DE LA. PIETE
et laisse tomber naturellement ces mots : Sans contredit, le mystère de la piété est grand M. F. , si
cela n'est pas sincère, la sincérité n'est qu'un vain mot du langage des hommes.
Vous venez de voir en St. Paul l'ami qui dépose comme une simple confidence cette solennelle déclaration dans le sein de son ami; vous ne pouvez donc dire que cette parole, applicable au vulgaire et écrite pour lui seul, ne nous concerne point; revenez maintenant à considérer en St. Paul l'envoyé divin et le grand homme. Un trait caractéristique des hommes de génie est cette humilité dont un apôtre nous donne ici l'exemple. De tous temps, les intelligences les plus élevées et les plus fortes ont été les plus humbles, et l'explication de ce phénomène intellectuel est bien simple : c'est que mieux on se sert de sa raison, mieux on en reconnaît la faiblesse et les bornes. Dans l'antiquité, le plus sage des philosophes avait coutume de dire: Ce que je sais, c'est que je ne sais rien; tant il voyait qu'il lui restait à apprendre. Et dans nos temps modernes, le plus illustre des astronomes, celai qui a frayé le chemin où tous sont suivi, celui qui a appris le premier aux hommes ce que c'est que la lumière, et comment tous ces mondes que vous voyez chaque soir pèsent les uns sur les autres et tiennent ensemble dans les cieux; celui-là, M. F., a pensé que les semaines de Daniel étaient un calcul aussi important à faire que celui des étoiles du firmament; celui-là était un des plus humbles chrétiens
LE ArYSTERE
de son siècle. Cette docilité de la raison se retrouve à travers tous les âges de l'Écriture Sainte; les plus grands hommes de l'ancienne Alliance ont été les plus humbles et ont reconnue le plus hautement que Dieu est incompréhensible dans ses merveilles et ses voies. Voyez comment le grand Moïse marque à la raison humaine le champ qui lui est interdit et le sillon qui lui est ouvert: Les choses cachées, dit-il, sont pour l'Eternel^ et les choses révélées pour nous et nos enfans à jamais. Ecoutez ce David, qui certes ne manquait pas de génie: Il est impossible de sonder la grandeur de Dieu; écoutez ce Salomon, qui certes ne manquait pas de science: V Éternel habite dans V obscurité ; ouvrez ce livre de Job, où le mystère du mal est approfondi, autant qu'il pouvait l'être avant le christianisme, et voyez comment la pensée de l'auteur sacré recule devant tant d'autres : Trouveras -tu le fond de Dieu en le sondant; ce sont les hauteurs des deux, qù y feras tu? Ce sont les profondeurs des abîmes, qiij verras lu? Et cet Esaïe qui a décrit la majesté divine autant peutêtre que le langage humain la peut décrire, écoutez-le déclarer qu'il n'y a pas moyen de pénétrer V intelligence de Dieul A tous ces grands noms on peut ajouter celui de St. Paul, sans qu'il perde à la comparaison, et autant que les Moïse et les David, les Salomon et les Ésaïe , St. Paul humihe l'intelligence qu'il possède devant la révélation qu'il annonce, et reconnaît que, sans contredit y le mystère delà piété est grand.
DE LA PIETK. Qi
Son exemple amène une réflexion à laquelle aucune expérience ne conduit mieux que la sienne. Le monde se partage d'ordinaire en sages et en fidèles, en hommes pleins de foi dans leur propre raison et qui prétendent y ramener l'Évangile, et en hommes plus dociles à la révélation , et qui s'efforcent d'y assujettir leur intelligence; je m'adresse à tous aujourd'hui. Vous qui êtes versés dans les sciences humaines, et qui avez appris ce qu'on peut s'apprendre d'homme à homme, S*. Paul, des écoles de Tarse avait passé à celles de Jérusalem; S^Paul, s'il n'avait été disciple de Christ, aurait été un sage du monde, un disputeur du siècle ; il a même commencé par là. Songez-y donc bien, c'est un des vôtres qui vous donne ici l'exemple de vous humilier devant le grand mystère de la piété; et qui de vous peut contester le génie de ce Paul, sa force de pénétration, sa profondeur de pensée? s'il s'est humilié, que ne vous humiliez-vous donc, et pourquoi vous étonnez-vous de trouver un mystère où ce grand homme en trouvait un ? Et vous qui n'êtes pas doctes selon le monde, mais croyans selon l'Évangile, ou qui savez être l'un et l'autre, vous qui avez la foi et qui priez Dieu de vous l'augmenter sans cesse, voici un apôtre, un saint, un inspiré, un homme qui n'a pas étudié seulement comme vous l'Évangile, mais à qui l'Esprit saint l'a enseigné, un homme qui a vu le Christ dans sa gloire et qui a reçu du Seigneur ce qu'il nous a donné , un homme qui a été ravi au ciel et qui a entendu des secrets
LE MYSTERE
ineffables; et cet homme, enrichi de tant de grâces, honoré de tant de connaissances, comblé des dons de l'esprit de Dieu, cet homme déclare que sans contredit le mystère de la piété est grand — Chrétiens; je vous le demande, est-il possible, s'il était grand pour cet apôtre, qu'il ne le soit pas pour nous?.... Vous qui doutez encore et vous qui croyez, je vous cite donc tous au tribunal de votre propre raison. Sages, niez que Paul soit un grand homme; fidèles, niez que Paul soit un grand apôtre, ou préparez-vous tous à reconnaître avec lui que le mystère de la piété est grand.
M. F., saisissez bien cette dernière idée, et ne m'accordez rien de plus que ce que je vous demande. Vous ne devez suivre en aveugles l'exemple de personne, pas même d'un apôtre; avant de s'humilier, il faut savoir pourquoi on s'humilie; seulement, convenez d'avance que si ces motifs de s'humilier ont suffi à S'. Paul, ils doivent vous suffire. J'essaierai de vous montrer que le salut du monde est un grand mystère , considéré à l'égard de Dieu, qui l'a donné ; de Christ, qui l'a accompli; de vousmêmes, qu'il appelle à le recevoir.
Il est indispensable de fixer, d'une manière claire et précise, ce que S*. Paul entend par le mystère de la piété; il semble affectionner cette expression , il l'emploie souvent dans ses épitres : elle répondait à l'élévation de sa foi. J'ai rassemblé, M. F., tous ces différens passages où l'apôtre se