‹ Sermons (volume 2)Chapitre 36 sur 60 · SERMON SUR GENESE I · texte numérisé non relu

SERMON SUR GENESE I

Au commencement Dieu créa les cieux et la terre.

Jftes Frères,

Je me représente ce prophète tel quil lien a point été suscité en Israël après lui y cet homme extraordinaire qui a constitué la nation dépositaire de la vérité religieuse pendant les siècles de l'idolâtrie, ce Moïse fondateur d'un culte et d'une législation dont les débris couvrent encore la face de la terre; ce Moïse honoré de révélations si intimes et chargé de devoirs si solennels, au moment de commencer le livre sacré qu'il devait laisser au peuple de Dieu. Profondément pénétré du désir de remplir sa vocation sainte, implorant les secours de cet esprit divin qui a conseillé toutes ses entreprises, il veut que les Hébreux aient un monument certain de leur histoire, de leur religion et de leurs lois. Il repasse dans sa mémoire tous ces grands évènemens dont il a été le chef et le témoin, les fléaux

qui ont frappé à sa voix les peuples du Nil, et la sortie d'Egypte, et les merveilles du Sinaï, et la sentence prononcée contre cette génération ingrate, incapable et indigne de conquérir sa patrie, et le long pèlerinage dans le désert. Tous les commandemens du Seigneur, les fonctions du sacerdoce, les pompes des solennités saintes, les dessins mêmes du tabernacle, seront écrits. Les monumens des anciens temps sont fidèlement recueillis et les traditions des patriarches présentes à son esprit. Joseph, Jacob, Isaac, Abraham revivent à sa pensée. Le tableau du déluge se développe à ses regards. Les ombrages d'Éden s'entr'ouvent, et audelà du glaive enflammé de l'Ange , il a vu la félicité de l'état d'innocence. Les organisations successives de notre globe semblent se renouveler à ses yeux, pour qu'il puisse les compter dans leur ordre. L'esprit divin descend et l'inspire, lui certi- ; fie ce qu'il sait, lui révèle ce qu'il ignore, et, plein ■ de joie d'annoncer à son peuple les choses magnifiques de Dieu , sa main mortelle trace ces mots

impérissables: au commencement Dieu créa les deux

et la terre.

M. F., quel début! Que cette introduction si

courte et si simple a de majesté et de grandeur!

Moïse en quelque sorte n'a fait qu'un pas encore;

mais quel chemin immense il a déjà parcouru!

L'existence de Dieu, voilà le premier principe; la

création de l'univers, voilà le premier fait, et il

semble que puisque Dieu a tout créé d'un mot,

DE LA CKKATIOK. ^Sq

l'auteur inspiré ait du tout exprimer en une parole. Cette vérité est si grande, si sainte, si belle, que tout développement est inutile, que tout ornement est impossible; ce n'est pas encore le moment des détails; il n'en est point d'assez important pour se mêler à une pensée si solennelle; il ne s'agit encore que de la création et du créateur.

Et les Hébreux, pour qui ce livre était écrit, de quel étonnement et de quelle admiration, la première fois qu'ils l'ont entendu, a dû les frapper cet exorde: au commencement Dieu créa les cieux et la terre! C'est leur histoire qui va suivre; les noms de leurs ancêtres vont prendre place sur ces pages divines; avec quel respect ils ont dû écouter les récits de Moïse, après ces premiers mots! Cette déclaration, lue en présence d'Israël, et gravée dans tous les coeurs , témoignait assez qu'il n'y aurait dans cette doctrine de secrets pour personne, et suffisait pour rendre toute comparaison impossible entre leur religion et celles des nations corrompues qu'ils allaient conquérir et déposséder, ou du peuple même dont ils avaient fui l'oppression et qui se glorifiait de la sagesse de ses prêtres. Leur loi et leur patrie, toutes deux d'institution divine, recevaient une sanction nouvelle de la promulgation de cette vérité fondamentale; la connaissance d'un Dieu créateur deveïiait la clé de voûte de leur édifice social, et dèslors le passé, depuis le commencement, était là devant leurs yeux pour répondre de l'avenir.

'>.l\0 LE BUT

En effet, cette ère primordiale à laquelle la pensée du grand prophète remonte d'un seul essor, ^ cette date de la création que sa main puissante grave au frontispice de sa religion naissante, ce commencement , montre assez que son Dieu iï'est pas quelque idole plus adroitement imaginée que les divinités du Nil, que son Dieu est le vrai Dieu, Jéhova, l'Éternel, l'Etre des êtres, l'Etre infini. Selon la valeur incontestée des expressions du texte, il ne s'agit point, dans cette première ligne de Moïse, du commencement de l'économie à laquelle nous appartenons, de la nature dont nous sommes les rois, de la planète que le Tout-Puissant nous a choisie pour demeure; il ne s'agit du commencement ni de l'humanité ni de la terre; des siècles sans nombre, que le génie ne peut pas mieux compter que la foi, séparent le premier et le second verset de la Genèse, et ouvrent là un de ces abhnes où les Auges mêmes ne regardent qu'en tremblant. Ils s'agit ici de l'univers, et non pas de nous, M. F.; il s'agit du commencement de toute chose et de tout être, excepté ce Dieu qui n'a point eu de commencement et n'aura point de fin. Selon l'esprit de son siècle et de son peuple, selon l'esprit même de la mission qu'il remplissait et que la philosophie de nos jours commence, enfin, à croire divine. Moïse proclame, sans le discuter, le dogme fondamental hors duquel il n'y a point de religion, le dogme que Dieu est et qu'il a tout créé; et sitôt qu'il a posé ce fondement inébranlable, sa pensée quitte en quelque sorte l'uni-

DE L;V CRÉATlOx^. 24»

vers pour se borner à cette terre ; il abandonne la création pour s'occuper du genre humain, et comme un pontife levant la main pour bénir dès qu'il a passé le seuil du temple, il entre aussitôt en matière et parle de notre monde. Cette première vérité doit servir de garantie à toutes celles qui vont se dérouler à travers les transformations du globe , et plus tard à travers les âges de l'humanité, et quand les générations des hommes se transmettront de main en main le livre inspiré, chaque fois que renaîtra l'occasion de s'enquérir du créateur de l'univers, il suffira, pour savoir ce que les premiers mortels en ont pensé, d'ouvrir le livre à sa première page, et d'y lire qu'au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

Que de siècles, M. F., sont écoulés, et que d'hommes ont passé sur la face de la terre, en répétant avec une humble et profonde conviction cette parole de Moïse, depuis le jour où il l'a écrite, jusqu'à ce jour où je viens vous en entretenir ! La foi qu'elle a obtenue de siècle en siècle est arrivée jusqu'au nôtre, et toute la science incrédiJe n'a pu ébranler la certitude du dogme, et toute la science fidèle n'a pu éclaircir la profondeur du mystère. On peut dire que sur le fait de la création les études et les méditations de tous les siècles n'ont pas ajouté un seul mot à ce mot de Moïse: au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Aussi, M. F., il serait indigne de ce temple de vous y retenir à entendre discuter l'existence de Dieu ou prouver l'acte de

'2l\1 TLE BUT

sa puissance qui a tiré l'univers du sein du néant, et je viens vous proposer une méditation plus utile. Notre propre vie ne nous étonne pas assez; nous sommes en quelque sorte trop accoutumés à vivre, et nous laissons couler nos jours sans demander pourquoi nous les avons reçus; nous admirons la nature, sans nous informer pourquoi elle a été faite, et souvent nous nous contentons d'être, sans nous enquérir pourquoi nous sommes. Cependant l'Être Suprême a-t-il créé sans motif! Non sans doute; et par quel motif Dieu a-t-il résolu la création? Voilà, M. F., la grande question que je viens vous engager à méditer. Si nous pouvons y trouver une réponse satisfaisante pour la raison et la foi, ce sera sans nul doute un nouveau sujet de reconnaissance, d'admiration et d'amour, et j'espère vous montrer que le but de la création s'accorde parfaitement avec les miséricordes de Dieu dans la rédemption du monde et avec les douces prescriptions de la charité chrétienne.

Il importe de commencer par lever un scrupule qui peut avoir alarmé un moment votre piété. Les pensées de l'Eternel ne sont pas nos pensées, ses voies ne sont pas nos voies, et lui-même a dit à Job: oii étais-tu y quand je fondais la terre? Dis-le-moi, si tu as de V intelligence? M. F., à Dieu ne plaise (.\[x obscurcissant le conseil par des paroles sans science, nous oublions jamais que si les choses révélées sont à nous et ii nos enfans , les choses ca-

DE LA CRÉATION. 2/j3

chées sont pour V Eternel] A Dieu ne plaise que nous concevions un moment le téméraire orgueil de sonder ces profondeurs interdites. Ne demandons point à savoir ces choses qui ne peuvent entrer dans l'esprit de l'homme. Toutefois, créatures intelligentes de Dieu, il nous est permis de nous occuper de la création. Il s'agit ici moins de ses desseins que de nos destinées, et certains comme nous le sommes d'avoir reçu de Dieu la vie , le mouvement et l'être y il nous est permis de chercher à savoir pourquoi il nous les a donnés.

Il fut une époque où Dieu existait seul. Voilà la première vérité que je dois établir, sans m'inquiéter de l'insuffisance du langage humain, quand la raison humaine aborde ces grands sujets. Je sais combien cette pensée sort du cours ordinaire de nos pensées. Accoutumés au spectacle des merveilles de la création, nous songeons peu aux temps qui l'ont précédée; nous n'avons aucune idée de ces temps mystérieux; nous ne connaissons Dieu que comme créateur, par les relations qu'il permet à ces créatures de soutenir avec lui; et, dans l'habitude constante et facile où nous sommes de compter notre courte vie d'année en année, nous oublions quelquefois que pour Dieu il faut compter d'éternité en éternité. Cependant, cette pensée imposante: il fut une époque où Dieu existait seul, lorsqu'on y réfléchit attentivement, est indispensable au système entier de la religion, de quelques termes impropres qu'on se serve pour l'exprimer,

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