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mêlées de ténèbres, et nous parviendrons bientôt à une lumière plus douce et mieux faite pour nos faibles yeux. Il ne reste que des explications déjà plus simples à vous donner. S'il est vrai, comme le déclare Moïse, comme la raison et la foi l'attestent de concert, que Dieu a existé seul, il était donc libre de créer ou de ne créer point l'univers, et dans cette indépendance suprême, il n'a point créé sans motif. L'Etre souverainement intelligent ne peut agir qu'avec intention. L'oeuvre de la création a donc eu un but déterminé; quel est-il? Au premier aspect il semble que Dieu ait pu créer pour accroître sa félicité. L'univers est si vaste et la nature est si radieuse, tant de forces prodigieuses y concourent à maintenir une harmonie si admirable, tant de merveilles s'y confondent en une seule immense beauté, qu'il semble heureux de régner sur un tel empire, de tenir sous sa dépendance tous ces mondes et ces cieux, et d'être le roi et le père de tant de créatures intelligentes et sensibles. Une telle domination paraît digne de Dieu; et comme un secret instinct nous fait placer souvent le bonheur dans le pouvoir, nous sommes enclins à croire que la Providence entre pour quelque chose dans le bonheur souverain de l'Eternel... Quoi donc! Dieu (si l'on peut ainsi parler de Dieu) aurait été plus heureux depuis la création qu'auparavant? Peut -il y avoir du changement et du degré dans sa jouissance de lui-même? N'est-il pas d'éternité en éternité souverainement heureux, et
cette félicité, qu'il puise dans la contemplation de ses perfections infinies, peut-elle dépendre d'une autre majesté que la sienne? Si l'on affirme que Dieu a créé dans son intérêt, que Dieu a gagné pour ainsi dire à la création, il faut donc aussi prendre à la lettre l'expression de Moïse, quand il dit que l'Eternel j voyant que la malice des hommes était très-grande sur la terre y en eut du déplaisir dans son coeur; car, si celte félicité a pu s'accroître, elle pourrait donc par le même moyen diminuer; la conséquence découle du principe, et l'un est aussi insensé que l'autre; voilà donc la félicité du créateur dépendante des créatures, et de nous, entre autres, puisque nous sommes du nombre, augmentant ou diminuant avec nos vertus et nos péchés, nos adorations et nos sacrilèges!... Certes, si Dieu, au profit de son bonheur, a créé la race humaine, elle a misérablement trompé ce dessein; la race humaine a beaucoup fait jusqu'ici qui put augmenter la félicité de son Père céleste; elle l'a forcé pour ainsi dire à envoyer son divin Fils en ce monde pour y mourir sur une croix Je m'arrête, et cesse de poursuivre ime discussion où les argumens ont un faux air de blasphème. Non, l'univers est inutile à l'Eternel. St. Paul a dit dans l'aréopage d'Athènes: Dieu n est pas sériai par les mains des hommes, comme s'il avait besoin de quoi que ce soit y et son bonheur, indépendant et des adorations des anges et des vertus des hommes, est, comme sa charité, au-dessus de toutes ses oeuvres.
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Une piété timorée peut craindre de rabaisser la majesté divine en parlant trop du bonheur de Dieu, tant l'idée de bonheur rappelle des sentimens humains; il semble que le même scrupule ne puisse naître, quand il s'agit de sa gloire, et Dieu n'a-t-il pas créé pour sa gloire? C'est ainsi qu'il pouvait mettre à l'épreuve ses propres attributs, et faire éclater leur grandeur; c'est ainsi qu'il pouvait les manifester. Sa gloire devait avoir des monumens et des témoins, et quels monumens que la nature, le firmament et l'univers! Quels témoins que les hommes de tous les âges , les anges de tous les cieux, les créatures intelligentes et sensibles de tous les mondes M. F., tout cela, c'est la poésie, et non la vérité de la religion; ce sont des mots, et non des faits; des images, et non des doctrines. Qu'est-ce que la nature aux yeux de l'Eternel? Dans sa pensée, il ne peut y avoir d'admirable que lui. Une de ses plus grandes merveilles, c'est la lumière, soit que les soleils la lancent de sphère en sphère en rayons d'une ténuité prodigieuse, soit que les globes qu'elle environne la fassent onduler au loin en vagues immenses; mais ce qui est incomparablement plus admirable que ces éclatans phénomènes, c'est d'avoir pu dire çue la lumière so/'t! et la lumière fut. Et de la gloire divine, je puis vous dire comme du bonheur divin, que dans ce système, avant que Dieu eût créé les cieux et la terre, sa majesté était donc moindre que depuis, et si sa majesté change, peut-
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il lui-même demeurer immuable? Si du monde visible vous passez au monde moral, là, vous trouverez, pour servir à la gloire de Dieu, nos temples et nos autels, nos adorations et nos prières; vous trouverez... notre assemblée de ce jour et cette méditation que vous écoutez... et c'est là ce qui aurait augmenté la gloire du Seigneur! En vain objecterez- vous qu'il y a tant de temples et tant d'autels; tous ces temples sonX. faits de main d'homme; le Seigneur n'y habite point, et tous ces autels sont desservis par des hommes comme nous. Dieu lui-même a dit mille fois à son peuple chéri, qu'il n'avait pas besoin du sang des boucs et des génisses; et croyez-moi, il n'a pas plus besoin du culte meilleur des chrétiens, ni du culte meilleur encore des saints et des anges. La nature, l'église et le ciel n'ont rien ajouté à sa majesté. De toute éternité il a parfaitement connu ses perfections, et n'avait pas besoin de les mettre à l'épreuve. La dignité d'un être borné peut s'accroître par des suffrages étrangers; l'être infini tire toute sa gloire de lui-même. Ne me citez point tous ces passages des livres saints qui semblent contredire ces pensées; ce ne sont encore une fois que des expressions du langage humain. Les deux, est-il dit, racontent la gloire de l'Eternel ; mais à qui? A nous, ses créatures, et non à lui; l'étendue donne à connaître les ouvrages de ses mains , et l'étendue n'apprend rien à l'Éternel; Un jour communique sa science a un autre jour ^ et une nuit à une autre nuit ;
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\nais pour l'Eternel il n'y a point de jours; il n'y a que l'éternité. Reconnaissons, M. F., à tant de traits le Dieu supérieur à toute autre approbation que la sienne; et qu'est-ce que la gloire, sinon l'approbation d'autrui ? Enfin , consultez les faits ; depuis tant de siècles que Thomme étudie la nature, qu'est-il arrivé? On a imaginé système sur système, et c'est toujours selon la science du moment que l'on a admiré les merveilles de la création; l'homme ainsi donnait gloire bien plus aux pensées de son génie qu'aux oeuvres de son créateur, et la majesté divine s'est trouvée pour ainsi dire dans la dépendance de la pénétration humaine. Renonçons à de si vaines prétentions, et n'attribuons au Seigneur qu'une gloire qui lui est propre, dont la source est en lui seul et qui ne remplit l'immensité que parce que Dieu est présent partout. Car r Eternel ne s'assure point sur les saints , et les deux et les étoiles ne sont point purs devant lui.
Quel a donc été le dessein de l'Etre suprême en tirant l'univers du sein du néant où il pouvait le laisser? Une seule pensée, une seule intention nous explique ce grand mystère: Dieu a créé pour rendre heureux. Dieu souverainement parfait a voulu communiquer quelque chose de ses perfections; Dieu, souverainement heureux, a voulu communiquer quelque chose de son bonheur. Il a fait l'homme être intelligent, et lui a dit: marche vers le vrai; il a fait l'homme être moral, et lui a dit: marche vers le bien; il a fait l'homme être sensi-
ble, et lui a dit: aime; et l'homme s'est mis en chemin, et ce chemin se prolonge à l'infini devant ses pas, et il avance de vérité en vérité, de sainteté en sainteté, d'amour en amour, et ses progrès sont les moyens de son bonheur, et sur ce chemin il n'y a que le bonheur. Aussi, le divin historien nous dit que Dieu nous a créés à son image et selon sa ressemblance ; et qu'est-ce que l'image de Dieu en nous, si ce n'est la vérité, la sainteté, l'amour et le bonheur? Oui, le bonheur, voilà le mot de l'énigme de l'univers; voilà le but éternel et général de la création. Chaque être, selon la mesure de ses facultés, recevrait sa part de jouissances; l'ange aurait sa félicité; l'homme aurait sa félicité; et partout où il existe d'autres classes d'êtres doués d'intelligence et de sensibilité, ne doutez pas qu'ils ne reçoivent comme les hommes et les anges la félicité qui leur est propre. Oui, Dieu a créé pour rendre heureux; ce motif seul nous intéresse, et que nous importe qu'il y en ait d'autres, ou non? Dieu n'a pas voulu être toujours heureux seul; il a daigné associer des créatures à son bonheur, et il leur donne une part de sa sagesse, de sa puissance, de sa bonté, pour leur donner une part de sa félicité. M. F. , que cette pensée est sainte et consolante! Comme elle répond bien à notre connaissance de Dieu! Comme elle s'accorde avec ce profond désir de bien être qui nous anime! Elle met dans le jour le plus sublime la perfection du Seigneur; elle explique tout ce qu'il y a de bon dans