‹ SermonsChapitre 8 sur 24 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Vous ne me desavouerez pas, mes chers Auditeurs , si J'avance que, communément, on apporte à la lecture, ou une inapplicaiiou

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qui facilement se laisse éblouir, ou des inclinations qui aiment naturellement à être llaltées,^ou un fonds trop léger d'érudition:

pour voir la simple opinion triompher des spécieuses apparences' sous lesquelles se produit l'erreur. Goût de frivolité ; intérêt de passions ; raé liocrlté de connoissances ; trois sortes de" dispositions qui, quoique séparées, bissent à la lecture de très-grands dangers. Que doit-il en être, lorscpie toutes trois, comme trop souvent il arrive, £e réunissent pour augmenter le péril ? Abrégeons, pour terminer.

Vous le savez, mes chers Auditeurs, il n'est que trop ordinaire au commun des hommes de s'arrêter plus à l'écorce qui paroir , que d'analyser la substance qu'elle couvre. C'est ce que, dans diii'érentes cir cous lances , nous vous.

entendons répéter mille fois; et c*esf ce qui smLGdt est vrai dans celleci. pe là vient, que, sans rien dire ni de neuf, ni d'important, qui pût par soi-même affoiblir le règne de la Religion, il est quelques écrivains qui lui ont porté les coups les plus dangereux. Ils n*ont eu qu'à éblouir par la pureté du langage , par la hardiesse des tours , par Tagrément des expressions 3 ou a dispensé leur plume légère d'offrir la force des preuves, l'enchaînement des idées et la solidité des raisonnemens. Ils ont profité de la dispense; elle leur étoit nécessaire^ et voici que] le méthode en a résulté; double monument et de la foiblesse de ceux qui l'employent, et de la foiblesse de ceux qu'elle séduit.

Piquer la curiosité par des portraits et des caractères; réveiller

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rattention par des contrastes inattendus; rapprocher des objets qui n'ont aucun rapport , et transporter k l'un ce cfui ne convient qu'à Tautre; répandre, sur les sujets les plus graves, le sel mordant de quelques indécentes plaisanteries ; mêler tout à-coup aux éloges l'ingénieuse malignité de la censure; décider en deux mots ce que de loligues discussions exposeroient à peine; et couper, avec le glaive tranchant d'une affirmation que rien ne garantit, les nœuds qu'ont n'enC pas pu délier par d'aiitres eftbrls ; porter un absurde caléùl dans les mystères , pour ne présenter qtle leur obscurité , et supprimer la clarté des témoignages sensibles que Dieu même leur a rendus^ pour en.

exiger la croyance ; taire ainsi les motifs évidens qui déterminent la raison à la Foi, et ne faire valoir que

les ténèbres que la Foi doit iiécessairremenfc cfïVir à la raison; exagérer les foiblesses, peindre les vices de ceux qui dévoient surtout être vei'" tueux , pour les opposer au^ iniv pressions des e^vCinples de vertu; relever et grossir quelques abu5, pour décrédiler les plus saints usages; représenter la noble feiv ineté de la Religion comme un^ percéculion cruelle , et voiler les fureurs opiniâtres de ceux qui la poursuivent; rejeter, sur la véri-!> té, qui est en possession, et qui se maintient, paisiblement, les disputes, les troubles , enfantés uniquenient par ceux ..qui l'abjurent; vanlei* l'erreur universelle qui les tolère toutes, et vouloir armer la Terre entière contre le zèle doux et sage qui ne cherche qu'à les dissiper; parler de paix, et ne pas même accorder une trêve au Chrislia-

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iiisme ; lui attribuer , comme à leur cause, îles maux dont il n'apprend qu'à devenir patiemment la victime; enfler tout sous des termes gigantesques ; orner les divers objets des tiaits brillants d'un pinceau hardi , et de quelque décoration extraordinaire ; répandre le feu de l'imagination sur les idées; leur donner une vivacité qui plaise; parler d'un ton impérieux et décisif qui subjugue , qui attire : Voilà, voilà le piège, et tous les jours la lecture y f*it loinber.

On aime un auteur qui dit bien, et l'on n'examine pas s'il dit vrai; ou l'on soupçonne moins qu'il dit faux, dès qu'il dit avec grâce; il ne doit pas avoir ton, dés qu'il amuse. Le plaisir qu'il procure dédommage aisément de la con- 5. • G *

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viction. Au lieu cte convaincre, il suffit (le plaire. Un mot bien dit supplée à une chose mal prouvée.

Quelques lueurs passagères récréent bien plus qu'une lumière soutenue; et les saillies de l'esprit , sont de toute autre valeur que la sérieuse solidité de la raison. On se prévient , on se passionne pour un écrivain de ce caractère ; on le goùle, et on ne goùle que lui. On le cite, et l'on est surpris que son témoignage n'ait pas, auprès de tous , le même poids. Son nom seul fait un titre ; et ses paroles sont autant d'oracles dans l'esprit de ceux qui ne veulent pas eux-mêmes souffrir que nous prononcions le nom, et que nous apportions l'auîorité de quelques - uns de ces liommes célèbres , dont le génie profond et le travail assidu firent

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des savans illustres, en même temps que la Religion et la vertu en firent des Saints.

Ah î comme autrefois , l'idole de Dagon tomba à la seule présence de l'Arche; qu'ils rentrent aujourd'hui dans le néant de leur impure origine, ces livres pervers, dont l'audacieux effort et le sacrilège Lut est de faire oublier les Livres saints , et avec eux la Religion de ce Royaume très - chrétien.

Comme les Lévites furent obligés de modérer les pleurs d'attendrissemens que versoit le peuple d'Israël, eti entendant lire le Livre de la Loi ; que nous soyons principalement occupés à recueillir, parmi les Fidèles, le fruit des lectures saintes qui les édifient, et qui répandent une sainte joie dans leur ame! Que nous ks voyous s'occu-

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per eux - mêmes du souvenir des bienfaits de Dieu, de la reconnoissance qu'ils lui doivent, des devoirs^ qu'il leur impose, des récompenses promises à ceux qui les accomplissent! Je vous les souhaite.

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