‹ Sermons (volume 2)Chapitre 14 sur 60 · IJ2 , '-E SEL · texte numérisé non relu

IJ2 , '-E SEL

Vous êtes le sel de la terre. Cette parole, sous \

une image familière aux langues et conforme aux \

moeurs de l'Orient, exprime avec simplicité et avec ?

force l'idée d'excellence et de supériorité. Vous \

êtes le sel de la terre, c'est-à-dire, vous êtes les plus \

excellens des mortels, vous êtes supérieurs au reste j

des humains, leurs guides et leurs modèles. M. F., i

votre humilité s'alarmerait-elle en m'entendant vous ,\

décerner ces titres d'honneur? Ne craignez pas que ;

je vienne vous fatiguer de votre éloge, et vous -■

encenser du haut de cette chaire; à Dieu ne plaise %

que je ravale jamais ainsi votre attention et mon j

ministère. Faites une distinction facile, qui mettra |

le sujet sous son vrai point de vue. 11 ne s'agit pas •;

ici de nos mérites, et de nos succès, et de nos ^

triomphes; il s'agit simplement des bienfaits de \

notre Dieu; il ne s'agit pas de nous comme hom- '

mes, mais comme chrétiens; il ne s'agit pas de ;

notre gloire, mais de la gloire du Seigneur; et voici ^

en deux mots le point en question : le christianisme î est-il divin? Oui, très-certainement. Et vous, professez-vous le pur christianisme? Oui, encore! Vous êtes donc le sel de la terre; et, sans me préoccuper des scrupules d'une humilité qui s'inquiète à tort, c'est là ce que je vais franchement vous prouver.

Pour première preuve, songez que les chrétiens sont les plus puissans parmi les hommes. Déployez une carte, examinez la face du globe, et voyez s'ils'y trouve un pouvoir qui égale le leur. Il n'en existe aucun, et, ce qui rend plus étonnante cette gloire,

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cette supériorité que Dieu accorde aux adorateurs de son divin Fils, c'est que les chrétiens ne sont pas les plus nombreux sur la terre. Il est triste, mais il est vrai de le dire , et l'aveu est aussi inutile à retenir que le secret impossible à garder, le nom de Dieu n'est pas le plus adoré dans notre monde ; d'autres noms, des noms de mensonge et d'impureté y sont plus invoqués que le sien, et le bon Berger a le moins de brebis. Mais, malgré cette infériorité de nombre, les chrétiens sont les maîtres, et le reste du globe est sous leur domination; il ne tient qu'à leur volonté d'y commander, et chaque jour ils y commandent avec plus d'empire. M. F., c'est qu'il ne s'agit pas de se compter, mais de se peser; c'est qu'une foule d'insensés ne vaut pas un petit nombre de sages; c'est que Dieu est pour nous y et qui donc sera contre nous'^. ... Voulezvous une seconde preuve du même genre? Déployez de nouveau une carte, parcourez la face du globe, vous trouverez des chrétiens partout; en est-il de même des autres peuples, des autres cultes? Non, l'erreur enchaîne pour ainsi dire ses disciples, les fixe au sol qu'elle occupe, et ne leur permet pas de s'éloigner. Mais le christianisme traverse le monde en tous sens, aborde sur tous les rivages, s'établit sur tout les continens, et, dès qu'il a mis le pied sur un coin de terre, il semble dire: ce lieu-ci est à moi! Oui, nous sommes les maitres du monde, parce que nous sommes les serviteurs de celui qui en est le maître suprême ; la terre est

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à vous, parce que vous êtes à lui. L'histoire, me direz- vous, donne un triste démenti à ces réflexions j les disciples de Jésus n'ont pas toujours possédé l'empire; on a vu un temps où les peuples musulmans étaient plus puissans que le peuple chrétien, où, maîtres des plus belles contrées du globe, ils ont pressé l'Europe de deux côtés. M. F., il est vrai; mais à ces époques désastreuses l'église, plus que jamais, avait mérité la censure que St, Paul prononçait contre la synagogue: Tous ceux qui sont d'Israël ne sont pas pourtant d'Israël! La chrétienté était-elle alors assez chrétienne? Qu'avait-elle fait de l'Évangile? On servait Christ de nom, sans lire sa loi, et le pur christianisme disparaissait étouffé sous un amas de superstitions et d'erreurs. Ah! ne reprochons pas à la Providence ce qu'il faut nous reprocher à nous-mêmes; les chrétiens ont été les plus faibles, quand ils ont cessé d'être les plus éclairés, et leur supériorité s'est proportionnée à leur piété et leur foi; leurs triomphes sur le reste des hommes ont recommencé, quand leur religion a repris les siens sur eux-mêmes. L'histoire n'a donc rien dans ses annales qui contredise cette vérité d'expérience; vous êtes les plus puissans parmi les hommes, vous êtes le sel de la terre.

Cet empire ne durerait pas un jour, et les disciples de Jésus ne seraient pas long-temps les plus forts, s'ils n'étaient les plus instruits. L'avantage qui se trouve du côté des peuples chrétiens pour

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la culture de l'esprit humain est si grand, qu'il est presque impossible de le mesurer. Cette supériorité porte sur tout; il n'est aucune branche des connaissances humaines, aucune oeuvre de génie, aucune recherche de science, aucune espèce d'industrie, et dans les arts utiles, et dans les beaux arts, où la prééminence n'appartienne, quand ils le veulent, aux chrétiens. Vous ne me citerez pas, comme une objection contre cette gloire, quelques heureuses rencontres de matières premières qui nous manquent, et quelques chefs-d'oeuvre de patience dont le secret semble échapper à la notre; la patience est le talent de ceux qui n'en ont pas d'autre. Nos adversaires imitent, et nous inventons; ils font et refont sans cesse les mêmes choses, et nous avançons de progrès en progrès; on ne peut citer une de leurs découvertes qu'ils aient perfectionnée, ni une seule qui n'ait reçu de nos mains quelque perfectionnement. Cette supériorité d'instruction est reconnue par les populations mêmes qui ont le plus grand intérêt à la contester; oui, ces nations farouches ou sensuelles, féroces ou paresseuses, qui n'ont pas la connaissance de Christ, s'entendent si mal à nos études les plus répandues, et suivent de si loin nos exemples, qu'elles avouent notre supériorité, qu'elles viennent à nous pour s'instruire, qu'en nous regardant comme des profanes, des impies, des infidèles, elles nous resrardent comme leurs maîtres dans toutes les sciences, et se font une salle d'étude et un

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atelier d'apprentissage de cette chrétienté qu'elles méprisent. Notre gloire est comme confiée à nos rivaux... Quelle preuve que les chrétiens sont le sel de la terre! et que sera-ce si le parallèle porte

sur le degré de culture intellectuelle des classes in. ,

férieures? Parmi ces nations malheureuses que i^

l'Écriture nous dépeint assises dans les ombres de .^

la vallée de la mort, dès que l'on descend vers les i

derniers rangs de la société, toutes les comiaissan- '{

ces les plus usuelles, lire, écrire, compter, sont j

des choses inouies, inconnues, sans exemple; un y

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