LE SEL
et à l'Évangile comme à un bon livre de morale... les péagers et les gens de mauvaise vie en croient autant! Il n'y a rien là qui puisse sanctifier le coeur, diriger la vie, épurer la conscience, élever l'âme; il n'y a rien là qui puisse vous rendre les plus puissans, les plus éclairés, les plus heureux et les plus saints parmi les hommes; c'est la foi qui fait le chrétien, et il est si vrai que le sel peut perdre sa saveur, il est si vrai que la foi s'éteint faute d'aliment, que mille chemins sont ouverts devant vous qui conduisent -loin de Christ. Le sel ne perdil point sa saveur, quand l'incrédulité s'empare de l'esprit, mine adroitement les bases de la religion, et nous fait dire en notre coeur, non comme l'ancien insensé qu'il n'y a point de Dieu, mais comme l'insensé moderne qu'il n'y a point de Sauveur? Le sel ne perd-il point sa saveur, quand l'indifférence vient sécher le coeur , le durcir contre toute bonne et pieuse impression, et réduire toute la sagesse à dire et à redire: de quoi sert la religion? Et le sel ne perd-il point sa saveur, quand la mondanité arrête toute notre vie comme dans un réseau doré dont on ne peut sortir, étouffe la foi sous im amas de vanités, et pousse jusqu'à cet extrême effrayant: mangeons et buvons, car demain nous mourrons! Enfin, le sel ne perd-il point sa saveur, quand on veut trop lui en donner, quand on se laisse aller jusqu'au fanatisme, quand on change la piété en ces extases où l'on regarde sans voir, et ces rêveries où Von médite sans penser? Convenez-en donc,
rexpérience ne l'a que trop démontré; le sel peut perdre sa saveur, mais ce sera votre faute s'il la perd; la couronne de vos fronts peut tomber, mais nul ne peut vous la ravir que vous-même; votre foi peut s'éteindre en votre âme, mais nul ne l'éteindra que vous.
Et maintenant, M. F., je reviens avec une force nouvelle à la demande du texte: si le sel perd sa saveur, avec quoi le salera-t-on? si vous perdez votre foi , que mettrez-vous à sa place ? Rien , car rien au monde ne peut remplacer le christianisme. Vous ne trouverez pas un autre Évangile à lire, si vous fermez celui-là; vous ne trouverez pas d'autre croix à contempler que celle du Calvaire; et avec qui communierez- vous, si vous ne communiez avec Jésus-Christ? Après avoir lâché l'ancre ferme du salut, vous ne saurez à quoi vous tenir, et vous serez balottés cà et là par tous les orages de la vie. Au lieu d'être le sel de la terre, vous en serez le rebut, car il vaut mieux 7i avoir jamais connu les commandemens du Seigneur que de les avoir connus et abandonnes ; au lieu d'être le sel de la terre, votre gloire sera jetée dehors et foulée aux pieds des hommes. Oui, si les chrétiens abandonnent Christ, Christ les abandonnera; il établira ailleurs son église. Son église a commencé en Asie; elle n'y est plus, et l'on sait pourquoi; elle est en Europe, sachons l'y retenir, et prenons garde que le Christ ne la reporte loin de nous où elle a été. Oui, si les chrétiens perdent la foi, leur puissance
J)ientôt ne leur servira plus qu'à s'entre-déchirer, et ils seront détruits dans leur luxe et leur mondanité; leur science s'éteindra comme le flambeau dans la main de l'imprudent voyageur; leur bonlieur public et domestique s'évanouira dans le scandale des mauvaises moeurs, dans le désordre des injustices, des violences et des rapines; leur culte ne sera plus qu'une affaire de forme et d'habitude, un amusement et un spectacle, et leur religion deviendra un instrument de domination entre les mains des hypocrites et des méchans. Et ne croyez pas que des désastres pareils se fassent long-temps attendre; on a vu le contraire; et ne croyez pas que ces désastres publics sauvent des douleurs privées; ces dernières n'en seront que plus cruelles ; au milieu de cette décadence d'un peuple , la pau-j vreté et la maladie ne perdent rien de leur amertume, et s'enveniment; le deuil est toujours le deuil; la mort est toujours la mort; l'on pleure davantage, l'on espère moins, et l'on arrive au point que c'est une chose ordinaire de maudire le jour de sa naissance et de voir les tendres mères gémir devant Dieu d'avoir des enfans... C'est à nous, chrétiens, en tenant ferme ce que nous avons reçu, de rendre impossible un si funeste avenir. C'est à nous par notre foi, notre zèle, notre intégrité, par notre vie entière, par notre éloignement pour tout ce qui est inique et irréligieux, par l'éducation chrétienne de nos enfans, par l'exemple de l'intérieur de nos familles, par l'appui que nous prétons à la religion:
DE L\ TKRKE. 1*2'
c'est à nous, en prenant part à toutes ces fondations utiles qui répandent l'instruction dans toutes les classes et mettent la Bible dans toutes les mains, c'est à nous d'empêcher que notre siècle, que notre peuple dégénère et perde son christianisme, au lieu de l'épurer et de l'affermir. Songez donc que le moindre effort y contribue et que chacun de vous y peut quelque chose; songez que le plus humble doit coopérer à ce que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel; songez que ce qui sert aux intérêts du christianisme sert aux intérêts de la patrie. Gardez donc votre rang parmi les hommes; restez à la hauteur où Dieu vous a mis, et montez, montez encore. Vous êtes le sel de la terre; Chrétiens, soyez-le toujours.
LE