‹ SermonsChapitre 6 sur 24 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Quels sont les effets propres de là lectuie? C'est le premier objet

qui se présente à éclaircir; et j'en trouve réclaircissement dans la nature même des livres et dans les précautions que la lecture a toujours paru exiger. Or, les livres sont comme l'image vive et parlante de leurs auteurs. Ceux-ci y ont réuni leurs principales idées ; ils y ont donné une suite et un ordre à leurs pensées; ils y ont déposé leurs sentimens ; ils y ont développé leur système ; ils y ont exprimé jusqu'à leurs passions.

C'est donc le tableau de leur ame; et, puisqu'il est vrai, comme on le dit assez ordinairement, qu'on se peint soi-même dans ses ouvrages; les différens ouvrages peuvent donc être regardés communément comme le portrait de l'esprit et des moeurs de ceux qui les ont produits. Il faut donc penser des livres ce qu'on pense des hommes ;

c'est à-dire, penser de la lecture d'un livre mauvais ce cpi'on pense de la sociélé d'un liomnie méchant.

On craint et on doit craindre celleci. Pourquoi? Parce qu'il est manifestement dangereux qu'elle n'entraîne peu-k-peu dans les mêmes égaremens; parce qu'on sait qu'il est facile d'adopter les mêmes principes, lorsqu'on les entend ou fréquemment répéter , ou artiflcieusement appuyer. Je ne dis rien que généralement on n'avoue; et je cite en preuve la vigilance avec laquelle on évite pour soi même, ou Ton interdit à ceux auxquels on s'intéresse, et sur lesquels on a des droits, ces espèces de liaisons.

Mais je ne m'arrête pas là ; et j'en conclus qu'il faut donc , et pour soi et pour autrui , la même attention, le même discernement dans le choix des auteurs qu'on

Ut, que dans le choix des hommes qu'on fréquente. Un auteur parle à vos yeux et à votre esprit; il peut donc vous communiquer ses opinions, vous insinuer ses erreurs, vous enflammer du feu de ses passions, vous entraîner dans son impiété, si son ouvrage en contient le malheureux germe, et en offre l'attrayante amorce. N'en doutons pasj ce qui est vrai pour la culture des talens , ne lest pas moins pour le caractère de l'ame. Les talent se perfectionnent et semblent se créer en quelque manière sur les traces de certains modèles. La force et la grandeur du style dont on aime à se nourrir, préparent l'énergie et la sublimité à laquelle on aspire. La délicatesse du langage, la naïveté du sentiment disposent à cette élégance d'expression, à ce naturel de pensées dont

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on ambitionne le mérite. L'imitation est la seule route ouverte au grand nombre. Ils sont rares ces génies qui se forment seuls et qui se doivent tout à eux-mêmes. Quelques-uns donnent le ton et la loi; les autres suivent. Il n'en arrive guères autrement par rapport au fond, et à la substance de la manière de penser sur les dififérens objets.

On reçoit les impressions que fait un auteur. Le lire, c'est converser avec lui. Se prêter à ses imaginalions , ouvrir son ame et soii cœur à ses conseils; c'est n'avoir plus qu'un pas à faire pour les suivre.

Vérité si constante, cju'on peut augui*ler. avec une sorte de certitude, ce que seront dans la suite de jeunes personnes, à en juger par le genre de lecture qui de bonne heure a fixé leur goût , et a fait/ leur occupation. Et c'est pour cela que

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nous voyons la sagesse de ceux qui veulent les former au bien, ne mettre entre leurs mains que des livres propres à en faire naitre l'amour, et à en graver dans eux les principes. Précaution si spécialement nécessaire, que, sans celle-là toutes les autres sont sans effet. Précaution par conséquent essentielle de la part de ceux qui doivent veiller à la sûreté d'une jeunesse imprudente.

Ah ! malheur, malheur à ces parens plus imprudens, et plus coupables encore, qui disent, à l'égard de leurs propres enfans : Ces livres les amusent; ils sont convenables à leur âge. Et c'est singulièrement à leur âge que ces amusemens doivent être interdits, s'ils sont dangereux.

Des lectures presque rapides, efi faites presque sans dessein, jettent dans lame les premières étincelles

de ce grand incendie qui, après 5. 4*

tine fermentation secrète, s'annoncera avec éclat. Ce qu'on a la reste clans l'esprit, s'y imprime, y travaille 3 et, s'il m'est permis de parler ainsi, y mine insensiblement , et y déracine les fondemens du bien. Occupé, rempli, agité, fatigué, troublé par les idées que ces lectures ont transmises, l'esprit veut enfin se déterminer; il se décide, et il finit trop ordinairement par adopter des maximes qu'on l'a mis en péril de goûter , en lui permettant de les connoître.

Et ce n'est, mes chers Auditeurs, que parce qu'il est évident que la lecture produit infailliblement de bons ou de mauvais effets; que, de tout temps, le zèle autant que l'erreur, et l'erreur plus assidûment peut-être encore que le zèle, ont enfanté, avec des desseins si contraires , cette multitude d'ouvrages ,

dont le zèle a voulu que nous fussions lès heureux héritiers, ou ceux dont l'erreur cherche à nous rendre les coupables victimes. La vertu a étalé ses devoirs, ses avantages, ses droits et ses motifs, dans un grand nombre de livres. Dans un grand nombre d'autres, le vice s'est masqué, il a voilé sa laideur, il a essayé de colorer ses principes: l'une et l'autre ont réussi. De bons livres ont fait éclore et fructifier bien des vertus. De mauvais ouvrages ont répandu et multiplié bien des vices.

Ceux qui consacroient leurs travaux à la vertu 5 ceux qui prostituoient leurs efforts au vice, n'ignoroient pas que la lecture décideroit en grande partie de la quantité de leurs sectateurs.

Faut-il donc s'étonner que l'Eglise de J.-C, celle Mère, toujours

TÎvement occupée du salut de ses eiifaus , ait voulu, dans sa tendresse, arracher de leurs mains ces productions contagieuses dont le poison donne la mort; que, faisant un saint usage du pouvoir qu'elle lient immédiatement de J.-C, pour le gouvernement des Fidèles, elle en soit venue jusqu'à frapper de ses anathémes ceux qui s*obslin oient à faire leur nourriture d'un si funeste aliment ; que, dès les premiers siècles, et du temps des Apôtres , elle ait vu avec consolation ensevelir dans les flammes ces livres que l'Enfer répand pour précipiter dans les siennes , Cou" iulerunt libros , et combusserunt coràm omnibus. [Act. xix. 18.}.

Ah! c'est pour l'intérêt le plus cher des hommes qu'elle est armée d'une vigilance que l'aveuglement

OU rinsîralilude osent seuls lui

reprocher.

Si les détails historiques pouvoient ici trouver place; je vous montrerois la sagesse d'un saint zèle, assise sur les premiers trônes de l'Univers, en faire émaner ces lois mémorables consacrées avec éloge dans les annales du Christianisme.

Je citerois les Constantins, les Théodoses, les Valentiniens , les Gharlemagues, appuyant, dans le sentiment d'une édifiante piété, l'autorité de l'Eglise, s'intéressant efficacement au salut de leurs peuples ; et, par amour pour eux, proscrivant de leur empire ce qui ne pouvoit qu'y étouffer les vertus chrétiennes, et y troubler cette précieuse paix , partage distinctif des enfans de Dieu.

Je vous étonnerois plus encore,

si, remontant jusques au temps du Paganisme , et vous nommant les Sages dont l'admiration de leur siècle commença pour eux une réputation qu'ont soutenue les louanges de la postérité ; je vous exposois en détail leurs efïbrts contre l'audace des opinions qui, répandues parmi les hommes, n'aboutissoient qu'à dégrader l'humanité. Témoin ce Philosophe qui exigeoit de tous ses disciples la sagesse, la pudeur et le silence (*).

Témoin celui qui, après avoir été instruit par ses leçons, et peut-être ensuite devenu digne d'être son maître, avoit expressément décidé que la forme d'un bon gouvernement demandoit qu'on n'y laissât

(*) Sucrale.

point pénétrer ce qui corrompt les moeurs (^). Témoin celui qui, succédant à la gloire des deux premiers, s'explique avec force sur le même cbjel (*'^). Témoin cette flétrissante condamnation par laquelle les Anciens livrèrent solennellement au feu les écrits de cet homme trop fameux (***) qui clierchoit à détruire la Divinité, pour que la Volupté devînt seule le Dieu du Monde. Ne portons pas plus loin rénumération des lois et des exemples que l'histoire nous a conservés. Cesl en dire assez pour faire apercevoir que la plus saine philosophie de l'antiquité eût ré-

(*) Platon.

(**) Arisiole.

(***) Epicure.

prouvé elle - même quelques - uns (les écarts frappans de celle qui , de nos jours, affecte d'en usurper le nom. Les effets de la lecture n'ont jamais permis d'en croire l'usage indifïérent. Ils ont toujours été eux - mêmes un motif de le régler. Ne terminons pas cette première réflexion, sans répondre solidement à l'objection qu'elle fait naître de la part de ceux qui réclament pour les auteurs la liberté d'écrire, qu'ils appellent la liberté de penser.

Pourquoi, dit -on, et par quel droit la gêner? Tel est le secret murmure d'une voix insidieuse qui demande , avec une apparente modération, qu'on lui permette de se faire entendre ; dans l'espoir de réussir à séduire ceux qui consentiront à l'écouter. Ne confondons

point ici les objets. Une liherté sage et prudente qui ne tendroit qu'au bien , loin de la gêner , on l'exdte. Une licence audacieuse , qui n'a pour effet que de détruire le bien, c'est ce qu'on a droit de réprimer. Et, pour marquer mieux la distinction réelle de ces deux termes : La liberté connoit des bornes; la licence les franchit. La liberté respecte les principes solidement établis ; la licence essaye de les renverser, La liberté se modère ; la licence se précipite dans les excès. La liberté s'exerce par l'usage ; la licence se signale par des abus. La liberté peut donc dégénérer en licence, INIais évidemment la licence n'est point ce qu'il faut appeler liberté. Vous voulez être libre de penser; vous l'êtes.

Ce que vous pensez, Dieu seul le voit, Dieu seul le juge; c'est à Dieu

seul que vous en rendrez compte, ^lais ce que vous enseignez est soumis à l'autorité visible de la vérité et de la vertu. Les hommes ont évidemment droit à soutenir le règne de l'une et de l'autre.

Quelques-uns d'entre eux peuvent vous convaincre que vous combattez la vérité; presque tous sentent que vous anéantissez la vertu. De quoi donc êtes vous surpris, lorsqu'un pouvoir légitime met à l'ubri de vos traits toutes les deux? Ali!

jouissez , ou plutôt abusez de la liberté de penser; les hommes ne vont pas sonder les profondeurs de votre ame^ mais ne leur disputez pas la puissance de prendre des précautions, pour ne pas perdre la leur.

Et, s'il pouvoit être vrai qu'il soit libre à tous de penser, c'està-dire, car on l'entend ainsi, de

rendre public ce qu'on pense; voilà donc la société des hommes livrée indifféremment à tous ceux qui entreprendront de devenir ses maîtres. Des esprits faux, captieux, emportés, bizarres, pourront donc impunément partager entre eux le domaine de l'opinion? Il sera donc libre d'en répandre qui favorisent la férocité et la barbarie, la cupidité et l'injustice, la volupté et la mollesse , la violence et la rébellion? Si le droit de penser est un droit commun aux hommes , et dont on ne puisse jamais les dépouiller; s'il ne faut, pour en user ouverlement, qu'un titre qui en impose; celui d homme qui réfléchit et qui pense, trop commun aujourd'hui pour qu'on craigne de s'en décorer, autorisera donc tous les écrivains. Conséquences absurdes !

Et cependant il faut les avouer,

OU convenir que la liberté de penser ne sauroit être soustraite à la nécessité manifeste de la borner.

Qu'on la laisse insensiblement s'étendre, cette liberté fatale qu'on paroît d'abord ne solliciter que pour les talens ; elle fera le premier pas dans la carrière que l'indépendance cherche à s'ouvrir.

Qu'il soit permis indistinctement à chacun de proposer ses vues ; la confiance c]ui les expose touche de près à l'opiniâtreté qui les défend; et bientôt celle - ci enflamme le dangereux désir qui en poursuit l'exécution. Faut - il une pénétration bien vive pour, entrevoir le rapport qu'on croira pouvoir établir entre la liberté de penser et celle d'agir ?

Qu'on admette une fois pour principe que chaque particulier peut à son gré s'ériger un tribunal

et y rendre des arrêts^ aussitôt toute autorité légitime s*évanouit.

Qu'on laisse le droit à chacun de juger publiquement la loi même de Dieuj s'abstiendra- 1- on longtemps de prononcer témérairement sur les lois de ceux qui en sont l'image?

Tout n'est-il pas également du ressort de la pensée? Grand Dieu, que respectera-t-on sur la Terre, si l'on s'y croit en liberté d'y ébranler Yos autels? Se croira-t-on assujetti par devoir à des Maîtres, quand on.

s'arrogera le pouvoir de censurer, de méconnoître, de secouer l'autorité diviue qui est elle-même leur appui ?

Les effets de la lecture: première preuve de la nécessité du choix.

A joutons- en une seconde tirée des motifs qu'on doit se proposer dans la lecture.

SECONDE PARTIE

L'utilité et l'agiément, j'entends un agrément que la l'aison, la douceur et l'honnêteté avoucnl; telle est l'idée générale qui me paroît renfermer les motifs qu'il est permis de se proposer en lisant.

Lectures utiles; et ce sont celles qui édifient, et qui entretiennent la piété, qui instruisent l'esprit et qui l'éclairent, qui forment le coeur aux vertus, et qui en rectifient les sentimens. Lectures agréables; et ce sont celles qui distraient, qui amusent, qui délassent, et qui fournissent à l'esprit un soulagement dent il a besoin par intervalle, et qu'on ne doit ni interdire ni condamner.

Pour commencer par ce qu'il y

a de moins essentiel, afin d*insister plus fortement sur des points plus intéressans; je dis que, même dans les lectures d'agrément, il est sage de faire un choix. Ne parlons point encore de ces lectures dont la vertu rougit, et ne confondons pas ces livres corinipteurs de l'innocence avec ceux dont Tinnocence elle-même croit avec raison pouvoir faire un usage modéré. Mais, dans ceux mêmes que ne proscrit pas la vertu , choisissons par préférence ceux qu'approuve la raison.

Elle dédaigna toujours ces narralions puériles, plus frivoles qu'ingénieuses, dont le vide ne présente ni leçon salutaire, ni morale utile, ni réflexion judicieuse, ni maxime sensée, ces ridicules fictions d'un héroïsme gigantesque qui remplissent l'imagination d'extiavagantes lîjçeurs et de misérables chimères,

moins propres à lui plaire qu'à l'égarer, ces fades tissus d'aventures extraordinaires qui ne suppléent pas même à la vérité par la vraisemblance, qui heurtent la droiture des idées, qui n'en offrent que les délires , et qui , quelquefois ( la chose n'est pas sans exemple ), loin de servir à un esprit déjà peu solide, achèvent de le troubler.

Il est, mes chers Auditeurs, il est, même en s'amusant, une façon, de s'instruire, plus digne sans doute d'un homme qui veut, autant qu'il se peut, rapprocher tout de la raison. Il est des préceptes que couvre le voile léger de l'allégorie, et que la vérité enveloppe avec adresse, quoique sous des ornemens fabuleux. Il est de grandes actions dont le génie embellit le récit, pour en rendre l'exemple plus frappant. Il est des plans de sa-.

gesse qiie l'invention irace, pour inviter ceux, qui les ont sous les yeux à les réaliser. Il est des peintures vives, des sentimens sublimes, des descriptions animées qui caractérisent une poésie aussi noble et brillante que chaste et réservée. Il est des tableaux variés des merveilles des arts et de la nature, qui rappellent au Créateur lui-même ceux qui en admirent les dons et la libéralité. Et qui ne voit pas que ce sont là des agrémens qu'il est permis de goûter?

Ce qu'il y auroit donc de repréhensible dans ce qu'on appelle lecture agréable , c'est ce goût dépravé qui n'est satisfait que par la grossière illusion du mensonge, par la futile vaniié de ces productions momentanées qu'un même jour voit éclore et s'évanouir; par la stérile abondance des évapora- 5. 5

qB choix

tions de quelque esprit oisif; éd un mot, par des lectures qui n'annoncent qu'un esprit frivole, et qui répandent l'empreinte de cette frivolité sur les pensées , les conversations, les projets, sur le total de la vie ; et qui , par un excès surtout condamnable , consument un temps que de sérieuses occupa-* tions ne cessent de redemander.

J'ai dit que la lecture devoit ser' vir à nourrir l'esprit de religion et de piété, il ne peut donc pas être indifférent de lire des ouvrages qui dessèchent la piété, et qui sont condamnés par la Religion , des livres qui en dénaturent la morale, sous prétexte de l'épurer; qui en combattent les principes , en paroissant les perfectionner; qui en outrent tous les préceptes, pour aboutir à les ruiner; qui, par un respect affecté des Sacremens, ne

prétendent qu'en éloigner 3 qui n'enflent les devoirs que pour en détourner; qui, sous les dehors du zèle pour la première des vertus , anéantissent toutes les autres que le véritable amour de Dieu engageroit à pratiquer. Il est donc un choix à faire , même dans ce qu'on appelle des lectures de piété.

Ce qui en est l'aliment, ce qui en maintient l'esprit fournit incontestablement le premier motif des bonnes lectures; mais est-ce uniquement à ce point qu'il faut les réduire? Non, mes chers Auditeurs, et nous n'avons garde de vous le persuader. La Religion est de tous les objets le plus important; mais elle n'est pas le seul. Elle doit les régler tous, et non les détruire.

Il est d'autres counoissances que, loin de défendre , elle ordonne

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d'acquérir. Lisez donc pour éclairer voire esprit : second motif des lectures utiles. Lisez ce qui doit vous former; vous, dans la science des lois dont vous êtes les dépositaires et les interprètes; vous, dans l'art de servir la patrie , dont vous êtes les défenseurs et les héros ; vous , dans la manière d'instruire les hommes, dont vous êtes les docteurs et les guides; vous, dans les différentes fonctions qui consacrent vos talens et vos travaux, à l'avantage et aux secours de l'humanité.

La Religion vous y exhorte, elle vous en fait un devoir, elle applaudit à vos desseins et à vos efforts.

î^lais vous le sentez; c'est relativement à ses intérêts que je dois envisager ici l'utilité des lectures.

Et, sans doute, vous n'attendez pas qu'au lieu de m'appliquer à dé-

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velopper les maximes qui forment les Chrétiens, je m'arrête à parcourir les méthodes qui font les Sa vans. Quand donc j'ai dit qu'il éîoit utile de lire pour acquérir des lumières ; j'ai prétendu parler de ces lumières qui, puisées dans des sources salutaires et sûres , nous aident à connoitre le Christianisme, à en approfondir les obligations, à en estimer le prix, à nous affermir dans la route du salut j en un mot, des lumières qui ont rapport à la Religion.

Or, quelles lumières puiser chez un auteur, par exemple (^), qui n'employé les talens du raisonnement que pour répandre les ambiguïtés du sophisme; qui, tour-à-tour, attaque la vérité et l'erreur, pour confon-

(♦) Bayle.

dre l'une avec Paulre; qui ne présente un mélange confus de recherches, que pour qu'on ne puisse rien découvrir ; qui offre l'amas d'une érudition qui effraye , et qui feint dç laisser apercevoir une ignorance qui étonne ; qui renverse d'une main ce qu'il a construit de l'autre ; qui, en même temps, combat les principes les plus univer»

sellement admis, et essaye de faire valoir les difficultés les plus foibles; qui évidemment n'enseigne rien, puisque l'absurdité d'un doute universel est le terme de la science qu'il expose? Est-ce donc s'instruire que d'apprendre à ne rien savoir ?

Quelle lumière puiser chez un auteur (*), qui, affectant de por-

(*) Voltaire, considéré comme historien.

ter la clarté de son flambeau sur tous les objets , le place* si rapidement sur chacun d'eux, que, dans cette succession précipitée, on n'aperçoit qu'une foible lueur, ou qu'un faux jour; et qui, voulant paicourir tout , n'approfondit rien.

Atténuer les événemens, pour eu resserrer Ihistoire; les interpréter à son gré, pour en éluder les conséquences; les altérer, pour en faire servir le récit à ses projets; donner un air de secret à quelque anecdote douteuse et ignorée, pour l'ériger en fait certain ; dédaigner de sages contradictions, pour couvrir l'impuissance d'en réfuter les objections ; affecter le rôle d'homme universel , pour en acquérir l'autorité; substituer au talent d'une érudition prudente et sûre, celui d'embellir la vaste superficie des points qu'on se borue

à effleurer : Est-ce donc là le savant auquel il faille s'attacher pour ]e devenir?

Quelles lumières puiser chez un auteur {*), qui révolte toutes les idées par la bizarrerie des siennes; qui détruit ses propres principes par les excès monstrueux de leurs conséquences; qui, malgré la force de son génie , se trouve fréquemment aux prises avec lui-même; qui craint moins dé s'égarer dans une route inconnue, que d'en suivre une qui ne soit pas extraordinaire; plus flatté d'un paradoxe, sous lequel la singularité propose le faux, cpie sensible aux attraits du vrai que la multitude avoue; plus fait pour étonner que pour instruire;

(*) J. J. Kousseau.

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plus propre à étendre le labyrinthe des opinions, cp'à en indiquer Tissue ; plus remarqué par ce qu'il a de dangereux, qu'applaudi par ce qu'il a d'estimable; et marquant lui-même la foiblesse de l'esprit humain, lorsqu'il paroit en épuiser les ressources : Est-ce à la suite d'un pareil guide, qu'on parvient à la simple vérité?

Quelles lumières puiser chez un auteur Ç^) , qui s'enveloppe d'un langage obscur, pour ne dire pas trop clairement ce qu'il a prévu qu'on frémiroit d'entendre ; qui , sous une ténébreuse analyse de l'homme , ne rend sensible que les ténèbres de son ridicule système;

(*) L'auteur du Livre de V Esprit ^ Helvéïiu?.

qui semble ne réunir les pitoyables efforts de ses pensées , que pour en faire sortir la persuasion qu'on ne pense pas ; qui s'embarrasse , se perd lui - même dans ce matériel cahos où il s'étudie à nous plonger ; en un mot , qui laisse douter s'il est, ou plus éloigné de la raison dont il ne réussit pas même à contrefaire le langage , ou plus opposé à la véritable sagesse dont il dénature honteusement les leçons?

Enfin, pour borner un détail ^que la malheureuse fécondité du siècle rend roi t trop étendu ; quelles lumières puiser dans un ourrage (*), qui présente au premier

(,*) n Encyclopédie.

coup-d'œll la séduisante réunion des principes de tomes les sciences, et qui rassemble les écueils de toutes les erreurs; où l'artifice les couvre , et quelquefois même les combat , pour les reproduire ensuite avec plus de confiance , et les établir avec plus de succès j où la vérité se montre par intervalle escortée de quelques preuves qui la défendent ; tandis qu'on dresse secrètement, autre part, les machines dirigées à en faire écrouler ledifice? On diroit que, comme ces victimes que Ton conduisoit au sacrifice, couronnées de fleurs, on n'a pris soin d'orner la vérité que pour l'immoler avec plus d'éclat, et que pour rendre plus mémorable sa défaite. Après avoir armé contre elle la main des Savans, c'est dans le sanctuaire

même des sciences cjp'on a voula creuser son tombeau. Stratagèmes diaboliques qui ne purent jamais être propres à éclairer , puisqu'ils ne sont préparés que pour séduire; ne laissent, ni à la vérité, ni au mensonge, leur liberté toute entière , puisque l'un et l'autre y sont déguisés ; ne présentent réellement qu'un odieux tissu de contradictions, puisque quelquefois on affecte de dire le vrai , pour dissimuler qu'on veut le combattre; et ne manifestent qu'un coupable esprit de partialité, de complot, de mauvaise foi? Or, est ce là que l'esprit trouve des lumières qui puissent véritablement l'éclairer?

Tel est, dans plusieurs, le triste effet de la facilité avec laquelle l'esprit, et surtout un esprit friyole se laisse surprendre. Et bientôt

DES LIVRÎIS. lO^

\-ient se réunir l'intérêt secret que trouve le cœur à permettre ces surprises : seconde dispositiou qui rend le péril de la lecture' plus grand encore; et par conséquent plus sensible la nécessité du choix.

La loi de Dieu est un joug , léger, il est vrai, pour ceux qui le portent; mais dur et fatigant pour ceux qui ne cherchent qu'à le secouer. El avec quelle avidité les passions saisissent-elles l'occasion qui les en décharge î Des livres qui non-seulement les flattent, mais qui les justifient ; des livres qui mettent en liberté la conscience, et permettent de ne la regarder que comme un nom, ou un préjugé; des livres qui traitent la morale chrétienne de déclamation, et la loi de Dieu d'invention des

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hommes; des livres qui, sous prétexte de rappeler tout à la loi naturelle, accordent tout aux sentimens de la nature; des livres qui, en présentant à cha((ue page les beaux noms de probité , de justice, d'humanité, laissent à chacun le droit et le soin de décider en quoi ces vertus consistent: de pareils livres sont toujours reçus des passions comme le libérateur qu'elles attendent. Ils les servent à leur gré. A leur tour, et par une reconnoissance intéressée, elles mettent tout en oeuvre pour les appuyer. La saine raison en gémit; les vertus réclament; la Religion parle; souvent le remords arrache à l'auteur lui-même un désaveu:

n'importe; les passions préconisent l'ouvrage, elles le répandent, elles l'accréditent. Elles s'extasient à

dessein sur quelques beaux endroits d'une sagesse toute humaine; elles affectent d'en faire remarquer les leçons , et elles refusent de voir que ce qui leur plaît par dessus tout, c'est de n'en avoir pas d'autres à suivre. Ah ! qu'il sied bien à des hommes plongés dans la molle oisiveté des délices, de nous dire dédaigneusement : Ne croyez pas ce qu'entre les bras des bourreaux , des supplices et de la mort, tant de témoins vertueux attestent avec intrépidité qu'ils ont vu; et, cependant, parce qu'ils le disent aux pa&sions, ils sont favorablement» écoutés. C'en est assez d'avoir des passions dans le coeur, pour souscrire aux maximes qui tendent à les affranchir.

Mais fût-on prémuni contre elles; il est une troisième disposition qui

rend plus frappante encore l'obllgaiion de ne pas lire sans choix.

Quelle témérité, grand Dieu, que de se rassurer contre le péril de la séduction ! On lit des auteurs dont souvent on ne peut pas même suivre la marche, qui se dérobent avec adresse, et qui affectent de s'élever dans une région supérieure , afin qu'une admiration aveugle leur attache plus fortement encore ceux qui ne peuvent pas distinguer leurs traces. Combien de fois ont-ils la stérile gloire d'entraîner, à leur suite, des hommes qui sont bien plutôt les simples échos de leur renommée, que les justes appréciateurs de leurs opinions !

Car, quel est, mes chers Auditeurs , le grand artifice de ceux qui attaquent la Religion? On va •fouiller jusques dans la nuit de

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l'antiquité et des temps; on prétend remonter à ceux d'une fabuleuse origine des nations. On suppose en avoir parcouru les archives et en avoir extrait d'authentiques témoignages. On voyage dans toutes les parties de la Terre; on passe en revue tous les Peuples; on en cité- les traditions et les monumens.

Ou fait plus encore : on décompose, s'il m'est permis de le dire, TUnivers. Systèmes compliqués sur sa formation et ses révolutions : supputations , dissertations , expériences, tout est dirigé à ébranler la vérité du Christianisme. ( Ici une réflexion me distrait. La Religion est donc bien solidement établie et bien profondément enracinée, puisqu'il faut contre elle tant d'assauts ; et ils sont vains !

Depuis plus de dix - sept siècles ,

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elle en triomphe. Foibles hommes!

foibles hommes.' Que prétendezvous? L'édifice est soutenu par la main de Dieu.). Je reviens : Tout est armé contre le Christianisme j des Gpliats insultent au Peuple choisi; ce Peuple a toujours en ses Davids. Mais comment, sans être armé de la force du nom de Dieu, ose i - on s'engager dans de tels combats ?

Ij'imprudence aux prises avec la subtilité! Une érudition médiocre avec l'éblouissant étalage d'une science trompeuse ! Une sorte de candeur avec l'imposture! Une Foi mal affermie avec les ruses de l'Incrédulité ! Eh ! qu'on ne triomphe donc pas des effets que produisent de telles lectures : elles peuvent séduire; elles ne séduisent que ceux qui ne sont pas instruits. Qu'on en

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conclue plutôt que le défaut d'iustruction annonce lui - même , et doit écarter le danger de la séduction.

Naturellement difficultueu-x, parce qu'il est nécessairement borné, l'esprit humain a besoin de plus de secours et de force pour résoudre une seule difficulté, qu'il ne faut de pénétration pour en faire naître plusieurs; et je m'étonne qu'on en fasse consister le mérite à les produire, chose trèsfacile ;- au lieu de le placer dans l'habilité qui les surmonte, ce qui en est véritablement la gloire.

Aussi , voyons-nous que l'on forme plus de doutes, à mesure qu'on peut moins les résoudre; et qu'on est plus frappé des difficultés , à mesure qu'on est moins en état d'en trouver l'éclaircissement. Ce qui multiplie le plus abondamment

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les erreurs, c'est précisément le nombre de ceux qui veulent les connoitre et qui ne savent pas les démêler. Qu'on présente à quelqu'une de ces personnes moins instruites une de ces mêmes objections que d'une part on n'a cessé de répéter , et qu'on n'a cessé de l'autre de confondre. Qu'on ne laisse voir que l'obstacle qu'elle offre, et qu'on supprime la réponse qui le dissipe, voilà aussitôt l'effroi, l'incertitude, le doute, et un commencement secret d'apostasie; et c'est là ce que la lecture produit , quand la prudence , la discrétion, la connoissance de soimême ne viennent pas y présider. Il faut donc nécessairement choisir.

Concluons , en disant avec le

^Prophète: Les Impies ne m'ont

raconté que des mensonges et des

fables, Narraverunt mihi Impii fabulationes. [ Psalra. cxviii. 85. ]. Qu'il s'en faut bien, ô mon Dieu, que j'y trouve les traits qui distinguent votre loi, Sed non ut lex tua. Avec quelle admiration, et quelle satisfaction toujours nouvelle, je médite ces Livres sacrés qui renferment les oracles du Très- Haut! Je les vois toujours braver et les efforts des temps , et les nuages de Terreur, et les attaques de l'impiété. Jamais toute la sagesse et tous les talens des hommes n'ont rien produit, que, même de loin, il fût possible de leur comparer.

Si je cherche la vérité , j'ouvre l'Ecriture : Quelle noble simplicité dans ses traits ! Et jamais est-on parvenu efficacement à les contredire? Elle raconte d'une manière également claii-e et précise. Elle

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développe ce cahos de la première origine du Monde, que tous les autres systèmes ne servent qu'à rendre plus impénétrat)le. Elle remonte à ces premiers momens d'une existence dont la raison démontre elle-même avec force que Dieu seul peut être l'auteur. Elle forme un enchaînement de témoignages et de faits qui se prouvent et s'appuyent mutuellement. Elle répand la lumière dont l'esprit humain est susceptible, en même temps qu'elle révèle les mystères de Dieu, sous lesquels évidemment toute intelligence créée doit plier.

Si je puis être frappé de la force et de la sublime élévation des pensées ; quelle majesté dans les divines Ecritures.' Quelles idées de Dieu et de ses perfections; de son empire et de ses droits; de son règne et de sa durée 3 de sa puis-

sance et de ses merveilles; de sa justice et de ses arrêts ! Des auteurs qui s'appliquent à détruire tout ce que les Fidèles croyent, et qui ne peuvent pas seulement déterminer ce que, selon eux-mêmes, il faudroit croire; des auteurs qui réunissent de concert leurs efforts contre la Religion, et dont la haine qu'ils lui témoignent se partage ensuite en autant de différentes opinions; des auteurs qui se croyent fondés à rejeter tout ce qu'ils ne comprennent pas, et qui, en même temps, ne savent rien expliquer ; des auteurs qui veulent enseigner ce qu'on doit être , et qui n'enseignent qu'à être rien; qui, selon l'expression d'Isaïe, confondant le mal et le bien, pour qu'on ne puisse discerner aucun des deux , veulent ckanger le jour en ténèbres , et la nuit en lumières, DicUis malum

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