LA PEINE
est la force de cette parole adressée au premier pécheur: Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front] vous n'y pensez pas encore, parce que d'autres y pensent pour vous; attendez un peu, vous y penserez à votre tour, et vous saurez comme nous quel est le prix de cette maxime: à chaque jour suffit sa peine. Dès qu'on doit subvenir aux besoins d'autres que soi et qu'on se représente tous ces besoins, le père de famille qui travaille pour ses enfans, le fils qui soutient les vieux jours de ses parens, le frère généreux qui est l'appui de sa soeur, partout, en un mot, et dans quelque relation que ce soit où l'on brise en deux le morceau de pain que l'on gagne; oh! que souvent l'avenir est effrayant! que souvent on se surprend malgré soi à s'inquiéter! comme on se souvient que l'on est mortel; comme on s'afflige d'être si nécessaire! et en regardant ceux dont on est l'apui, avec quelle amertume alors on se dit: que deviendront-ils quand je n'y serai plus? Et qui me remplacera si je pars de ce monde, avant qu'ils n'aient plus besoin de moi? Alors on s'attache à la vie, on refuse la paix de la tombe, on demande à vivre encore au moins pour les autres, on cherche un baume salutaire qui apaise ces inquiétudes, et on le trouve dans cette idée, à chaque jour suffît sa peine. La confiance en Dieu que l'on ressaisit pour aujourd'hui, s'étend à demain, à après-demain, aux jours suivans, se prolonge au loin dans la vie, couvre comme d'un bouclier ceux qu'on aime pour les défendre de tout
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mal, et au lieu de se rassurer comme le mondain frivole, qui dit dans sa sublime prudence: il faut laisser quelque chose au hasard — les choses s'arrangeront d'une manière ou d'une autre à quoi
bon se tourmenter d'avance — non, on ne laisse rien au hasard; mais on laisse tout à la Providence, et l'on se dit: A chaque jour suffit sa peine.
A chaque jour suffit sa peine appliquez encore
ce mot à nos jours de douleurs, et vous verrez que pour eux sa force redouble, et il est bon qu'alors elle augmente; car il ne s'agit plus de l'opposer à de vagues inquiétudes qui ne sont que dans l'avenir, mais à des épreuves déjà venues, à des afflictions déjà commencées. Eh bien! consultez la simple raison: elle vous dira que c'est toujours assez du chagrin du jour, que vous le doublez en y ajoutant en quelque sorte d'avance celui du lendemain, qu'il faut borner au présent vos larmes; elle vous dira que gémir des maux futurs en même temps que des maux actuels, c'est gémir sans savoir de quoi, c'est repaître sa sensibilité de chimères, c'est mettre les rêves de son imagination à la place des voies de la Providence. Consultez la vraie piété; elle vous dira bien plus: elle vous dira que vous n'avez pas le droit de vous affliger d'un avenir que vous ne connaissez pas et que Dieu seul connaît; elle vous dira que vous n'avez pas le droit de devancer le cours de la Providence, et de hâter ses conseils, elle vous dira que vous n'avez pas le droit de vous rendre plus malheureux que Dieu ne veut que vous