I!Ï0 CHOIX
honuiiii et honum malurn, ponentei tenebras lucem, et lucem tenebras» [ Is. V. 20. ] 5 de tels auteurs peuvent-ils vous communiquer des connoissances utiles? Je passe sous silence l'infidélité de leurs rapports; depuis longtemps on les eu a convaincus. Mais je demande ce qu'il peut résulter d'avantageux pour les hommes , de la lecture de pareils ouvrages? On y voit un brouillard épais s'étendre sur tous les objets , pour les obscurcir • et il n'en sort pas un rayon de lumière qui conduise à quelque découverte intéressante. On y voit un acharnement contre des vérités reçues ; mais on ne les remplace que par la confusion des idées ei des conjectures, du doute et de l'incertitude. On y voit essayer de jeter un voile sur l'origine de Ihomme, sur sa destination, sur
ses devoirs et sur ses e'^péraiices; mais on ne lui oflVe ni principe clair pour se conrioître , ni règle assurée poifi' se ecuduire, ni motif solide pour êlre vertueux. Quel bien réeî et dura]»le, quel progrès, même dans les sciences ou dans les arts , la société liumaine doit - elle à ces sortes de lectures? Ont-elles formé de vrais Savans ? Qu'on le dise : elles ont fait beaucoup d'Impies. On le sait. Nulle règle fixe de moeurs, et beaucoup de frivoles moralités; nul point déterminé de sagesse, et beaucoup d'irrégularités.
Peu de vrai mérite dans les états difFérens, et beaucoup de déréglemens dans toutes les conditions.
Une espèce d'éblouissement qui livre au hasard, aux circonstances, disons mieux, aux plaisirs et aux penchans ; voilà ce qui résulte de ces lectures. Où en est l'utilité.''
et de là, quel peut en être le motif?
Les lectures doivent encore contribuer, à régler le coeur : troisième motif qu'on doit s'y proposer ; et avec quelle attention faut - il exclure celles qui l'amolissent et le dérèglent ! Loin donc , mes chers Auditeurs , loin de vous ces images enchanteresses que présente d'ellemême une tendresse voluptueuse!
Inspirer les mêmes sentiraens qu'elle exprime; allumer les mêmes feux qu'elle dépeint; communiquer la même ivresse dont elle étale les transports ; renouveller les tourmens et les malheurs dont elle
rend intéressant le tableau : quelles
leçons ! .
Encore ne sont-ce pas là les seuls
dangers dont on ait à se préserver !
Eh ! mes. chers Auditeurs , quelle
surprise je causerois à plusieurs
d'entre vous c[ui sans doute font sagement profession . de ne connoître que les devoirs, les talens et les vertus; si, prenant en main ce nombre d'écrits qu'ont produits, dans les ténèbres, et exposés peu- à -peu au grand jour, de nouveaux Législateurs du genre humain, je prouvois «invinciblement (et malheureusement la preuve n'est que trop facile ) qu'il n'est aucun vice dont on n'y trouve l'apologie; que, dans quelques-uns, on lit, en termes assez clairs , des maximes destructives des obligations les plus sacrées et les plus indispensables au jugement de la raison, au sentiment même de la nature; qu'on y établit des principes propres à troubler la paix, à renverser l'ordre, à avilir, à pervertir, à déshonorer, à anéantir la société; et qui ne sont privées d'une partie de
jenr effet, que parce que riiorreur même des maux qu'elles inspirent servent quelquefois de remède à l'excès du mal qu'elles sont capables d'opérer! Peut être quelques-uns de ceux qui m'entendent savent que je n'exagère rien. Or, puisqu'on doit lire pour se former aux bonnes mœurs et aux vertus; faut-il insister plus longtemps sur la nécessité du clioix ({uc prouvent les motifs mêmes de la lecture?
Non: mais, pour l'appuyer sur d'autres raisons, disons un mot des dispositions qu'on apporte à la lecture.