livre, c'est-à-dire, ce qu'il y a de plus commun
parmi nous, un livre quelconque est une merveille I
que personne n'a tenue en main; il y a de grandes .^
villes où vous en trouveriez difficilement un seul; ;♦
et mesurez alors, mesurez la masse épaisse d'igno- ;[
rance, de superstitions, d'erreurs ou impures ou )
cruelles, et toujours tristes, croupissant avec une <
pesanteur séculaire chez un peuple dont la seule ^
occupation, la seule pensée est de respirer, se nour- ;
rir, dormir, adorer quelque déité monstrueuse, et î
s'en aller par le chemin de toute la terre. Compa- \
rez, à ces ténèbres, comparez le degré de culture ^
des peuples chrétiens, et surtout, grâce à Dieu! |
au sein de nos églises; voyez combien ces simples (
connaissances y sont plus répandues; voyez chez les '■
nations chrétiennes les plus avancées combien il est ■ rare de trouver un hameau où personne ne sache
lire, un hameau où personne ne possède un livre; \
et que de préjugés de moins à mesure que ces pré- ■
miers élémens de toute civilisation se propagent; que de peurs chimériques de moins à mesure que la nature est mieux connue! C'est là un des triomphes du christianisme; il est de toute manière la lumière du monde, la i'ille bâtie sur une montagne, et vers laquelle tous les peuples regardent... Oui, quiconque apprend à lire à un jeune enfant peut se réjouir d'avoir fait quelque chose pour la gloire de Dieu, pour le règne de Christ, pour le bien de l'humanité; et je vous le déclare, dussé-je vous exposer avec moi aux sourires d'une incrédulité dédaigneuse, vous qui savez lire, vous êtes le sel de la terre. De cette supériorité de puissance et de lumière dérive, en notre faveur, une supériorité de bonheur, et les chrétiens, sans nul doute, sont les plus heureux parmi les hommes. Prenez garde, sur ce point, que votre propre sort, quel qu'il soit, ne vous aveugle ; prenez garde de prendre pour mesure et pour règle votre degré de reconnaissance ou votre manque de résignation; prenez garde de juger des avantages dont jouit toute une génération, une race, une famille de peuples par vos avantages particuliers, et de tout ramener à vos mécomptes ou à vos contentemens; voir ici toutes choses en grand, est le seul moyen de les bien voir, et de ramener la question à ces deux grands traits qui la divisent, le bonheur domestique et le bonheur public. M. F, , le bonheur domestique, dans toute sa pureté et sa douceur, ne se trouve qu'au sein du christianisme. Ah! sans doute, il est digne de Christ qu'un véri-
table cercle de famille ne puisse être composé que de chrétiens ! Et il est facile d'expliquer pourquoi l'Évangile seul enseigne et procure ce grand bien, pourquoi sous l'empire de tout autre culte ces liens, toujours intimes, ne sont jamais si serrés, se relâchent avant le temps et se brisent même. Il y eu a deux raisons également claires et fortes: c'est l'Évangile seul, moins par des préceptes directs que par son esprit et son influence, qui a fixé les justes Umites de la puissance paternelle et de la docilité fihale; toute tyrannie d'un père, toute révolte d'un fils est anti-chrétienne; mais l'un ne doit pas trop commander, ni l'autre trop s'affranchir, et, quand chacun reste dans les limites naturelles que sa situation lui marque, le bonheur domestique s'établit entre deux, et change le tout en une déliciense confiance. Et l'Évangile seul a replacé les femmes au rang qui leur appartient , au rang sublime de mères et de nourrices du genre humain ; le christianisme seul a appris au monde cette parole qu'il avait oubliée, cette parole de Dieu même: Je donnerai à r homme une aide semblable à lui. La où l'épouse vient comme épouse, le bonheur domestique vient avec elle; là où l'épouse vient comme esclave, le toit conjugal n'est qu'une prison dont un tyran tient la clé, et où il rend les autres malheureux comme lui-même — Et si de ces intérêts individuels vous passez à vos intérêts comme habitans d'une ville, comme citoyens d'une patrie, le bien que le christianisme nous a fait est immense encore, et le monde
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tout entier est la devant vous pour le prouver. 11 n'y a de véritable liberté, d'égalité devant la loi, de justice publique, de sûreté et pour les corps et pour les biens, ni de vigoureuse protection du faible contre le puissant, du pauvre contre le riche, de l'intègre contre l'inique, que chez les peuples chrétiens. Ailleurs, la liberté n'est que licence, la justice n'est qu'une équité capricieuse, la paix n'est qu'un sommeil de servitude, et la sécurité n'est rien; du jour au lendemain, on n'est sûr de rien; on n'est sur ni de sa liberté, ni de sa fortune, ni de sa vie; on meurt sans savoir si l'on pourra laisser ce qu'on possède à ses enfans, et ce tableau est si peu exagéré, qu'en dehors de la chrétienté les hommes se trouvent tous dans l'une de ces trois positions: ou ils sont divisés en tribus sauvages, indignes encore du nom d'hommes; ou ils sont courbés sous un honteux dispotisme, vil troupeau destiné à mourir au clignement d'oeil d'un tyran; ou enfin ils sont partagés en castes, si profondément séparées, que ces distinctions fatales arrêtent depuis
des siècles tout perfectionnement, tout progrès
M. F., sortez de la chrétienté, visitez le monde, vous n'y trouverez pas autre chose; comparez votre sort à ces situations déplorables; et jugez; mais n'oubliez pas que vous devez au christianisme votre bonheur social. La liberté politique a commencé avec la. liberté religieuse, et l'une est toujours en proportion de l'autre; plus les peuples sont chrétiens, plus les peuples sont libres; car ils savent
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alors et conquérir la liberté, se qui est facile, et la conserver, ce qui ne l'est pas; et en ce sens encore les chrétiens sont le sel de la terre.
Tous ces avantages, cette supériorité de puissance, de lumières et de bonheur, nous les devons au plus grand de tous, au christianisme même, à la révélation dont nous sommes les disciples, à l'Évangile dont nous sommes les dépositaires , l'Evangile, ce livre qui sera un jour la charte et la législation du monde entier et devant lequel un jour viendra dans le lointain des siècles où les rois déposeront leur couronne inutile et les juges fermeront leurs codes oubUés. Chrétiens, vous êtes le sel de la terre, parce que vous connaissez Christ. Tous les biens du présent et tous les perfectionnemens de l'avenir sont dans cette science excellente, et vous ne seriez ni les plus puissans, ni les plus éclairés, ni les plus heureux parmi les hommes, si vous n'étiez les plus saints. Je ne viens pas vous dire que vous ayez atteint le but, et que vous soyez saints comme vous devez le devenir; mais vous l'êtes plus que personne, parce que la foi est la plus sainte. Non seulement vous seuls dans le monde avez contemplé la croix du salut et confessé la grande vérité de la rédemption qui sépare profondément votre croyance de toute autre rehgion, de toute autre philosophie, mais cette vérité fondamentale, particulière au christianisme, épure et complète pour vous toutes les grandes vérités religieuses. Vous seuls dans ce monde adorez Dieu complètement en
esprit et eh vérité; vous seuls connaissez la Providence comme universelle, égale envers tous les êtres, et pour toutes choses et en tout temps; vous seuls connaissez l'immortalité comme une certitude désormais victorieuse sur la quelle il est inutile de revenir; vous seuls confessez que tous les hommes sont également immortels, et en attendant qu'ils entrent dans leur immortalité glorieuse, vous seuls savez qu'ils sont frères en ce monde et ne forment qu'une famille. Ce dogme, le fondement de la morale sociale du christianisme, ce dogme, la plus féconde des vérités qui concernent la terre, est le signe caractéristique de notre religion parmi les religions; c'est la table de notre loi qu'aucun Moïse même ne peut briser; c'est la flamme de notre sacrifice perpétuel qu'aucun orage ne peut éteindre! De ces doctrines, voyez quels sont les fruits. Partout en ce monde il y a des souffrances et des larmes: mais parmi les chrétiens seuls, on sait bien souffrir et bien pleurer, et se dire avec une espérance sans cesse renaissante, que bienheureux sont ceux qui pleurent^ parce quils seront consolés; partout en ce monde il y a des séparations: mais parmi les chrétiens seuls ou sait à temps cesser de chercher parmi les morts ceux qui sont vivans; partout en ce monde on meurt: mais parmi les chrétiens seuls on sait à qui remettre en mourant son esprit. Cette incontestable supériorité du christianisme éclate encore dans ce fait, que de toutes les religions le christianisme seul fait des conversions aujourd'hui.