. C'est vous-mêmes, mes chers Auditeurs . que j'interroge.

J'atteste dans vous cette vive réclamation d'une grandeur primitive que vous entendez dans le secret de l'ame. J'en appelle à ses pensées , à ses impressions, à ses désirs. Et comme il arrive que des hommes déchus par infortune d'un rang élevé où les avoit placés la naissance, conservent et portent

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encore, gravés sur leur front jusques dans Thumilialion de leur chute , quekjues - uns de ces traits qui décèlent la noblesse de leur origine ; je demande si l'homme ne lit pas encore les titres de sa grandeur jusqu'au milieu de la décadence qui les obscurcit.

Devant Dieu, répondez - vous , devant Dieu vous n'êtes rien. Jusqu'ici c'est l'humble aveu que la vérité vous dicte ; mais n'allez pas plus loin , et qu'une Immililé hypocrite ne vous rende pas ingrats.

S'il est vrai qu'une distance infinie et essentielle vous sépare de Dieu; vous est-il permis d'oublier les dons de sa bonté, par lcs(|uels lui-même vous en rapproche ? Ahl voyez donc , voyez Dieu tout occupé de l'homme, accumuler, entasser les bienfaits, et presque-

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puiser sa bienfaisance en faveur de l'homme; créer l'Univers pour l'homme, et vouloir en quelque sorte en partager l'empire avec lui. Voyez l'inielligence des hommes mesurer les cieux, en connoîlre Tordre, en calculer les mouvemens, en prévoir les phénomènes; et, tandis que la nature lui voile la plupart de ses secrets, s'approprier au moins l'utilité de ses productions, et se ménager le plaisir d'en admirer le spectacle. Voyez son industrie commander à la Terre, en entretenir la fertilité, en fouiller les cavernes, en extraire les métaux, en recueillir les trésors. Voyez son heureuse audace habiter au milieu des flots, parcourir et franchir les mers, braver leurs immenses profondeurs et se mettre à l'abri de leurs tempêtes.

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Voyez son habilité manier et plier à son gré les élémens, comprimer ou rendre à l'air son essor, résister à l'impétuosité des eaux et en détourner le cours ; donner aux flammes une activité nouvelle ou en tempérer les ardeurs. Voyez son autorité subjuguer les animaux, faire usage de leur instinct, dompter leur férocité , et s'en servir comme d'autant d'esclaves. Entre les mains de l'homme, l'art devient presqu'aussi fécond que la nature.

Il est une sorte de création , si j'ose le dire, qui est au pouvoir des talens. Au milieu du Monde , un Monde nouveau s'élève pour nous faire entendre, selon la parole du Prophète, que l'homme est le chef-d'oeuvre de la main de Dieu, puisque Dieu l'a placé au dessus de tous ses ouvrages, Cons-

tituJsti eum super opéra manuuin tuarunu Dieu a fait l'homme assez grand pour douner des lois au Monde ; l'homme ne veut pas l'être assez pour être soumis aux lois de Dieu!

> Eh bien! par des caractères plus divins encore, Dieu a voulu convaincre l'homme qu'il lui appartenoit , je ne dis pas seulement comme serviteur et comme sujet, je dirois trop peu, comme un fils, puisqu'il a gravé sur lui son image.

Quelle couDoissance Dieu lui a donnée de Dieu même' Il a répandu sur lui cette lumière vive qui manifeste son existence; et, parmi les habitans de ce Monde visible, l'homme seul en connoit l'auteur. Quelle abondance de vues, quelle foule d' idées grandes et nobles, de vastes desseins, d'ingénieuses com-

DE DIEt;. 52 i

binaisons, d'heureuses découvertes en sont l'effet! Quel désir, et en même temps quel sentiment intime de son immortalité! Quoique déguisée ou atténuée, cette vérité a laissé partout des traces sur lesquelles nous lisons la splendeur de notre destinée et l'étendue de nos droits. Quelle liberté dans le choix et des fins différentes que nous pouvons nous proposer , et des moyens divers qui peuvent nous y conduire! Pour nous marquer le pouvoir et les privilèges de notre volonté, quel attrait pour un bonheur réel, solide et durable !

C'est ce que sur la Terre tous les hommes recherchent, et c'est ce que sur la Terre jamais aucun homme n'a trouvé; pourquoi? Parce qu'il falloit montrer à Thomme que la Terre n'est point son dernier terme, et qu'il n'est que Dieu qui puisse faire

sa félicité. Ah ' je dois l'ajouter :

rjuelle sensibilité, quelle inclinaiion, quel amour pour tout ce qui nous présente le caractère de la vertu !

Qu'il cesse, pour un moment, mes chers Auditeurs, le souvenir des difficultés que ce beau nom rappelle, et que l'indolence grossit. Pour juger de votre penchant pour la vertu , laissez parler dans vous le sentiment de la vertu même. Oui , mes Frères, je suis siul d'intéresser vos coeurs, de les émouvoir, de les attendrir par le seul tableau de la vertu, ou par le simple récit de quelqu'une des actions qu'elle produit. Le propre de la vertu, c'est de plaire. Un sentiment vertueux, on le goûte; une conduite vertueuse, on lui applaudit; un homme vertueux, on l'estime; le malheur d'une personne vertueuse, on le déplore. Il est des traits de

Tertu qu'on ne se borne pas à approuver; on les admire, on en est touché, pénétré, ravi, extasié.

Et qui, mes chers Auditeurs?

Tous les hommes ; ceux mêmes qui sont plongés dans le vice. Et comment? Par l'impression la plus naturelle, la plus subite, la plus involontaire et la plus foFte. Et dans quels climats? Partout où il y a des hommes. Ils peuvent abandonner la pratique de la vertu ; ils peuvent en défigurer les devoirs; ils peuvent en vaincre la voix, mais ils ne peuvent pas en déraciner le principe et en étouffer le sentiment. Et c'est ce sentiment lui-même que je défie le plus scélérat de désavouer; c'est ce sentiment qui vous montre, ainsi que le dit S. Paul , les oeuvres de la loi écrites jusques dans vos coeurs, Opus legis scriptuni in cordibus

suis. [ Rom. II. i5. ]. c'est ce séii^ liment qui , incorporé à votre substance , si je puis m'exprimer ainsi j vous offre dans vous-même un titre inaliénable de gloire dont il ne vous est pas possible de vous dépouiller. C'est ce sentiment qui vous convainc qu'aux yeux de Dieu vous pouvez être véritablement grands , dès que vous pou vez être véritablement vertueux.

Or, si Dieu n'eût pas voulu vous élever à cette grandeur, à quel dessein eût-il mis dans vous tant de dispositions qui vous y préparent? Seriez -vous, parmi tous les êtres , le seul dont les qualités n'eussent, de la part du Dieu qui vous les donna , aucun motif?

Quoi! à l'avantage de connoître Dieu, il aura joint la dispense de l'honorer! Aux notions si éclairées du bien et du mal, il aura réuni le

DE DIEU. SaS

droit humiliant de les confondre

A la liberté de pouvoir décider entre

le vice et la vertu, il aura ajouté

la parfaite indiflférence du choix!

n vous aura donné dans la raison

un principe de sagesse qui vous

distingue visiblement des autres

créatures ; et il n'exigera pas plus

de vous que des créatures qui sont

privées de raison ! Il faut , mes

chers Auditeurs , il faut haïr bien

violemment la vertu, pour chercher

à l'accabler ainsi sous les débris

même de l'humanité.

Et, puisque l'occasion s'en présente naturellement, vengeons ici l'humanité des iusultes de ceux qui ne craignent pas moins de la désho^ norer, que de l'assujettir. A les entendre, tous les vices sont uniquement l'effet de la condition humaine; c'est à elle seule qu'ils les

altribuent. Voilà les hommes , disent - ils , et ils prétendent en justifier, par ce seul mot, les déréglemens. Et moi, je reprends:

Voilà les hommes, il est vrai, voilà les hommes lorsqu'ils secouent le joug de la loi, lorsqu'ils résistent à leur conscience , lorsqu'ils en éteignent les lumières , lorsqu'ils en bravent les remords; voilà les hommes, lorsqu'un vain prestige les occupe, lorsqu'un charme imposteur les séduit , lorsqu'un désir aveugle les entraîne , lorsqu'un faux bonheur les enivre, lorsqu'ils dégénèrent, lorsqu'ils se dégradent, lorsqu'ils se pervertissent, lorsqu'ils s'oublient ; cette expression est d'usage: elle indique que, dans l'idée même des liommes, s'éloigner des routes de la vertu, c'est oublier qu'on est homme j c'est-à-

dire , dans un sens vrai, que jamais on n'est moins homme, que lorsqu'on n'est pas vertueux.

Ah ! je puis à mon tour, Chrétiens auditeurs , je puis vous dire :

Voilà les hommes, mais selon les caractères que la raison m'apprend leur convenir; selon la noble idée que d'un commun accord m'en ont donné tous les Sages; selon.

le portrait que Texpérience m'en montre encore chaque jour. Voyez l'observateur fidèle de la loi de Dieu ; voyez - le dominer sur ce Monde visible , par une sagesse que Dieu éclaire; maîtriser les événemens. par une résignation que Dieu inspire; résister à la douleur, par une patience que Dieu soutient; se combattre lui-même, par une force que Dieu anime; triompher des sens, par une victoire que Dieu ordonne, et qu'il facilite.

528 EXISTENCE DE LAl LOI

Spectacle, dont tous les jours nous sommes encore les heureux témoins.

"Voilà donc les hommes, quand ils sont dociles à la loi de Dieu. Qu'on me dise si l'on est méprisable, quand on peut montrer tant de grandeurs ; et qu'on avoue que la foiblesse des hommes n'est pas inconciliable avec les triomphes sublimes de la vertu.

Gardons-nous donc, mes chers Auditeurs (c'est en ce point que l'illusion consiste),' gardons-nous de confondre ce que nous serions par nous seuls , si nous n'avions avec Dieu aucun rapport, avec ce que nous sommes réellement dans les vues de Dieu par ses secours, et par sa loi. Ne nous glorijG.ons pas de ce qui vient de nous, mais n'avilissons pas ce que nous tenons de Dieu. Opposons le souvenir de notre néant, à l'aveugle

vanité qui le raéconnoit. Ne nous parlez plus de nos misères présentes; njais, par la hauteur de nos futures destinées, enfiararaons le courage nécessaire pour les remplir. Le voulezvous, cependant, j'y souscris. Je vais insister avec vous, sur uos misères, j'en conclurai avec autant de certitude que Dieu devoit nous donner des lois.

N'entreprenons pas, néanmoins, mes chers Auditeurs, de rappeler ici tout ce qu'il y a d humiliant dans la condition de l'homme ; c'est un détail que vous épuiseriez à peine, et qu'aucun de nous ne peut ignorer. Porté au mal dès sa naissance , jouet des passions et des erreurs, accablé sous le poids d'un corps qui combat sans cesse contre l'esprit, incertain dans ses pensées, inconstant dans ses volontés, foible 5. 23

53o EXISTENCE DE LA. LOt

dans ses efforts, dépravé dans ses inclinations, l'homme rougit lui-même des écarts d'une imagination déréglée; des raouvemens d'un coeur corrompu, des affections d'une ame dégradée; et voilà pourquoi nous ne cessons de répéter, que pour nous Jiumilier à nos propres yeux, il ne faudroit que nous bien connoître.

Mais de cette connoissance même, je tirerai toujours celte juste couséquence : qu'il nous falloit , dans la loi de Dieu , un appui contre nous-mêmes, un guide dans nos ténèbres , une défense contre les ennemis domestiques attachés à nous poursuivre. Je dirai avec le Prophète, qu'il falloit que la loi de Dieu vint nous tirer de cette bassesse, dans laquelle, sans cette loi, nous serions ensevelis, Nisi ÇUod lex tua meditatio mea est,

tune forte periissem in humilitate meâ. [Ps. cxviii. 92.]. Oui, mes chers Auditeurs , parce que l'insidieux attrait de la volupté a plus de force, il falloit y opposer la loi d'une chaste tempérance; sans elle, l'homme seroit abruti.

Parce que le vif sentiment de la haine peut allumer en un seul instant les feux durables de la vengeance, il falloit y opposer la loi d'une charité universelle j sans elle, l'homme seroit dévoré par ses propres fureurs. Parce que la soif des richesses consume aisément par ses ardeurs , il falloit y opposer la loi d'une justice exacte; sans elle, l'homme compteroit ses iniquités par ses possessions. Parce que les impétueux projets de l'ambition souffrent impatiemment les obstacles, il falloit y opposer la

loi d'une probité sévère; sans elle, l'homme marcheroit aux honneurs, par des voies que l'honneur défend de s'ouvrir. Parce que la présomption d'une curiosité orgueilleuse est écrasée par le poids de la gloire du Dieu dont elle ose interroger la majesté, il falloit y opposer la loi d'une foi simple et docile; sans elle, l'homme multiplieroit souvent ses erreurs par ses recherches de la vérité. Abrégeons une énumération qui seroit sans bornes. Le germe de chacun de nos vices est une preuve de la nécessité de la loi.

Il n'est que vanité, dit le Sage, dans ceux qui ne sont pas instruits par la science de Dieu , yani sunt ornnes homines in quibus non sw bcst scientïa Dei. [Sap. xni. i.].

Seigneur, ajoute t- il, c'est par les

salutaires influences de cette sagesse qu'ont été guéris de leur foiblesse ceux qui ont l'avantage de vous plaire , Per sapientiam sanati s tint , quicumque placue~ runt t'ihi. [ Ibid. ix. 19. ]. Et remontant ensuite jusf{u'à l'origine du Monde , parcourant les divers crimes qui ont attiré le fléau de la colère divine, il nous apprend jusqu'où peuvent s'égarer ceux que ne dirige pas la loi de Dieu.

Ah* puisqu'il le faut, et qu'on m'y force, je vais moi-même suivre cette voie. Puisqu'on oppose à Texistence de la loi de Dieu la bassesse de riiomme, je vais donc exposer aussi ce qu'est l'homme soustrait à la loi de Dieu, Les hommes livrés à euxmêmes ! Efl'rayant tableau, je frémis de le présenter; mais, enfin, puisque, pour les convaincre, il faut les

confondre; puisque, pour anéantir le vain prétexte de leurs misères , il faut leur en peindre les excès; puisque, sous la frivole excuse qu'ils ne sont que de foibles hommes, ils refusent d'obéir à Dieu; prouvons-leur qu'à force de méconnoître les ordres de Dieu, il en est qui ne sont pas même des hommes.

Seigneur, m'écrirai- je, en appliquant ici, dans un sens différent, les paroles du Prophète; établissez sur eux un Législateur, afin qu'ils apprennent au moins qu'ils sont hommes. Constitue Legislatorem super eos y ut sciant quoniam homines 9unt. [Ps. 1X.21. ].

De quelles abominations l'oubli de la loi de Dieu n'a-t-elle pas souillé la Terre! Et retrouverons-nous parmi les brutes , les horreurs par lesquelles les hommes tant de fois se

sont déshonorés? Comme l'instinct des animaux , leur férocité a aussi des bornes. Nous en connoissons les degrés. Il en est un au delà duquel nous ne la voyons pas s'étendre. La nature a fixé un terme à leur fureur; mais qui fixera jamais les limites de la perversité humaine? Les lumières de l'homme l'aident à exceller dans le crime.

La raison est le redoutable instrument de sa méchanceté ; la subtilité de son esprit seconde les affections odieuses de son coeur, et l'étendue de ses prérogatives devient la mesure de i^es excès.

Vous parlez de la bassesse de l'homme; parut-elle jamais plus que quand il employé à s'y plonger ce qui lui reste encore de grandeur, et quand il efface celte grandeur qui devoit être sa règle, par

ies traits monstrueux de ses dcréglcmens?

Quel spectacle que celui des événemeiis que nous offre l'histoire des hommes, monument subsistant de leur opprobre, annales frappantes de leurs vices' Comment suffire à ce détail d horribles complots tramés avec réflexion, dans un njoir silence, couveils avec précaution sous le voile imposteur du secret, conduits à leur terme par l'infernal artifice de la calomnie, couronnés d'un succès heureux par les mains cruelles de la violence 3 des trahisons colorées du langage de l'amitié; des conjurations déguisées sous le masque de l'hypocrisie; des usurpations palliées du nom de justice; des vengeances outrées et personnelles, appuyées sur des crimes supposés; la réputation de l'innocence achetée à prix d'argent;

DE DIEU. êr3y

la cliùlG d'un rival raénagce par la fourberie; ses biens distribués à l'inirquité qui le dépouille; sa réputation et sa vie sacrifiées à la jalousie qui le persécute; l'ingratitude écrasant le bienfaiteur sous l'oubli des bienii>its; le vol, le brigandage, le meurtre et le cortège sanglant qui les suit; la rébellion, la sédition, le soulè' vemeni , le tumulte et le carnage qu'i'ls traînent toujours après eux; la haine et ses transports, la colère et ses ravages, l'orgueil et ses délires, la débauche et ses infamies, la duplicité et ses parjures, le blasphème et ses imprécations, la cabale et ses manœuvres? Finiraisje jamais? L'épouse immolée par son époux , la mère étouffant son fils, le fils plongeant le poignsrd dans le sein de son père. Juste Dieu !. . .. Exagére-je, mes chers Auditeurs?

Prenez en main les fastes du Monde, depuis sa naissance jusqu'à nos jours; et voyez de quoi sont capables des hommes dont vous-mêmes ne pouvez tracer le caractère qu'en les appelant des hommes sans Foi qui les éclaire et sans loi qui les dirige. Est-ce donc là, grand Dieu! ce que l'on prépare de nouveau, en voulant affranchir les hommes de la soumission à votre loi?

Et Ton oseroit penser qu'un Dieu également bon et sage n'auroit pas même daigné mettre un frein à une si affreuse dépravation !

Qu'il n'aura pas seulement veillé à l'ordre du Monde ! Qu'il l'aura indifféremment livré aux passions de ceux qui l'habitent ! Et , qu'après avoir mis visiblement la Terre entière sous le domaine de son empire , il aura consenti à

voir s'y établir le règne de tous les vices ! C'est, ou ne point reconnoîire les crimes, ou essayer de rendre Dieu responsable de tout; c'est prétendre que pendant un temps sa patience les souffre , que pendant un temps sa puissance les permette, que pendant un temps sa justice les dissimule. Non, mes Frères, de sa part, il n'en résulte aucune atteinte pour sa gloire. Pourquoi ? Parce que nous savons que la loi sainte les défend. En vain, pour attaquer la Providence du Dieu qui régit le Monde, relevez-vous avec amertume les scandales dont l'Univers est le théâtre. Nous résoudrons toujours vos difficultés en vous disant: Il est un Tiégislaleur dans le Ciel; sa loi est publiée sur la Terre. Il est un Maître souverain dans le Ciel; il voit tout ce qui

se passe sur la Terre. U est ua Juge dans le Citl; il jugera les infracteurs de la loi qu'il a donnée à la Terre. Il est un Yens^eur dans le Ciel; il frappera des coups de son éternelle vengeance ceux qui, sans lui en marquer leur repentir, auront violé sa loi sur la Terre.

La loi de Dieu ; oui , mes chers Auditeurs, voilà l'éclatante et solennelle justification du Dieu qui gouverne la Terre. En créant l'homme libre, Dieu a consulté sa propre gloire, et il a dû vouloir le mérite de nos œuvres. Il éloit digne de sa grandeur que notre liberté lui rendît hommage; et celte liberté , le fondement essentiel du mérite, ne pouvoit pas compatir avec le joug de l'esclavage. Mais, à cette liberté, il falloit une règle: C'est la loi de Dieu. jVlais, pour l'usage

(le celte liberté, il falloit un choix ; ce qui nous apprend à le fixer, c'est la loi de Dieu. Dieu pouvoit souffrir nos déréglemens, mais il ne pouvoit pas les approuver ; il falloit leur opposer la barrière de la loi.

Et c'est, en effet, nies chers Auditeurs, la digue puissante de la loi de Dieu qui arrête encore l'inondation des crimes; c'est la loi de Dieu qui en anéantit l'excuse ; c'est la loi qui en fait naître la pénitence; c'est la loi qui nous parle sans cesse par la conscience; et parce que Dieu a voulu que la loi se fit entendre, il a donné à la conscience un langage dont la force, malgré les hommes , se fait écouter.

C'est donc mal raisonner que de dire: Pourquoi, foibles et méprisables comme nous sommes, Dieu

nous auroit-il donné des lois , puisque c'est noire foiblesse même qui les demande? Et c'est, mes chers Auditeurs, c'est à cette foiblesse que Dieu a pourvu en détail par le détail même de ses lois que tant de voix sont chargées d'annoncer , que ni les lieux ne varient, ni les temps n'effacent, ni les fausses opinions n'altèrent, ni l'indocilité même de l'impiété ne détruit.

Je termine ce Discours par deux questions ; et c'est à vous , mes chers Auditeurs , que je les propose; après vous avoir exposé ce qu'il y a d'intéressant dans la loi de Dieu , et par rapport à Dieu qui la donne, et par rapport à l'homme qui la reçoit. Est-ce rendre gloire à Dieu que de faire de sa gloire même le prétexte

et l'appui de rinfidélité? Est-ce rendre service aux hommes que de leur enlever la règle sûre et invariable de leurs obligations ?

Dieu est - il plus grand dans ce système ? Les hommes en serontils meilleurs ? Est - ce la raison, qui le dicte? Sont-ce les passions qui le forment ? Est - il propre à exciter les vertus , ou n'est - il favorable qu'aux vices? Ali! si les vices seuls y trouvent leur intérêt; hésiterez -vous , vous le sentez tous , à prononcer que les vices seuls ont pu l'en fan ter?

La seconde question vous intéresse personnellement. Je vous ai montré la grandeur qui ennoblit , et les miîères qui vous humilient.

De ce double partage, lequel choisissez-vous? Consenfez-vous à vous ensevelir entièrement dans les hu-

d44 existence de l\ loi

miliations de l'humanité, à n'écouter d'autre loi que celle des sens , à n'avoir avec Dieu d'autre rapport que celui des êtres les plus vils en qualité de créatures; à n'avoir rien à lui rendre pendant la vie, rien après la vie à en attendre que les horreurs du tombeau et labîme du néant? Ah! dans le saint mouvement d'une juste indignation , envisagez-la cette loi sous ses saints rapports. Dieu ne vous commande pas seulement comme un maître à ses esclaves. Son amour, plus encore que son autorité, vous gouverne. Vous êtes ses enfans; il mêle à tous ses droits la qualité de Père; vous êtes ses héritiers et les cohéritievs de son Fils Jésus-Christ ; il vous enseigne à vous rendre dignes de posséder son héiitage; il veut régner sur vous et dans

"VOUS, parce qu'il veut vous faire régner éternellement avec lui; il vous donne sa loi sur la Terre comme le gage certain et sacré du bonheur qu'il prépare dans le Ciel.

Je vous le souhaite.

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