LK SEL
Quelles conquêtes font aujourd'hui les cultes antiques de l'Orient; où sont les peuples nouveaux qu'ils s'attirent, où s'excerce leur prosélytisme?... Qui même embrasse aujourd'hui la foi du conquérant arabe, cette religion fondée sur l'unité de Dieu, comme pour montrer au monde ce que peut devenir la connaissance de Dieu sans celle de Christ?... personne. Et surtout qui embrasse aujourd'hui le judaïsme? il ne revit nulle part; il meurt partout; ce qui en reste sert seulement à montrer qu'il a été. Ainsi donc, nous, chrétiens, nous n'allons pas vers les autres, ils viennent vers nous; attendons, ils viendront tous et ils sauront à leur tour à qui appliquer cette parole: Vous êtes le sel de la terre!
Voila, M. F., les faits éclaircis. Vous êtes dans toute la force du terme le sel de la terre, et tous ces avantages, vous les devez au christianisme. Le christianisme seul a donné à l'alliance des peuples chrétiens cette supériorité de puissance; le christianisme seul a ouvert devant le génie humain la carrière nouvelle où il s'est engagé; le christianisme seul a fondé et entretient et le bonheur public et le bonheur particulier; seul, enfin, il a enseigné un culte pur, et une foi, une charité qui suffit à tous. Mais tenez bien ce que vous possédez; car si le sel perd sa saveur, avec quoi le salera-t-on; si vous perdez votre foi, que mettrez-vous à sa place; si vous sortez du christianisme, où irez-vous; si vous cessez d'être à Christ, à qui voulez-vous appartenir?..
Ici, je dois m'arrêter devant une objection qui menace de nous ravir tout le fruit de ce discours. Le sel, me demanderez-vous, peut-il perdre sa saveur? Pouvons-nous cesser d'être chrétiens? pouvons-nous oublier l'Évangile? Pouvons-nous effacer de notre mémoire ce nom de Christ que tout nous rappelle, ce nom que nous lisons en quelque sorte écrit de tous côtés, et sur les pages partout ouvertes de l'Évangile, et sur l'azur des cieux où il règne, et sur la pierre de tous ces tombeaux dont il viendra nous délivrer? M. F., je pourrais vous renvoyer à l'histoire. Vous n'y verriez que trop comment l'homme peu-à-peu, et sans même s'en apercevoir dans l'ivresse de ses passions, peut tenir le boisseau au-dessus de la lumière, le laisser lentement descendre sur elle, la voiler de plus en plus, la couvrir par degrés, la cacher à tous les yeux, et enfin l'étouffer et l'éteindre. Mais il vaut mieux vous faire une réponse plus directe... Que, dix-huit siècles déjà passés, dans un pays nommé la Judée, l'instituteur d'une religion nouvelle ait péri sur une croix et scellé de son sang sa doctrine; que ses principaux disciples après sa mort aient mis la main à l'oeuvre et fondé cette Église que nous voyons encore ; que dans les temples de ce culte on lise un livre nommé l'Évangile, dont la morale est profitable et bonne, voilà ce que vous ne pouvez oublier; voilà ce qui ne sortira point de votre esprit; à mais c'est là une connaissance stérile, sans efficace et sans fruits. Croire à Jésus comme un personnage historique,