DE LA SECONDE SEMAINE
DE CARÊME
IMPORTANCE liU CHOIX SES LIVRE8.
Auferelur a vobis regiiuiii Dei.
Le royaume de Dieu vous sera enlevé.
Eyang. de ce jour, S. Malfu Cil. 2i.
V^oMME il n'est point de menace plus redoutable , il n'en est donc point, Chrétiens auditeurs, dont il soit plus essentiel de prévenir les eiFets. 'N'attendons pas que^ voyant 5. .4
sensiblement aftbibli parmi nous le royaume de Dieu , nous touchions au triste moment qui en consommeroil pour nous la perte. Allons k la source du mal. Or, je ne crains pas de l'affirmer, la plus féconde et la plus générale, c'est la lecture. Comme autant de différens canaux, destinés , soit à porter parmi les Ijommes les eaux salutaires de la sagesse, soit à y causer la malheureuse inondation des vices , les livres doivent fixer principalement l'attention de ceux qui connoissent assez la Religion pour en estimer le prix; et c'est cependant un des points sur lesquels on se rend le moins attentif.
Et voilà, mes chers Auditeurs, je le dis avec la fi'anchisc du zèle, voilà ce qui nous fait regarder aujourd'hui cette matière comme une de celles qu'il est plus singulière-
ment nécessaire de traiter. Réussir à persuader dans celle-ci, ce scroit abréger beaucoup les instructions que demandent toutes les autres.
Ne soyez donc pas surpris, si j "insiste principalement, et plus d'une fois, sur un sujet, qui, quoique moins convenable peut-être à chacun en pariiculier, est de la plus grande conséquence pour l'intérêt général.
On aime à lire. Cet amour de la lecture engage un grand nombre de personnes à lire tous les livres indifféremment. Il fait plus encore :
il leur suggère de spécieux prétextes pour s'autoriser à les lire.
D'une part, la sagesse dicte qu'il faut lire avec choix; de l'autre, on se prétend personnellement en droit de tout lire sans choix. Ne pouvant pas tout embrasser dans une matière aussi vaste qu'elle est inlé-^
ressanle , je leur demande de m'écouler aujourd'hui ; et , dans ce Discours, je vais exposer simplement ce qui prouve l'importance du choix des lectures. Je ne refuserai pas, dans la suite, d'apporter moi-même, et d'examiner les raisons qu'on allègue pour lire sans choix. Je fonde l'importance du choix des livres , en premier lieu, sur les effets propres de la lecture; en second lieu, sur les motifs qu'il est permis de se proposer dans la lecture; en troisième lieu, sur les dispositions qu'on apporte à la lecture. Trois courtes réflexions qui vont faire tout le partage de ce Piscours. Ave Maria,