‹ Sermons (volume 2)Chapitre 34 sur 60 · I>A PEINE · texte numérisé non relu

I>A PEINE

soyez, que vos peines vous suffisent, et qu'à chaque jour suffit sa peine. Pleurez-donc, s'il le faut, de vos maux d'aujourd'hui; mais que savez-vous de ceux de demain ? savez-vous s'ils viendront ? savezvous si le ciel de demain sera orageux ou tranquille? savez-vous si vos larmes ne seront pas changées en cris de joie? savez-vous si Dieu ne se propose pas ou de vous délivrer ou de vous consoler? Et s'il vous délivre, n'aurez-vous pas quelque regret de ces gémissemens superflus, quelque honte de ces craintes inutiles? n'aurez-vous pas à vous repentir de ce peu de confiance en un Dieu qui n'est que charité, et votre félicité renaissante ou vos consolations imprévues ne seraient-elles pas plus douces si votre conscience vous rendait le témoignage d'avoir suivi le grand principe : à chaque jour suffit sa peine, en disant de l'avenir: il sera ce que Dieu voudra? Toutes ces leçons, objecterez- vous, sont bonnes en des malheurs ordinaires dont on peut être délivré; mais que sert en des malheurs irréparables de dire qu'à chaque jour suffit sa peine? M. F., la consolation est toujours possible, si la délivrance ne l'est pas; mais vous pouvez donc vous mettre à la place de la Providence, mesurer son pouvoir, savoir juste où il va, et partager les maux de l'humanité en deux classes, ceux-ci que Dieu peut, et ceux-là que Dieu ne peut pas guérir. O. M. F., que d'exemples déposent contre vous! La terre est pleine, la vie est pleine de ces évènemens qui montrent que Dieu pefït nous relever quand nous som-

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mes le plus abattus, et nous délivrer quand toute délivrance aux yeux humains est impossible. Aucun orage n'est si noir, que son soleil ne puisse le percer. Écoutez avec Ezéchias cette voix qui dit : Dispose de ta maison, car tu vas mourir; et la maladie frappe, et demain ne viendra point pour lui; mais cette même voix ajoute quinze années à ses jours. Parcourez avec David les déserts de Juda, et vous penserez qu'il les parcourra demain; mais voici le messager qui annonce que Saùl n'est plus et que David est roi d'Israël. Regardez Abraham saisir le couteau et lever la main, et vous frémissez; il ne reste qu'un instant pour la délivrance; vous

frémissez mais vous ne saviez pas pourquoi ce

bélier était arrêté dans ces broussailles. Descendez avec S*^. Pierre dans la prison de Jérusalem, avec S*. Paul dans la prison de Philippes; voyez ces fers sur leurs bras, ces ceps à leurs pieds; voici, voici les inslrumens de leur supplice prêts pour le lendemain; c'était bien là un des momens de dire: toute délivrance est impossible, et les deux apôtres, délivrés la même nuit, et de retour, Pierre dans la maison de Marie, Paul dans celle de Lydie, où l'on avait tremblé pour eux, étaient des preuves vivantes qu'à chaque jour suffit sa peine.

A chaque jour suffit sa peine!... enfin, M. F., appliquons ce mot à nos deuils, à nos séparations, aux épreuves de la mort, aux larmes que nous versons sur les tombeaux, et ce dernier trait vous convaincra que nulle parole n'est plus féconde en leçons

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utiles à notre paix. Oui, c'est au jour de deuil surfout que suffit sa peine! c'est ici surtout que trop dé prévoyance est une témérité que rien n'excuse, (.alculer d'avance la longueur de sa propre vie est déjà téméraire; n'est-il pas bien plus téméraire encore de calculer, de rechercher, de prévoir la longueur probable de la vie de nos parens, de juger, même en secret, et sans leur en faire part, leur force de constitution, leur vigueur de santé, leur chance de vivre et de mourir, de s'alarmer ainsi de peurs chimériques et d'indices qui ne prouvent rien, et de pleurer ainsi sur une tombe bien avant qu'elle ne se creuse? Avez-vous réfléchi combien toutes ces prévoyances sont incertaines; incertaines pour Ja science: si vous l'interrogez, elle répond toujours n'en rien savoir, et se garde de prédictions; incertaines pour l'expérience: ici surtout, que sert l'expérience, mille et mille fois démentie par l'événement? combien de vieillards ont pleuré sur la tombe de jeunes gens qui croyaient pleurer sur la leur: combiens d'hommes robustes et sains ont précédé leurs amis débiles et souffrans qu'ils croyaient ensevelir; combien de parens ont vu leurs cheveux blancs descendre avec douleur vers leurs fils moissonnés avant l'âge; combien d'époux, en calculant la différence de leurs années, ont vu cette différence les tromper aux derniers adieux, et le plus âgé fermer les yeux du plus jeune! Et cependant, en présence de tant d'exemples, qui échappent à tout calcul, souvent nous nous inquiétons avant le temps

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et à tort;. .. surtout au sein de ces familles jusqu'ici heureuses, où la maladie n'est que rarement venue, où la mort n'a pas encore frappé à la porte, dès qu'elle vient une fois, on est prompt à s'imaginer qu'elle reviendra, qu'un coup n'est pas assez, qu'elle frappera coup sur coup. Ces tristes illusions sont plus communes dans le coeur des pères et des mères; s'ils ont perdu de leurs enfans, on les voit souvent croire qu'ils en perdront d'autres, qu'ils les perdront tous... M. F., il serait plus juste de penser que Dieu aura pitié, et qu'il ne ravira point Benjamin, après avoir redemandé Joseph. Quelquefois même, on y met ime sorte de superstition; on compare là où il n'y a rien à comparer; on a perdu un fils à tel âge de la vie , et on tremble quand un second fils arrive au même âge; on se souvient du jour, du mois où un enfant a expiré, et ce jour, et ce mois , on s'inquiète plus pour ceux qu'on a conservés; on brise ainsi tout son bonheur entre de lugubres anniversaires; on l'ensevelit dans des tombeaux qui ne sont pas même ouverts: on craint le retour des mêmes circonstances qui ont accompagné une perte cruelle, et on s'imagine presque qu'elles en amèneront une autre... O M. F., les forts d'entre vous peuvent regarder en pitié ces illusions; mais ces remarques seront utiles aux plus faibles; qui ne connaît des tendres mères de famille à qui des terreurs pareilles ont coûté bien des larmes? elles oubliaient alors qu'à chaque jour suffit sa peine. Apprenons à opposer cette pensée à nos craintes de

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