DE L\ PIÉTÉ
sert de ces termes, et, sans que je vous fatigue ici des longueurs de cet aride travail, il suffira de vous dire qu'une comparaison attentive des textes, surtout dans les épitres aux Romains, aux Corinthiens, aux Éphésiens et aux Colossiens, montre que dans la pensée de St. Paul, le mystère de Christ^ le mystère de la foi y le mystère de la piété, est toujours la rédemption; la suite du verset même d'o le texte est tiré en offre la preuve. Ce verset, l'un des plus célèbres de l'Evangile, est un de ces passages sur lesquels on dispute depuis des siècles , et sur lesquels on disputera sans s'accorder bien des siècles encore; sur aucune autre ligne des livres saints on n'a porté plus loin l'esprit minutieux de critique, l'art des conjectures, les explications forcées, les subtilités ingénieuses, et il faut bien le dire, à la honte éternelle d'un étroit fanatisme, les fraudes prétendues pieuses, armes indignes d'un chrétien, armes empoisonnées qui blessent celui qui s'en sert, et qui défendent la vérité par des mensonges. Mais quelque texte que l'on suive, quelque version que l'on préfère , il est impossible de ne pas voir la rédemption dans l'ensemble de ces pensées. Cette remarque confirme notre explication, et achève de vous montrer que le grand mystère de la piété, c'est la rédemption.
Ce mystère est grand, si vous le considérez à l'égard de Dieu qui nous a donné le salut.
M. F., l'idée de Dieu, sous quelque rapport qu'on l'envisage, est toute remplie de mystère; l'idée d'un
LE MYSTERE
être éternel et immense, sans commencement et sans fin, sans mesure en sa durée, sans limite en sa puissance, qui sait tout, qui conserve tout, qui bénit tout, est supérieure à l'intelligence des anges même; et, du milieu de notre temple, comme Salomon dans le sien, nous pouvons dire que l'Eternel habite dans l'obscurité. Cependant, l'idée de Dieu une fois admise (et vous savez que l'insensé seul dit en son coeur qu'il n'y a point de Dieu), quelque lumière brille au sein de ces ténèbres profondes; notre raison, qui ne peut sonder ses voies, en découvre les bords, et nous savons quelque chose de ses perfections et de ses ouvrages. Aussi, je conçois un Dieu créateur; je conçois que Dieu soit sorti de son repos éternel, et qu'il ait tiré des mondes et des êtres du sein du néant, afin de pouvoir se dire ensuite que tout ce qu'il avait fait était très bon. Je conçois que l'être souverainement parfait et souverainement heureux ait formé des créatures à sa ressemblance, c'est-à-dire, qu'il leur ait donné une part de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, et ainsi, une part de son bonheur. Toute l'étendue me donne à connaître les ouvrages de ses mains, une voix secrète s'élève du fond de mon âme, répond à cette voix des cieux qui me raconte sa gloire, et m'assure que j'ai reçu de lui seul la vie, le mouvement et l'être, et, de la création , mon esprit remonte sans s'égarer au Créateur. Un second effort de la raison, un second progrès de la foi, est de reconnaître un Dieu conservateur
DE LA PlETlî. ' g5
du monde. Que celui qui a créé veille à la conservation de son ouvrage; ces deux idées sont inséparables. Que deviendrait l'iuiivers sans la Providence; où y aurait-il un abîme assez grand pour l'y laisser tomber et périr; quelle absurdité qu'un Dieu qui crée, et qui, l'instant après, ne prend aucun intérêt, ne donne aucune attention à son oeuvre, et l'abandonne à une destruction ou lente ou prochaine? D'ailleurs le fait est là, sous nos yeux; nous, nous sommes d'hier, mais la création n'est pas d'hier; ce firmament qui brille sur nos têtes n'est pas d'hier; l'univers est une chose ancienne; la terre même qui nous porte est plus vieille que nous: elle garde de son antiquité la preuve dans son sein. Et qui donc a conservé le monde jusqu'à ce siècle, ce jour, ce moment, si ce n'est le Dieu qui l'a créé ? Enfin , sans se perdre dans des ténèbres impénétrables, notre raison et notre foi conçoivent un Dieu, arbitre des destinées et juge des actions, un Dieu qui demandera compte à des créatures qu'il a faites lui-même responsables et libres, un Dieu à qui appartient la vengeance , et à qui, par conséquent, appartient aussi la rénumération; il y a des lois, donc il y aura un jugement, le grand mystère serait qu'il n'y en eut point. Création, Providence, Jugement, voilà donc où la raison arrive sans broncher, où la foi s'élève par un facile essor; voilà des connaissances qui ne sont pas sans mystère, il est vrai, mais où la lumière éejale au moins les ténèbres; voilà des
C)6 LE MYSTÈRE
faits, des vérités, des doctrines que le ciel et la terre, et le consentement universel de nos générations, et la voix de la conscience, et cet instinct religieux que Dieu même a gravé dans notre sein , attestent de concert. Mais représentez-vous ce Dieu: créateur,... qui en peut douter? conservateur,... qui ne le voit? juge,... qui ne le sent?... représentez-vous ce Dieu résolvant dans ses conseils éternels et infaillibles que le monde sera sauvé, et que son divin Fils en deviendra le chef, le modèle, le rédempteur. . . M. F. , /e mystère de la piété est grandi Dès l'instant où le fruit fatal eut empoisonné cette pure respiration de vie que Dieu nous avait donnée, dès l'instant que l'homme usa mal de sa liberté sainte, dès l'instant que le péché fut entré dans ce monde et après lui la mort et le malheur, Dieu a résolu la rédemption, et a remis seulement à quelques milliers d'années le jour de l'accomplir. La pitié divine commença aussitôt que notre malheur, et ces mots fameux que vous lisez au début des révélations divines: La postérité de lajeinme écrasera la tête du serpent , ces mots, savez-vous bien ce qu'au fond ils signifient; ils signifient que Dieu a tant aimé le monde, quil a donné son Fils unique au monde , afin que quiconque croit en lui ne périsse point et obtienne la i'ie éternelle. Depuis cette première lueur d'espérance, la providence a été sans cesse employée à préparer ce grand bienfait; une longue suite de précurseurs aplanit les chemins et prépare les voies du Messie ; chaque siè»